"BIENVENUE AU ROYAUME DU PISSE-FROID INCULTE QUI EST AU CINEMA CE QUE PHILIPPE MANOEUVRE EST AU ROCK" (© Trollman)

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SEPT VIES

Un éditeur devrait publier le scénario de Sept vies en y ajoutant la mention suivante : « comment pourrir une idée simple et belle en la racontant de façon tarabiscotée ». Le script de Grant Nieporte (dont c'est, tiens donc, le baptême du feu) ressemble en effet à une compilation de ce qu'il ne faut pas faire tant tout semble mis en place pour passer à côté du sujet. La pire idée du film est d'avoir tenté de faire du héros un personnage énigmatique, au passé et aux motivations pour le moins troubles. Comme n'importe quel idiot a tout compris au bout de cinq minutes, la suite est quelque peu pachydermique.
Le film est à l'image de la prestation de Will Smith : raide comme la justice, pataud, et avec pour seul objectif de faire chialer la spectatrice en manque de mélodrame. Car du mélo, il y en a : des mourants, des infirmes, des traumas, de la solitude humaine, et plein de Kleenex usés par les larmes. Le tout dans une sorte d'éloge de ce type qui veut certes faire le bien autour de lui mais tient surtout à ce que tout le monde le sache. Il y a plus noble comme intention.
Heureusement que la mélancolie de certaines scènes atteint son but, et que Smith est entouré par une Rosario Dawson décidément craquante (et étonnamment sobre en cardiaque dont les jours sont comptés) et un Woody Harrelson trop peu présent mais sacrément émouvant en aveugle. Ils évitent à Sept vies de n'être que lourd et didactique mais ne peuvent empêcher ce petit film malade d'être un inénarrable gâchis, dont le semi-échec au box-office américain est aussi compréhensible que mérité.
4/10
(également publié sur Écran Large)

(autre critique sur L. aime le cinéma)
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HANCOCK

Ça commence à se savoir : dans Hancock, Will Smith incarne un super-héros pas comme les autres, puisqu’il est aussi alcoolo qu’impopulaire. Heureusement qu’un conseiller en communication va se charger de son dossier. Voilà un résumé assez fidèle de la première partie du nouveau Peter Berg, puisqu’on y voit en effet un Hancock d’abord bourru et bourrin, qui se force ensuite à être courtois avec tout le monde et à ne pas tout démolir lorsqu’il arrête un méchant. L’idée est bonne, le traitement correct. Dès le début, on sent pourtant qu’une telle idée aurait pu donner film plus percutant, tant sur le plan de l’action qu’au niveau humour. Chaque petit gag est étiré et répété, signe probable d’un manque d’inspiration des scénaristes. Et comme les effets spéciaux laissent à désirer, ces trois premiers quarts d’heure ressemblent furieusement à leur anti-héros, sympathiques mais terriblement brouillons.
C’est dans ce qui suit que Hancock trouve un temps sa véritable vitesse de croisière. Une révélation assez inattendue (et qu’il convient de ne pas révéler, un peu de tenue) vient bouleverser le film et dévier cette simple histoire de blason à redorer vers quelque chose de possiblement plus profond et plus rigolo. Pendant une dizaine de minutes, on se prend à rêver que le film décolle pour de bon et devienne enfin le monument de coolitude et de drôlerie qui nous était promis. Mais après une excellente scène faisant appel à quelques ustensiles de cuisine, Berg embraye en nous révélant la mythologie hancockienne avec une gravité malvenue. Dès lors, tout le monde semble un peu avoir oublié qu’il s’agit avant tout d’une comédie, et il faut se farcir quelques fusillades sans intérêt pour retrouver la bonne humeur du début. Il est assez énervant de voir le ton du film faire des montagnes russes, d’autant que les scènes d’action sont incroyablement mal filmées. Étonnant de la part d’un Berg qui avait livré l’an passé un Royaume techniquement irréprochable.
Durant moins d’une heure et demie, le film paraît presque trop court, pas parce qu’on ne s’y ennuie jamais, mais parce qu’on n’en retiendra finalement assez peu de scènes mémorables, le reste ne constituant qu’un gentil remplissage qui fait souvent sourire à défaut d’autre chose. La frustration l’emporte, en dépit des prestations impeccables des trois acteurs principaux. Will Smith est évidemment à son aise en mister Cool, mais le fait avec une maturité qu’on lui découvre de film en film. Charlize Theron est de plus en plus explosive à mesure que les bobines s’enchaînent. Quant à Jason Bateman, condamné par le script à passer un peu inaperçu lors de la seconde moitié du film, il confirme néanmoins tout le bien qu’en pensent les fans d’Arrested development et les quelques rares autres à avoir retenu son nom. Ce trio-là permet à Hancock d’être un divertissement pas dégueulasse, évidemment bien meilleur que son cousin Ma super ex, et qui devrait donner quelques leçons d’humour au Doug Liman de Jumper.
5/10
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JE SUIS UNE LÉGENDE

Une info télévisée, en préambule de Je suis une légende : un médicament contre le cancer, efficace dans 100% des cas, vient d'être inventé. C'est, semble-t-il, une grande nouvelle pour l'humanité (et accessoirement le rôle le plus court de la carrière d'Emma Thompson). Sauf que voilà : le remède en question, s'il met en effet le cancer au tapis, se met à transformer les personnes soignées en créatures pas vraiment zombies mais certainement pas humaines. Résultat : en 2012, New York est déserte, un unique rescapé y déambulant avec son chien. C'est dans cette atmosphère d'après fin du monde que Francis Lawrence nous promène, pour un voyage entre 28 jours plus tard et Seul au monde. Le tout dans des décors absolument prodigieux, la Grosse Pomme déserte étant à la fois crédible et magnifique.
Au film de Danny Boyle, Je suis une légende emprunte son postulat et son déroulement. Car si vivre seul dans l'une des villes les plus attirantes du monde est un fantasme incroyable, mieux que de passer une nuit enfermé dans un grand magasin, c'est également un terrible vecteurs d'angoisses psychologiques et/ou physiques. On s'en doute bien, le personnage interprété par Will Smith (convaincant, comme c'est de plus en plus souvent le cas) n'est pas tout à fait seul, mais reste à savoir qui sont les autres âmes qui vivent et où elles se cachent. C'est cette interrogation qui donne au film ses quelques grands moments d'action, toujours bien filmés et souvent divertissants. La majeure partie du temps, le film baigne dans une tonalité plutôt calme à défaut d'être paisible, le héros se ménageant de longs moments de détente pour mieux se reconcentrer quand nécessaire.
C'est dans cet aspect-là que Je suis une légende ressemble à un cousin du film de Robert Zemeckis. Le film de Francis Lawrence risque de décevoir ceux qui s'attendaient à un blockbuster bourrin ou à une gigantesque théorie du complot : dans ce New York démesuré, c'est la dimension humaine qui prime. Aussi passera-t-on du temps à comprendre comment conserver une certaine sociabilité lorsqu'on vit absolument seul, comment se distraire, comment se protéger, comment éviter de sombrer dans la folie. Le ballon de volley de Seul au monde est remplacé par un chien : un peu plus d'affection, mais mille fois plus d'ennuis. Cette partie est souvent passionnante, même si on note quelques nettes baisses de rythme en milieu de film.
Que reprocher alors à Je suis une légende ? D'abord ses effets numériques n'arrivant vraiment pas à la cheville du reste de la direction artistique. Et surtout son côté trop tranquille. À trop hésiter entre ses deux modèles cités plus haut, le film finit par avoir le cul entre deux chaises, les deux tonalités étant visiblement incompatibles. La balade avec Will Smith est on ne peut plus agréable, mais quand arrive une fin qui aurait dû être bouleversante et qu'aucune émotion ne parvient à transparaître, on comprend que Lawrence n'a pas assez insisté, ni sur la dimension épique de son aventure, ni sur le lien affectif qui nous unit à son héros. Dès lors, Je suis une légende n'apparaît que comme un sympathique divertissement manquant singulièrement de partis pris.
7/10
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À LA RECHERCHE DU BONHEUR

On nous a si souvent bassiné avec le fameux rêve américain que le simple fait d'entendre cette expression peut suffire à donner des boutons à bien des occidentaux. D'ailleurs, c'est quoi, le rêve américain? Une réussite éclatante, une femme aux dents blanches et un coupé sport? Chris Gardner se contenterait volontiers de moins que ça : l'assurance de pouvoir fournir un toit, une éducation et de quoi manger à son fils Christopher le combleraient de joie. Seulement voilà : la vie est impitoyable, et une succession de coups durs contraignent les Gardner père et fils à vivre dehors, de foyer en foyer. Dans de telles conditions, difficile de rebondir. Pourtant, parce que la recherche du bonheur est un droit inscrit dans la constitution américaine, Chris va tout faire pour assurer à son môme un avenir meilleur.
Un tel résumé fait craindre le pire : et si À la recherche du bonheur était un drame racoleur, stéréotypé et tire-larmes? Il est vrai que faire interpréter un sujet de type par l'un des acteurs les mieux payés de Hollywood était un challenge risqué. Pourtant, étrangement, À la recherche du bonheur émeut et séduit. Pour son premier film américain, l'Italien Gabriele Muccino fait preuve d'une rare délicatesse pour capter le quotidien difficile de nos deux héros. Lorsque ceux-ci sont par exemple contraints de passer la nuit dans des toilettes publiques pour ne pas mourir de froid, sa caméra se fait discrète et pudique pour éviter tout sensationnalisme. Et si les étapes qui mènent Chris Gardner vers un avenir plus radieux sont cousues de fil blanc, cela ne s'explique pas, mais on marche à plein tube. Mieux, Muccino parvient à insuffler un véritable suspense avec trois fois rien (voir la scène du Rubik's Cube, très révélatrice de l'esprit du film).
Mais À la recherche du bonheur doit également beaucoup à la famille Smith. Il y a d'abord Will, excellent dans son premier vrai rôle d'adulte, et qui, contrairement à nos craintes légitimes, ne joue pas ce rôle pour se donner bonne conscience. Il révèle un vrai potentiel d'acteur dramatique (sa prestation dans Ali, certes fascinante, devait beaucoup à sa transformation physique et ne permettait pas de livrer un avis définitif). Et puis il y a Jaden Christopher, haut comme trois pommes, gueule d'ange, et un naturel à toute épreuve. La complicité entre les Smith père et fils est incontestable et est à l'origine de la réussite mineure mais réelle de ce joli film excessivement optimiste mais franchement bouleversant.
7/10
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Lancé en juin 2005 et vu comme un aide-mémoire destiné avant tout à m'éviter de tout oublier, Rob Gordon a toujours raison - dont le titre n'est pas à prendre au pied de la lettre - est un blog qui assume son côté parfois snob, élitiste ou mauvais esprit mais évolue toujours dans la sincérité la plus totale.

Rob Gordon
Sous le pseudonyme emprunté à Nick Hornby se cache Thomas Messias (profil Facebook), jeune prof de maths (eh ouais) né en 1984, écrivant également pour le site Écran Large à ses heures perdues et figurant au tableau des étoiles du site. Ni auteur ni cinéaste en herbe ni rien d'autre, je suis si peu créatif que je ne fais que critiquer le travail des autres.

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