15 mai 2008

CLEANER

Ça commence plutôt bien. Après l'atrocissime Pacte du sang, Renny Harlin semble avoir retrouvé la raison, et s'amuse à nous raconter le quotidien d'un serial cleaner. La mise en scène est appliquée, le sujet amusant, et l'exposition de l'affaire policière intrigante. Vingt-cinq petites minutes somme toute assez divertissantes, qui vont hélas donner suite à une heure d'ennui mortel et de totales conventions. On voulait voir un film sur un nettoyeur de scènes de crimes, et voilà qu'on nous sert un polar façon TF1 avec flics ripoux et secrets naphtalinés. Le réveil de Renny n'est pas pour aujourd'hui.
Le pire, c'est que le Renny d'avant, dont la carrière a atteint son apogée avec l'hilarant Mindhunters , était le roi du plaisir coupable et du second degré plus ou moins involontaire (plutôt moins, d'ailleurs). Mais voilà que depuis deux films, il se fait juste ennuyeux, lénifiant, comme trop vieux pour un cinéma de genre trop exigeant pour lui. Point d'éclats de rire dans Cleaner, rien d'assez excessif pour séduire, et même pas tout à fait assez de sang. C'est bien de la jouer "film sage", mais quand même. À la base, les influences du film semblaient être les excellentes séries Six feet under (avec, outre le thème de la mort qui rode, quelques personnages secondaires très très ressemblants) et Dexter (avec son héros qui se fiche du sang comme de sa première culotte). Cleaner n'a malheureusement ni le style, ni la profondeur, ni le léger voile de subversion de ces deux séries. Pour passer à ce point à côté d'un sujet en or, il fallait soit être complètement dépourvu de talent, soit l'avoir fait exprès. Et Harlin n'a plus tout à fait le bénéfice du doute.
3/10

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23 février 2008

JUMPER

Sacré Doug Liman. Le cinéaste le plus vaniteux du moment (il clame partout qu'il est un génie incomparable) vient de se prendre les pieds dans le tapis, au vu et au su du monde entier. Annoncé comme une nouvelle révolution marquant le début d'une série de films (trilogie ou plus) capable de concurrencer Matrix et autres oeuvres de SF supposément visionnaires, Jumper ressemble paradoxalement à un tout petit divertissement pour ados en rut, un prolongement fantastique des merveilleuses séries proposées à nos chers boutonneux les matins de vacances scolaires sur notre plus grande chaîne publique (oui, celle qui sera bientôt sans pub).
Passée une idée pas plus bête qu'une autre (faire évoluer des types capables de se déplacer à la vitesse de la foudre), Jumper fonce dans le mur au bout d'une poignée de minutes, décrédibilisé par une laideur visuelle assez hallucinante et par la vacuité totale d'un scénario bas de plafond. Pour résumer, "jumper" sert principalement à lever des poulettes n'importe où dans le monde (pourquoi se contenter de celles qui trainent dans le pub du coin?) et à donner une bonne leçon aux types un peu cons. Accessoirement, ça peut être utile pour braquer des banques, mais exploiter à fond une idée un tout petit peu intéressante semble hors de portée de la horde de scénariste qui sévit ici. Conscients qu'un film de ce genre ne peut exister sans un bon méchant, ceux-ci font rapidement apparaître un certain Roland, aussi charismatique qu'un char à voile, interprété par un Sam Jackson aux cheveux blancs, semblant avoir définitivement abandonné tout plan de carrière. Roland est le meneur des Paladins, un groupe de mecs qui n'aiment pas les jumpers et semblent prêts à tout pour les rayer de la surface du monde. Pourquoi? Visiblement, on s'en moque.
Refusant toute intrigue solide, Jumper se contente alors d'offrir un enchaînement de scènes façon teen movie mais avec un peu de jump pour satisfaire garçons et filles de moins de quinze ans. On fait l'amour comme des bêtes (c'est-à-dire sans enlever ses vêtements ni son appareil dentaire), on visite le monde en poussant des cris béats, on s'embrasse passionnément mais sans la langue. Et puis c'est tout. Hayden Christensen et Rachel Bilson incarnent parfaitement ce désir de plénitude par la platitude, se contentant de montrer leurs dents bien blanches pour montrer leurs émotions. Même l'arrivée tardive de Diane Lane ne relèvera pas le niveau ; elle permet cependant de faire naître quelques enjeux guère transcendants mais ayant au moins le mérite d'exister. Dans l'optique de la trilogie qui se profile (si les résultats financiers suivent, bien entendu), c'est un léger bon signe. En attendant de (peut-être) constituer le premier volet raté d'une saga regardable, Jumper n'est pour l'instant qu'un spectacle pathétique, antipathique et méprisant vis-à-vis de son spectateur.
2/10

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15 janvier 2008

CHAMBRE 1408

Cest vrai qu'on aurait pu attendre bien pire de la part du réalisateur de Dérapage, nanar assez poussif. Mikael Håfström fait même preuve d'une belle énergie dans cet énième film tiré d'une nouvelle de Stephen King. Chambre 1408 est à n'en pas douter l'une des adaptations les plus fidèles à l'oeuvre de l'auteur. C'est à la fois une force et une faiblesse. Ça commence de façon assez cool, dans un esprit parfaitement en phase avec l'habituelle décontraction de King, dont les débuts de romans traitent toujours avec détachement les sujets les plus sordides. Dans sa chemise hawaïenne, John Cusack fait le malin. Et on attend avec lui qu'il se passe quelque chose.
Et puis vient le moment où Håfström entre dans le vif du sujet. Lorsque le personnage de Cusack se retrouve enfermé dans cette chambre, on tremble d'avance. Ce seront les seuls frissons procurés. Comme beaucoup de livres de King (il y a tout de même de notables exceptions), Chambre 1408 ne tient pas la route très longtemps, ne sachant que faire ni de sa poignée de personnages ni de la situation dans lesquels ils sont plongés. La lutte entre Cusack et cette chambre maléfique a quelque chose de répétitif et de déjà-vu, et c'est la lassitude qui l'emporte. Pourtant, les efforts de Håfström sont réels : la mise en scène est soignée, pour ne pas dire stylée, mais l'ensemble tourne malheureusement à vide. Il peine à personnifier la chambre, là où Carpenter (Christine) et Kubrick (Shining) avaient tout deux réussi cette humanisation d'objets et/ou de lieux inanimés. Lorsqu'arrive la fin, c'est plutôt le soulagement qui l'emporte. Chambre 1408 ne figurera pas dans la liste des meilleures adaptations de Stephen King. Le prochain Frank Darabont réalisera-t-il cette performance?
5/10

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31 mai 2007

BLACK SNAKE MOAN

Rae est une petite catin. Lazarus est un ancien bluesman devenu cultivateur. Quand le vieil homme noir découvre la jeune femme couverte de bleus dans un fossé et qu'il découvre qu'elle est accro au sexe, il décide de l'enchaîner à son radiateur. Histoire de la sevrer, et de lui inculquer quelques valeurs morales. Avec un tel résumé, on aurait pu croire que Black snake moan allait être un monument subversif, un objet barré et déviant dépassant allègrement les frontières du convenable. Pas vraiment : le film de Craig Brewer est d'abord une rencontre, tumultueuse puis tendre, entre deux êtres en manque cruel d'amour. Il faut d'abord savoir que Christina Ricci ne passe pas deux heures enchaînée et en petite culotte (ce qui décevra les plus pervers d'entre nous) : l'épisode de la séquestration n'est que la deuxième partie d'une pièce en trois actes. Car Black snake moan ressemble à une pièce de théâtre, dans sa construction comme dans sa mise en scène. Très peu de personnages, un nombre de décors restreint, ne manque que le rideau rouge entre chaque acte.
La grande qualité du film, c'est son ambiguïté permanente. On ne sait pas vraiment comment les évènements vont tourner. Et, surtout, on ne comprend pas au juste si les personnages (Lazarus, Rae, Ronnie le petit ami parti à la guerre) sont de grands malades, de gentils tarés ou simplement des humains comme vous et moi. C'est la grande question posée par le film : avoir des sentiments aussi exacerbés fait-il de vous une personne saine ou quelqu'un de totalement anormal? Craig Brewer finit par répondre à cette question. Sa réponse peut sembler moraliste (et elle l'est), mais c'est finalement la plus satisfaisante qui soit.
On ressort de Black snake moan assez enchanté, sans savoir exactement de quoi il s'agit, mais les yeux pleins de bonheur. Celui d'avoir assisté à un formidable pas de deux entre Samuel L. Jackson (qui vieillit bien, comme un Jean-Pierre Darroussin version blaxpoitation) et la bombesque Christina Ricci, au langage corporel assez troublant pour le spectateur mâle.
7/10

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