06 mai 2008

ANDALUCIA

Yacine est un type complètement décalé, pouvant sembler hors la vie alors qu'il est en plein dedans. Yacine refuse les attaches, malmène les codes, réinvente sans cesse son propre bonheur. Yacine, c'est LE personnage d'Andalucia, parfaitement à l'image d'un film qui, de toute façon, ne repose que sur lui. Le cinéma d'Alain Gomis refuse toute linéarité, allant même jusqu'à renier la notion de scénario. Andalucia, c'est un panaché d'impressions et d'expressions, un empilage de jolies boîtes de conserve avec lesquelle le cinéaste joue au chamboule-tout. Un trip sans égal, qui pourra laisser sceptique mais emportera avec lui les rêveurs et les voyageurs d'intérieur.
Le film est une succession de petits moments dont la magie n'est pas toujours explicable. Des instants précieux, sous leur apparence anecdotique. Un dribble génial de Pelé. Des enfants qui peignent avec leur corps. Le visage d'une acrobate. Et un voyage à Tolède. Gomis ne nous dit pas comment apprécier ces images-là, nous les présentant de la façon la plus simple qui soit, pour nous laisser faire notre propre travail de digestion. Et c'est souvent beau. D'autant qu'à travers ces fragments, il dresse le portrait de ce formidable Yacine, ce que l'on peut appeler avec sens un personnage. Même s'il cède çà et là à la facilité ou s'il relâche un peu trop son emprise en milieu de métrage, Andalucia séduit, nous emportant une dernière fois au gré d'un périple espagnol beau à se damner.
7/10

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26 avril 2008

CA$H

À l'époque où il était encore lisible, le magazine Première nous régalait notamment avec une excellente rubrique, Anthologie du film con, dans laquelle Jean-Jacques Bernard rendait hommage à sa manière à quelques-une des oeuvres les plus stupides du cinéma mondial. À coup sûr, Ca$h aurait donné du grain à moudre à cet excellent journaliste. Car non content d'être dépourvu de neurones, le machin d'Éric Besnard voudrait passer pour un film roublard, malicieux et extrêmement pointu. Il n'y a pas plus horripilant que les cons qui ne savent pas qu'ils en sont. La formule s'applique également au film.
Sur le papier, Ca$h, c'est donc un Ocean's eleven à la française, avec ses diamants, son casse, son équipe de pieds nickelés, ses beaux costards. Oui mais non. La liste des tares du film ressemble à un catalogue. Pas rythmé, très (mais alors très) mal filmé, mochissime. Joué n'importe comment (même si Dujardin s'en sort à peu près grâce à une sympathie à toute épreuve), effroyablement écrit. Et donc, formidablement con. S'il n'y a rien de plus beau qu'une belle arnaque, que dire de celles qui mettent des plombes à se mettre en place mais dont on a déjà tout compris avant même la fin de la phase d'exposition ? D'un film qui semble hurler à chaque seconde "regardez comme on est malins, vous allez être cueillis", et qui se conclut par le twist final le plus prévisible du début de siècle ? D'un étalage de bling-bling à faire baver d'envie notre cher omniprésident ? Consternation totale. Besnard se prend pour Soderbergh, et c'est exaspérant. Même le compositeur a pompé la BO d'Ocean's eleven (sauf qu'ici, la musique est mal orchestrée, et imposée à nos pauvres oreilles du début à la fin, à fort volume).
Rarement une heure quarante aura semblé si longue. On aurait presque préféré se trouver face à un des derniers films de Gérard Krawczyk, aussi idiots que celui-ci, mais conscients de leur condition. On rentre chez soi avec l'envie de revoir L'arnaque, les Ocean's, et une bonne partie de la filmo de David Mamet. Seul point positif d'un film qui ravira à coup sûr les programmateurs de TF1.
1/10

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