"BIENVENUE AU ROYAUME DU PISSE-FROID INCULTE QUI EST AU CINEMA CE QUE PHILIPPE MANOEUVRE EST AU ROCK" (© Trollman)

Top 5 du moment :

A serious man Crazy heart Eastern plays I love you Phillip Morris Shutter island

concours Red riding trilogy

LONDON RIVER

Après le joli Indigènes, Rachid Bouchareb a certes choisi un projet hors de France, mais un projet modeste et sensible se déroulant de l'autre côté de la Manche. Se déroulant peu à près les attentats de Londres datant de 2005, London river est moins un film politique que l'histoire toute simple d'une rencontre entre deux êtres esseulés au quotidien, qui découvrent le stade ultime de la solitude lorsqu'ils se voient contraints de faire face au doute et au deuil.
C'est un fait évident, qui revient encore et encore après chaque catastrophe mortelle : le pire n'est pas tant d'apprendre la disparition d'un proche que de ne jamais en être certain. Le doute empêche le deuil, ronge les sangs, provoque mille questions et empêche toute espèce de quiétude. C'est la plus belle idée de Bouchareb, qui place ses personnages dans une interminable situation d'attente, contraints de faire semblant de vivre pendant qu'on cherche pour eux si leurs enfants respectifs sont en vie. Probabilité qu'ils aient trouvé la mort dans les attentats ? Très faible, selon les enquêteurs. Mais l'intime conviction, le pressentiment, le sixième sens sont des choses contre lesquelles il est bien difficile de lutter. D'où un film éminemment tristoune, dans la retenue parce que ses personnages sont contraints de rester dignes tant qu'il reste un peu d'espoir.
Le film n'ira pas beaucoup plus loin que la description de la rencontre entre deux être bien différents et du semblant d'union qui leur permet de garder le cap. Bouchareb a tendance à se cacher un peu derrière le minimalisme de son scénario ; on aurait aimé qu'il prenne davantage de risques, qu'il émette des idées fortes et nous emmène plus loin. Il semble malheureusement plombé par la détresse de ses héros, et absolument désireux de ne pas troubler leur silence. C'est un choix sensé et raisonnable mais qui condamne le film à n'être rien de plus qu'un moment gentiment touchant là où il y avait la place pour un drame bien plus fort. La mollesse de la réalisation est heureusement contrebalancée par la performance de l'énigmatique duo formé par une Brenda Blethyn plus sobre qu'à l'accoutumée - rappelez-vous son horrible prestation de Secrets et mensonges - et un Sotigui Kouyaté magnétique, magnifique, et presque trop imperméable aux émotions.




London river de Rachid Bouchareb. 1h28. Sortie : 23/09/2009.
Autre critique sur Laterna Magica.
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COMMIS D'OFFICE

Chouette ! Une description réaliste du quotidien des avocats commis d'office ! Ah non : un polar sur fond d'évasion. Rectificatif : une sombre farce pleine de gags bien lourds. Commis d'office ne sait tellement pas sur quel pied danser qu'il change régulièrement de direction, ne trouvant son unité que dans une recherche très aboutie de ce qu'il convient d'appeler un n'importe quoi généralisé. C'est même ça qui rend le premier film de la romancière-avocate (mais pas cinéaste) Hannelore Cayre si amusant : cette foutraquerie permanenteet cette totale inanité peuvant en faire un divertissement mémorable pour peu qu'on ait abusé du schnaps au déjeuner.
La partie la plus convaincante (hum) est sans doute celle qui nous était promise au départ : on comprend rapidement qu'un avocat commis d'office ne gagne pas bézef et qu'il faut vraiment aimer son métier comme un fou pour continuer à plaider pour des clopinettes pendant que d'autres se remplissent les poches en défendant des pourris pleins aux as. La réflexion ne va pas plus loin : c'est l'heure de rencontrer le personnage de l'avocat fortuné incarné par un Jean-Philippe Écoffey qui, avec les années, a gagné en kilos ce qu'il a perdu en qualité de jeu. Le portrait composé par la réalisatrice est celui d'un gros porc qui mange salement, traite les gens comme des moins que rien et semble avoir un portefeuille à la place de la cervelle. Alors l'acteur y va franco, nous la jouant De Funès en gesticulant dans tous les sens et en bâfrant le plus dégueulassement possible. Le reste est à l'avenant, excessif et dépourvu de toute crédibilité. La partie polar est absolument ridicule, se basant sur un échange d'identité d'autant plus improbable que les deux hommes concernés ne se ressemblent pas (mais puisqu'une réplique le justifie, c'est apparemment permis).
Quant à l'humour de l'ensemble, il est à la fois fort malvenu (pourquoi tourner à ce point en dérision une intrigue se voulant noire ?) et incroyablement destructeur. Un seul plan suffit à résumer l'ambition de la chose : pour emmerder quelques hommes de main chargés de le surveiller, l'avocat joué par Roschdy Zem va passer sa soirée chez Quick, où il finira par faire rouler la voiture de son menu enfant au milieu d'un circuit fait de frites. Dans une comédie avec Will Ferrell, à la rigueur ; dans un film supposé sérieux et aussi mal filmé et dirigé, c'est une hérésie. Zem n'échappe pas au massacre général : il n'a jamais été aussi mauvais, hystérique et caricatural, donnant envie d'en vouloir à Hannelore Cayre, qui a réussi à rendre méprisable ce comédien pourtant si brillant.




Commis d'office de Hannelore Cayre. 1h31. Sortie : 06/05/2009.
Critique publiée sur Écran Large.
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Jeu-concours COMMIS D'OFFICE : les résultats

La sortie de Commis d'office ce 6 mai sonne la fin du concours organisé grâce à Bac Films.
Les 10 gagnants de 2 places, qui les recevront au plus vite, sont :
Alain (Bailleau le Pin)
Barbara (Bonnay)
Christine (Brumath)
Carole (Issy les Moulineaux)
Frédérique (Athies)
Karen (Noisiel)
Naïra (Val de Reuil)
Patricia (Paris)
Stéphanie (Fouilloy)
Virginie (Hornoy le Bourg)

Merci aux très nombreux participants, ainsi qu'à Loute pour sa collaboration au tirage au sort des gagnants. D'autres concours seront bientôt organisés sur le blog, soyez sur le coup...
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Jeu-concours COMMIS D'OFFICE

À l'occasion de la sortie du film Commis d'office le 6 mai prochain, BAC Films me permet de faire gagner à 10 lecteurs de ce blog 2 places pour voir le film en salles. Pour cela, il vous faudra répondre à 3 questions sur l'acteur principal du film, Roschdy Zem, et prier ensuite pour qu'une main raide et froide comme la justice vienne choisir votre nom.
Envoyez donc vos 3 réponses, ainsi que votre adresse postale, à rob.raison@gmail.com. Clôture du concours mardi 5 mai à 22h.
À vous de jouer...







Question 1
Dans quel film d'André Téchiné son personnage se nomme-t-il Saïd ?

Question 2
Dans quel film joue-t-il un garde du corps ?

Question 3
Citer une actrice interprétant sa soeur dans Mauvaise foi.





Découvrez aussi le site officiel du film en cliquant ici.
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LA TRÈS TRÈS GRANDE ENTREPRISE

Difficile de contester l'aspect inexorablement sympathique des films de Pierre Jolivet, mêlant intrigues malicieuses, arrières-plans sociaux et castings aux petits oignons. La très très grande entreprise n'échappe pas à la règle : sous prétexte de s'attaquer aux grandes firmes qui polluent l'environnement (sur les plans écologique et social), Jolivet livre une comédie relativement légère qui voit quelques victimes d'une grande entreprise jouer les monte-en-l'air pour assurer leur revanche et leurs arrières. Il y a de quoi s'amuser, notamment grâce à la prestation homogène d'un excellent quatuor d'acteurs. Roschdy Zem montre une nouvelle fois qu'il a la carrure pour enchaîner les premiers rôles ; Marie Gillain joue assez agréablement d'un air mutin qui fut souvent bien plus agaçant ; Adrien Jolivet est un petit mec franchement charmant ; quant à Jean-Paul Rouve, plus en retrait, il fait cependant preuve d'une maturité insoupçonnée.
Le problème du film, outre une sévère baisse de rythme en fin de course, c'est qu'il peine à afficher ses véritables intentions. D'un côté, il tente de tirer sur la corde sensible en insistant sur les conséquences malheureuses de la gestion calamiteuse des grandes sociétés, qui affichent un mépris total envers ceux auxquels elles ont nui. De l'autre, il enchaîne les péripéties absolument pas crédibles en faisant des héros des rois de l'infiltration. Si bien qu'il devient difficile de savoir quoi penser. Il est évidemment permis (et nécessaire) de rire avec la misère sociale, mais Jolivet donne ici l'impression de n'utiliser la détresse de ses personnages que comme un prétexte pour orchestrer une grande foire à la rigolade. À côté de Ma petite entreprise ou même de Zim and co., La très très grande entreprise apparaît comme un Jolivet mineur, lui qu'on a connu tellement plus inspiré pour mêler la réalité du moment à ses comédies et polars. Nul doute qu'il nous reviendra bientôt en bien meilleure forme.
5/10
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LA FILLE DE MONACO

Et alors, elle est comment Louise Bourgoin ? Très bien, très bien. Elle joue à merveille la fausse cagole jouant de sa plastique pour arriver à ses fins. Voilà une actrice prometteuse, à condition de ne pas être cantonnée à un seul type de rôle (souhaitons-lui de pouvoir jouer autre chose que des miss météo).
Ce point crucial évacué, parlons donc de La fille de Monaco, qui passerait presque au second plan derrière le tapage médiatique réalisé autour de la demoiselle depuis qu'elle a investi les plateaux de Michel Denisot et fait ses débuts sur grand écran. On reconnaîtrait entre mille le style de la fascinante Anne Fontaine, qui rate ses oeuvres plus souvent qu'elle ne les réussit mais parvient toujours à captiver jusqu'au bout, comme un funambule pouvant se casser la margoulette à chaque seconde. Comme plusieurs de ses oeuvres précédentes, elle livre un film dont la première heure ressemble à une gigantesque scène d'exposition, avant d'en expédier la conclusion, visiblement apeurée à l'idée de faire un film de plus d'une heure trente. On s'attache à ces personnages, on les comprend, on les désire (enfin, pas tous), et on les lâche juste quand ils commençaient à dévoiler tout leur potentiel. D'où une impression de frustration face à ce film ni mauvais ni détestable mais qui passe une fois encore à côté de son sujet.
Il y avait pourtant une vraie perversité dans la description de ce triangle "amoureux" où le grand avocat tombe sous le charme d'une donzelle que fréquenta jadis son chauffeur. Manipulation et jalousie sont au programme, mais ne sont jamais vraiment concrétisés (sauf à la fin, trop facile et surtout trop attendue car déjà vue plusieurs fois chez Fontaine). Restent les prestations de Luchini, ni dans la caricature ni dans le contre-emploi, et du toujours impec Roschdy Zem, grand acteur qui ne fait pas de bruit mais s'impose un peu plus à chaque apparition. Quant à mademoiselle Bourgoin, puisqu'on ne parle que d'elle, elle est le révélateur d'un film dont les dialogues sont bien troussés mais tournent rapidement en rond : tout spectateur bassement attiré par les femmes finira par se concentrer sur sa splendide paire de guiboles plutôt que sur ce qui se dit. On sort du film un peu émoustillé mais pas vraiment rassasié.
5/10
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MAUVAISE FOI

Par les temps qui courent, la discrimination et le sectarisme sont des sujets malheureusement très à la mode. Alors, même s'il était difficile de douter de la bonne foi de ce Mauvaise foi, on pouvait craindre que le premier film de l'excellent Roschdy Zem ne soit qu'un message de tolérance convenu et sirupeux. Mais même s'il n'y a rien d'un chef d'oeuvre, Mauvaise foi vaut mieux que cela.
Zem et son coscénariste Pascal Elbé savent de quoi ils parlent : le premier est musulman, le second juif, et ils ont tous deux été confrontés à des situations délicates de par leur appartenance religieuse. Les deux mecs n'étant pas les derniers des ahuris, le sujet du film (un musulman et une juive vont avoir un bébé et tentent de faire accepter leur mixité à tout le monde, y compris à eux-mêmes) est traité avec une vraie délicatesse et une intelligence pratique plutôt que philosophique. Car si les intellectuels sont beaucoup parlé de la place de la religion dans la famille et de la possibilité de concilier plusieurs croyances différentes au sein d'un même foyer, tout cela ne constitue souvent qu'un débat superficiel et irréaliste. La grande qualité de Mauvaise foi, c'est de traiter un sujet pas évident avec un vrai premier degré pas dénué d'humour : comment annoncer à ses parents qu'on aime quelqu'un de "différent" ; comment faire cohabiter des traditions qui n'ont rien à voir ; comment vivre sa propre foi sans empiéter sur celle de l'autre... Et s'il ne prétend pas donner de réponse à toutes ces questions épineuses (heureusement), Roschdy Zem utilise son vécu pour montrer qu'il est possible de contourner les pièges du sectarisme. C'est souvent futé, parfois maladroit, et en tout cas assez drôle. Dans la première partie du moins, puisqu'ensuite le trait se durcit un peu, lorsque le jeune couple arrive à la conclusion qu'il n'y arrivera pas. Là, on rit moins, ou plus jaune. Jusqu'à une fin un peu irritante, qui fait naître un suspense un peu idiot avant de se terminer dans l'angélisme le plus total. C'est en même temps un autre atout du film : son optimisme à tout épreuve, son énergie communicative et son envie de croire à un monde un peu meilleur.
Si sa mise en scène a besoin de s'affirmer, Roschdy Zem démontre surtout qu'il est déjà un excellent directeur d'acteurs. Il s'est entouré de comédiens qu'il aime (outre lui-même, il y a également Pascal Elbé, JP Cassel et la mimi Leïla Bekhti). Et a choisi, pour le premier rôle féminin du film, l'actrice idéale : Cécile de France, meilleure que jamais, et vraiment très très belle. Elle achève de faire de Mauvaise foi un film malin et plaisant qui devrait trouver son public.
7/10
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INDIGÈNES

Surmédiatisation, battage plus politique que cinématographique, Indigènes avait tout d'un pétard mouillé. À entendre Rachid Bouchareb et ses comédiens, il était important de faire un tel film pour apporter un témoignage inédit et remettre les choses à leur place : non, les tirailleurs africains ne comptent pas pour du beurre. Un livre d'histoire géant, en somme.
Les intentions sont louables, le résultat imminent (notre cher président devrait relancer la machine en faveur des tirailleurs, et leur permettre de toucher enfin des indemnités décentes). Mais le cinéma, dans tout ça, allait-il trouver sa place? Pas gagné. Et pourtant, contrairement à nos craintes, Indigènes est bien un film, un vrai. Pas un chef d'oeuvre, mais quand même. Outre un témoignage édifiant et efficace, Rachid Bouchareb livre un récit fort et poignant, une aventure humaine déguisée en film de guerre, comme un mini Saving private Ryan (toutes proportions gardées). Sous les casques et derrière les uniformes, des êtres humains tentent tant bien que mal de se faire une place dans une société qui, déjà à l'époque, refusait de les intégrer. Si ce film à échelle humaine n'atteint jamais des sommets, c'est parce que le propos a quand même tendance à tout écraser sur son passage. Tellement d'injustices à dénoncer, tellement de choses à dire, que Bouchareb est un tout petit peu trop démonstratif. Du coup, c'est dans les dernières scènes, celles où les balles sifflent et où les corps inertes frappent le sol dans des bruits sourds, que le film se fait le plus poignant, le plus attirant. Là, l'équilibre entre cinéma et politique se fait, comme une évidence.
Le quintuple prix d'interprétation cannois, qui avait ajouté au buzz ambiant, semblait un peu facile. Il est vrai que chaque comédien est à fond dans son rôle, déterminé à bien faire passer chaque argument qu'il a à défendre. Un excès d'application qui prive leurs prestations de ces petites aspérités qui font les grands rôles. Bizarrement, c'est celui qui semble le moins concerné à l'écran qui s'en sort le mieux : monsieur Samy Nacéri, délinquant notoire aux yeux jaunes un peu suspects, est sans doute le plus efficace de la bande.
En fin de film, un carton rappellera à ceux qui l'ignoreraient encore (il y a des gens qui n'ont pas la télé, figurez-vous) que les pensions des tirailleurs africains sont honteusement moins élevées que celles de leurs camarades français de souche, et qu'aucune reconnaissance ne leur a été apportée. Effort louable mais un brin redondant, qui laisse à Indigènes un simple goût de devoir bien fait en lieu et place de l'émotion qu'il aurait du susciter. Il n'empêche : il est réellement permis de prendre un certain plaisir à ce spectacle souvent triste.
7/10
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Lancé en juin 2005 et vu comme un aide-mémoire destiné avant tout à m'éviter de tout oublier, Rob Gordon a toujours raison - dont le titre n'est pas à prendre au pied de la lettre - est un blog qui assume son côté parfois snob, élitiste ou mauvais esprit mais évolue toujours dans la sincérité la plus totale.

Rob Gordon
Sous le pseudonyme emprunté à Nick Hornby se cache Thomas Messias (profil Facebook), jeune prof de maths (eh ouais) né en 1984, écrivant également pour le site Écran Large à ses heures perdues et figurant au tableau des étoiles du site. Ni auteur ni cinéaste en herbe ni rien d'autre, je suis si peu créatif que je ne fais que critiquer le travail des autres.

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