"BIENVENUE AU ROYAUME DU PISSE-FROID INCULTE QUI EST AU CINEMA CE QUE PHILIPPE MANOEUVRE EST AU ROCK" (© Trollman)

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TOUT... SAUF EN FAMILLE

Drôle d'idée que de sortir Tout... sauf en famille un 31 décembre alors qu'il aurait tellement eu sa place le 24, film de Noël idéal car se déroulant le soir du réveillon et s'adressant à tous les publics... Grosso modo, c'est une sorte de Mon beau-père et moi en mode marathon, le couple vedette étant contraint de fêter Noël dans quatre foyers successifs. Il en découle un film très fragmenté, succession d'une demi-douzaine de sketches de qualité forcément inégale, grossièrement reliés par un fil rouge sentimental.
Mais le point fort du film n'est pas son scénario : ce sont ses acteurs, tous assez en forme. Et notamment Jon Favreau et le méconnu Tim McGraw, aussi hilarants que violents en frangins bourrins de Vince Vaughn, lequel ne semble pas réellement s'éclater dans la peau d'un personnage un peu rabat-joie, mal à l'aise dans une famille qui ne lui ressemble guère. La partie Favreau-McGraw (à laquelle il convient d'ajouter un Robert Duvall en verve) est sans doute la meilleure ; malheureusement, elle intervient très tôt dans le film, et les visites suivantes sembleront de plus en plus fades.
La suite, c'est vrai, ressemble à un ronéotype de Meet the parents, avec ses gags éculés mais qui fonctionnent (le vomi de bébé est toujours efficace quand on ne s'y attend pas) et ses mésaventures improbables. Le déclin progressif du film, qui reste néanmoins sympathique jusqu'à la fin, semble s'expliquer par l'obligation qu'a le réalisateur de conclure comme il se doit les problèmes de coeur qui gâchent le Noël du couple. Peur de l'engagement, paternité, etc. : on n'avait pas besoin d'une conclusion aussi pataude pour boucler un film qui avait su manier l'irrévérence dans sa première partie.
6/10
(également publié sur Écran Large)
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LE PRIX DE LA LOYAUTÉ

Un bon flic, un mauvais flic, une famille de flics, des réflexions de flics, des repas de flics, des atermoiements de flics. Voilà de quoi est fait Le prix de la loyauté, mauvais polar doublé d'un mauvais drame. Chaque scène, de la première à la dernière, donne l'impression d'avoir été vue ailleurs mille fois, et mille fois mieux. Et pas besoin de regarder loin en arrière, puisque La nuit nous appartient nous offrait l'an passé des thématiques semblables mais mieux traitées et des scènes d'actions identiques mais mieux foutues.
À vrai dire, on n'en peut plus de ces considérations pompeuses sur le dur métier de représentant de l'ordre et le respect de l'insigne. Il va sérieusement falloir penser à renouveler le genre. On a bien compris qu'il y avait des pourris partout mais qu'il y avait aussi de très gentils policiers aussi intègres qu'il est possible de l'être. On a également très bien assimilé le fait que les flics sont avant tout des êtres humains, avec leurs faiblesses et leurs sentiments. Le problème, c'est que le propos du Prix de la loyauté s'arrête là, aussi plat et vide de sens que son titre. On se tapera le repas familial avec la bonne vieille discussion sur "qu'est-ce que c'est au fond qu'être flic". On n'échappera pas à une scène de funérailles où le cercueil sera recouvert comme il se doit d'un beau drapeau américain, sous les regards émus des collègues et amis encore en vie. Pire que tout, Gavin O'Connor et son coscénariste Joe Carnahan (qu'on pensait plus fin que cela) croiront porter la tension jusqu'à son paroxysme en organisant in fine une émeute urbaine doublée d'un règlement de compte familial assez musclé, tout ceci arrivant comme un cheveu sur la soupe, juste pour offrir une fin marquante à un film qui s'était trainé deux heures durant. Là aussi, c'est raté. On n'y croit pas une seconde, affligé depuis bien longtemps.
Le miracle dans tout cela, c'est qu'Edward Norton et Colin Farrell ne ressortent pas trop amochés de ce mauvais film, ce qui n'est pas le cas de tout le monde (Jon Voight et surtout Noah Emmerich sont mauvais comme des cochons). Et qu'on se surprend, par endroits, à apprécier une mise en scène visiblement réfléchie, intelligemment découpée, mais malheureusement au service de pas grand chose d'intéressant. Voir Le prix de la loyauté peut, au choix, donner l'envie de se (re)taper quelques épisodes de The shield ou l'avant-dernier James Gray, ou de fuir à tout jamais les films sur les flics, si réussis par Lumet & co dans les années 70, et sur la pente descendante depuis.
3/10
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BENJAMIN GATES ET LE LIVRE DES SECRETS

World trade center. The wicker man. Ghost rider. Next. Voilà les quatre derniers films starring Nicolas Cage à avoir débarqué sur nos écrans. Forcément, si on le place à côté de cette liste de chefs d'oeuvre, Benjamin gates et le livre des secrets ressemble à un bon film. Et on aurait presque envie de le conseiller : à ceux qui n'ont jamais vu un Indiana Jones, qui cherchent un film moins ennuyeux qu'Astérix, qui veulent vérifier leurs bases en culture américaine... et c'est à peu près tout. On a déjà vu blockbuster plus scandaleux, mais cette suite en forme de jackpot reste un monument de mollesse et de trivialité qui en consternera plus d'un.
Derrière ce projet juteux, un homme : l'inoxydable Jerry Bruckheimer, gros bourrin enchaînant les succès sans erreur de parcours ou presque (commercialement parlant, du moins). Un homme capable d'engager des réalisateurs et des scénaristes aussi efficaces que modelables. Comme de plus en plus de films à gros budget, qui portent davantage la marque de leur producteur que celle de leurs metteur en images, Benjamin Gates et le livre des secrets est à n'en pas douter un film de Jerry Bruckheimer. Un bon gros machin calibré, ressemblant comme deux gouttes d'eau au premier épisode. Ni meilleur, ni moins bon. Le pire, c'est que ça donne l'impression que toute l'équipe est prête à tourner encore une dizaine d'aventures de Benjamin Gates sans jamais se lasser ni s'étonner de défendre encore et encore les mêmes rebondissements et les mêmes gags.
En se plaçant du point de vue d'un enfant de 10 ans, le film a, comme son prédécesseur, un défaut de taille : sa durée excessive. Deux pleines heures, c'est beaucoup trop. Même les mômes les plus dociles finiront par trouver le temps long devant ce spectacle qui n'en finit plus à force de donner dans la surenchère. Ce dernier mot semble d'ailleurs régir tout le film, tant au niveau des moyens que de la distribution. Que font là Harvey Keitel, Ed Harris, Bruce Greenwood, Helen Mirren? Besoin de refaire le papier peint du salon? Ou simple envie de faire les foufous dans une superproduction démesurée? En tout cas, ils semblent prendre un plaisir indéniable à participer à faire fonctionner cette grosse machine à dollars, beaucoup moins pédagogique que Bruckheimer ne voudrait le faire croire, mais exactement aussi lisse qu'elle en a l'air.
3/10
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TRANSFORMERS

Dans The island, Michael Bay laissait transparaître une certaine envie de maturité, comme s'il avait enfindécidé d'évoluer vers des univers moins puérils, s'éloignant peu à peu des films bourrins pour primates. Las : Transformers signe le retour malheureux du gros lourdaud des temps passés, celui qui saccage tout à force de mouvements de caméra improbables et inutiles et pollue ses films avec un humour fort dispensable.
Sous la houlette d'un producteur exécutif nommé Steven Spielberg, Bay a voulu faire de Transformers un vrai divertissement (comprendre : comédie et action) faisant le lien entre les générations. Résultat : un humour stupide et pas drôle (difficile de faire rire en même temps les enfants de dix ans et leurs mamies), un scénario d'une rare trivialité, et un consensualisme à toue épreuve. Les deux heures vingt du film (durée moyenne des films de Bay) semblent durer une éternité, et les efforts de Bay pour rythmer son film n'y changent rien. Confondant une nouvelle fois vitesse et précipitation, le neurasthénique d'Hollywood bouge sa caméra dans tous les sens, refusant tout plan fixe, et finit par donner littéralement la gerbe au spectateur à force de tournoyer dans tous les sens. Transformers constitue probablement la pire de ses mises en scène. Comme s'il avait voulu (selon ses propres critères) se sublimer, se dépasser, aller encore plus loin dans la surenchère (c'est-à-dire dépasser les bornes des limites). En auto-admiration permanente (ce que confirment les références multiples à ses "oeuvres" passées), Bay saccage tout sur son passage. C'est pourtant dommage : faire un peu profil bas lui aurait permis de mettre en valeur des effets spéciaux pour le moins éblouissants. Mais le montage est tel qu'on ne voit pas rien et qu'on finit, par ne plus comprendre grand chose (un comble pour un film aussi primaire). Accablé par un générique qui manie le second degré à la pelleteuse, le spectateur-victime sort lessivé et nauséeux de ce spectacle de pacotille, jurant - mais un peu tard - qu'on ne l'y reprendrait plus.
3/10
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Lancé en juin 2005 et vu comme un aide-mémoire destiné avant tout à m'éviter de tout oublier, Rob Gordon a toujours raison - dont le titre n'est pas à prendre au pied de la lettre - est un blog qui assume son côté parfois snob, élitiste ou mauvais esprit mais évolue toujours dans la sincérité la plus totale.

Rob Gordon
Sous le pseudonyme emprunté à Nick Hornby se cache Thomas Messias (profil Facebook), jeune prof de maths (eh ouais) né en 1984, écrivant également pour le site Écran Large à ses heures perdues et figurant au tableau des étoiles du site. Ni auteur ni cinéaste en herbe ni rien d'autre, je suis si peu créatif que je ne fais que critiquer le travail des autres.

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