"BIENVENUE AU ROYAUME DU PISSE-FROID INCULTE QUI EST AU CINEMA CE QUE PHILIPPE MANOEUVRE EST AU ROCK" (© Trollman)

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WANTED : CHOISIS TON DESTIN

Avant d'aller voir Wanted, il faut intégrer l'idée que c'est un film un peu con, un peu vulgos, carrément tocard sur les bords. Une fois ces principes bien assimilés, il est très facile d'entrer dans le premier film ricain de Timur Bekmambetov (oui, je sais l'écrire sans regarder, tout comme Apichatpong Weerasethakul, qui ne fait pas tout à fait le même genre de cinéma), après Night watch et Day watch, une trilogie tellement bancale qu'elle ne comporte que deux épisodes. Avec ses effets visuels pour ados attardés, son ton faussement cool plein de gros mots et d'expressions non reconnues par le petit Robert, et sa philosophie de vie assez grotesque, Wanted a tout pour être raillé et boudé. Ce serait se priver de deux heures d'un plaisir aussi immédiat que primaire.
Le scénar de Wanted pille allègrement les films estampillés "cultes" par les djeunz (ou ex-djeunz, en tout cas nés dans les années 80-90), c'est-à-dire le chef d'oeuvre mal compris Fight club (voir les séquences du début où le héros cafarde dans son open space en marmonnant des sentences pseudo-révolutionnaires), et surtout la trilogie Matrix des frères Wachowski. Du bullet time en veux-tu en voilà, plein de maximes faussement définitives, des sauts d'immeubles en immeubles... Mais voilà : le pillage en règle, tout comme l'esprit bas de plafond de l'ensemble, sont parfaitement assumés, à tel point que l'ensemble devient complètement jouissif. Ça défouraille joyeusement (la différence avec l'esprit Matrix, c'est qu'ici personne ne se prend au sérieux), et la présence d'un héros doué mais ne payant pas de mine provoque une identification immédiate pour le spectateur mâle. C'est un vrai cadeau qu'on lui fait ici : des flingues, du fric... et une Angelina Jolie dont le rôle est d'être complètement canon, fantasme façon FHM pour mâle en rut, dévoilant une chute de reins aussi parfaite que tatouée. En arrivant aux États-Unis, Bekmambetov a parfaitement cerné les envies du spectateur lambda.
Et puis, quand même, Wanted possède un vrai fil conducteur. Une histoire de société secrète (la spécialité du réalisateur), de destinée, de justice sommaire. On découvre également que ce n'est pas Dieu qui régule le destin, mais (roulements de tambour), le "métier à tisser du Destin"... Oui, c'est ridicule, mais ça fait complètement ton sur ton avec tout le reste. Comme James McAvoy (plus épatant de film en film), on découvre tout cela avec un étonnement teinté de consternation, avant d'oublier ses réserves pour aller céder aux sirènes du bling-bling et du bourrin spirit. On fera difficilement film plus pop corn cet été. Pas sûr en revanche que les deux suites (forcément improbables) qui vont en être tirées suite à son succès américain soient très utiles...
7/10
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PÉNÉLOPE

La différence physique est un sujet archi-rebattu, souvent propice à d'interminables atermoiements sur le thème de "faut de tout pour faire un monde" et "seule compte la beauté intérieure". Pourtant, de temps à autres, un Edward scissorhands ou un Elephant man viennent changer un peu la donne et teinter les messages de tolérance de féerie et de noirceur. C'est ce que tente Mark Palansky dans Pénélope : parler de la monstruosité, de ceux qui la vivent et de ceux qui la regardent. Avec un gros défaut tout de même : même avec un groin au milieu de la figure, Christina Ricci reste incommensurablement kawaï. Dès lors, il devient difficile de croire que tous les prétendants de Pénélope, sans exception, prennent leurs jambes à leur cou à la simple vue de son appendice nasal.
La force du film de Palansky, c'est qu'il ne se cantonne pas à un genre mais explore au contraire diverses pistes, de la comédie romantique jusqu'au fantastique, évitant ainsi d'être sans cesse comparé aux monuments cités plus haut. Porté par une Christina Ricci extrêmement convaincante à défaut d'être repoussante, le film est assez charmant (du moins dans sa première partie) à défaut de captiver vraiment. Malheureusement, le basculement vers le féerique a tendance à lui nuire, l'histoire autour de la conjuration du sort de Pénélope étant résolue avec une rare mollesse.
Avec ses quelques bizarreries et son ton désenchanté (symbolisé par le personnage du toujours excellent Peter Dinklage, un "homme de petite taille" insidieusement attiré par l'anomalie de la jeune femme), Pénélope fait tout de même penser à du Burton, la mise en scène en moins. Il y a dans tout ça un petit côté Big fish qui ne devrait pas déplaire aux fans les plus intégristes du monsieur. Et si le spectateur reste sur sa faim devant le manque de fantaisie de l'ensemble, il ne devrait pas regretter d'être entré dans la salle, même s'il n'était venu au départ que pour admirer l'appendice porcin de cette chère Pénélope.
4/10
(également publié sur Écran Large)
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REVIENS-MOI

On dit souvent qu'un ensemble vaut mieux que la somme des parties qui le composent. En ce qui concerne Reviens-moi, c'est on ne peut plus vrai. Si chaque domaine semble perfectible, on voit mal comment le film aurait pu être meilleur. Ce n'était pourtant pas gagné : de l'extérieur, le film de Joe Wright ressemblait à une énième bluette autour de l'histoire d'amour d'une infirmière et d'un soldat pendant la guerre. C'est en fait beaucoup plus que ça : adaptant un roman de Ian McEwan, Wright traite des apparences, du trouble, de l'existence et de l'inexistence, dans un drame sobre et réellement poignant.
La première partie du film relève à la fois de la comédie de moeurs, du polar à l'anglaise et de la tragédie grecque. Ou comment un concours de circonstances constitué de micro-accidents peut mener à la perte d'un ou plusieurs individus. Cruelle mais traitée de façon assez classique, cette première heure est assez satisfaisante. On pourrait s'agacer de la mise en scène un peu trop vaporeuse, ou du jeu un peu frêle du couple Knightley/McAvoy ; mais non. Tous les petits défauts du film tendent bizarrement à lui donner plus de charme, d'intérêt, d'originalité.
Vient la seconde moitié : deuxième guerre mondiale, loin des yeux près du coeur, tout le tintouin. Là encore, si l'on considère chaque scène indépendamment des autres, il y a de quoi crier au mélo, au cliché, au scandale. Mais non : pris dans sa globalité, Reviens-moi libère une pleine cargaison de frustration et de cruauté. Difficile d'en dire plus, tant le film slalome entre le très attendu et le très surprenant. Une chose est sûre : c'est beau. D'autant que la mise en scène de Wright finit par se révéler parfaitement adaptée au sujet. On n'aurait pas cru cela du réalisateur d'Orgueil et préjugés, qui révèle un potentiel insoupçonné. Le long plan-séquence sur la plage est un parfait exemple de son aptitude à concilier le très technique, le très brutal et le très émouvant. Même si d'autres films le mériteraient sans doute davantage, ça ressemble à s'y méprendre à un film à Oscars...
8/10
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LE DERNIER ROI D'ÉCOSSE

Franchement, y en a marre. Marre marre marre marre marre. marre de ces films larmoyants et tape-à-l'oeil qui prennent pour toile de fond des évènements historiques tragiques en mettant au premier plan une histoire personnelle en forme de guimauve. Dans Le dernier roi d'Écosse, malgré une vraie volonté de passer pour un humaniste (regardez comme c'est sale, un génocide), Kevin MacDonald semble surtout se passionner pour les états d'âme d'un blanc bec tête-à-claques qui quitte son Écosse natale pour aller découvrir l'Ouganda et finit par s'en vouloir à lui-même pour ne pas avoir compris plus tôt qu'Idi Amin Dada est un gros méchant.
Qu'on se rassure : à la fin du film, notre gentil blanc reprendra tranquillement l'avion vers son pays d'origine après avoir subi quelques exactions de la part de vilains noirs. On est bien content qu'il ait sauvé sa peau ; c'est vrai que c'est bien plus important que les trois cent mille morts du génocide ougandais. On a le droit d'avoir envie de gerber.
Alors qu'est-ce qui sauve le film de la catastrophe totale? Réponse : Amin Dada lui-même. Un personnage intéressant, en perpétuel conflit avec lui-même, charogne pleine de bonnes intentions. Forest Whitaker et son oeil mort donnent une vraie dimension à ce personnage assez méconnu. Typiquement le genre de rôle à Oscar : un personnage historique, charismatique et noir. Whitaker n'a pas volé sa statuette, même si sa prestation honnête ne révolutionne rien. Elle a en tout cas le mérite de désépaissir les putrides relents expulsés par le film de Kevin MacDonald.
4/10
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Lancé en juin 2005 et vu comme un aide-mémoire destiné avant tout à m'éviter de tout oublier, Rob Gordon a toujours raison - dont le titre n'est pas à prendre au pied de la lettre - est un blog qui assume son côté parfois snob, élitiste ou mauvais esprit mais évolue toujours dans la sincérité la plus totale.

Rob Gordon
Sous le pseudonyme emprunté à Nick Hornby se cache Thomas Messias (profil Facebook), jeune prof de maths (eh ouais) né en 1984, écrivant également pour le site Écran Large à ses heures perdues et figurant au tableau des étoiles du site. Ni auteur ni cinéaste en herbe ni rien d'autre, je suis si peu créatif que je ne fais que critiquer le travail des autres.

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