15 mai 2008

CLEANER

Ça commence plutôt bien. Après l'atrocissime Pacte du sang, Renny Harlin semble avoir retrouvé la raison, et s'amuse à nous raconter le quotidien d'un serial cleaner. La mise en scène est appliquée, le sujet amusant, et l'exposition de l'affaire policière intrigante. Vingt-cinq petites minutes somme toute assez divertissantes, qui vont hélas donner suite à une heure d'ennui mortel et de totales conventions. On voulait voir un film sur un nettoyeur de scènes de crimes, et voilà qu'on nous sert un polar façon TF1 avec flics ripoux et secrets naphtalinés. Le réveil de Renny n'est pas pour aujourd'hui.
Le pire, c'est que le Renny d'avant, dont la carrière a atteint son apogée avec l'hilarant Mindhunters , était le roi du plaisir coupable et du second degré plus ou moins involontaire (plutôt moins, d'ailleurs). Mais voilà que depuis deux films, il se fait juste ennuyeux, lénifiant, comme trop vieux pour un cinéma de genre trop exigeant pour lui. Point d'éclats de rire dans Cleaner, rien d'assez excessif pour séduire, et même pas tout à fait assez de sang. C'est bien de la jouer "film sage", mais quand même. À la base, les influences du film semblaient être les excellentes séries Six feet under (avec, outre le thème de la mort qui rode, quelques personnages secondaires très très ressemblants) et Dexter (avec son héros qui se fiche du sang comme de sa première culotte). Cleaner n'a malheureusement ni le style, ni la profondeur, ni le léger voile de subversion de ces deux séries. Pour passer à ce point à côté d'un sujet en or, il fallait soit être complètement dépourvu de talent, soit l'avoir fait exprès. Et Harlin n'a plus tout à fait le bénéfice du doute.
3/10

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25 janvier 2008

LIVE !

Live ! est un produit parfait pour ceux qui n'ont jamais vu la moindre minute de télé-réalité. Pas ceux qui affirment avec fierté qu'ils ne regardent pas ce genre de programme, avant de rentrer chez eux et de zapper sur les émissions de Benjamin Castaldi avec un irrépressible sentiment de culpabilité. Non, les vrais, les purs, ceux qui abhorrent l'idée même de la real TV à tel point qu'ils n'ont jamais eu la curiosité d'y jeter un oeil. Ceux-là seront peut-être convaincus par le cynisme artificiel qui se dégage de ce faux documentaire pas assez fin pour réellement épingler les producteurs les plus méprisants à l'égard du public.
Dans Live !, une productrice des plus canons parvient à lancer un nouveau type d'émission sur le thème de la roulette russe. Au bout du compte, cinq multi-millionnaires, et un macchabée. À partir de là, Bill Guttentag énumère soigneusement les différentes étapes de la fabrication d'un tel show, de slaloms juridiques en castings futés, jusqu'au fameux soir de la diffusion en direct. À l'arrivée, peu ou pas de surprise. Live ! manque soit d'excès, soit d'imagination ; mais tel quel, excepté le fait que l'on ne tue pas (encore) d'êtres humains sur les plateaux de télé, la subversion n'est pas au rendez-vous et les protagonistes ne sont pas assez cyniques pour êtres choquants ou attachants. Reste l'abattage d'Eva Mendes, qui séduit doublement en productrice aux dents longues. Mais même l'actrice ne peut rien face au manichéisme béat d'une fin moralisatrice qui ruine définitivement les intentions du réalisateur.
5/10

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01 décembre 2007

LA NUIT NOUS APPARTIENT

"We own the night" : c'est ce qu'on peut lire sur l'écusson qui orne les uniformes de la police new yorkaise. En vérité, le seul et unique homme à qui la nuit appartient, c'est James Gray, metteur en scène rare et précieux dont les drames polardeux mêlent sans cesse le sang et les larmes. Trois films en 12 ans, trois façons différentes (mais un peu cousines quand même) de filmer la nuit, d'utiliser l'obscurité comme un théâtre à ciel pas si ouvert. Les films de Gray devraient être projetés aux achluophobes (les gens qui ont peur du noir, bande d'ignares) : après ça, on n'a plus jamais envie que la lumière revienne, que le soleil refasse surface. C'est peut-être le premier défaut de Gray, et en particulier celui de La nuit nous appartient : le jour y est beaucoup moins bien filmé que la nuit. Non pas que les séquences diurnes soient spécialement moches (au contraire), mais elles sont immédiatement moins magiques que les autres.
Si La nuit nous appartient se distingue par rapport à Little Odessa ou The yards, c'est par les micro accidents qui émaillent le récit. On se croit parti pour une banale affaire de duel entre frères, du genre "gentil flic contre vilain patron de boîte", et puis pas du tout. Sans faire de son film un monument de suspense, Gray parvient à le rendre assez haletant. Petit exploit puisqu'il arrive en même temps à ménager une ambiance baroque et un faux rythme fait de longues plages d'attente et de brusques montées en puissance. Lorsqu'il accélère le tempo, Gray se fait grand, livrant par exemple une poursuite automobile sous la pluie absolument vertigineuse, la plus belle qu'on ait vu depuis... depuis... depuis.
La nuit nous appartient est donc un très beau film, et c'est difficilement contestable. On est cependant en droit de le trouver un brin moins bon que les deux précédents. Parce que la tragédie mise en place n'atteint pas tout à fait les sommets escomptés. Parce que le très joli casting est littéralement écrabouillé par l'abattage d'un seul et unique énergumène, monsieur Joaquin Phoenix, qui effectue une démonstration de puissance, de fragilité et de pur talent. Et parce qu'on s'est sans doute un peu habitué au style Gray, d'une remarquable constance qui deviendrait presque de la routine. Il est vrai que, question routine, on a déjà vu moins agréable.
8/10

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