25 juin 2008

AU BOUT DE LA NUIT

Rarement bien adapté au cinéma, James Ellroy débarque avec un scénario original, cosigné avec Kurt Wimmer (Ultraviolet, aïe). Et c'est David Ayer, un autre spécialiste des flics pourris et des magouilles en tous genres, qui se charge de mettre en scène. Aucun risque d'être trompé sur la marchandise : Au bout de la nuit porte à la fois la patte du romancier et celle du réalisateur. Aucun espoir n'est permis, tout le monde est pourri, la dépression règne sur chaque foyer, l'alcool ravage tout le monde, et l'honnêteté est un mot démodé. C'est là que se situe la grande limite d'un film qui ce complait dans la noirceur et l'absence d'illusions. Car si le style d'Ellroy permet souvent à ses romans de nous embarquer dans des spirales infernales et sans possibilité de rédemption, le passage à l'image occulte souvent ce talent-là, ne mettant plus en avant que ce qui ressemble fort à des clichés sur le monde des flics. Pas un hasard si la plupart des films ellroyiens (mis à part le grand L.A. Confidential) sont copieusement ratés, limite too much.
Pour autant, Au bout de la nuit n'est pas un mauvais film. Bien construit, assez mystérieux dans sa première partie, c'est une plongée assez convaincante dans les nuits d'un L.A. débarrassé de ses oripeaux. Et c'est surtout un déferlement de violence et de brutalité, filmé avec un réalisme sans second degré, une boucherie comme on n'en avait pas vu depuis fort longtemps. Les balles fusent, les corps aussi, et cela touche évidemment bien plus que dans un James Bond ou autre pur divertissement de ce genre. La deuxième partie atteint des sommets dans ce domaine, compensant ainsi la faiblesse d'un scénario qui finit par nous apprendre que, ô surprise, tous les flics sont corrompus et/ou manipulateurs. Une pirouette trop facile et attendue qui nuit réellement à la crédibilité de l'ensemble.
Côté interprétation, Keanu Reeves convainc dès qu'il n'a pas ses lunettes noires vissées sur le nez : là, on a l'impression de retrouver le Neo de la trilogie Matrix, et ça n'est pas très sérieux. Forest Whitaker est une nouvelle fois impeccable en grand chef dépassé (et aussi pourri que les autres, ne cherchez pas). Quant à Hugh Laurie, pour son premier vrai grand film depuis qu'il s'est fait connaître en docteur Greg House, il fait preuve d'une réelle aisance et pourrait bien signer avec ce rôle le début d'une longue aventure sur grand écran. C'est tout ce qu'on lui souhaite. Quant à James Ellroy, on ne saurait que lui conseiller de retourner écrire des romans sur les bas-fonds de Los Angeles et de continuer à dire un peu partout que le cinéma c'est nul, comme il aimait à le faire jusqu'à ce qu'on lui propose de jolis chèques pour adapter ses films au cinéma. Non mais.
5/10

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13 mai 2008

LE JOURNAL D'UNE BABY-SITTER

Du tandem Shari Springer Berman - Robert Pulcini (auteurs du bédéisé American splendor), on attendait un film singulier et décalé, d'autant que les deux auteurs nous avaient laissés sans nouvelles depuis 5 ans. Passé un premier quart d'heure amusant, qui nous montre notamment les différentes catégories de populations new-yorkaises comme des vitrines de musées, il faut bien se rendre à l'évidence : bien que fort sympathique, ce Journal d'une baby-sitter n'a absolument rien d'innovant. Il s'agit d'une bête petite comédie vaguement dramatique sur les affres d'une jeune femme qui se retrouve nounou (ou "nanny") le temps de faire le point sur ce qu'elle souhaite réellement faire de sa vie. Partant de ce point de départ, Berman et Pulcini vont exactement là où on les attend : il faudra apprivoiser un petit gamin méfiant, puis lutter avec des parents trop pressés pour aimer leur fils, avant de faire triompher la bonne vieille morale selon laquelle il n'y a rien de tel que l'amour d'une mère.
Cousu de fil blanc, donc ; pourtant, ce journal reste plutôt charmant et divertissant, même si sa dernière demi-heure se traîne sacrément. Principale responsable de ce non-naufrage : une certaine Scarlett Johansson, qui nous épatera toujours de par sa facilité à faire disparaître comme elle veut son costume de bombasse pour entrer dans la peau de jeunes femmes plus simples, toujours mimi mais quasiment passe-partout. C'est la différence entre elle et une cinquantaine d'autres actrices ou prétendues actrices qui trustent chaque année les classement FHM - Beauf magazine des plus belles femmes du monde. Face à elle, Laura Linney est extrêmement convaincante en mère débordée, d'autant qu'elle n'a finalement pas grand chose à défendre (et dieu sait qu'elle peut être mauvaise lorsqu'il s'agit pour elle de foncer dans le mélo). Quant à Paul Giamatti, dans le rôle du père absent, il est réduit par définition à une série de petites apparitions assez lugubres, voire inutiles.
Un certain Indiana Jones s'apprêtant dans une semaine à prendre possession du box-office, cette semaine de sorties est l'une des moins fournies qui soient (il faut dire que l'ouverture du festival de Cannes est souvent synonyme de vaches maigres, pauvres de nous). Alors, parmi les trois "grosses" sorties de ce mercredi, Le journal d'une baby-sitter a de quoi attirer quelques spectateurs en manque de pellicule. Il y a tout de même pire comme produit de substitution.
5/10

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06 août 2007

LES 4 FANTASTIQUES ET LE SURFER D'ARGENT

Une vague rumeur laissait penser que Les 4 fantastiques et le surfer d'argent (quel franglais tout pourri) était meilleur que Les 4 fantastiques tout court. Ça n'aurait en effet pas été bien difficile de faire mieux que ce film anecdotique, plus potache qu'autre chose. Mais voilà : au jeu du "on prend les mêmes et on recommence", c'est surtout la routine qui l'emporte. Les 4 fantastiques et le surfer d'argent est exactement aussi médiocre que le précédent, à tel point que cette constance est sans doute ce qu'il y a de plus éblouissant dans le film.
Tim Story revient avec une pleine cargaison de vannes et de situations foireuses, les gags potentiellement rigolos étant souvent désamorcés par la mièvrerie des interprètes (il faut absolument que Chris Evans arrête ce genre de rôle pour se consacrer à du plus solide, comme il l'avait si bien fait dans Sunshine ; il faut également que Jessica Alba et Ioan Gruffud arrêtent le cinéma). La mise en scène absolument transparente met idéalement en valeur des effets spéciaux tout juste corrects. L'audacieuse tentative de livrer un grand méchant en images de synthèse était gonflée, mais le surfe(u)r d'argent est aussi effrayant qu'une part de pizza. Quant à Julian McMahon, qui revient dans le rôle de Von Doom (Galactus en VF), il tend à confirmer qu'il n'a sa place que dans Nip/Tuck (attendez de le voir dans Prémonitions, vous allez rire). Pour le spectateur blasé, la courte durée du film (moins d'une heure trente) est une bénédiction, mais il faut bien reconnaître que cela nuit également au développement potentiel de l'embryon d'intrigue qui obstrue son milieu : à peine les problèmes exposés, ils sont résolus, et ni la tension (un bien grand mot) ni les méchants n'ont le temps de s'épanouir.
Reste à espérer que Tim Story arrête les frais et n'envisage pas un troisième volet ; les "numéro 3" étant souvent les plus mauvais, on n'ose même pas imaginer quel pourrait être le résultat.
3/10

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15 avril 2007

SUNSHINE

2001. Solaris. Alien. Sunshine? En le laissant mûrir un peu, en le faisant vieillir pour lui donner du corps, le nouveau Danny Boyle pourrait bien entrer dans le club très fermé des films référence en matière de science-fiction. Le postulat est des plus simples : pour éviter que notre soleil ne s'éteigne définitivement, une équipe de scientifiques est envoyée afin de lui injecter une bombe-suppositoire qui le fera redémarrer. Dit comme ça, on n'est pas loin d'Armageddon. Sauf que dès l'introduction, on comprend que Sunshine n'aura rien à voir avec du Michael Bay. Exposition du problème en cinq minutes, avec la plus précautionneuse des sobriétés. Pas le moindre sensationnalisme, aucune bannière américaine flottant dans le vent avec des pauvres terriens qui pleurnichent en attendant la fin du monde. À peu de choses près, Danny Boyle se refuse à filmer la Terre. Un parti pris aussi passionnant scénaristiquement que fascinant côté mise en scène : directement éclairé par la lumière du roi des astres, Sunshine est un monument d'esthétisme qui ne se contente pas de suivre ses glorieux aînés. Au détour d'un jardin d'oxygène, d'un bain de soleil ou d'un incendie, Boyle livre un spectacle faramineux, beau à couper le souffle, d'une profondeur visuelle infinie. Comme l'un des personnages, on resterait bien là à se gaver de lumière solaire pendant des heures.
Dans Sunshine, la beauté est partout. Pas seulement dans l'image. Le scénario d'Alex Garland même efficacité et concision pour un résultat des plus saisissants. Le corps du film emploie des péripéties vues ailleurs mais leur donne toujours une vraie épaisseur psychologique, se refusant une nouvelle fois à jouer la carte du grand spectacle. Les scènes d'action sont bien exécutées mais discrètes. car le vrai danger ne se situe pas à l'extérieur, mais bel et bien dans les têtes de nos scientifiques. C'est là que Sunshine touche au divin, dans un dernier tiers inconfortable donc génial, un The descent spatial sur fond de crise mystique, un lent changement d'horizon qui en froissera plus d'un. Mais peu importe : on nage alors bien au-delà du cinéma de SF pour s'envoler vers l'impalpable, quelque chose que seuls Kubrick et Tarkovski ont su faire auparavant. Voilà des années que l'on attendait une révolution pareille. On n'avait pas prévu qu'elle viendrait de Danny Boyle.
9/10

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