15 mai 2008

SEMI-PRO

Will Ferrell est l'un des types les plus drôles du monde. Il suffit de le regarder dans les yeux pour qu'arrive une envie irrépressible de se marrer. Will Ferrell n'a pas tout à fait une tête de con, mais disons qu'il n'a pas besoin de se forcer beaucoup. Et c'est pour ça qu'on l'aime.
On l'aime aussi parce qu'il sait s'écrire des rôles parfaits. Rappelez-vous Ron Burgundy, le présentateur-tocard. Et Ricky Bobby, le pilote de NASCAR tocard. Ou même, en retournant un peu en arrière, l'un des deux frangins d'Une nuit au Roxbury (oui, un tocard). Non-sens, absurde, grossièretés, stupidité massive, délires à foison, et un goût prononcé pour le ridicule. Mais pas le genre de ridicule qui gêne. Celui qui fait rire aux éclats, se taper sur les cuisses, faire pipi dans sa culotte. C'est ça, Will Ferrell : un auteur-acteur du tonnerre.
Sauf que voilà (bah oui, évidemment, il fallait bien un "sauf que voilà") : the Will ne joue pas que dans les films qu'il écrit. Ça peut donner l'hilarante prestation qu'il livre dans Serial noceurs ("Momma! Meat loaf!" à hurler en tapant des pieds). Ou alors, des films poliment rigolos mais pas franchement irrésistibles, comme Les rois du patin ou ce Semi-pro qui avait pourtant tout pour devenir un nouveau monument. Basket-ball et ambiance old school : pour sûr, ce film sentait bon le grand n'importe quoi. Par moments, on touche ce rêve du doigt, lorsque le joueur-entraîneur-président-promoteur des Flint Tropics, Jackie Moon (quel joli nom), pense moins à jouer au ballon qu'à attirer les spectateurs dans les salles. D'où une succession de petites scènes délicieusement incongrues, dont un combat avec un ours et autres joyeusetés.
Malheureusement, le film souffre des mêmes défauts que Les rois du patin. Il finit par se concentrer de façon un peu trop sérieuse (façon de parler) aux enjeux sportifs, et Dieu sait qu'on se fiche bien de voir les héros gagner ou non. Et il semble tellement écrit pour Ferrell qu'il néglige copieusement les seconds rôles. Même si peu habitués au genre, Woody Harrelson et André Benjamin auraient sans doute pu être hilarants, ou au moins servir idéalement la soupe à leur partenaire. Ils n'ont malheureusement que peu de choses à défendre, et ne semblent présents que pour combler les trous du scénario (alors qu'on s'en fout) et de l'équipe des Tropics. Dans Les rois du patin, on n'était pas mécontent d'échapper un peu au pas très drôle Jon Heder ; ici, on est un peu triste de passer à côté de ces deux acteurs de qualité.
Reste qu'un Ferrell un peu moyen donne toujours l'occasion de rire plus souvent qu'à son tour ; ce Semi-pro est tout de même un film souvent drôle et attachant, qui fait sympathiquement patienter en vue de l'explosif Step brothers, signant le retour de Will Ferrell l'auteur. On en salive d'avance.
6/10

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09 mai 2008

BATAILLE À SEATTLE

Certains films ont vraiment tout pour eux : un buzz assez favorable, un casting long comme le bras, un côté "indépendant mais pas trop", et un sujet susceptible d'ouvrir un peu les consciences. Et il s'en faut finalement de peu pour que Bataille à Seattle ne tienne son rang, puisque Stuart Townsend (excellent acteur de Shooting fish et Mauvaise passe, et monsieur Charlize Theron à la ville, le salaud) se donne corps et âme pour réussir son film. Sa mise en scène est d'ailleurs assez convaincante, malgré quelques envolées lyriques et musicales un peu de trop.
Non, l'immense défaut de Bataille à Seattle, c'est l'écriture des personnages. Tant pis si c'est un terme un peu fourre-tout, mais Townsend (également scénariste) livre un film choral autour de cet évènement qui fait un peu penser, du moins au départ, à l'argument de Bloody sunday (des manifs pacifistes tournent au vinaigre). Le problème, c'est que l'évolution et la psychologie des personnages sont si sommaires et stéréotypées que l'on n'y croit jamais vraiment, malgré la sincérité évidente d'un film qui ne demande qu'à être aimé. Ainsi donc, la journaliste cynique va soudainement découvrir qu'elle a un coeur, le gentil CRS va péter un plomb, la femme enceinte va ... (complétez vous-même : que se passe-t-il pour 90% des femmes enceintes, dans les drames à tendance sordide ?)
Ces trajectoires prévisibles, ainsi qu'un ton parfois trop candide, font clairement passer Bataille à Seattle à côté de sa cible. C'est d'autant plus regrettable que, s'il semble à l'aise derrière la caméra, Townsend est également un très bon directeur d'acteurs, tirant le meilleur d'un casting de comédiens potentiellement bons mais pas toujours bien exploités (de Michelle Rodriguez à Ray Liotta). Même s'ils ne peuvent pas faire grand chose pour faire disparaître les clichés qui règnent en maître sur le film, il lui donnent un caractère irrémédiablement attachant, qui donne envie de suivre de très près la suite de la carrière d'un metteur en scène qui gagnerait à se trouver des coscénaristes.
4/10

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