tag:blogger.com,1999:blog-139713562008-07-18T15:28:53.039+02:00Rob Gordon a toujours raisonRob Gordonhttp://www.blogger.com/profile/07197667670494414647noreply@blogger.comBlogger785125tag:blogger.com,1999:blog-13971356.post-83912654634697312162008-07-18T00:01:00.000+02:002008-07-18T00:01:02.151+02:00THE DARK KNIGHT - LE CHEVALIER NOIR<a href="http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/63/97/89/18949761.jpg"><img style="margin: 0px 10px 10px 0px; float: left; width: 200px;" alt="" src="http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/63/97/89/18949761.jpg" border="0" /></a> Les films de super-héros… leurs costumes en kevlar, leurs métaphores enfantines, leur noirceur temporaire. Tim Burton. Sam Raimi. Les autres. Une complète bande de ringards. Après un très honorable échauffement nommé <i style="">Batman begins</i>, Christopher Nolan met le feu à Gotham, à la pellicule et à notre système nerveux. <i style="">The dark knight</i> est un film intense, plein, acide et rond en bouche, une œuvre belle à pleurer, ambitieuse mais pas poseuse. Premier exploit de ce touche-à-tout de brio (que quelqu’un ose dire du mal de <i style="">Memento</i> ou du <a href="http://toujoursraison.blogspot.com/2006/11/le-prestige.html"><i style="">Prestige</i></a>) : ne pas céder à l’obsession habituelle (routinière) des metteurs en scène pour des univers surstylisés, avec décors noir charbon et cadres froids et implacables. Dès son ouverture (un hold-up, intérieur jour, filmé comme un polar, longue séquence ne payant pourtant pas de mine), il annonce la couleur : <i style="">The dark knight</i> sera un film noir, mais dans le sens le plus noble du terme, celui qu’affectionnent des auteurs comme James Ellroy.<br />Ainsi, la première heure fait quasiment de Batman et Bruce Wayne des personnages secondaires, des justiciers un peu niais mais dont l’autorité ne suffit pas (ou n’a jamais suffi). Au centre du film, deux êtres-clés. D’abord Harvey Dent, premier moteur du film, procureur borné et redoutable qui ne craint ni la politique-spectacle, ni les corps à corps. Ceux à qui l’univers batmanien n’est pas tout à fait étranger savent parfaitement de quoi est fait le destin de Dent. Ils n’ont pas idée de la puissance de son développement. Ensuite, le Joker, bête de somme et monstre de foire, se définissant lui-même comme un agent du chaos. Idée géniale, et pas des moindres : faire de ce <i style="">bad guy</i> un peu guignol une sorte d’empereur de l’anarchie, uniquement obsédé par la destruction et l’implosion du monde. Son jusqu’auboutisme a de quoi soulever les cœurs, révolter, donner la nausée. Nolan réinvente un personnage dont on croyait avoir fait le tour chez Burton ; avec tout le respect qui est dû au grand Jack Nicholson, Heath Ledger s’impose comme le seul et unique Joker, moins dans le grand-guignol que dans le malaise permanent. Il faut se rendre à l’évidence : ce type était déjà mort au moment de jouer dans <i style="">The dark knight</i>. Aucun vivant ne pouvait s’acquitter d’une telle prestation.<br />Dans ce film fleuve très touffu (trop, diront certains), Nolan orchestre avec sérénité une montée en puissance vers l’apocalypse, décrivant le duel Joker / Batman d’une façon stupéfiante. La plupart du temps, cet affrontement s’effectue à distance, avec très peu de scènes d’action ou de face à face véritable. Ce n’était pas utile : en une séquence d’interrogatoire, tout est dit. Et le ciel nous tombe sur la tête : Wayne a peur du Joker. Remballez vos illusions, vos rêves d’enfant, votre foi en l’existence d’un sauveur unique et invincible, capable de tous nous guider vers un monde moins pourri. Le côté obscur l’emportera, tôt ou tard. Et ça fait froid dans le dos. En attendant, on assiste, impuissant, à une spirale d’évènements tragiques, où sont également impliqués Rachel Dawes, au centre d’un triangle amoureux possiblement fatal (Maggie Gyllenhaal, qui remplace plus qu’avantageusement Katie Holmes), et le commissaire Gordon (stupéfiant Gary Oldman, plus important qu’il n’en a l’air). <i style="">The dark knight</i>, c’est du Ellroy, mais c’est également du Corneille, du Racine, du Rostand version hardcore. L’enchaînement dramatique du film montre que Nolan ne s’interdit rien, sauf de sombrer dans le tout-commerce et dans le sensationnel gratuit. La stratégie marketing n’a pas sa place ici : un troisième volet est toujours envisageable, et même souhaitable, mais le réalisateur et son frère et coscénariste se sont compliqué la tâche et ont fermé toutes les portes menant à une suite facile et prévisible. Leur culot est sans limite, mais n’éclipse jamais la beauté primale du film.<br />Car <i style="">The dark knight</i> est d’abord un film de toute beauté. Aux scènes d’action, Nolan préfère les explosions, ce qui esthétiquement parlant est un pur régal. Cela ne l’empêche pas de nous offrir quelques morceaux de bravoure assez tonitruants, dans lesquels il fait preuve d’une aisance qui tranche avec la pesanteur des numéros d’action qui ponctuaient <i style="">Batman begins</i>. C’est aussi un film sur la beauté de l’acte politique, qu’il soit démocratique et noble, ou anarchique et dégueulasse. L’action du Joker est haïssable mais magnifique ; on est loin du nihilisme de bas-étage des super vilains habituels, dont on s’est souvent fait une montagne un peu précipitamment. Indirectement, le Joker est à l’origine d’une réflexion en plusieurs actes sur l’amour, sa concrétisation et son évaporation. Stupéfiant. On est rarement sorti d’un film aussi envoûté, déchiré, dégoûté mais avide d’en reprendre plein la face pendant encore cent quarante-sept minutes.<br />Il serait bien trop simple de résumer <i style="">The dark knight</i> en affirmant sommairement que, comme dans la plupart des grandes sagas, le numéro 2 est toujours le meilleur. Ce serait oublier que ce film-là n’a guère besoin du précédent pour exister, qu’il s’agit d’abord une œuvre extraordinaire en tant que telle, et qu’il est permis de croire à un incroyable miracle voulant que le suivant soit encore mille fois meilleur. Au vu de la ténébreuse conclusion de celui-ci, si Chris Nolan a un peu de suite dans les idées (et il en a), ce troisième film a de quoi dynamiter le septième art et nos rétines. À une réserve près : ce sera un film sans Heath Ledger. Ce challenge est donc irréalisable. Et donc trop tentant. Les années à venir vont être diablement longues.<br /><strong><span style="color: rgb(255, 255, 255);">9/10</span></strong>Rob Gordonhttp://www.blogger.com/profile/07197667670494414647noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-13971356.post-77556459699656222422008-07-17T13:59:00.002+02:002008-07-17T14:03:44.537+02:00LES PROIES<a href="http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/66/06/06/18951196.jpg"><img style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; WIDTH: 200px; CURSOR: hand" alt="" src="http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/66/06/06/18951196.jpg" border="0" /></a>C’est ce qu’on appelle un <span style="font-style:italic;">survival</span>. Court, rapide, impitoyable, <span style="font-style:italic;">Les proies</span> est à l’image des balles qui font siffler nos oreilles et celles des héros. On a rarement vu scénario aussi simple et dépouillé : un type roule dans une région isolée et montagneuse, et se retrouve pris pour cible par des tireurs embusqués. Le principe est simple, puisque l’un tire, et l’autre court. Et c’est bigrement efficace pendant assez longtemps, d’autant que le réalisateur Gonzalo López-Gallego manie la caméra avec brio. Sa mise en scène reproduit à merveille le sentiment d’urgence qui anime le héros (les héros, en fait, puisqu’une jolie nana ne va pas tarder à se joindre à lui), qui n’a pour seule alternative que la fuite, encore et toujours.<br />Le film est totalement centré sur ce duel à distance. La simplicité du script est un atout réel, puisqu’on ne s’encombre quasiment pas de personnages secondaires et donc des dialogues qui font avec. Dans <span style="font-style:italic;">Les proies</span>, il peut facilement se passer dix minutes sans qu’un mot ne soit prononcé ; le mieux, c’est que personne ne s’en sera rendu compte, tant ce film à grand suspense, angoissant plus qu’effrayant, tient rivé à son siège. Du moins pendant une heure.<br />Car arrive ensuite l’instant fatidique où López-Gallego décide de quitter les proies pour épouser le point de vue des tireurs. Là, le film est dépossédé de toute sa force de suggestion, un peu comme si Spielberg avait terminé <span style="font-style:italic;">Duel</span> en filmant depuis la cabine du camion, et avec les commentaires du chauffeur routier en prime. Le seul atout de ce renversement, c’est qu’il nous offre une scène de traque en forme de vrai shoot’em up, avec images subjectives et rechargement comme sur une vieille borne d’arcade. Pour le reste, on se désintéresse pas mal du destin des personnages restants, comme si les chasseurs n’étaient plus assez mystérieux et que les proies n’étaient plus assez fragiles. Mais Gonzalo López-Gallego possède un vrai talent, et l’on reparlera de lui dans les années à venir.<br /><strong><span style="color:#ffffff;">6/10</span></strong>Rob Gordonhttp://www.blogger.com/profile/07197667670494414647noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-13971356.post-17055554374234405232008-07-17T12:02:00.000+02:002008-07-17T12:02:00.322+02:00GLORY TO THE FILMMAKER !<a href="http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/64/79/15/18949902.jpg"><img style="margin: 0px 10px 10px 0px; float: left; width: 200px;" alt="" src="http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/64/79/15/18949902.jpg" border="0" /></a>Il a bien fallu s'y résoudre : Takeshi Kitano a dit adieu aux drames et/ou polars beaux et simples dont il nous a abreuvés jusqu'au début des années 2000. Après un <a href="http://www.toujoursraison.com/2006/07/takeshis.html">Takeshis'</a> copieusement agaçant, le revoici donc avec ce <span style="font-style:italic;">Glory to the filmmaker !</span> dont le titre annonce bien la couleur. La première moitié du film est en effet une sorte d'auto-hommage parodique où Kitano retrace la carrière d'un cinéaste qui est à peu près lui en revisitant quelques-unes des scènes qui ont marqué son cinéma. Cet exercice burlesque et narcissique est souvent amusant mais montre rapidement les terribles limites de son auteur, dont on a l'impression qu'il va passer le reste de sa carrière à s'auto-congratuler pour ses oeuvres passées, sans jamais rien créer d'autre qu'un vague souffle de dérision.<br />Et puis, cédant sous le poids de l'ego et de la scatophilie de Kitano, <span style="font-style:italic;">Glory to the filmmaker !</span> se met à l'humour pipi-caca, avec à nouveau maintes références à d'autres univers (un énième gag utilisant le <span style="font-style:italic;">bullet time</span> de <span style="font-style:italic;"><a href="http://toujoursraison2.blogspot.com/2007/03/matrix.html">Matrix</a></span>) et même à des sujets d'actualité (dont le désormais célèbre coup de boule de Zidane sur Materazzi). Ces deux petits exemples, dont il semblait inconcevable qu'ils soient réunis dans un même film, montrent l'aberration du projet tout entier, une sorte de grand n'importe quoi voulant créer le mystère mais se révélant aussi sordide qu'un jeudi soir au Théâtre des Deux-Ânes, à écouter une bonne vieille revue de presse de Jean Roucas. Venant du type qui nous a offert <span style="font-style:italic;">Hana-bi</span> en d'autres temps, ça fait un tout petit peu de mal au coeur.<br /><strong><span style="color: rgb(255, 255, 255);">4/10</span></strong>Rob Gordonhttp://www.blogger.com/profile/07197667670494414647noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-13971356.post-90438553473777601442008-07-16T15:22:00.000+02:002008-07-16T15:22:00.772+02:00HAROLD & KUMAR S'ÉVADENT DE GUANTANAMO<a href="http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/65/41/75/18954236.jpg"><img style="margin: 0px 10px 10px 0px; float: left; width: 200px;" alt="" src="http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/65/41/75/18954236.jpg" border="0" /></a>Il y a deux ans, suite à une fringale due à une inhalation massive de fumées illicites, Harold Lee et Kumar Patel se mettaient en route pour White Castle, le plus prodigieux fast food du monde. Un milliard de mésaventures plus tard, ils parvenaient enfin à entrer dans le nirvana du burger, non sans l’aide de Neil Patrick Harris, qui avait pourtant commencé par leur voler leur voiture. Sortant en salles alors que le film précédent (<i>Harold &amp; Kumar chassent le burger</i>) n’avait pas eu cette chance, <i>Harold &amp; Kumar s’évadent de Guantanamo </i>reprend exactement dix minutes après la fin de celui-ci, les deux anti-héros projetant cette fois de partir à Amsterdam pour rejoindre la fille dont Harold est amoureux. Un rêve de courte durée puisqu’un quiproquo les mènera tout droit dans l’enfer de Guantanamo. On l’aura compris, le film de Jon Hurwitz et Hayden Schlossberg (déjà scénaristes du premier volet) est une comédie complètement idiote, poursuivant sur la voie des monuments régressifs que sont <i>Dumb and dumber</i> et <i>Eh mec ! elle est où ma caisse</i>. Sans jamais atteindre les sommets fixés par ces deux brillantes références, <i>Harold &amp; Kumar…</i>est cependant un très bon produit de substitution, qui procurera aux amateurs leur dose vitale d’humour con.<br />S’il vaut mieux avoir vu le premier épisode pour prendre plus de plaisir à renouer avec les personnages, tout le monde peut évidemment entrer dans le film sans peine, l’intrigue n’étant pas l’élément clé du genre. Elle est cependant assez bien construite, l’évasion de Harold et Kumar donnant lieu à un road movie à travers les Etats-Unis, l’occasion pour les auteurs de dépeindre avec délectation la frange la plus raciste du pays. Pas sûr que leur description soit si excessive que ça… En tout cas, elle donne lieu à un paquet de gags sur la discrimination (les héros étant respectivement d’origine coréenne et indienne) aussi bien sentis qu’hilarants. Quand à nos deux compères, ils enchaînent les aventures et les rencontres avec une frénésie assez réjouissante, même si l’inspiration des auteurs est très variable. Parmi les grands moments du film : une soirée « chatte à l’air », une partie à trois avec un sachet d’herbe géant, et une rencontre inopinée avec un jeune cyclope. Tout est dit : <i>Harold &amp; Kumar s’évadent de Guantanamo</i>, c’est du n’importe quoi pur sucre, de l’humour bas de plafond, des zizis et des foufounes à tout va. Bon appétit. <br /><strong><span style="color: rgb(255, 255, 255);">6/10</span></strong><br /><span style="font-style: italic;">(également publié sur <a href="http://www.ecranlarge.com/">Écran Large</a>)</span>Rob Gordonhttp://www.blogger.com/profile/07197667670494414647noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-13971356.post-46640348097509185752008-07-15T16:31:00.001+02:002008-07-15T16:31:00.284+02:00WANTED : CHOISIS TON DESTIN<a href="http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/65/29/04/18939066.jpg"><img style="margin: 0px 10px 10px 0px; float: left; width: 200px;" alt="" src="http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/65/29/04/18939066.jpg" border="0" /></a>Avant d'aller voir <span style="font-style: italic;">Wanted</span>, il faut intégrer l'idée que c'est un film un peu con, un peu vulgos, carrément tocard sur les bords. Une fois ces principes bien assimilés, il est très facile d'entrer dans le premier film ricain de Timur Bekmambetov (oui, je sais l'écrire sans regarder, tout comme Apichatpong Weerasethakul, qui ne fait pas tout à fait le même genre de cinéma), après <span style="font-style: italic;">Night watch</span> et <span style="font-style: italic;"><a href="http://www.toujoursraison.com/2008/01/day-watch.html">Day watch</a></span>, une trilogie tellement bancale qu'elle ne comporte que deux épisodes. Avec ses effets visuels pour ados attardés, son ton faussement cool plein de gros mots et d'expressions non reconnues par le petit Robert, et sa philosophie de vie assez grotesque, <span style="font-style: italic;">Wanted</span> a tout pour être raillé et boudé. Ce serait se priver de deux heures d'un plaisir aussi immédiat que primaire.<br />Le scénar de <span style="font-style: italic;">Wanted</span> pille allègrement les films estampillés "cultes" par les djeunz (ou ex-djeunz, en tout cas nés dans les années 80-90), c'est-à-dire le chef d'oeuvre mal compris <span style="font-style: italic;">Fight club</span> (voir les séquences du début où le héros cafarde dans son open space en marmonnant des sentences pseudo-révolutionnaires), et surtout la trilogie <span style="font-style: italic;"><a href="http://toujoursraison2.blogspot.com/2007/03/matrix.html">Matrix</a></span> des frères Wachowski. Du <span style="font-style: italic;">bullet time</span> en veux-tu en voilà, plein de maximes faussement définitives, des sauts d'immeubles en immeubles... Mais voilà : le pillage en règle, tout comme l'esprit bas de plafond de l'ensemble, sont parfaitement assumés, à tel point que l'ensemble devient complètement jouissif. Ça défouraille joyeusement (la différence avec l'esprit <span style="font-style:italic;">Matrix</span>, c'est qu'ici personne ne se prend au sérieux), et la présence d'un héros doué mais ne payant pas de mine provoque une identification immédiate pour le spectateur mâle. C'est un vrai cadeau qu'on lui fait ici : des flingues, du fric... et une Angelina Jolie dont le rôle est d'être complètement canon, fantasme façon FHM pour mâle en rut, dévoilant une chute de reins aussi parfaite que tatouée. En arrivant aux États-Unis, Bekmambetov a parfaitement cerné les envies du spectateur lambda.<br />Et puis, quand même, <span style="font-style:italic;">Wanted</span> possède un vrai fil conducteur. Une histoire de société secrète (la spécialité du réalisateur), de destinée, de justice sommaire. On découvre également que ce n'est pas Dieu qui régule le destin, mais (roulements de tambour), le "métier à tisser du Destin"... Oui, c'est ridicule, mais ça fait complètement ton sur ton avec tout le reste. Comme James McAvoy (plus épatant de film en film), on découvre tout cela avec un étonnement teinté de consternation, avant d'oublier ses réserves pour aller céder aux sirènes du bling-bling et du <span style="font-style:italic;">bourrin spirit</span>. On fera difficilement film plus pop corn cet été. Pas sûr en revanche que les deux suites (forcément improbables) qui vont en être tirées suite à son succès américain soient très utiles...<br /><strong><span style="color: rgb(255, 255, 255);">7/10</span></strong>Rob Gordonhttp://www.blogger.com/profile/07197667670494414647noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-13971356.post-29758548577258207302008-07-14T10:01:00.000+02:002008-07-14T10:01:00.852+02:00WALL-E<a href="http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/63/93/01/18948378.jpg"><img style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; WIDTH: 200px; CURSOR: hand" alt="" src="http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/63/93/01/18948378.jpg" border="0" /></a>L'an dernier, l'univers tout entier s'extasiait devant les aventures incroyables (hum), hilarantes (hum) et touchantes (hum) d'un rat parisien devenu roi de la cuisine. Pixar avait à nouveau réussi son pari : faire briller les yeux des gens, ébahis par un sens révolutionnaire de la morale (hum) et un savoir-faire technique irréprochable (du genre "waow, c'est dingue, les poils on dirait des vrais"). Ne manquait qu'un peu d'humanité, de matière, d'esprit pour faire un vrai film capable de ne pas toucher que les milliards d'ados attardés dont l'angélisme pollue un peu trop notre planète. Arrive Wall-E, petit robot ménager ressemblant d'assez près à son vieil oncle Johnny 5, et dernier locataire d'une Terre étonnamment vidée de sa population. De quoi s'attendre à un nouveau feu d'artifice technique (du genre "waow, les boulons, on dirait des vrais") et à une morale aussi belle que rebelle, nageant quelque part entre l'insupportable Yann Arthus-Bertrand et le lourdaud Nicolas Hulot.<br />L'erreur, c'est que <span style="font-style:italic;">Wall-E</span> n'est pas un film d'animation. C'est un film tout court, qui s'assume en tant que tel, et a le courage de ne plus se planquer derrière la beauté de ses images et l'universalité de son message bien coloré. Scénariste et réalisateur du film, Andrew Stanton y révèle un talent bien plus profond que celui de simple animateur de bonshommes et de robots. Son oeuvre convoque Arthur C. Clarke, Jacques Tati, Stanley Kubrick et Andrei Tarkovski. <span style="font-style:italic;">Wall-E</span> est un film visionnaire, en toute humilité, et va bien au-delà de ce que même les fans les plus extrémistes pouvaient attendre d'un Pixar.<br />Deux parties : largement reprise dans l'assommante campagne promotionnelle, la première se déroule donc sur Terre, avec ce petit Wall-E qui tue le temps en rangeant la planète et en collectant les objets insolites qu'il trouve sur son passage. Seul compagnon : une sauterelle. Pas besoin d'être Einstein pour comprendre que tout le début du film est muet, sauf à considérer les trois mots prononcés par le héros d'acier avec sa voix électronique. Comme dans un <span style="font-style:italic;"><a href="http://www.toujoursraison.com/2007/12/je-suis-une-lgende.html">Je suis une légende</a></span> version drôle, on suit Wall-E au gré de ses micro-aventures burlesques, chaplinesques, d'une naïveté confondante qui provoque à la fois des crises de rire et une intense émotion. On aura rarement vu autant de nostalgie que dans les yeux de ce petit être si sensible alors qu'il aurait dû être inanimé et complètement froid. À vrai dire, on passerait bien une heure et demie avec lui, à trier des déchets et à engranger les souvenirs d'un temps où les humains vivaient dans le bonheur (ou dans son illusion). Mais voilà qu'arrive Eve, robot femme, glacée et aux réactions épidermiques, qui vient ravager le coeur de Wall-E et tenter d'accomplir une mission mystère sur la Terre. Toujours aussi muet que le début (peu d'autres mots que "Wall-E" et "Eve" sont prononcés), ce chapitre annonce la mutation d'un film toujours plus inattendu. À l'anticipation se mêle une romance intense et compliquée, proprement bouleversante, qui va nous mener imperceptiblement vers la deuxième moitié de ce <span style="font-style:italic;">Wall-E</span> qui nous a déjà conquis depuis fort longtemps.<br />Seulement voilà : comment faire plus beau et plus fort que cette première partie parfaite mais humaine ? Comment ne pas rompre cette magie, puisque d'autres personnages et d'autres enjeux vont forcément apparaître ? La réponse d'Andrew Stanton est fort simple : il suffit d'avoir un talent monstre et un regard affûté. Cette bifurcation, qu'il faut absolument découvrir par soi-même, apporte la preuve irréfutable du caractère visionnaire de cette oeuvre. La vision du futur est glaçante et crédible, très poussée mais pas caricaturale. Dans ces nouveaux décors, Wall-E et Eve vont se débattre et tenter d'arriver à leurs fins, à travers une nouvelle montée en puissance étourdissante et irrésistible. L'ambition de Pixar et de Stanton a été revue à la hausse : <span style="font-style:italic;">Wall-E</span> n'est clairement pas un film pour les enfants. Certes, ils apprécieront les gags les plus accessibles (Wall-E qui se casse la figure, Wall-E qui joue au jokari...) et les quelques courses-poursuites qui jalonnent cette deuxième partie, mais le propos et le génie de l'ensemble leur échapperont complètement. D'autant qu'en cohérence avec les thèmes abordés, le film refuse l'obsession de l'exploitation commerciale, refusant d'aligner des hordes de personnages secondaires gaffeurs clairement identifiés, avec chacun son nom et sa personnalité. Poursuivant un objectif plus marqué et plus haut placé, Stanton ne s'attarde pas sur ce genre de vignettes qui rendent les films amusants mais les détournent de leur voie.<br />Il est impossible d'en raconter davantage sur la construction dramatique du film, mais <span style="font-style:italic;">Wall-E</span> atteint en tout cas de vrais sommets dans sa description de l'univers et de ce que nous en avons fait. Il y a bien une morale, mais celle-ci n'est pas martelée façon Disney. Tant pis pour la répétition : <span style="font-style:italic;">Wall-E</span> n'est pas un film d'animation, c'est un film tout court. Une brillante oeuvre de SF qui mêle à son ingrédient de départ un sérieux soupçon de romance et un gros bloc de tragicomique. Mise en scène admirable et inventive, refus des concessions : <span style="font-style:italic;">Wall-E</span> est capable de séduire un public exigeant, qui fait habituellement la moue devant les produits animés. Les marmots, eux, seront peut-être moins conquis. Pas grave : il suffira, en rentrant à la maison, de les coller devant le poste et de leur mettre pour la 217ème fois une gentille connerie façon <span style="font-style:italic;"><a href="http://toujoursraison.blogspot.com/2006/06/cars.html">Cars</a></span> ou <span style="font-style:italic;">Le monde de Nemo</span>, et ils auront totalement oublié ce très grand film bien trop intelligent pour eux.<br /><strong><span style="color:#ffffff;">9/10</span></strong>Rob Gordonhttp://www.blogger.com/profile/07197667670494414647noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-13971356.post-73997165095392231512008-07-13T14:41:00.000+02:002008-07-13T15:31:28.013+02:00KUNG FU PANDA<a href="http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/36/20/29/18944269.jpg"><img style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; WIDTH: 200px; CURSOR: hand" alt="" src="http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/36/20/29/18944269.jpg" border="0" /></a>L'an dernier, Jerry Seinfeld était arrivé à Cannes en abeille pour promouvoir un <span style="font-style:italic;"><a href="http://www.toujoursraison.com/2007/12/bee-movie-drle-dabeille.html">Bee movie</a></span> extrêmement sympathique. En 2008, c'est Jack Black et une <a href="http://img91.imageshack.us/img91/3686/jackblacklll5.jpg">armée de pandas</a> qui ont débarqué sur la Croisette, créant un gigantesque élan d'enthousiasme à propos du dernier dessin animé Dreamworks. Pardon, pas dessin animé, film d'animation, on va encore me taper sur les doigts. Toujours est-il que la légendaire coolitude de Black et une savoureuse bande-annonce (les bandes-annonces, rappelons que c'est nul, mais qu'à toute règle correspond une exception) donnaient sacrément envie de voir ce gros panda bien balourd en découdre avec les dieux du kung-fu. C'est en effet très réussi : Po est l'anti-héros parfait, le gros paresseux tapi en chacun de nous, celui qui remet toujours au lendemain les séances de footing et d'entraînements divers et variés, et qui sert des bols de nouilles alors que son destin est tout autre. <span style="font-style:italic;">Kung fu panda</span> exprime cette médiocrité latente avec une efficacité assez terrible. On ne s'identifie pas tous les jours à un héros de dess... film d'animation, après tout.<br />Personnages bien caractérisés, situations vraiment drôles, animation chiadée juste comme il faut : <span style="font-style:italic;">Kung fu panda</span> est un spectacle des plus équilibrés, qui fait dans le divertissement le plus total mais a tout de même oublié d'être con. Ce panda-là est un personnage en or, qui parle à chacun de nous et est à l'origine d'un demi-million de catastrophes. D'ailleurs, la qualité des scènes où il n'apparaît pas s'en ressente ; elles constituent le gros point faible de ce film qui aurait peut-être dû se focaliser encore plus sur lui. Des temps morts qui permettent simplement de reprendre son souffle en attendant la prochaine gaffe du panda, souvent propice à de sincères éclats de rire. Il est tout de même bien aidé par quelques serveurs de soupe assez tordants, et notamment un maître Shifu doublé avec conviction par un Dustin Hoffman qui n'en finit plus de s'amuser. <br /><span style="font-style:italic;">Kung fu panda</span> confirme en tout cas qu'il faut cesser de comparer à tout prix les productions Dreamworks et Pixar. Clairement, les objectifs visés ne sont pas les mêmes, puisqu'un tel film, comme d'ailleurs <span style="font-style:italic;">Bee movie</span> l'an dernier, est basé sur une recette faite de 90% d'<span style="font-style:italic;">entertainment</span> et 10% d'esprit plus adulte, tandis que des films comme <span style="font-style:italic;"><a href="http://toujoursraison.blogspot.com/2007/07/ratatouille.html">Ratatouille</a></span> ou l'excellent <span style="font-style:italic;">Wall-E</span> tentent une fois par an de toucher au divin et de faire encore mieux que les films <span style="font-style:italic;">live</span> qui nous sont proposés toutes les semaines. Deux missions fort nobles, plus complémentaires que concurrentes. Il serait tout de même dommage de se priver d'une rigolade toute simple comme celle-ci.<br /><strong><span style="color:#ffffff;">7/10</span></strong>Rob Gordonhttp://www.blogger.com/profile/07197667670494414647noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-13971356.post-32915329978967381032008-07-12T11:46:00.000+02:002008-07-12T11:46:00.159+02:00HANCOCK<a href="http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/65/68/94/18957467.jpg"><img style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; WIDTH: 200px; CURSOR: hand" alt="" src="http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/65/68/94/18957467.jpg" border="0" /></a>Ça commence à se savoir : dans <span style="font-style:italic;">Hancock</span>, Will Smith incarne un super-héros pas comme les autres, puisqu’il est aussi alcoolo qu’impopulaire. Heureusement qu’un conseiller en communication va se charger de son dossier. Voilà un résumé assez fidèle de la première partie du nouveau Peter Berg, puisqu’on y voit en effet un Hancock d’abord bourru et bourrin, qui se force ensuite à être courtois avec tout le monde et à ne pas tout démolir lorsqu’il arrête un méchant. L’idée est bonne, le traitement correct. Dès le début, on sent pourtant qu’une telle idée aurait pu donner film plus percutant, tant sur le plan de l’action qu’au niveau humour. Chaque petit gag est étiré et répété, signe probable d’un manque d’inspiration des scénaristes. Et comme les effets spéciaux laissent à désirer, ces trois premiers quarts d’heure ressemblent furieusement à leur anti-héros, sympathiques mais terriblement brouillons.<br />C’est dans ce qui suit que <span style="font-style:italic;">Hancock</span> trouve un temps sa véritable vitesse de croisière. Une révélation assez inattendue (et qu’il convient de ne pas révéler, un peu de tenue) vient bouleverser le film et dévier cette simple histoire de blason à redorer vers quelque chose de possiblement plus profond et plus rigolo. Pendant une dizaine de minutes, on se prend à rêver que le film décolle pour de bon et devienne enfin le monument de coolitude et de drôlerie qui nous était promis. Mais après une excellente scène faisant appel à quelques ustensiles de cuisine, Berg embraye en nous révélant la mythologie hancockienne avec une gravité malvenue. Dès lors, tout le monde semble un peu avoir oublié qu’il s’agit avant tout d’une comédie, et il faut se farcir quelques fusillades sans intérêt pour retrouver la bonne humeur du début. Il est assez énervant de voir le ton du film faire des montagnes russes, d’autant que les scènes d’action sont incroyablement mal filmées. Étonnant de la part d’un Berg qui avait livré l’an passé un <span style="font-style:italic;"><a href="http://toujoursraison.blogspot.com/2007/11/le-royaume.html">Royaume</a></span> techniquement irréprochable.<br />Durant moins d’une heure et demie, le film paraît presque trop court, pas parce qu’on ne s’y ennuie jamais, mais parce qu’on n’en retiendra finalement assez peu de scènes mémorables, le reste ne constituant qu’un gentil remplissage qui fait souvent sourire à défaut d’autre chose. La frustration l’emporte, en dépit des prestations impeccables des trois acteurs principaux. Will Smith est évidemment à son aise en mister Cool, mais le fait avec une maturité qu’on lui découvre de film en film. Charlize Theron est de plus en plus explosive à mesure que les bobines s’enchaînent. Quant à Jason Bateman, condamné par le script à passer un peu inaperçu lors de la seconde moitié du film, il confirme néanmoins tout le bien qu’en pensent les fans d’<span style="font-style:italic;">Arrested development</span> et les quelques rares autres à avoir retenu son nom. Ce trio-là permet à <span style="font-style:italic;">Hancock</span> d’être un divertissement pas dégueulasse, évidemment bien meilleur que son cousin <span style="font-style:italic;"><a href="http://toujoursraison.blogspot.com/2006/09/ma-super-ex.html">Ma super ex</a></span>, et qui devrait donner quelques leçons d’humour au Doug Liman de <span style="font-style:italic;"><a href="http://www.toujoursraison.com/2008/02/jumper.html">Jumper</a></span>.<br /><strong><span style="color:#ffffff;">5/10</span></strong>Rob Gordonhttp://www.blogger.com/profile/07197667670494414647noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-13971356.post-52825961997970621442008-07-11T18:26:00.006+02:002008-07-11T18:35:27.926+02:00Rob Gordon a vu THE DARK KNIGHT...<a href="http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/medias/nmedia/18/63/97/89/18960322.jpg"><img style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; WIDTH: 385px; CURSOR: hand" alt="" src="http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/medias/nmedia/18/63/97/89/18960322.jpg" border="0" /></a>...mais il n'a pas le droit d'en parler avant le 18 juillet (il a signé avec son sang et tout et tout). Rendez-vous donc à cette date, ici même, pour une critique exclusive (et, je peux quand même le dire, très très positive).<br /><br /><p><br /></p>Rob Gordonhttp://www.blogger.com/profile/07197667670494414647noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-13971356.post-77099990093124688342008-07-11T11:05:00.000+02:002008-07-11T11:31:48.014+02:00LE VOYAGE AUX PYRÉNÉES<a href="http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/66/48/67/18949154.jpg"><img style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; WIDTH: 200px; CURSOR: hand" alt="" src="http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/66/48/67/18949154.jpg" border="0" /></a>Pour pénétrer l’univers de Jean-Marie et Arnaud Larrieu, il faut habituellement accepter que la gravité soit traitée avec loufoquerie et la loufoquerie avec gravité, dans une sorte d’équilibre à la fois primaire et subtil. Taratata : <em>Le voyage aux Pyrénées</em>, c’est du loufoque ascendant loufoque, cent minutes délirantes qui rebondissent régulièrement au gré de situations tellement improbables qu’elles finissent par devenir complètement absurdes. Un ton bizarre mais assumé de la part des frangins, qui s’offrent un fil mineur en forme de vacances dans cette région qu’ils chérissent tant.<br />Que les fans d’un cinéma français bien poli soient prévenus : <em>Le voyage aux Pyrénées</em>, c’est un trip auteuriste mais inconfortable, qui revendique ses moments les plus ridicules avec un aplomb déconcertant. On peut légitimement se lasser de la surenchère perpétuelle dans laquelle se lance le scénario, ainsi que de son absence totale de fil conducteur. On peut également regretter le temps où ce ton si particulier n’était pas le centre même des films des frères Larrieu. On nage en pleine fantaisie, et il semble difficile d’en tirer un quelconque enseignement ou d’en garder un petit morceau avec soi, comme c’est souvent le cas pour les films ayant un minimum d’épaisseur.<br />Mais voilà : on a beau trépigner, s’impatienter par endroits, Larrieu & Larrieu nous reconquièrent régulièrement grâce à quelques séquences irrésistibles ou à des détails savoureux auxquels on aime à s’accrocher. Tout cela ressemble furieusement à de l’écriture automatique, qu’on croise un faux ours, un tibétain amateur de champignons ou qu’on aille encore beaucoup plus loin dans l’étrange (dernier quart d’heure très très charmant ou très très agaçant, c’est selon). La fin est magnifique, confirmant le talent de monsieur Darroussin quel que soit le registre où il évolue, ainsi que celui de mademoiselle Azéma lorsqu’elle est bien dirigée (c’est-à-dire un peu bridée mais pas trop, érotisée mais pas hystérisée). On espère revoir ce beau duo le plus vite possible chez les Larrieu, de préférence dans une œuvre un peu plus consistante que celle-ci.<br /><strong><span style="color:#ffffff;">6/10</span></strong>Rob Gordonhttp://www.blogger.com/profile/07197667670494414647noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-13971356.post-40214466681267357842008-07-10T16:27:00.004+02:002008-07-10T16:37:57.172+02:00LE BRUIT DES GENS AUTOUR<a href="http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/66/19/15/18949871.jpg"><img style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; WIDTH: 200px; CURSOR: hand" alt="" src="http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/66/19/15/18949871.jpg" border="0" /></a>Non, Diastème n’est pas un tragédien grec, mais un artiste multicarte, principalement auteur de théâtre, lui qui fut également critique pour le magazine Première (qui, à l’époque, parlait encore de cinéma). <em>Le bruit des gens autour</em> s’inspire directement d’ambiances dans lesquelles il s’est immergé au cours de nombreux été : le festival d’Avignon, son effervescence et ses à-côtés. Le film suit un bon paquet de personnages qui se débattent entre leurs activités artistiques et leurs soucis personnels, dans une espèce de grande tambouille passionnée et souvent enthousiasmante. Inexplicablement, on n’a jamais vraiment l’impression d’assister à un film choral au sens classique du terme, tant les situations s’enchaînent et s’emmêlent non sans grâce.<br />Il y avait de quoi craindre que cette peinture d’un microcosme tout à fait particulier soit poseuse et un rien méprisante, comme ces discours des Molière qui débutent par « <em>Nous, les gens du théââââtre</em> ». Ce qui frappe au contraire, c’est la grande modestie avec laquelle Diastème dresse ces portraits, comme s’il avait lui-même soupé de l’élitisme primaire qui frappe un peu trop souvent les théâtreux. Avignon, le off, le in, les spectateurs et les techniciens, tout se mélange avec facilité et harmonie. Ne pas s’attendre à de gros rebondissements ou à une escalade dramatique : <em>Le bruit des gens autour</em> est d’abord une petite brise d’été, souvent légère et souvent poignante, qui n’entend pas raconter de grandes choses mais vise d’abord l’authentique, l’intime, l’humain. Aérienne et volubile, la mise en scène de Diastème tourne avec grâce autour de personnages qu’on aimerait accompagner plus longtemps encore.<br />Le film n’est évidemment pas parfait, et ne cherche surtout pas à l’être. On sent en fin de course que l’auteur peine à trouver comment quitter les êtres qu’il a créés et quelle conclusion donner à leurs parcours personnels. On patine légèrement, mais rien de bien grave : porté par un casting brillant (Emma de Caunes est non seulement bombesque mais également très convaincante), plein de petites révélations (ah, Frédéric Andrau), Le bruit des gens autour est une surprise extrêmement agréable, qui donne envie d’aller faire un tour du côté d’Avignon et de son agitation permanente.<br /><strong><span style="color:#ffffff;">7/10</span></strong><br /><span style="font-style: italic;">(également publié sur <a href="http://www.ecranlarge.com/">Écran Large</a>)</span>Rob Gordonhttp://www.blogger.com/profile/07197667670494414647noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-13971356.post-27890274567947195742008-07-09T15:09:00.001+02:002008-07-09T15:09:01.089+02:00BIENVENUE AU COTTAGE<a href="http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/66/32/85/18950805.jpg"><img style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; WIDTH: 200px; CURSOR: hand" alt="" src="http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/66/32/85/18950805.jpg" border="0" /></a>Les cinéastes sont des gens bien étranges. On découvre en fouinant que cette comédie nommée <span style="font-style:italic;">Bienvenue au cottage</span> est réalisée par le type qui nous avait livré le sordide et social <a href="http://toujoursraison.blogspot.com/2007/07/london-to-brighton.html"><span style="font-style:italic;">London to Brighton</span></a> l'an passé. On serait bien en peine de trouver un lien quelconque, une thématique commune, un micro-détail qui puisse unir ces deux films. C'est sans doute ça qu'on appelle un cinéaste. C'est aussi ça qu'on appelle un faiseur, terme un peu moche pour désigner ces tâcherons qui réalisent tous les scénarios que les autres ont bien voulu leur laisser.<br />À voir <span style="font-style:italic;">Bienvenue au cottage</span>, il semblerait que Paul Andrew Williams fasse plutôt partie de cette deuxième catégorie, tant son film est impersonnel, froid, glacé, alors qu'une comédie noire se doit au contraire de faire naître une certaine chaleur dans l'oeil et les tripes du spectateur, tout en lui titillant régulièrement les zygomatiques. Le problème de <span style="font-style:italic;">Bienvenue au cottage</span>, c'est qu'on attend sans arrêt qu'il décolle vraiment, qu'il se saisisse des quelques situations potentiellement savoureuses qu'il met en place avant de les laisser de côté. Les personnages ne sont pas mieux traités, à l'image du branquignol complètement débile joué par Reece Shearsmith. Ce devrait être le personnage-clé du film, mêlant violence et humour, faisant rire aux dépens de sa stupidité et grâce aux effusions de sang qu'il provoque. Mais non. Rien. On est simplement consterné par tant d'idiotie, sans jamais penser à se marrer. Preuve qu'une mise en scène archi-plate et une direction d'acteurs assez molle sont tout de même des facteurs très handicapants pour qui tente de réaliser un film.<br />Heureusement, Andy Serkis joue excellemment de son oeil torve, Jennifer Ellison est la blonde à forte poitrine qu'il fallait au film, et le scénario tient plutôt la route jusqu'au bout. Impossible de vraiment se passionner pour l'ensemble, mais demeure néanmoins une curiosité permanente mêlant le "mais comment vont-ils finir ?" au "mais jusqu'où descendront-ils dans la connerie ?". La réponse est relativement satisfaisante, et permet à <span style="font-style:italic;">Bienvenue au cottage</span> de finir sur une note plus positive que prévue, en dépit d'un réalisateur un peu pataud qui devrait logiquement nous revenir en 2009 avec un nouveau film de commande.<br /><strong><span style="color:#ffffff;">4/10</span></strong>Rob Gordonhttp://www.blogger.com/profile/07197667670494414647noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-13971356.post-77647020250863002122008-07-08T13:23:00.000+02:002008-07-08T13:23:00.987+02:00MADE IN ITALY<a href="http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/66/49/99/18949789.jpg2"><img style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; WIDTH: 200px; CURSOR: hand" alt="" src="http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/66/49/99/18949789.jpg" border="0" /></a>On l'a encore entendu récemment en plein commentaire d'un match de football : les italiens ne sont bons que pour cuisiner les pâtes. Une affirmation née d'une réelle étude sociologique et d'une connaissance fouillée de l'Italie. On serait tenté de dire "ah, les footeux, quelle bande de gros beaufs sans cervelle", sauf que d'autres qu'eux aiment à plonger la tête la première dans les clichés et ce schématisme qui les rassure tant. Lui-même un peu italien sur les bords, et paraît-il cinéaste, Stéphane Giusti charge la mule avec ce <span style="font-style:italic;">Made in Italy</span> qui plonge la tête la première dans la caricature et ne parvient même pas à faire de son film une comédie de boulevard supportable.<br />Certains vous diront que Giusti s'amuse du milliard de stéréotypes qui reviennent régulièrement sur les transalpins et les exploite pour mieux les tourner en dérision ; c'est faire bien trop d'honneur à un téléfilm aussi mal écrit que réalisé, qui laisse à penser que son auteur se croit suffisamment drôle pour ne pas avoir à se soucier d'un quelconque fil conducteur. Cette histoire de funérailles qui tournent au règlement de comptes sauce bolognaise, Giusti s'en moque au moins autant que nous, si bien que tout le monde se demande ce qu'il est venu faire là. Seul Gilbert Melki parvient un temps à donner le change. Même s'il est assez consternant qu'un tel acteur vienne mettre les pieds dans un tel marasme, sa présence est assez salutaire, puisque quelques scènes lui donnent l'occasion de jouer de son regard très noir et très blasé avec la classe qui le caractérise. Ce n'est pas le cas des seconds rôles, principalement féminins, qui l'entourent (car c'est bien connu, en Italie les foyers sont des harems) : de Caterina Murino à Amira Casar, elles sont toutes absolument nulles, ni convaincues ni dirigées.<br />Ceux qui n'ont rien de mieux à retenir se souviendront des précédents du réalisateur : une comédie potentiellement énorme mais toute molle et ratée (<span style="font-style:italic;">Pourquoi pas moi ?</span>), puis un drame faussement grandiloquent et politique sur l'Italie (<span style="font-style:italic;">Bella ciao</span>, quel sens du titre). <span style="font-style:italic;">Made in Italy</span> est une parfaite synthèse de ces deux ratages, et scelle la carrière d'un réalisateur qui n'a rien à dire ni à raconter. Qu'il retourne bien vite à la case téléfilm.<br /><strong><span style="color:#ffffff;">2/10</span></strong>Rob Gordonhttp://www.blogger.com/profile/07197667670494414647noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-13971356.post-24475695345782945102008-07-07T13:34:00.000+02:002008-07-07T13:34:00.357+02:00BALLES DE FEU<a href="http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/63/22/05/18943277.jpg"><img style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; WIDTH: 200px; CURSOR: hand" alt="" src="http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/63/22/05/18943277.jpg" border="0" /></a>Et revoici Thomas Lennon et Robert Ben Garant, les deux affreux jojos de <a href="http://www.toujoursraison.com/2007/07/alerte-miami-reno-911.html">Reno 911</a>, qui débarquent dans quelques salles avec un délire façon <em>Shaolin ping pong</em>. Sachant que l'auteur de ces lignes fut en son temps quatrième des championnats de l'Aisne de tennis de table en catégorie minime (la classe, hein ?), il devrait forcément produire un avis éclairé sur un tel film. Sauf que <em>Balles de feu</em> provoque surtout une terrible indifférence, tant les gags y sont vains et la petite balle blanche mal exploitée.<br />De délirant, le film n'a qu'un pitch hautement improbable, qui aurait dû être propice à un déferlement de blagues racistes, de gags bien stupides et autres joyeusetés. Dans l'ensemble, c'est surtout l'ennui qui prédomine, faute d'une veritable inventivité scénaristique et d'un acteur principal charismatique. Et puis il est toujours navrant de voir Christopher Walken se ridiculiser de film en film, comme s'il voulait se débarrasser coûte que coûte de son étiquette d'acteur intense et inquiétant. Heureusement que le quota féminin de <em>Balles de feu</em> vaut son pesant d'or, avec une Aisha Tyler des plus wahou et surtout une Maggie Q. donnant tout son sens au titre français (désolé), surtout lorsqu'elle tatanne le héros comme elle l'avait fait l'été dernier avec Bruce "McClane" Willis. Les amateurs de la belle peuvent se ruer sur un film qui lui ménage ses meilleures scènes. Les autres peuvent passer leur tour : il y a quand même d'autres lieux climatisés que le salles de cinéma. <br /><strong><span style="color:#ffffff;">3/10</span></strong>Rob Gordonhttp://www.blogger.com/profile/07197667670494414647noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-13971356.post-10515861233834396422008-07-06T09:59:00.001+02:002008-07-06T09:59:10.642+02:00LA NOUVELLE VIE DE MONSIEUR HORTEN<a href="http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/66/55/57/18951151.jpg"><img style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; WIDTH: 200px; CURSOR: hand" alt="" src="http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/66/55/57/18951151.jpg" border="0" /></a>Pas étonnant de la part de Bent Hamer : <span style="font-style:italic;">La nouvelle vie de monsieur Horten</span> est le portrait d’un type froid et seul menant une vie assez fruste et qui s’accroche qu’à de petits plaisirs éphémères pour se donner l’impression qu’il vit (dans le cas de Horten, une bonne vieille pipe). Moins rock’n roll que le Chinaski du fabuleux Factotum, notre héros est un vieux conducteur de trains qui s’apprête à prendre sa retraite mais arrive en retard pour son dernier voyage. Dès lors, la vie de monsieur Horten déraille. Mais gentiment, car on est dans un film norvégien, et qui plus est un film de Bent Hamer. Disons que Horten va faire quelques rencontres. Dont celle d’un vieux docteur qui prétend voir les yeux fermés (et donc conduire ainsi). Les personnages de Hamer sont toujours gentiment siphonnés, et il fait partie des rares cinéastes à pouvoir croquer leur loufoquerie sans que cela ressemble à un spectacle de foire.<br />Très sympathique, <span style="font-style:italic;">La nouvelle vie de monsieur Horten</span> est pourtant loin d’être le meilleur film de son auteur. Plusieurs faits peuvent expliquer cela. D’abord, Horten et les personnages qui l’entourent manquent de singularité (hormis le conducteur à l’aveuglette cité plus haut), et on n’a que rarement envie de voir un film sur monsieur tout-le-monde. Ensuite, le film manque d’un réel fil conducteur, ressemblant davantage à un film à sketches qu’à un véritable long-métrage. Les rencontres de Horten n’étant pas toutes des plus fascinantes, l’ennui pourrait facilement gagner toute personne n’étant pas totalement fan du style scandinave. Car il faut bien le reconnaître : souvent lent et glaciaux, les films venus du froid ont un potentiel séduction très limité, sauf quand ils déploient leur humour si particulier, pince-sans-rire mais hilarant. Ici, les aventures de Horten sont dépourvues de ce comique piquant qui aurait pu faire leur charme. <span style="font-style:italic;">La nouvelle vie de monsieur Horten</span> est donc à réserver aux seuls fans du cinéaste norvégien, que l’on espère revoir très vite dans une forme plus olympique, que ce soit dans son pays ou au terme d’une nouvelle virée aux States.<br /><strong><span style="color:#ffffff;">6/10</span></strong>Rob Gordonhttp://www.blogger.com/profile/07197667670494414647noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-13971356.post-31430394277471002662008-07-04T11:11:00.000+02:002008-07-04T12:29:01.292+02:00LE PREMIER JOUR DU RESTE DE TA VIE<a href="http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/65/30/30/18949328.jpg"><img style="margin: 0px 10px 10px 0px; float: left; width: 200px;" alt="" src="http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/65/30/30/18949328.jpg" border="0" /></a><i>Cette famille, c’est la vôtre</i>, clame l’affiche. On ne saurait faire mieux que cette accroche d’une simplicité désarmante, mais ô combien représentative du petit miracle que constitue <i>Le premier jour du reste de ta vie</i>. Une saga familiale française mêlant comédie et mélodrame avec un équilibre de funambule, jamais vraiment stable mais toujours debout. Appeler son premier film <i>Ma vie en l’air</i> et s’envoler si haut dès le deuxième : il fallait de la suite dans les idées et un maximum de talent. Le responsable se nomme Rémi Bezançon, et il gagne à être connu.<br />Avant toute chose, <i>Le premier jour du reste de ta vie</i> frappe par son ambition. Le concept est fort : retracer douze années de la vie d’une famille en n’en filmant que cinq journées, cinq moments-clés comme autant de chapitres d’un formidable roman, chacun étant un poil plus recentré sur l’un des cinq membres de la famille. Un dispositif permettant de travailler sur l’ellipse, le discret et le continu, et d’éviter les creux. Mais le cinéma (et en particulier le cinéma français), c’est souvent beaucoup de promesses et rien derrière. Pas ici : ces belles intentions ont donné lieu à un film fort, plein et intense de bout en bout, qui varie les tonalités mais n’offre que du grand cinéma. D’abord parce que Bezançon sait écrire, comme il l’avait déjà montré pour le très sympathique <i>Ma vie en l’air</i>, comédie romantique en forme de galop d’essai. Peu d’auteurs auraient su broder un tel patchwork d’influences et d’émotions. Chaque personnage est un cadeau, un petit trésor que l’on conserve avec soi très longtemps après avoir quitté la salle. On ne se reconnaît pas dans l’un d’entre eux, mais dans tous à la fois. Ils sont universels mais pas stéréotypés. Ils ont une personnalité bien trempée mais ne sont pas de bêtes archétypes. Et les situations qu’ils vivent, burlesques ou tragiques, leur collent à la peau comme elles collent à la nôtre. Difficile de citer une scène plus qu’une autre tant tout se tient et se vaut : petits coups de cœur néanmoins pour un concours de <i>air guitar</i> (ceux qui ignorent encore ce qu’est cette drôle de pratique seront encore plus séduits) qui donne envie de se déhancher et d’être amoureux. Un modèle d’écriture, qui montre la précision et la chaleur du style Bezançon : on a envie de passer plus de temps encore avec tous les personnages, même ceux qui n’occupent qu’une séquence ou deux. Tant pis si ça a l’air parfaitement niais, mais ce film est à l’image de la vie : pas assez de temps avec ceux qu’on aime, et encore moins avec ceux qu’on aurait pu aimer.<br />Mais parce que les auteurs français ont souvent une plume mais rarement le style cinématographique qui va avec, Rémi Bezançon vient remettre les pendules à l’heure. Il adapte sa mise en scène à chacune des parties de son film, mais avec suffisamment de doigté pour que l’ensemble ne ressemble pas à un catalogue de styles. L’émotion prend toujours les devants sur l’aspect technique, et seule une analyse postérieure permet de réaliser l’ampleur du travail effectué derrière la caméra. <i>Le premier jour du reste de ta vie</i>, ce n’est pas seulement un grand scénario, c’est un condensé de pur cinéma, 100% sincère, épuré de toute esbroufe. C’est suffisamment rare pour être souligné. Et c’est confirmé par un casting façon profil bas, qui fait dans la prise de risques à bon escient. Malgré une étiquette d’acteurs sympathiques, Zabou Breitman et Jacques Gamblin ne sont pas spécialement <i>bankables</i>. Mais on imagine difficilement d’autres interprètes dans la peau de ce couple qui s’use progressivement et tente de retrouver un second souffle. Quant aux trois enfants, ils sont incarnés par un débutant (Pio Marmaï, un Vincent Elbaz version dandy) et deux jeunes pousses (Deborah François et Marc-André Grondin). Ce dernier, héros du film canadien <i><a href="http://toujoursraison.blogspot.com/2006/05/crazy.html">C.R.A.Z.Y.</a></i>, est purement génial, sorte de cerise sur un gâteau plus que fameux. Ces cinq-là forment une famille, une vraie, à laquelle on croit de bout en bout, et que l’on rejoindrait volontiers au cours d’une des mémorables scènes de repas. Il convient d’y ajouter Roger Dumas, terrible en papy au cœur sec. Il faudrait citer tous les autres, jusqu’au bas du générique, tant chaque personnage, chaque détail, chaque réplique, confère au <i>Premier jour du reste de ta vie</i> une aura extrêmement rare, une beauté profonde faite d’éclats de rires et de larmes, d’euphorie et de dépit, d’erreurs de parcours et d’apothéoses. Il serait irresponsable de refuser un tel cadeau.<o:p></o:p></span></p> <br /><strong><span style="color: rgb(255, 255, 255);">9/10</span></strong><br /><span style="font-style:italic;">(sortie le 23 juillet)</span>Rob Gordonhttp://www.blogger.com/profile/07197667670494414647noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-13971356.post-21802413539693135642008-07-03T12:01:00.000+02:002008-07-03T12:01:00.168+02:00LES RUINES<a href="http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/65/68/93/18943162.jpg"><img style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; WIDTH: 200px; CURSOR: hand" alt="" src="http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/65/68/93/18943162.jpg" border="0" /></a>Sans aucun jugement de valeur, <span style="font-style:italic;">Les ruines</span> ressemble a priori à un énième film d'horreur sur le thème des routards pris au piège de leur propre soif d'aventure (dernier exemple en date : <span style="font-style:italic;">Turistas</span>, a.k.a. <span style="font-style:italic;">Paradise lost</span>, deux titres pour un film jamais sorti car plus occupé à montrer des filles en bikini qu'à susciter un minimum d'effroi). Fausse idée : adapté d'un roman de Scott Smith (son deuxième après <span style="font-style:italic;">Un plan simple</span>) par l'auteur lui-même, le film de Carter Smith (aucun lien) se situe bien loin des codes d'un genre souvent tropbaliser pour marquer durablement. <span style="font-style:italic;">Les ruines</span> est un film sur l'attente, la menace, et la façon dont chacun gère son angoisse et son idée de l'inconnu.<br />Le principe est simple : contraints à l'isolement par une bande de vilains mexicains, qui veulent les empêcher de propager le mal qui s'est un peu trop approché d'eux (un virus ? une zombiite ? allez, je vous laisse le suspense), une bande de cinq jeunes voyageurs attend que ça se passe. Une idée assez futée et bien exploitée : c'est à un véritable huis-clos en plein air qu'on assiste, une confrontation étouffante et bientôt horrifique entre quelques amis voués à l'auto-destruction. Dans sa deuxième partie, <span style="font-style:italic;">Les ruines</span> a quelque chose de vraiment jouissif, à la fois intelligent et suprêmement dégueulasse (avec notamment une scène d'amputation à faire gerber les plus insensibles d'entre nous). Le développement des personnages est plus contestable, avec comme souvent des revirements psychologiques pas forcément crédibles, même si l'on accepte que de telles situations de panique puissent pousser n'importe quel être humain à péter les plombs.<br />Finalement, l'énorme talon d'Achille du film, c'est que les évènements vraiment intéressants débutent une bonne demi-heure trop tard. Il faut avoir survécu à un début chiant comme la mort, ultra-cliché et exposant mal des personnages auxquels on n'a donc pas envie de s'intéresser. Ces trente minutes ressemblent à une gigantesque opération de remplissage, écrites à la va-vite par Scott Smith une fois tout le reste couché sur le papier avec assez de brio. À cette gigantesque réserve près, <span style="font-style:italic;">Les ruines</span> est un film qui vaut le détour, notamment parce qu'il met aux prises ses héros avec un ennemi assez terrifiant (particulièrement pour l'auteur de ces lignes, qui n'a fait que renforcer sa phobie en voyant le film).<br /><strong><span style="color:#ffffff;">6/10</span></strong>Rob Gordonhttp://www.blogger.com/profile/07197667670494414647noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-13971356.post-57179357327810696122008-07-01T13:17:00.002+02:002008-07-01T18:58:56.255+02:00PAR SUITE D'UN ARRÊT DE TRAVAIL...<a href="http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/66/68/61/18947692.jpg"><img style="margin: 0px 10px 10px 0px; float: left; width: 200px;" alt="" src="http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/66/68/61/18947692.jpg" border="0" /></a>La gauche, la droite... Deux étiquettes faciles à apposer, mais pourtant légèrement plus complexes que les discussions façon café du commerce auxquelles elles donnent souvent lieu. Cette opposition binaire entre droite et gauche et au cœur même de <i>Par suite d'un arrêt de travail...</i>, qui exploite un thème en forme de marronnier (les grèves des transports) pour mettre dos à dos deux catégories de personnes : la France qui se lève tôt et trouve scandaleux d'être ainsi être « prise en otage » (expression-gimmick qui revient dès qu'un journal traite de ce sujet), et celle des jean-foutre qui soutiennent d'autant plus ce genre de mouvement qu'ils n'ont aucun projet d'avenir. On l'aura compris, le film de Frédéric Andréi (connu pour son rôle de postier dans <a href="http://www.ecranlarge.com/movies-details-7249.php" mce_href="/movies-details-7249.php"><i>Diva</i></a>) ne donne pas dans l'analyse politique profonde, et c'est là son énorme limite.<br />Mieux vaut donc prendre <i>Par suite d'un arrêt de travail...</i> comme un simple road movie bucolique, qui mène ses deux personnages principaux de Paris à Rome, le temps pour eux de vivre quelques péripéties amusantes et/ou émouvantes et de disserter sur le sens de la vie. Un voyage plutôt sympathique, notamment quand le type « de droite » (Patrick Timsit, pas mauvais) se décoince subitement et décide de vivre un peu au lieu d’être pétrifié par l’enjeu du contrat qui l’attend en Italie. Un brusque revirement de personnalité qui montre qu’Andréi n’est pas plus psychologue que politologue. En revanche, il mène plutôt bien son buddy movie en chemise blanche, enchaînant les mésaventures et les engueulades avec un allant qui fait plaisir à voir. Il nous offre même une parenthèse un peu absurde à travers ce qui finit par ressembler à un running gag (comment peut-on on traverser une rivière large de huit mètres). Des velléités humoristiques plutôt bien senties et qui font oublier un fond plus que schématique.<br />Enfin, <i>Par suite d’un arrêt de travail…</i> est une jolie déclaration d’amour aux routes de campagne et autres chemins de traverse. Aussi efficace qu’elle est implicite, elle montre que l’on n’est pas obligé de chausser de gros sabots à la sauce Jean Becker pour montrer les bienfaits de la verdure et de l’air pur. De quoi démarrer l’été du bon pied, surtout que celui-ci ne devrait pas être parasité par les grèves.<br /><strong><span style="color: rgb(255, 255, 255);">5/10</span></strong><br /><span style="font-style: italic;">(également publié sur <a href="http://www.ecranlarge.com/">Écran Large</a>)</span>Rob Gordonhttp://www.blogger.com/profile/07197667670494414647noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-13971356.post-14598203812260393452008-06-30T18:21:00.002+02:002008-06-30T18:21:01.138+02:00MES AMIS, MES AMOURS<a href="http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/65/13/26/18949743.jpg"><img style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; WIDTH: 200px; CURSOR: hand" alt="" src="http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/65/13/26/18949743.jpg" border="0" /></a>Qu'attendre d'un film tiré d'un roman de Marc Lévy ? Forcément, pas grand chose. Pourtant, il restait un minimum d'espoir à l'idée de voir Lorraine Lévy (soeur de l'écrivaillon et réalisatrice du mignonnet <span style="font-style:italic;"><a href="http://toujoursraison2.blogspot.com/2005/11/la-premire-fois-que-jai-eu-20-ans.html">La première fois que j'ai eu 20 ans</a></span>) se charger de l'adaptation d'un bouquin dont l'atout principal est qu'il ne verse pas, comme les autres oeuvres de son auteur, dans le fantastico-guimauve. On pouvait donc espérer un sympathique film de potes, pas révolutionnaire mais au moins rafraîchissant, le divertissement parfait pour mes grands-parents un dimanche de pluie. Même pas : <span style="font-style:italic;">Mes amis Mes amours</span> est un mauvais film, qui zigzague entre romance toute pourrie et comédie pas drôle, embarquant avec lui des acteurs qu'on aime bien mais qui font ici peine à voir.<br />Marc Lévy, c'est un peu l'anti roi Midas. On ne parle pas de l'aspect financier, puisque ses romans de plage lui ont sans doute permis d'amasser une fortune colossale. Non, c'est sur le versant "artistique" de la chose que la comparaison s'impose. Prenez une cinéaste en forme d'espoir, deux acteurs souvent convaincants et un genre inratable : au contact de l'univers de Lévy, ces petites choses bien réglées implosent. Effroyablement mis en scène, <span style="font-style:italic;">Mes amis Mes amours</span> est une succession de plans clichés <u>et</u> totalement mal foutus, à base de gros plans bien moches et d'une image granuleuse pour faire authentique. Le montage à la hache (pas de transitions, rien, juste une juxtaposition d'images) fait le reste : ce film, c'est 0% rythme, 100% léthargie. Pour un divertissement, c'est plutôt ballot. La direction d'acteurs est à peine meilleure : Lindon est encore pire que quand il est mauvais, retrouvant ses tics d'autrefois et balutiant son jeu de bout en bout, sans doute contaminé par une Virginie Ledoyen qui n'en finit plus d'être archi-nulle. Quand elle aura fini d'avoir de beaux genoux, nul doute qu'on n'entendra plus jamais parler d'elle (vivement). Seul Pascal Elbé résiste au choc malgré un personnage taillé à la serpe, tout comme Florence Foresti dans ce qui est quasiment son meilleur rôle (mais, aussi bonne humoriste soit-elle, elle n'a jusqu'ici pas eu beaucoup de flair côté cinéma).<br />Difficile de blâmer des acteurs qui n'ont de toute façon rien à défendre. Les gags sont usés jusqu'à la corde, l'argument romantique part en pièces au bout de deux minutes, et les métaphores sont d'une telle mièvrerie que même Barbara Cartland doit se marrer. Tout le monde semble persuadé que filmer le vertige du personnage de Lindon (en haut d'une échelle, puis en haut d'un arbre, puis d'un autre) est une bonne façon de parler de la peur du vide, de celle obsession d'une existence bien remplie qui ronge pas mal d'entre nous. Avec un peu de finesse, ça passerait sans doute. Là, définitivement pas. La finesse n'est de toute façon pas le maître-mot d'un film qui croque Londres de façon encore plus schématique qu'une carte postale (avec, en plus, une B.O. archi-prévisible qui nous achève à intervalles réguliers) et va jusqu'à faire brusquement mourir un personnage juste pour créer un peu d'émotion (avec, à la clé, une scène d'enterrement particulièrement risible). Pour un peu, on regretterait presque <span style="font-style:italic;"><a href="http://toujoursraison.blogspot.com/2007/10/le-coeur-des-hommes-2.html">Le coeur des hommes 2</a></span> qui, à défaut de faire dans la dentelle, proposait au moins quelques tranches de vies sensées sur l'amour et l'amitié virile. Ici, nada. Il faut se contenter de scènes aussi mémorables que celle où Lindon tombe amoureux de Ledoyen en apercevant sa nuque tandis qu'elle choisit scrupuleusement son Figaro du jour. Si c'est ça l'amour, mieux vaut sans doute rester tout seul. Et si c'est ça le cinéma, mieux vaut rester chez soi.<br /><strong><span style="color:#ffffff;">2/10</span></strong>Rob Gordonhttp://www.blogger.com/profile/07197667670494414647noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-13971356.post-74172404221884753162008-06-29T16:41:00.001+02:002008-06-29T21:20:08.224+02:00SEULS TWO<a href="http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/65/21/14/18949833.jpg"><img style="margin: 0px 10px 10px 0px; float: left; width: 200px;" alt="" src="http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/65/21/14/18949833.jpg" border="0" /></a>Eric et Ramzy ont grandi. À la fois film de la maturité et film de l’immaturité, <span style="font-style:italic;">Seuls two</span> est leur bébé à eux, le premier qu’ils portent de bout en bout et dont ils assument pleinement la paternité (mais pas leur premier bon film : rappelons-nous de <span style="font-style:italic;">Steak</span>). Voilà un film placé sous le signe du fantasme : réaliser un film à soi ou kiffer la vibe dans un Paris désert sont deux rêves relativement universels mais probabilistiquement (vive les adverbes inventés) peu réalisables, surtout le deuxième. Messieurs Judor et Bedia ont foncé la tête la première pour exaucer simultanément ces deux souhaits, et en tirent une comédie fort fréquentable, régressive mais pas abêtissante, qu’ils ont eu la bonne idée de ne pas confier à un Gérard Pirès ou à un Philippe Haïm particulièrement peu à l’écoute et incompétents.<br />La première moitié du film est la meilleure. Parfaitement construite, elle introduit idéalement les deux personnages et leur opposition digne de l’éternel duel entre Guignol et le gendarme. Les vannes fusent, et puis pof !, voilà Blaise et Curtis absolument seuls dans la capitale. Imaginez le pied : pas de zombies comme dans <span style="font-style:italic;">28 semaines plus tard</span>, pas de menace mystérieuse (pour ceux qui n’ont pas vu le film, en tout cas) dans <span style="font-style:italic;">Je suis une légende</span>. Juste un gigantesque parc d’attractions, en tout cas du point de vue du "méchant" Curtis, qui en exploite pas mal de possibilités, tandis que le trop gentil Blaise reste un peu trop prisonnier de sa condition de représentant de la loi, rechignant à profiter un peu de la situation. Le parallèle entre les conceptions bien différentes des deux hommes est bien mené et permet de constater que même sans l’autre, chacun des deux acteurs est capable d’exister à l’écran et de faire rire.<br />Il aurait sans doute été lassant d’assister à une heure trente de pures gamineries en roue très libre (quoique). D’où un scénario qui rebondit légèrement en cours de route, donnant un peu de sens à cette histoire de ville désertée et permettant de faire réapparaître d’autres visages que ceux d’Eric & Ramzy. Là, on s’amuse tout de même moins, les situations devenant un peu répétitives et pas toujours bien amenées. Une constatation qui permet de réaliser que si les deux hommes sont de formidables dialoguistes, ils ont encore bien du progrès à faire dans la construction globale et dans l’exploitation comique des situations choisies. Au final, le rire est régulier grâce à de nombreuses répliques hilarantes (dont un paquet de plaisanteries bien racistes qui n’épargnent pas grand monde), mais visuellement il y a encore beaucoup de progrès à faire. Malgré une mise en scène assez chouette (en dépit de contraintes gigantesques pour réussir à vider Paris sans effets numériques), Eric & Ramzy ne sont pas encore de grands auteurs-réalisateurs comiques, mais ne sont pour l’instant "que" des humoristes capables de faire des films rigolos. C’est tout de même extrêmement encourageant.<br /><strong><span style="color: rgb(255, 255, 255);">7/10</span></strong>Rob Gordonhttp://www.blogger.com/profile/07197667670494414647noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-13971356.post-21634311398935571712008-06-28T14:17:00.000+02:002008-06-28T14:17:03.866+02:00LA TROISIÈME PARTIE DU MONDE<a href="http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/64/67/69/18947733.jpg"><img style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; WIDTH: 200px; CURSOR: hand" alt="" src="http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/64/67/69/18947733.jpg" border="0" /></a>Il n’y a pas plus belle arnaque que celles où la victime se demande sans arrêt si elle n’est pas en train de se faire berner mais où elle n’a jamais la possibilité d’en être certaine. L’arnaqueur présumé se nomme Éric Forestier ; la victime, c’est le spectateur. Au centre de l’intrigue, <span style="font-style:italic;">La troisième partie du monde</span>, fascinante bizarrerie dont il est bien difficile d’établir si c’est une œuvre géniale ou une totale entourloupe. Ce qui signifie que le réalisateur est suffisamment costaud pour captiver l’assistance pendant toute la durée de son film, mais qu’il lui a manqué un petit quelque chose pour le mettre totalement dans sa poche. <br />Cela commence par une rencontre : ils sont jeunes, se désirent, et profitent d’une maison à la campagne pour amorcer leur histoire. Ce qui pourrait ressembler à l’archétype du film d’auteur français emprunte bien vite d’autres voies, puisque se mêle rapidement à l’ensemble une sérieuse dose de métaphysique et de physique tout court, avec petit cours sur l’entropie et les trous noirs. Ce qui s’applique aux corps célestes semble s’appliquer également à la vie, puisque le jeune homme semble disparaître sans prévenir, comme happé lui aussi par un trou noir. S’engage alors une sorte d’enquête pas orthodoxe (c’est-à-dire plus intérieure que policière), où la demoiselle va bientôt se rendre compte que ceux qui la désirent et qu’elle désire tendent à disparaître eux aussi. Cela ne constitue que la première moitié d’un film qui plonge alors dans le métaphysique le plus total.<br />Assez cohérente jusqu’alors, l’intrigue va ensuite se déliter peu à peu et laisser place à un trip inquiétant mais toujours fascinant, avec évidemment quelques emprunts à Lynch. Mais Forestier est doué et ne donne pas dans la copie facile. Sa mise en scène baroque et délicate, aux antipodes des évènements inquiétants qu’il décrit, donne au film un ton particulier et assez emballant. On est sans arrêt à deux doigts de décrocher, mais on reste toujours dedans. Il faut dire que Clémence Poésy fournit au film une énergie hypnotique qu’il serait idiot de vouloir rejeter. Belle et convaincue par ce qu’elle a à défendre, elle est l’atout numéro un de ce film si étrange, également porté par quelques séquences de trip astronomique et par la musique d’un Jay-Jay Johanson décidément doué pour choisir à quels films prêter son talent. Des arnaques comme celle-ci, on en reprendrait bien tous les jours.<br /><strong><span style="color:#ffffff;">8/10</span></strong>Rob Gordonhttp://www.blogger.com/profile/07197667670494414647noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-13971356.post-50033245112037215152008-06-27T10:55:00.006+02:002008-06-27T11:03:02.667+02:00VALSE AVEC BACHIR<a href="http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/63/78/78/18947035.jpg"><img style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; WIDTH: 200px; CURSOR: hand" alt="" src="http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/63/78/78/18947035.jpg" border="0" /></a>Il faut se méfier des films d’animation, qui provoquent souvent l’hystérie générale de la part d’adulescents ayant soudainement perdu tout sens critique. Présenté avec nombre de cris d’indignation comme le grand oublié du dernier festival de Cannes, <span style="font-style:italic;">Valse avec Bachir</span> était donc à accueillir avec des pincettes afin de ne pas tomber une fois encore dans cette frénésie faisant de tout ce qui est animé une sorte de huitième merveille du monde, absolument indépassable, du moins jusqu’à ce que débarque un an après une nouvelle merveille indépassable, et ainsi de suite. Heureuse nouvelle : avant d’être un bon film d’animation, <span style="font-style:italic;">Valse avec Bachir</span> est un bon film, et nous sommes donc sauvés. Documentaire sur la mémoire et sur la guerre, le film d’Ari Folman combine ambition formelle et rigueur journalistique pour retracer avec un brio teinté d’humilité le double parcours d’un homme. D’abord une course à rebours pour rattraper ses souvenirs de la guerre, qui l’ont mystérieusement quitté après celle-ci alors qu’ils persistent à hanter les rêves de ses anciens camarades ; ensuite, à mesure que la mémoire revient, sa tentative de se fondre dans cette guerre pour en sortir vivant et humain, pour éviter de devenir une sorte de John Rambo à jamais désabusé et ultra violent.<br />Ces deux quêtes s’entremêlent et se nourrissent l’une l’autre : à mesure que Folman retrouve ses anciens compagnons et qu’il recueille leurs témoignages, il retrouve et affine ses souvenirs de la guerre et des massacres qui l’accompagnent. L’animation était le moyen rêvé de coller au plus près du sujet, permettant à la fois de reproduire les rêves torturés des personnages et donner corps à certains de leurs souvenirs, plus efficacement qu’une reconstitution ou un témoignage face caméra. Cela donne lieu à quelques scènes extrêmement fortes, l’une d’elles voyant un soldat attendre de longues heures derrière un rocher que ceux qui ont tué tout son escadron quittent les lieux, et une autre narrant le coup de folie d’un autre lors d’une fusillade apocalyptique et sacrément sanglante. On pensait que les films de guerre nous avaient tout montré ; on avait tort.<br />L’image est belle car imparfaite, les couleurs brutes créent une atmosphère pesante et bouleversante, mais Folman n’oublie pas qu’il s’agit avant tout d’un documentaire, prenant le temps d’étudier des personnages usés par le temps, n’hésitant pas à utiliser des plans fixes sur ses interlocuteurs en les écoutant témoigner lorsque la mise en images des évènements décrits semblait moins édifiante que de rester plongé dans les yeux de ceux qui les racontent. À part une légère faute de goût en toute fin de film (bref retour aux prises de vues réelles pour montrer de vrais cadavres, façon un peu lourde de dire que la vie, c’est pas du dessin animé, blablabla), <span style="font-style:italic;">Valse avec Bachir</span> s’impose comme un témoignage précieux, d’une beauté simple mais évidente.<br /><strong><span style="color:#ffffff;">8/10</span></strong>Rob Gordonhttp://www.blogger.com/profile/07197667670494414647noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-13971356.post-68003235511125780022008-06-26T05:11:00.001+02:002008-06-26T05:11:01.169+02:00DIARY OF THE DEAD - CHRONIQUES DES MORTS-VIVANTS<a href="http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/63/78/88/18929994.jpg"><img style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; WIDTH: 200px; CURSOR: hand" alt="" src="http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/63/78/88/18929994.jpg" border="0" /></a>Et revoici papy Romero ! Ce cher George ne s’est toujours pas lassé de nos amis les zombies, et livre un <span style="font-style:italic;">Diary of the dead</span> en forme de cinquième épisode d’une saga visiblement vouée à ne s’arrêter qu’avec son décès (vu qu’il ressemble à un cadavre depuis vingt-cinq ans, on peut difficilement prédire si sa mort réelle est imminente ou lointaine). Conscient tout de même qu’on a soupé des simples histoires de morts-vivants et qu’il serait purement inconscient de tenter de donner une simple suite à ce qui fut longtemps une trilogie (<span style="font-style:italic;">La nuit des morts-vivants</span> / <span style="font-style:italic;">Zombie</span> / <span style="font-style:italic;">Le jour des morts-vivants</span>), Romero tente de poursuivre une entreprise de rénovation amorcée voici deux ans avec Land of the dead. Cette fois, il choisit d’utiliser un procédé type <span style="font-style:italic;">Rec</span> ou <span style="font-style:italic;">Cloverfield</span> afin d’ancrer son histoire dans le réel et de secouer le spectateur. Malheureusement pour lui, ils furent plusieurs à avoir la même idée quasiment en même temps (la simultanéité des projets ne permet pas d’affirmer que Machin a copié Truc), et il faut bien reconnaître que le vieux George ne sort pas gagnant au grand jeu des comparaisons.<br />D’abord parce que <span style="font-style:italic;">Diary of the dead</span>, comme son titre l’indique, est d’abord un journal, et qu’il ne semble pas aspirer à atteindre des sommets de terreur. Presque plus sociologique qu’horrifique, le propos donne lieu à quelques saynettes bien senties, établissant notamment un parallèle pas trop lourdingue entre la zombitude et l’immigration, mais il est difficile de se contenter de cela lorsqu’on était venu pour flipper un peu au contact de ces êtres inanimés dont la seule vision suffit souvent à provoquer un terrible malaise. Si leurs films n’étaient pas totalement convaincants, Matt Reeves et le tandem Balaguero – Plaza avaient su exploiter le format « vidéo amateur » pour faire entrer le spectateur dans une aventure en temps réel intrigante et assez scotchante. Romero, lui, nous rappelle qu’il n’est plus si jeune, et semble découvrir sur le tas l’existence de téléphones équipés de la vidéo, et même des simples caméscopes. Il fait joujou avec les formats sans que cela n’apporte grand-chose. Et l’on trépigne de frustration face devant un film ennuyeux mais qui n’aurait pas eu besoin de grand-chose en plus pour séduire.<br />Reste que <span style="font-style:italic;">Diary of the dead</span> est plus recommandable que le très pesant <span style="font-style:italic;">Land of the dead</span>, qui était plombé par une interprétation pataude et des métaphores aussi peu fines. C’est en fait lorsqu’il part en digressions que le film de Romero se fait le plus plaisant : quelques anecdotes croustillantes à propos des zombies viennent nous rappeler que ce mec-là n’est pas n’importe qui, qu’il a toujours une plume et qu’il peut encore nous surprendre à l’avenir. Pas trop appuyée, délicieusement froide, une conclusion laconique et un peu dégueulasse nous apporte un regain d’espoir pour l’éventuelle suite de sa filmographie.<br /><strong><span style="color:#ffffff;">4/10</span></strong>Rob Gordonhttp://www.blogger.com/profile/07197667670494414647noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-13971356.post-37063651493652745572008-06-25T06:17:00.000+02:002008-06-25T06:17:01.029+02:00AU BOUT DE LA NUIT<a href="http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/66/08/35/18928230.jpg"><img style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; WIDTH: 200px; CURSOR: hand" alt="" src="http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/66/08/35/18928230.jpg" border="0" /></a>Rarement bien adapté au cinéma, James Ellroy débarque avec un scénario original, cosigné avec Kurt Wimmer (<i><a href="http://toujoursraison.blogspot.com/2006/06/ultraviolet.html">Ultraviolet</a></i>, aïe). Et c'est David Ayer, un autre spécialiste des flics pourris et des magouilles en tous genres, qui se charge de mettre en scène. Aucun risque d'être trompé sur la marchandise : <span style="font-style:italic;">Au bout de la nuit</span> porte à la fois la patte du romancier et celle du réalisateur. Aucun espoir n'est permis, tout le monde est pourri, la dépression règne sur chaque foyer, l'alcool ravage tout le monde, et l'honnêteté est un mot démodé. C'est là que se situe la grande limite d'un film qui ce complait dans la noirceur et l'absence d'illusions. Car si le style d'Ellroy permet souvent à ses romans de nous embarquer dans des spirales infernales et sans possibilité de rédemption, le passage à l'image occulte souvent ce talent-là, ne mettant plus en avant que ce qui ressemble fort à des clichés sur le monde des flics. Pas un hasard si la plupart des films ellroyiens (mis à part le grand <span style="font-style:italic;">L.A. Confidential</span>) sont copieusement ratés, limite <span style="font-style:italic;">too much</span>.<br />Pour autant, <span style="font-style:italic;">Au bout de la nuit</span> n'est pas un mauvais film. Bien construit, assez mystérieux dans sa première partie, c'est une plongée assez convaincante dans les nuits d'un L.A. débarrassé de ses oripeaux. Et c'est surtout un déferlement de violence et de brutalité, filmé avec un réalisme sans second degré, une boucherie comme on n'en avait pas vu depuis fort longtemps. Les balles fusent, les corps aussi, et cela touche évidemment bien plus que dans un James Bond ou autre pur divertissement de ce genre. La deuxième partie atteint des sommets dans ce domaine, compensant ainsi la faiblesse d'un scénario qui finit par nous apprendre que, ô surprise, tous les flics sont corrompus et/ou manipulateurs. Une pirouette trop facile et attendue qui nuit réellement à la crédibilité de l'ensemble.<br />Côté interprétation, Keanu Reeves convainc dès qu'il n'a pas ses lunettes noires vissées sur le nez : là, on a l'impression de retrouver le Neo de la trilogie <a href="http://toujoursraison2.blogspot.com/2007/03/matrix.html">Matrix</a>, et ça n'est pas très sérieux. Forest Whitaker est une nouvelle fois impeccable en grand chef dépassé (et aussi pourri que les autres, ne cherchez pas). Quant à Hugh Laurie, pour son premier vrai grand film depuis qu'il s'est fait connaître en docteur Greg House, il fait preuve d'une réelle aisance et pourrait bien signer avec ce rôle le début d'une longue aventure sur grand écran. C'est tout ce qu'on lui souhaite. Quant à James Ellroy, on ne saurait que lui conseiller de retourner écrire des romans sur les bas-fonds de Los Angeles et de continuer à dire un peu partout que le cinéma c'est nul, comme il aimait à le faire jusqu'à ce qu'on lui propose de jolis chèques pour adapter ses films au cinéma. Non mais.<br /><strong><span style="color:#ffffff;">5/10</span></strong>