13 août 2011

COMMENT TUER SON BOSS ?

Niveau comédies américaines, il semblerait que 2011 soit bien partie pour décrocher le titre de pire année de l'histoire. Chaque nouvelle sortie semble en effet faire pire que la précédente, comme si une crise d'inspiration générale avait frappé les réalisateurs et les scénaristes. On constate d'une manière générale un manque de sang neuf, que ce soit dans le choix des sujets ou la construction des castings. Consensuelle, teintée de beauferie, la comédie US 2011 n'a quasiment aucune leçon à donner à son homologue française. C'est dire si son niveau est faible.

Avec son sujet tape-à-l'oeil et son casting foisonnant, Comment tuer son boss ? donnait pourtant envie de se pencher sur la question afin de trouver enfin de quoi se dérider les zygomatiques. Le résultat est hélas extrêmement faible, déjà parce que le film souffre d'un déséquilibre assez fatal. Ses trois héros, employés modèles souhaitant poursuivre une vie professionnelle bien rangée sans faire de mal à personne, manquent sérieusement de fantaisie et sont avant tout caractérisés par une platitude franchement consternante. En revanche, les fameux boss qu'ils rêvent d'exterminer sont bien plus originaux, mal élevés, arrivistes et médiocres. Donc potentiellement bien plus drôles. Résultat : on passe un temps fou en compagnie d'un trio de blancs becs ennuyeux à mourir alors qu'on rêverait de passer davantage de temps avec leurs patrons affreux, sales et méchants.

Extrêmement faible, l'écriture ne permet malheureusement pas à cette brochette de chefs hauts en couleur d'exister pleinement, et la drôlerie de leurs apparitions est finalement assez limitée. Il faut tout l'abattage de Kevin Spacey (en sale con aux dents très longues, façon Swimming with sharks), la folie nouvelle de Jennifer Aniston (excellente en dentiste chiennasse) et surtout le sens du contre-emploi de Colin Farrell (fabuleux beauf cocaïné) pour parvenir à sauver une poignée de séquences. Également présent dans le rôle d'un miteux "consultat en crimes", Jamie Foxx se débrouille plutôt bien également. Merci à eux quatre de nous sauver de la dépression.

Pour le reste, Comment tuer son boss ? est un film éminemment mensonger, qui nous promet de se tourner vers la comédie noire en fin de course mais trouve le moyen d'effectuer quelques pirouettes assez consternantes pour éviter que la moindre goutte de sang n'abime les petites chemises bien repassées des héros. Réalisé par un Seth Gordon visiblement persuadé que mettre de la musique tout le temps et très fort permet de masquer un manque de rythme criant, le film se voudrait rocambolesque mais n'est que mollasson. À l'image d'un Jason Bateman étonnamment carbonisé, comme si la nullité cosmique de Jason Sudeikis et la voix haut perchée de Charlie Day avaient suffi à enrayer le génie comique du héros d'Arrested development.

Tandis que Mes meileures amies tente d'apporter un souffle comique différent ou en tout cas d'autres points de vue, Comment tuer son boss ? semble confirmer en tout cas qu'une certaine comédie américaine est morte : les fameux films de potes et autres bromances ont sérieusement du plomb dans l'aile, et devront s'éclipser pour un temps afin de trouver un nouveau souffle sous l'impulsion de scénaristes plus affûtés et plus en phase avec leur temps.



Comment tuer son boss ? (Horrible bosses) de Seth Gordon. 1h40. Sortie : 17/08/2011.

10 août 2011

EL BULLI - COOKING IN PROGRESS

Le 30 juillet dernier, El Bulli fermait ses portes après un ultime dîner offert à son personnel. Situé en Catalogne, El Bulli fut élu meilleur restaurant du monde à 5 reprises entre 2002 et 2009, sous la direction du grand chef Ferran Adrià. Avant même de savoir que le restaurant allait bientôt tirer sa révérence — l'événement n'est même pas mentionné dans le film —, le réalisateur allemand Gereon Wetzel décidait de réaliser un documentaire sur le restaurant au taureau, qui n'ouvre que six mois par an puis ferme le temps de recomposer patiemment une carte toujours plus étonnante. El Bulli, c'est 8000 couverts par saison pour près de 2 millions de demandes de réservations. Cooking in progress tente de nous expliquer les raisons de ce succès.

C'est un documentaire sans voix off, qui fait la part belle à l'image et à l'imagination. Fait un peu frustrant, jamais le chef Adrià ne s'expliquera face caméra. Pour des explications sur son mode de pensée ou la façon dont il est arrivé là, il faudra repasser. Le film de Wetzel se concentre presque uniquement sur le travail, maître mot de la vie du maestro et de ses très nombreux employés. C'est bien simple : lorsqu'elles fonctionnent à plein régime, les cuisines d'El Bulli ressemblent à une incroyable fourmilière, minutieusement organisée mais gagnée par une frénésie de tous les instants.

Le film débute en automne, au moment où le restaurant entre en mode hibernation. Wetzel suit longuement les préparatifs des prochaines recettes, qui relèvent davantage de la chimie que de la cuisine telle qu'on la connaît. C'est tout le principe de la cuisine moléculaire : tenter d'exploiter un aliment sous toutes les formes possibles et imaginables, en ayant recours à des machines diaboliques s'il le faut, puis tester chaque résultat afin de ne garder que le meilleur. Un procédé très scientifique où le facteur humain et sensitif semble finalement n'avoir que peu de place. Le réalisateur est-il admiratif ou un peu déçu lui aussi ? Difficile à établir, et c'est justement là que El Bulli - Cooking in progress pèche un peu : il ne prend jamais parti et se contente d'observer béatement.

Semaine après semaine, mois après mois, Adrià et ses nombreux adjoints compilent sur papier et sur support numérique l'ensemble des comptes-rendus illustrés effectués lors des très nombreux tests. Puis choisissent froidement, grâce à un système de notation, ce qu'ils finiront par servir à leurs clients. El Bulli ne fonctionne pas sur un mode entrée - plat - dessert : chaque visiteur y goûte une bonne trentaine de plats, en quantité souvent microscopique. Une bouchée ou deux, pas plus. Comme le dit Ferran Adrià à un sommelier qui passait par là, c'est d'abord la magie qui importe. Le goût ne passe qu'en deuxième. Le but est donc que quelques maigres grammes d'un alliage savamment réfléchi, le client soit étourdi. Un étourdissement qu'on ne ressent que moyennement face aux images certes belles de Wetzel, tant le film semble poser les limites de cette fameuse cuisine moléculaire sans coeur.

Cette absence de sentiments est parfaitement symbolisée par la façon qu'a Adrià de travailler et de goûter les plats (?) qu'on lui propose. Visage figé, regard dur et froid, il semble penser à autre chose, ne prendre aucun plaisir à tester et déguster les préparations. Son manque d'enthousiasme fascine autant qu'il agace, et finit hélas par devenir hautement communicatif. El Bulli - Cooing in progress est un film instructif, intéressant... mais certainement pas appétissant. La notion de plaisir qui constitue la base même de la cuisine française manque sacrément ici. Un film comme The trip de Michael Winterbottom ouvrait nettement plus l'appétit en quelques plans. Un regard plus acerbe et plus critique de la part de Gereon Wetzel aurait sans doute permis de compenser cet étrange défaut en nous focalisant sur autre chose.



El bulli - cooking in progress de Gereon Wetzel. 1h48. Sortie : 12/10/2011.

7 août 2011

L'artiste et le poker : un full sentimental



Est-ce à cause de Patrick Bruel ou de l'avènement des années Internet ? Toujours est-il que le poker, ce beau jeu de cartes aux dix mille variantes, effectue depuis quelques années une montée en puissance assez vertigineuse. Les pratiquants prolifèrent, les émissions TV se multiplient, et c'est un véritable phénomène qui ne cesse de prendre de l'ampleur sous nos yeux.

Qui s'est assis quelques heures devant une table de poker (ou face à un écran d'ordinateur, même si le plaisir est bien différent) sait bien à quel point il est difficile de ne pas devenir accro à cette discipline exigeante, aussi crispante qu'enthousiasmante, qui délivre son lot d'adrénaline et d'angoisse. Tenter de cerner ses adversaires, leur faire imaginer un jeu qu'on n'a pas en main, se voir déjà gagnant mais se faire coiffer au poteau, regretter éternellement une prise de décision malheureuse... les parties de poker sont des histoires, les tournois de vraies petites vies, avec une naissance, une croissance et une mort plus ou moins lente mais en tout cas inexorable. Fascinant à tous points de vue. Alors comment expliquer que les films consacrés au poker n'aient pour l'instant pas fait mouche ?

Laissons de côté les westerns, dans lesquels des parties de poker se jouent effectivement (voir par exemple La ville du diable, avec John Wayne dans le rôle principal), pour se consacrer à un cinéma plus contemporain, donc potentiellement plus ouvert sur le poker actuel, et sa variante la plus pratiquée, le Texas Hold'em. L'une des premières scènes d'Ocean's eleven montre comment Brad Pitt et George Clooney parviennent à truander de jeunes blancs-becs trop sûrs d'eux. Le film Les joueurs, avec Matt Damon et Edward Norton en tête d'affiche, dispense quelques scènes vaguement divertissantes mais s'intéresse surtout aux à côtés d'ordre pécuniaire. Quant à la comédie The grand, avec notamment Woody Harrelson, elle se consacre effectivement à un tournoi de poker, mais ses joueurs sont réduits à l'état de stéréotypes dans le simple but de faire rire. Bref, le cinéphile amateur de poker est frustré de voir ses deux occupations favorites peiner à converger de façon satisfaisante.

La première raison de cet échec chronique est simple : il s'agit généralement de réaliser des films s'adressant au plus grand nombre, y compris aux néophytes. Par conséquent, il faudrait à la fois expliquer les règles, les enjeux et les finesses du poker, puis dérouler une intrigue et des parties de façon crédible, le tout en deux heures à peine. Même le plus pédagogue des scénaristes risque de se casser les dents face à un tel défi : si le poker était aussi simple, il serait pratiqué dès l'école primaire.

Penchons-nous un instant sur les films consacrés aux échecs, autre discipline éminemment complexe : ils s'attardent davantage sur les grands champions, aussi géniaux que névrosés, que sur le jeu lui-même. Le modèle du genre, à savoir La diagonale du fou de Richard Dembo, est peut-être le seul film à se focaliser véritablement sur les échecs, pas seulement sur ceux qui le pratiquent avec génie. Coup de maître : avoir foi en l'intelligence du spectateur et rendre l'ensemble assez passionnant pour que les petits détails stratégiques difficilement explicables finissent par passer au second plan.

Autre difficulté : la façon de cerner les joueurs. Après tout, ce qu'il y a de fascinant au poker, c'est qu'on ne sait jamais véritablement qui on a en face de soi. Avant que les émissions télévisées ne leur permettent de décoder a posteriori les différentes mains jouées, les joueurs professionnels ne pouvaient jamais déterminer de façon certaine s'ils avaient été salement bluffés ou si leur opposant avait effectivement un jeu de plus haut niveau que le leur. Et c'est dans ce mystère éternel, cette frustration de l'inconnu, que s'opère une partie de la fascination exercée par cette discipline. Or, si l'on commence à tout dévoiler des joueurs, de leur tactique et de leurs cartes, cette aura risque de s'envoler en quelques scènes à peine. Difficile pour un réalisateur et un scénariste de garder la distance nécessaire pour en montrer suffisamment sans trop en dire.

Enfin, à supposer qu'un auteur trouve l'angle juste pour traiter convenablement du poker et de ceux qui le pratiquent, pas sûr que l'étrange rythme de ce jeu puisse coller à une adaptation cinématographique. Jouer au poker, c'est accepter que le temps se dilate, que les mauvaises mains se succèdent pendant des dizaines de minutes, que d'autres raflent la mise devant vos yeux... puis qu'en une main et quelques secondes à peine, tout change. La cadence des séries télévisées serait finalement plus adaptée pour rendre compte du rapport entre le joueur de poker et le temps.

L'artiste et le poker ont donc très fort à faire pour parvenir à trouver l'équilibre parfait entre une description juste du monde du poker et les contraintes de l'industrie cinématographique. Il y a pourtant des émotions communes dans ces deux disciplines : cette façon de ménager des surprises, de créer des fausses pistes, de garder d'autres atouts pour plus tard. Un jour peut-être, qui sait, une bande de petits génies parviendra à réunir ces deux arts et à en faire un chef d'oeuvre susceptible de toucher l'intégralité du public, connaisseur ou non.

Pour en lire plus sur le poker, cliquez sur le lien.

4 août 2011

THE TRIP

The trip risque de faire enrager ceux qui, depuis désormais plus de 15 ans, tentent de trouver un quelconque fil conducteur dans la carrière de Michael Winterbottom. Mais le cinéaste n'en a que faire. Tout comme il se moque bien de l'avis de ceux qui pourront estimer — un peu à juste titre — que The trip n'est qu'un film de vacances financé par le contribuable. Version courte d'une série (6 épisodes de 29 minutes) diffusée fin 2010 sur la BBC, ce long-métrage raconte en effet le voyage de presse de Steve Coogan et Rob Brydon, acteurs britanniques invités par The Observer à sillonner la campagne anglaise pour tester un certain nombre de restaurants gastronomiques. Quelques trajets épiques et quelques repas de choix : c'est tout le menu de ce Trip sans scénar, où le duo d'acteurs principaux joue son propre rôle et se paye le luxe de pouvoir improviser une bonne partie de ses répliques. Peut-on vraiment aller au cinéma pour regarder deux types tailler la route et manger des plats très appétissants ? La réponse est oui.

Car The trip est comme certains amis : on ne sait pas forcément pourquoi mais on les aime quand même, bien qu'ils soient parfois insupportables ou inintéressants. Dans le film Coogan et Brydon se retrouvent après des mois, voire des années sans se voir, et semblent aussi heureux qu'agacés de partager cette expérience ensemble. Il faut les voir chanter du Abba à tue-tête, procéder au pire concours d'imitations du monde (de Michael Caine à Hugh Grant), jouer mille milliards de fois la même réplique pour déterminer qui ferait le meilleur méchant dans James Bond, se demander pourquoi les héros des films de guerre doivent toujours se lever à l'aube... Bref, un voyage lambda, plein de trips entre amis, au sens "français du terme". Laissant libre cours à l'inspiration de ses deux acteurs, Winterbottom prend un plaisir incroyable à étirer jusqu'à plus soif certaines scènes et effets comiques. On ressent une sorte d'euphorie teintée de ras-le-bol, parce que Coogan et Brydon sont aussi cabotins qu'attachants.

Allant parfois fureter du côté des cuisines, Winterbottom filme des plats qu'on imagine succulents, puis laisse ses héros les engouffrer... sans forcément y faire attention. The trip est aussi un film sur ces bons moments dont on ne profite pas forcément comme il se doit, et sur le regret qui s'ensuit. Car c'est aussi l'occasion pour Steve Coogan de ressasser son amertume teintée d'ironie, lui qui aurait tant voulu devenir un acteur incontournable mais qui n'a pu devenir que l'idole d'une poignée de cinéphiles se délectant de chacune de ses apparitions. Un propos d'une franchise absolue, qui n'avait sans doute pas besoin d'être souligné par un épilogue inutile. Situé après le retour du fameux voyage gastronomique, on y voit Brydon retrouver femme et enfant pour son plus grand plaisir, tandis que Coogan nous la joue artiste esseulé, observant l'horizon depuis son grand appartement pour nous rappeler à quel point il a raté sa vie. La légèreté de The trip est quand même ce qu'il y a de mieux à en retenir.



The trip de Michael Winterbottom. 1h47. Sortie : 20/07/2011.

3 août 2011

BAD TEACHER

Au milieu des années 2000, Richard Linklater, Mike White et Jack Black mettaient tout le monde d'accord en mettant au monde ce qui fait désormais office de référence en matière de comédie-avec-des-profs-dedans. Ça s'appelait School of rockRock academy en VF, avec l'affreux Sébastien Cauet pour doubler Black — et ça dépotait sévère, les trois sales gosses cités plus haut ayant su trouver le dosage idéal entre une subversion bon enfant et une énergie bien contrôlée.

Bad teacher, lui, ne risque pas de rejoindre le film de Linklater au panthéon des grands films-avec-des-profs-dedans. L'idée était pourtant alléchante : il s'agissait de permettre à Cameron Diaz de jouer avec son image médiatique de garçon manqué - buveuse de bière- championne de rot - sacrée chaudasse, le tout dans l'objectif d'insuffler un vent de folie vulgos dans un système scolaire ne cessant de courir après les conventions. Soyons francs : de temps à autres, au gré d'une saynette ou deux, ça marche. il y a quelque chose d'assez plaisant à voir la miss Diaz se planquer derrière son bureau pour s'enfiler une mignonnette dans le gosier pendant que ses chers élèves regardent Esprits rebeles ou Scream. Le problème, c'est que tout a ne fait pas un film, surtout lorsqu'une intrigue laborieusement mise en place vient prendre toute la place avant de se dégonfler comme une baudruche.

Principale ligne directrice d'un script confondant roue libre et paresse : il s'agit pour la prof rock'n roll et incompétente de trouver l'imagination suffisante pour parvenir à rafler près de 10.000 dollars grâce à son job, le tout pour se payer une nouvelle paire de seins qui lui permettra à coup sûr de séduire un bon gros richard qui l'entretiendra jusqu'à la fin de ses jours. Pourquoi pas. Mais passée la scène vue et revue pendant laquelle elle pratique un lavage de voiture ultra-racoleur sous l'oeil de parents d'élèves hagards, l'enseignante en question rentre rapidement dans le rang, tout comme ce scénario qui met peu à peu les enjeux de départ à la poubelle pour virer in extremis vers un final digne d'une très mauvaise comédie romantique. Soit quelques scènes explicatives ont été sacrifiées au montage, soit Bad teacher est le film le plus mal écrit de l'année.

Pas très drôle, le film de Jake Kasdan souffre en outre d'un fâcheux manque de rythme et de percussion, ratant même quelques gags imparables de façon inexplicable. Et lorsqu'il tente de jouer sur le contraste entre l'héroïne intenable et ses collègues plus que consensuels, il semble piller en règle la fameuse série musicale Glee, qui joue avec bien plus de talent du côte tartignole de ses personnages. Même Justin Timberlake, qui nous avait déjà fait le coup du contre-emploi dans le plus qu'oubliable Love gourou, semble ne pas trouver le ton adéquat. Seul un Jason Segel affûté et rigolard apporte sufifsamment de distance pour tenir la dragée haute à une Cameron Diaz il est vrai plutôt en forme, qui trimbale ses longues jambes et ses pommettes mal refaites dans cette comédie poussive qui donne surtout envie de rentrer chez soi et de regarder School of rock pour la énième fois.



Bad teacher de Jake Kasdan. 1h33. Sortie : 27/07/2011.

2 août 2011

[CONCOURS] THE FUTURE : places, livres et affiches


Il FAUT voir The future, deuxième film de Miranda July, qui sort le 17 août dans toutes les bonnes salles de cinéma. Comme je l'ai beaucoup aimé, je souhaite vous faire profiter de quelques cadeaux liés à cette sortie. Je vous propose donc de gagner 5 x 2 places pour aller voir le film, ainsi que 5 affiches du film et 2 exemplaires d'Un bref instant de romantisme, recueil de nouvelles écrit par Miranda July. Pour participer, voici la marche à suivre :
  • il faut être fan de la page Facebook de ce blog,
  • et/ou suivre mon compte Twitter et avoir retweeté ce message,
  • puis me laisser un commentaire au bas de ce billet pour m'indiquer quel lot vous préférez (places / affiche / livre) en m'indiquant votre nom (si vous avez choisi l'option Facebook) et/ou votre pseudo Twitter (si vous avez choisi l'option Twitter) pour que je puisse vérifier cela.
Il est tout à fait permis de jouer par Twitter ET par Facebook, ce qui vous permettra de doubler vos chances au moment du tirage au sort effectué par Rob le chat...

Fin du concours le lundi 15 août à 18 heures. Bonne chance à tous.

BEGINNERS | THE FUTURE


Et pourquoi pas placer dos à dos — ou peut-être côte à côte — Beginners et The future, liés ne serait-ce que par la relation amoureuse qui unit leurs réalisateurs respectifs, à savoir Mike Mills (Âge difficile obscur) et Miranda July (Moi, toi et tous les autres). Une convergence pas si artificielle puisque tous deux livrent un cinéma terriblement personnel, repoussant assez loin les limites de l'intime, et où la notion de couple est fortement mise en avant.

Dans Beginners, le héros joué par Ewan McGregor assiste à l'implosion de ses certitudes : à 75 ans, son père effectua en effet son coming out après avoir tu son homosexualité pendant toute sa vie. Le film suit Oliver, artiste de talent, à deux moments de son existence : quelques mois avant le décès du fameux paternel, rongé par un cancer mais bien décidé à profiter de sa nouvelle vie jusqu'au bout, et après le décès de celui-ci, au moment même de sa rencontre avec Anna, une française indépendante et libre comme l'air.

Dans The future, l'héroïne (July elle-même) et son compagnon disposent d'un dernier mois rien qu'à deux avant de recueillir Paw Paw, un chat abandonné et souffrant. Ces trente jours sont pour eux la dernière occasion d'accomplir des choses véritablement importantes avant de ne plus en avoir la possibilité.

Chacun des deux films, à sa manière, joue la carte du compte à rebours et fait du temps un ennemi pas tout à fait malfaisant, qui vous accule pour mieux vous contraindre à crier qui vous êtes réellement. Le brutal changement de vie du vieil Hal dans Beginners rejoint le besoin qu'éprouvent les Sophie et Jason de The future de se trouver enfin. Les personnages semblent stimulés par le couperet qui s'apprête à s'abattre sur eux, même si la concrétisation semble plus sereine chez Hal, pourtant à deux doigts de s'éteindre, que chez Sophie et Jason, qui semblent avoir encore toute la vie devant eux.

Il y a aussi cette fascination pas si innocente pour les animaux qui parlent. Dans Beginners, le chien Arthur n'hésite pas à exprimer ses sentiments à Oliver, ceux-ci étant tout simplement retranscrits à l'aide de sous-titres. Très concerné par l'histoire qui naît entre son nouveau maître et l'intrigante Anna, il semble bien décidé à ne pas laisser Oliver (Ewan McGregor, grandiose) répéter les erreurs du passé. Qu'on se rassure, il ne s'agit pas d'un chien magique façon Chihuahua de Beverly Hills, capable de prendre réellement les choses en main pour arriver à ses fins : Arthur n'est là que pour apporter un point de vue légèrement différent sur les événements qui se déroulent sous ses yeux. Dans The future, c'est en voix off que le chat Paw Paw (dont on ne voit généralement que les deux grosses pattes avant) raconte les trente journées qui le séparent de son arrivée programmée chez Sophie et Jason. Miranda July prête ses drôles de cordes vocales à l'animal, dont l'utilisation semble moins futile que chez Mills : il s'agit là encore d'expliciter l'étrange relation de la cinéaste avec la notion de temps qui passe. Dilatées, distordues, les heures semblent se succéder sans souci de cohérence ou d'égalité. Au fond de sa cage, avec pour seul point de vue l'horloge du cabinet vétérinaire, Paw Paw a de quoi sombrer dans la dépression.

Et puis il y a cette vision du couple. Menant des carrières d'artistes polyvalents et indépendants, July et Mills expriment tous les deux leur incapacité de vivre un amour fusionnel dont ils semblent pourtant avoir très envie. Dans Beginners, cela se traduit par la bougeotte permanente du personnage d'Anna (Mélanie Laurent, très bien), qui va d'hôtel en hôtel et de ville en ville pour fuir cette stabilité qui l'effraie tant. Pas sûr que cette façon de voir les choses soit très neuve, même si les choses ont le mérite d'être claires. Dans The future, cette fêlure conjugale se ressent de façon bien plus viscérale, non seulement au niveau du style — un mur de glace semble séparer Sophie et Jason, et ce dès leur première apparition devant la caméra, sur un canapé pourtant censé les rapprocher —, mais également sur un plan narratif. Très vite, Sophie semble en effet opérer un glissement qui l'éloigne du cercle intime pour la pousser dans les bras de Marshall, père de famille plus âgé qu'elle et dont on peine à percevoir le charme. Comme s'il fallait trouver n'importe quel moyen de fuir toute forme d'engagement durable. La beauté de The future, c'est que tout ceci ne s'effectue pas à la façon d'une bête comédie de moeurs, puisque Richard Kelly et David Lynch semblent s'être invités à la fête. L'étrangeté malsaine de la relation de Sophie et Marshall et son côté potentiellement onirique ont de quoi perturber sacrément.

C'est là, dans le style et la façon de raconter, que Mike Mills et Miranda July ne semblent plus tout à fait sur la même longueur d'onde. Lui opte pour un dispositif résolument classique, celui d'une comédie dramatique indépendante qui nous propose de côtoyer de façon fort éphémère quelques personnages attachants pendant une heure quarante-quatre. Elle prend des risques parfaitement inconsidérés, quitte à semer une partie de son auditoire ou à se planter de temps à autres, en triturant le temps et l'espace jusqu'à offrir une vision ô combien déstabilisante et déprimante du couple des années 2000. Mills, dont l'histoire est très largement autobiographique, voudrait nous faire entrer dans son intimité, rendre ses protagonistes familiers, nous mettre le nez dans sa propre vie, mais il y échoue en partie. D'abord par excès de pudeur, ensuite parce que ces gens-là sont trop beaux et trop riches pour qu'il soit réellement possible de s'identifier à eux et à leurs petits soucis quotidiens. En revanche, July ne cache à aucun moment la peur panique qui la prend dès qu'il est temps pour elle de se mettre à nu, ce qui rend d'autant plus touchant la façon dont elle finit par le faire. Soubresauts narratifs, plongées métaphysiques et étrangetés visuelles sont là, jusqu'à une scène bouleversante de chorégraphie dans laquelle son corps et son esprit semblent enfin s'abandonner.

Beginners :

The future :


Beginners de Mike Mills. 1h44. Sortie : 15/06/2011.
The future de Miranda July. 1h31. Sortie : 17/08/2011.
Bientôt : une interview de Miranda July à retrouver ici.
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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