31 juil. 2011

LE MOINE

En 2000, Dominik Moll frappait un grand coup avec le chef d'oeuvre Harry, un ami qui vous veut du bien, thriller intimiste témoignant d'une véritable fascination pour le Mal, la création, l'éthique familiale, amicale et amoureuse. Après un Lemming reprenant, sous une autre forme, des thèmes sensiblement voisins, Moll nous revient enfin avec ce Moine ô combien attendu car adapté d'un roman extrêmement réputé de Matthew Gregory Lewis. Publié en 1796, le roman fit très rapidement scandale, notamment parce qu'il mêlait des thèmes d'ordre religieux à des réflexions beaucoup pus ésotériques et surtout à des sujets aussi polémiques que l'inceste. Aujourd'hui encore, le contenu du roman de Lewis devoir être pris avec des pincettes : sa vision de la passion, de la foi et de l'abandon de soi a en effet de quoi faire grincer les dents de plus d'un croyant, en particulier du côté des extrémistes les plus fervents.

Le fameux moine du titre se nomme Ambrosio, homme robuste et charismatique abandonné à la naissance devant la porte d'un couvent, et dont les prêches pleins de conviction et de vérité semblent être à même de réunir les croyants autour d'un message assez fort pour les rendre meilleurs. La perte d'Ambrosio viendra de son rapport aux femmes, les différentes demoiselles qu'il sera contraint de côtoyer pour des raisons diverses présentant toutes une raison ou une particularité le poussant du côté obscur. Celui du désir, de la chair et du Mal. Pourra-t-on véritablement parler de perte ? Rien n'est moins sûr, car comme dans nombre de récits religieux, la fin d'un être coïncide toujours avec l'éveil d'un autre, dans un système cyclique et spiralé qui a de quoi inspirer le vertige.

Aussi académique dans ses cadrages dignes de téléfilms de luxe que fantaisiste dans le choix de ses effets de style (un appareillage gothique et rococo dont on comprend l'intérêt mais qui a parfois de quoi faire pouffer), Le moine est un film plus qu'imparfait, mais c'est au moins un film qui se tient, avec du sens, du coffre, et une véritable cohérence narrative et stylistique. Démarrant de façon assez catastrophique (à moins que le spectateur n'ait tout simplement besoin d'un peu de temps pour se faire à cet univers), le film ne fait que se bonifier à mesure que l'apparente stabilité d'Ambrosio semble devoir s'évaporer. Refusant toujours le manichéisme, Moll fait preuve d'une absolue malice pour dépeindre l'ambiguïté absolue qui caractérise le personnage, qui semble tiraillé entre plusieurs passions, plusieurs destinées, et finit par se rendre compte que toutes le mèneront dans ses propres limbes. Plus Ambrosio s'abandonne aux ténèbres, plus Vincent Cassel se fait intense, et plus le film est beau. La conclusion, dont l'esthétique rappelle de façon frappante l'ouverture d'Essential killing, fait preuve d'un imposant sens du tragique et du mystique. Si son film est loin d'être pleinement convaincant, Dominik Moll ne cesse pas pour autant d'être l'un des cinéastes les plus fascinants de France par la façon dont il aime à s'enfoncer dans les tréfonds de l'âme humaine.




Le moine de Dominik Moll. 1h41. Sortie : 13/07/2011.

30 juil. 2011

[reprise] DEEP END

Honoré par plusieurs festivals au cours des derniers mois, Jerzy Skolimowski semble toujours aussi insaisissable. Sa filmographie de haute volée, caractérisée par des migrations géographiques et des silences incroyablement longs, peine en effet à être réduite à quelques lignes directrices, quelques thèmes communs qui permettraient sans doute de mieux saisir le personnage. La ressortie de Deep end, quarante ans après sa première présentation au public, permet néanmoins d'effectuer quelques ponts entre sa filmographie passée et sa seconde carrière entamée en 2008 avec Quatre nuits avec Anna. Il s'agit dans les deux oeuvres de disséquer une fascination, celle entretenue en secret par un jeune home à l'égard d'une femme dont le magnétisme n'est plus à prouver.

Dans Deep end, le jeune homme en question se nomme Mike, qui trouve un petit job dans une piscine londonienne après avoir quitté les études de faon très prématurée. Il trouve sur sa route l'intrigante Susan, rouquine tellement consciente de ses charmes qu'elle n'hésite pas à monnayer ses services aux messieurs fréquentant les lieux. Une collègue dont la désinvolture apparente n'est poussée à l'extrême que pour mieux aguicher les hommes. Ce qui devait arriver arrive : l'adolescent timoré confond sentiments, désir et pulsions sexuelles, et sombre rapidement dans un comportement déraisonné et sanguin, celui d'un mari jaloux et violent. Incapable de supporter que l'élue de son coeur et de ses gonades puisse être convoitée (voire davantage) par d'autres que lui, refusant d'admettre qu'il n'a aucun droit sur elle, Mike fonce droit dans le mur de la folie et oublie trop vite qu'il n'a que 15 ans.

Le film de Skolimowski repose en grande partie sur la fantaisie de son ton, communiquée avec aisance par les deux acteurs principaux : John Moulder-Brown (dont la carrière se poursuit) livre une prestation pétaradante et décalée que n'aurait pas renié Jean-Pierre Léaud ; quand à Jane Asher (désormais spéclaisée dans les séries TV britanniques), elle rend parfaitement plausible l'état d'hypnose dans lequel elle semble plonger les mâles qui la croisent. Que Mike transporte avec lui une silhouette cartonnée sur laquelle il croit reconnaître Susan, ou qu'il transporte avec elle de grandes quantités de neige pour y retrouver un simple diamant, on adhère sans sourciller. De fait, la rapidité exponentielle avec laquelle la relation Mike-Susan s'intensifie est crédible et emballante, notamment parce que les deux personnages assument leur grain de folie. Coloré, confirmant le talent pictural de Skolimowski (ah, ce générique et cette scène finale), le film ne manque finalement que d'un peu de tripes : son côté teen movie semble en effet avoir contraint le cinéaste à rester à hauteur d'adolescent. Si bien que malgré son passage chez une prostituée plâtrée jusqu'en haut de la cuisse ou dans un cinéma moyennement fréquentable, Mike semble étonnamment épargné par le désir, le vrai, moite et turgescent à la fois. Une tendance qui semble s'inverser au moment de la conclusion, mais celle-ci a hélas de quoi décevoir en s'abandonnant un peu trop facilement aux sirènes de la fin-choc. De quoi gâcher un rien la fête que constitue cette formidable ressortie d'été.



Deep end de Jerzy Skolimowski. 1h30. Sortie : 15/12/1971. Ressortie : 13/07/2011.

I'M STILL HERE

Le cas Joaquin Phoenix a longtemps fasciné les médias, les cinéphiles et les amateurs de tabloids. Impossible de croire sincèrement à la retraite cinématographique de ce fabuleux comédien, qui annonçait en 2008 sa décision de tout plaquer pour se consacrer au hip-hop. Impossible, et pourtant le doute a longtemps subsisté. S'il est désormais établi que tout cela n'était qu'un gigantesque canular destiné à tourner le film dont il est question ici, l'écheveau savamment noué par Phoenix et son beauf Casey Affleck a mis du temps à être démêlé. On avait du mal à gober cette histoire, mais l'aplomb total de l'acteur, apparemment bien décidé à saccager sa carrière, a permis à cette gigantesque entreprise d'affabulation de perdurer aussi longtemps que possible. Il a fallu en fait que I'm still here soit enfin montré au public, puis que Phoenix annonce l'air de rien ses prochains projets ciné, pour que la vérité jaillisse de façon certaine. Ce qui rend le film encore plus passionnant, celui-ci possédant un grand nombre de niveaux de lecture.

Car I'm still here est loin d'être un film de simple petit malin, du genre « regardez comme on s'est bien moqués de vous ». Récit chronologique et méthodique de l'année au cours de laquelle Phoenix amorça (en apparence) son changement de vie, le film n'inclut jamais son propre making of. Autrement dit, l'un des choix essentiels pris par Casey Affleck est de livrer un pur doc sur cette reconversion surprise, comme si elle était "vraie", et pas de disséquer la genèse et les coulisses de cette hallucinante opération de duperie. À une poignée de détails près, on pourrait y croire totalement. Ce premier degré parfaitement assumé est essentiel et assure au film solidité, longévité ainsi qu'une dimension supérieure. Il opère en effet une jonction rarement vue (et en tous points passionnante) entre le genre documentaire et la fiction. En effet, si Phoenix et les rares membres de sa bande savent bien qu'ils sont en train de "jouer" (même si à ce degré d'implication il n'est plus question d'un simple jeu), le reste du monde l'ignore, et agit donc face caméra avec le naturel le plus total. Comment rendre plus crédible, plus palpable, l'histoire préécrite d'un artiste en or décidant un jour de changer de registre et se heurtant soudain à l'incompréhension générale ? Le même récit en mode fictionnel aurait forcément été moins fort par manque d'ancrage dans le réel.

Le plus fort, c'est que bien que le pot aux roses ait été découvert depuis longtemps, I'm still here continue à fonctionner même en le regardant sans cynisme. Le personnage que s'est créé Joaquin Phoenix est un monument de fragilité, de faiblesse, de désorientation, qui s'enlise dans une médiocrité de plus en plus inextricable et s'éloigne à vitesse grand V de la vie dorée dans laquelle il ne s'épanouissait plus, et ce malgré les acclamations des professionnels et du public. Tout quitter pour tenter de se retrouver enfin : c'est l'un des thèmes ô combien sérieux du film, qui ridiculise régulièrement son anti-héros mais le fait avec une moquerie teintée de compassion. Humilié par David Letterman devant des millions d'américains puis par P. Diddy dans un studio d'enregistrement désert, Phoenix semble comprendre assez rapidement qu'il s'est fourvoyé. Mais il décide de persévérer coûte que coûte, et là est la beauté de la chose. I'm still here est l'un des plus beaux portraits de losers qu'il ait été donné de voir sur grand écran. Et cela finit par devenir réellement émouvant.

Sous forme de mockumentary, il aurait sans doute été hilarant, et seulement hilarant ; or I'm still here va bien plus loin que cela. C'est un film magnifique, qui compense ses rares écarts (une scène où l'acteur se fait déféquer dessus par un collaborateur mécontent, que l'on peut voir comme un gigantesque indice destiné à prouver la vraie teneur de l'ensemble) par des scènes d'une profondeur inouïe. L'épilogue et surtout le prologue du film, qui voient Joaquin Phoenix renouer avec la nature et entrer dans une communion mystique que n'aurait pas renié le Gus van Sant de Last days. C'est comme si le Blake joué par Michael Pitt s'était soudain réincarné ici. Le voir s'enfoncer dans la végétation comme s'il souhaitait atteindre enfin le point de non-retour a de quoi donner la chair de poule. Cet objet incroyable et unique, loin d'être une facétie boratienne ou un vague crachat nombriliste, n'a pas fini de faire tourner les têtes.



I'm still here de Casey Affleck. 1h48. Sortie : 13/07/2011.

28 juil. 2011

LA MUJER SIN PIANO

À presque 50 ans, Rosa mène une existence médiocre entre son mari, qui ne se soucie que de ce qu'elle compte lui cuisiner, et son passionnant job consistant à épiler au laser des clientes manifestement plus aisées qu'elle. La mujer sin piano se penche tout particulièrement sur la nuit où Rosa, excédée mais toujours aussi calme, profite du sommeil de son époux pour faire sa valise et se faire la malle. Pour aller où ? n'importe où sauf ici. Très bien. Très bien.

Le film de Javier Rebollo est une sorte de road movie immobile, qui suit Rosa dans ses vaines tentatives pour s'éloigner de sa vie pourrie. On comprend très vite le principe de l'ensemble : pas aidée par des institutions sans coeur et d'évidentes prédispositions pour la poisse, Rosa ne parviendra jamais à concrétiser sa folle envie de tout plaquer. Un message éminemment déprimant, mais qui aurait pu donner lieu à un long-métrage d'excellente facture si le cinéaste ne se montrait pas aussi lourd dans son illustration. Téléphoné dans son déroulement, usant et abusant d'un symbolisme éculé, le film ne crée rien d'autres qu'une consternation polie.

Refoulée au guichet de la Poste en raison d'une pièce d'identité invalide, dans l'incapacité d'aller aux toilettes à cause des agents d'entretien, interdite de fumer par des lois répressives, Rosa est victimisée à chaque seconde, comme si les conventions sociales et les règles en vigueur étaient seules responsables de sa vie ratée. Et si les acouphènes dont elle est victime sont supposées la rendre encore plus humaine, encore plus digne d'obtenir notre compassion, il n'en est rien : le film n'impose ni le rythme nécessaire ni une intensité suffisante pour permettre de s'identifier et de la prendre en pitié.

Comme dans tout road movie, le parcours de Rosa est jalonné par des rencontres : Rosa croisera en particulier un réparateur polonais en fuite, avant tout intéressé par la bouffe et les appareils électriques. Imperméable à sa détresse, illuminé et légèrement obsessionnel, l'homme n'a d'autre intérêt pour Rebollo que celui d'enfoncer encore un peu plus l'héroïne dans une incommunicabilité édifiante. Le personnage n'est qu'un pion, un symbole de plus, comme tous les autres objets auxquels le réalisateur a recours.

Un tableau qu'on décroche puis qu'on raccroche, un téléphone portable dirigeant tous les appels de Rosa vers une messagerie désespérante, un piano destiné à montrer que cette femme-là n'est pas sans talent : chaque élément du film souffre d'un grave problème de dosage, puisque tout y est soit surligné mille fois, soit absolument sans signification. La mujer sin piano ressemble au film d'un ado qui aurait visionné et mal digéré de nombreux films d'auteur avant d'en recracher maladroitement les tics les plus grossiers. Le cinéma espagnol vaut sans doute mieux que ça.



La mujer sin piano de Javier Rebollo. 1h35. Sortie : 13/07/2011.

27 juil. 2011

THE MURDERER

C'est l'histoire d'un cinéma coréen rattrapé par un autre. The murderer, deuxième long de Na Hong-jin après The chaser, est le parfait et passionnant symbole de ce qui se trame actuellement dans le cinéma coréen (en tout cas dans celui qu'il nous est permis de voir sur les écrans français) : deux tendances divergentes cohabitent et finissent parfois par se télescoper, de façon plus ou moins heureuse. Les deux tendances en question peuvent se résumer ainsi : il y a la frange délicate, où une écriture ciselée n'empêche pas les sentiments les plus forts (ou les plus monstrueux) d'affleurer ; et il y a la frange brutale, où l'intensité semble devoir se mesurer en fonction du nombre de litres de fausse hémoglobine déversés face caméra.

Pendant près d'une heure et demie, The murderer se veut un brillant défenseur de la frange délicate de ce cinéma si riche. L'écriture est sèche et maligne, la tension permanente, et la perversité de la situation n'échappe à personne. C'est l'histoire d'un joseonjok, terme désignant les 800.000 sino-coréens vivant dans la ville chinoise de Yanji, coincée entre la Corée du Nord et la Russie. Criblé de dettes, il est contraint d'accepter un contrat à l'aveugle : passer la frontière coréenne pour tuer un homme dont il ne connaît que le nom et l'adresse. Les fantômes du héros ne cesseront de le hanter, non seulement parce qu'il n'est pas le genre de type qui tue sans raison , mais également parce que sa femme s'est tirée en Corée quelques mois plus tôt pour le boulot et n'a plus donné de nouvelles par la suite. Interprété magistralement par Ha Jung-woo, le pauvre Gu-nam passe alors des jours et des nuits devant l'immeuble de sa cible, ressassant un plan que l'on devine approximatif, et mangeant des saucisses sur des brochettes comme pour se donner une contenance. Si sa mise en scène n'est pas toujours éblouissante, Na Hong-jin fait preuve dans cette première moitié d'un joli sens de l'espace, d'une vraie conscience politique et surtout d'une maîtrise aiguë des silences et de leur signification. Souvent seul devant la caméra, désemparé dans un pays qu'il ne connaît pas et qui ne veut pas de lui, le personnage principal s'enferme dans un mutisme qui nous terrasse.

Le film s'articule autour d'une longue séquence jouant réellement le rôle de pivot, puisqu'elle va à la fois bouleverser tous les enjeux précédemment mis en place, mais également influer sur le style de l'heure restante. Se déroulant à l'instant même où Gu-nam décide enfin de passer à l'acte, elle mêle une belle surprise scénaristique, une scène d'action violente en diable, et une course-poursuite effrénée qui n'a pas fini de servir de modèle aux cinéastes du monde entier. Somptueuse... mais fatale. Car peu après, The murderer finit par basculer doucement mais sûrement dans la fameuse frange brutale présentée plus haut. L'évolution de l'intrigue explique en partie ce basculement, puisqu'il est à présent question pour des personnages aux motivations opposées de chercher à avoir le dessus sur les autres. Une guerre des clans dans laquelle certains clans sont composés d'une seule personne, déterminée à aller jusqu'au bout de ses capacités physiques et mentales pour s'en sortir. En bref, un jeu de massacre pervers et parfois jouissif, mais qui fait perdre au film l'inquiétante beauté qui le faisait tant briller jusque là. Symbole de ce changement de cap, Gu-nam finit même par passer au second plan, éclipsé par un certain Myun, mafieux charismatique et ultra-violent, qu'on se régale à regarder évoluer tout en se demandant s'il ne s'est pas trompé de film. Heureusement, Na Hong-jin connaît les limites de ce système et ne dépasse quasiment jamais la ligne blanche, même s'il faut regretter la présence de quelques images du genre "gros plan sur une hache qu'on sort doucement du crâne d'une victime".

L'oeuvre magistrale entrevue en début de métrage laisse donc place à un thriller honnête, efficace, bien mené jusqu'à son terme, mais qui tend hélas à s'éparpiller en multipliant les protagonistes et les enjeux là où on aurait aimé pouvoir continuer à suivre le fameux meurtrier du titre français. Le film s'achève même en demi-teinte, comme sur les rotules, au gré d'une conclusion un peu plate et surtout déjà vue. Le contexte géopolitique saisissant et l'effroi palpable du vibrant Gu-nam semblent avoir été jetés aux orties en cours de route sous l'effet du manque d'inspiration ou d'influences néfastes. Il n'empêche que ce Murderer demeure bien plus profond que les récents monuments de vacuité qui nous ont été envoyés de Corée, de Breathless à J'ai rencontré le diable...



The murderer (The yellow sea / Hwanghae) de Na Hong-jin. 2h20. Sortie : 20/07/2011.

26 juil. 2011

[DVD] 2 films de Jacques Audiard | 2 films de Cristian Mungiu | France Inter

Après notamment Xavier Beauvois et Ken Loach, c'est au tour de Jacques Audiard et Cristian Mungiu d'être à l'honneur de la collection DVD 2 films de... initiée par France Inter. Deux doubles programmes hétéroclites mais quoi qu'il en soit nécessaires.

Pour Jacques Audiard, tout a commencé avec Regarde les hommes tomber, premier film venu de nulle part qui lui a permis de se faire un prénom en un clin d'oeil. L'un des fabuleux atouts de ce joyau est sa narration ultra-moderne, Audiard étant l'un des très rares cinéastes français capables de retrouver le ton des meilleurs romans noirs américains. Seul le Corneau de Série noire semble en fait l'avoir devancé... L'autre immense qualité du film, c'est son casting impressionnant, avec sa triplette d'interprètes que l'on n'aurait jamais imaginés ensemble. La classe très sèche du grand Jean-Louis Trintignant, dans l'un de ses derniers rôles importants sur grand écran, s'allie idéalement à la fragile innocence du petit Mathieu Kassovitz, tout le temps en train de bouffer, et dont le naturel laisse pantois. Quant à Jean Yanne, qui évolue en parallèle dans un registre éminemment douloureux, il rappelle son immense potentiel d'acteur, trop peu exploité si ce n'est par Pialat et Chabrol. La mécanique du film est parfaitement huilée mais tolère les micro-incidents, qui lui confèrent une incroyable humanité. Tendu de part en part, stressant comme un thriller mais poignant comme un drame, Regarde les hommes tomber reste le meilleur film d'un Audiard pas encore conscient de son propre talent.


Cinq ans après le fameux Un héros très discret, dans lequel il retrouvait Kasso dans le rôle d'un mythomane professionnel, Jacques Audiard revient avec Sur mes lèvres, film qui accroît subitement sa popularité auprès du public. Paradoxalement, il s'agit pourtant de son moins bon film, amorçant un glissement regrettable (mais pas dramatique) vers un cinéma trop calculé, trop soucieux d'être magistral, trop conscient de ses effets. Techniquement, comme ce fut le cas ensuite pour De battre mon coeur s'est arrêté et Un prophète, c'est parfait. La photographie est archi travaillée, le jeu sur le son poussé à son paroxysme (le personnage joué par Emmanuelle Devos est malentendant), les prestations des acteurs réglées au millimètre (Devos piqua d'ailleurs le César promis à Audrey "Amélie" Tautou)... Résultat : pas une once d'oxygène ou d'imprévu, pas la moindre faille, rien qui différencie ces héros-là de simples robots. Quant à l'intrigue, bâtie par Audiard et Tonino Benacquista, elle traîne souvent des pieds, à tel point que le climax tant attendu ne prend pas vraiment. Sur mes lèvres est un film propre, dans le bon sens du terme comme dans le moins bon, mais c'est surtout le symbole de la fin d'un grand cinéaste, qui laissa ensuite place à un professionnel ultra doué mais sans âme.



Regarde les hommes tomber de Jacques Audiard. 1h50. Sortie : 31/08/1994.
Sur mes lèvres de Jacques Audiard. 1h55. Sortie : 17/10/2001.








En mai 2007, un jeune cinéaste roumain fait imploser la Croisette et le jury de Stephen Frears, qui lui décerne une Palme d'Or approuvée par la majorité des festivaliers : avec 4 mois, 3 semaines, 2 jours, Cristian Mungiu réussit son entrée par la grande porte... bien que son film soit un puits de vacuité sans fond, un monument de provocation gratuite et de faux bon cinéma d'auteur. Racoleur, complaisant et plus poseur que jamais, le film surexploite son sujet principal (l'avortement clandestin) pour jouer avec les nerfs du spectateur et lui mettre le nez dans la misère des personnages sans lui donner le droit de prendre de la distance. Faut-il vraiment servir un foetus mort sur un plateau pour choquer ou éveiller les consciences ? Pas sûr. Mais la relative maestria technique du roumain aura eu raison de bien des pigeons. Cette Palme 2007 fut une mauvaise nouvelle pour le cinéma d'auteur en général, et pour le cinéma roumain (plutôt en forme depuis le début du siècle) en particulier.


Curieusement, Mungiu revient à Cannes deux ans plus tard, mais de façon plus que discrète puisqu'il débarque à Un Certain Regard avec un film à sketches ouvertement comique, réalisé avec d'autres réalisateurs roumains. Loin du provoc 4 mois..., Contes de l'âge d'or est un film modeste mais chaleureux, qui brocarde avec tendresse mais sans pitié le système Ceaucescu. Hypocrisie, propagande, manipulation et excès en tous genres ont fait de cet Âge d'Or un moment passablement désagréable pour une Roumanie transformée en vrai petit théâtre absurde. Ce que les 4 sketches proposés ne manquent pas de rappeler. Sorti en France fin 2009, ce film tordant et édifiant (dont la critique complète est à retrouver ici) fut suivi d'une deuxième partie sortie en juillet 2010 (critique ici), presque aussi savoureuse et toujours dirigée par un Mungiu apparemment pas pressé de nous livrer son deuxième long-métrage.



4 mois, 3 semaines, 2 jours (4 luni, 3 saptamini si 2 zile) de Cristian Mungiu. 1h53. Sortie : 29/08/2007.
Contes de l'âge d'or (Amintiri din Epoca de Aur) de Cristian Mungiu, Ioana Uricaru, Hanno Höfer, Rãzvan Mãrculescu et Constantin Popescu. 1h20. Sortie : 30/12/2009.

25 juil. 2011

ABSENT

Malaxer les genres pour traiter de l'homosexualité, qu'elle soit sous-jacente, refoulée ou finalement assumée : tel semble être le plan de carrière de Marco Berger, dont l'Absent débarque chez nous un an moins un jour après un Plan B fichtrement prometteur. Après être passé par la case comédie romantique / bromance pour son premier long, le cinéaste argentin touche ici au thriller psychologique et au huis clos pour montrer l'éveil aux sentiments d'un jeune nageur vraisemblablement attiré par son professeur de sport. La mise en place est feutrée et délicate, tournant patiemment autour des protagonistes et laissant les situations dans un flou artistique volontaire. Puisqu'il s'agit de faire planer l'ambiguïté autour des deux personnages, il serait inconscient de foncer dans le tas. Alors, comme dans Plan B, Berger prend son temps.

Le défaut d'Absent, c'est qu'il semble au final trop évasif, pas assez appuyé pour que son propos soit clairement identifiable. À des dialogues risquant d'être trop didactiques, Berger préfère les longues scènes muettes ou presque, hélas trop appuyées par une illustration musicale à la limite du lourdingue. On a bien compris ses envies de jouer avec les codes du thriller, de tirer du suspense à partir d'éléments semblant en être totalement dépourvus, mais sa façon de procéder manque sérieusement de finesse. C'est comme si le réalisateur comptait sur la partition musicale pour signifier ce qu'il n'ose dire clairement dans son script. Cela aurait sans doute pu fonctionner à l'aide d'un compositeur de génie ; ce n'est franchement pas le cas ici, ce qui donne parfois à Absent des allures de film pompier.

Fort heureusement, le film de Marco Berger atteint régulièrement de troublants sommets. Il opère une saisissante inversion des points de vue, imperceptible pendant un bon moment, afin de quitter les yeux du jeune Martin pour adopter le regard de Sebastian, son professeur, dont le désarroi se fait de plus en plus profond. À quel instant réalise-t-il qu'il est l'objet du désir de Martin ? Quelle est la nature exacte de la gène qu'il éprouve ? Berger ne répondra pas avec précision à ces questions, préférant se faire de plus en plus vaporeux quitte à perdre l'attention de son audience. Fantasmes, rêves, réalité : tout se mélange dans l'esprit des deux personnages, et leur confusion est la nôtre, sans que l'on sache jaais vraiment si tel était le but.



Absent (Ausente) de Marco Berger. 1h20. Sortie : 27/07/2011.

SUBMARINE

Submarine est un film assez difficile à défendre. Non pas qu'il s'agisse d'un drame ouzbek de sept heures douze sur la dépression filmée en temps réel d'un mineur unijambiste. Si les immenses atouts du film de Richard Ayoade sont aussi difficiles à mettre en avant, c'est parce qu'il possède toutes les caractéristiques typiques du petit film indépendant américain sur la jeunesse torturée d'un lycéen intello-dandy. Submarine, c'est Rushmore, c'est Gentlemen broncos, c'est mille films alliant distanciation, décalage et une pointe de snobisme pour raconter les premiers émois amoureux et culturels d'un adolescent génialement en marge. Un ado généralement fan de romans de science-fiction possiblement démodés, ou de chanson française à la mode, du genre Françoise Hardy ou Serge Gainsbourg.

Non, décidément, il est bien délicat de vanter les mérites de ce savoureux premier film en le racontant par le menu. Pourtant, malgré son côté déjà vu, Submarine est un film pétri de singularités, d'élans narratifs originaux, de sentiments universels et pourtant si peu explorés. Découpé de façon littéraire (prologue - 3 chapitres - épilogue), le film donne à voir l'adolescence telle qu'elle est vraiment, même s'il tend à la déformer à travers un prisme légèrement hype. Autrement dit, il est assez aisé de s'identifier au jeune Oliver Tate, 15 ans, amoureux d'une fille pas spécialement charmante (mais c'est souvent le propre de l'amour que de viser là où on ne l'attend pas) et contraint d'observer des parents qu'il considère comme ringards suivre des trajectoires divergentes... sauf que tout ceci est raconté à grands renforts de digressions, d'élucubrations mentales et d'astuces de montage. Résultat : le film atteint un équilibre assez miraculeux entre mélancolie nostalgique, causticité grinçante et classe infinie.

Si le film parvient à toucher à ce point, c'est sans doute parce que contrairement à Rushmore, mètre-étalon absolu du genre, il n'est pas hanté par cette obsession du cadre parfait qui peut autant séduire que rebuter chez Wes Anderson. Réalisé "à l'ancienne", comme un document provenant des années 80, Submarine a le charme des vidéos Super-8... tout en se moquant bien de ce genre d'artifice. À plusieurs reprises, le narrateur tentera d'imaginer à quoi pourrait ressembler l'adaptation cinématographique de tel ou tel moment de sa vie, façon assez craquante de condamner les clichés du genre. Et c'est par la force de ce décalage permanent, comme s'il était conscient à chaque seconde de ne pas livrer le film le plus neuf de l'histoire et qu'il décidait d'en jouer, que Richard Ayoade (venu de la série The IT crowd) réussit pleinement son coup. Le reste est assuré par un casting tout bonnement ahurissant, mené par le jeune Craig Roberts. Quelque part entre Harmony Korine et Anton Yelchin, l'acteur navigue entre flegme et angoisse, sans jamais tomber dans le côté poseur inhérent à ce genre de personnage. Mis en musique par Alex Turner (Arctic Monkeys), ce Submarine aura peut-être du mal à passer à la postérité, mais son réalisateur a sans doute de beaux jours devant lui.



Submarine de Richard Ayoade. 1h47. Sortie : 20/07/2011.

22 juil. 2011

Séances de rattrapage : PATER / J'AI RENCONTRÉ LE DIABLE / LA PERMISSION DE MINUIT

Se marier, c'est aussi cesser d'aller au cinéma et d'écrire sur le cinéma pendant des jours ou même des semaines... Allez, rattrapons le temps perdu et tournons-nous vers l'avenir.

Difficile de le nier : Pater est un bon film, stimulant et ludique. En revanche, son statut de petit chef d'oeuvre, accordé par plus d'un spectateur depuis sa projection à Cannes, est plus difficile à saisir. Car ce petit jeu éminemment conceptuel, dont il semble difficile de saisir toutes les règles, est une kermesse intimiste et politique dont la portée reste très limitée. La bouffe, les rapports de pouvoir, la fiction, la réalité, les hommes : Cavalier (acteur très moyen face caméra, qui joue le Président de la République avec l'aplomb d'en enfant de six ans) et Lindon (aah, Lindon, qu'on rêve de voir devenir Premier Ministre) s'amusent beaucoup, nous amusent aussi, mais semblent au final assez conscients du caractère anecdotique de l'ensemble, de la maigreur voire de l'inexistence du message délivré... Original, singulier, mais sans structure, Pater est un film chouettement inhabituel, certes, mais c'est loin d'être la plus belle oeuvre de Cavalier, notamment auteur de journaux filmés pétris de sens et d'émotion.


Thriller fantastique, film noir, western spaghetti : tour à tour, le sud-coréen Kim Jee-woon explore chaque genre avec une pédanterie et une inculture qui rendent d'autant plus incompréhensible son succès d'estime. Pur thriller mâtiné de film de vengeance, J'ai rencontré le diable est une nouvelle preuve de l'absence totale de talent de ce pauvre mec, réduit à aligner les petites provocations visuelles pour tenter de faire vivre des personnages émaciés et des situations barbantes. Écrit avec du sang, ce film-ci est simplement consternant, d'autant qu'il met plus de deux heures vingt pour mettre en place une seule et même idée : en gros, la vengeance est un plat qui se mange très froid, et en prenant vraiment son temps. L'argument idéal pour ce cinéaste de pacotille, qui prend un malin plaisir (quel ennui) à aligner les séquences d'acharnement physique. Un snuff movie aurait eu plus de tenue et d'intérêt que ce pur navet dans lequel Choi Min-sik, jadis splendide dans Old boy, n'en finit plus de cabotiner.


Anecdote passionnante : Delphine Gleize est la fille de madame Gleize. Jusqu'ici, rien de nouveau, sauf que madame Gleize était la formidable conseillère principale d'éducation du collège dans lequel j'ai usé mes fonds de culottes. Hélas, cet incroyable lien existant entre Delphine et moi ne suffit pas à rendre cette Permission de minuit passionnante ou même sympathique. Filmée moche et racontée avec un excès de sérieux qui finit par basculer dans le sinistre, cette histoire d'un "enfant de la lune", allergique à la lumière du jour, et du grand médecin chargé de son dossier n'est que gris et tristesse, sans guère d'aspérité. Spécialisée dans l'insertion parfois saugrenue de petites bizarreries narratives ou visuelles destinées à perturber le spectateur, Gleize ne parvient jamais à trouver l'idée stimulante ou l'angle original qui auraient permis de rendre l'ensemble un peu moins inintéressant. Mais Vincent Lindon est toujours aussi grand. D'ailleurs, c'est amusant, on parle de La permission de minuit dans Pater. Le cinéma, c'est fou.



Pater d'Alain Cavalier. 1h45. Sortie : 22/06/2011.
J'ai rencontré le diable (Akmareul boatda) de Kim Jee-woon. 2h22. Sortie : 06/07/2011. 
La permission de minuit de Delphine Gleize. 1h50. Sortie en salles : 02/03/2011. Sortie DVD : 05/07/2011.

16 juil. 2011

Alors...

12 juil. 2011

Lettre à toi, cher lecteur

Lettre à toi, cher lecteur

Bonjour, cher lecteur. J'espère que je ne te manque pas trop. Mais vois-tu, l'ordinateur de la maison est en train d'être opéré à cœur ouvert, je ne trouve pas le temps de voir des films parce que j'ai mes raisons, et puis je suis en pleine réflexion parce que j'ai envie d'ouvrir un nouveau blog ciné spécialisé (je ne te dis pas en quoi), comme si je n'avais pas déjà assez de travail. Je reviens la semaine prochaine, gentil lecteur, et je te raconterai peut-être le bien (relatif) que je pense de Pater, ma haine absolue pour J'ai rencontré le diable, mon enthousiasme fragile pour I'm still here, mon indifférence à l'égard de La permission de minuit... On parlera aussi de Skolimowski et de films argentins.

Merci de t'être inquiété.

Je t'embrasse,

Rob

4 juil. 2011

UN AMOUR DE JEUNESSE

Le talent est dans l'imperceptible. Sans coup férir, Mia Hansen-Løve vient une nouvelle fois de nous le prouver. Pas loin d'être irréprochable, son troisième long-métrage est une nouvelle fois porté par la grâce, la vraie, celle qui transporte personnages et spectateurs au-delà de leurs carcans habituels. Un amour de jeunesse est un film-tortue, qui part modestement pour s'approcher ensuite de la ligne d'arrivée avec autant de patience que de panache. Un petit miracle d'écriture et de mise en scène qui subjugue d'autant plus qu'il est difficile d'en saisir le fonctionnement.

D'un postulat que l'on pensait connaître par coeur (la description d'un amour adolescent, puis ses répercussions à l'âge adulte), la réalisatrice tire un film intime et personnel, dont les aspects autobiographiques (notamment l'histoire d'amour avec un homme plus âgé) ne doivent pas parasiter la très bonne tenue de son univers fictionnel. Construit en trois parties correspondant chacune à une étape du parcours amoureux de la jeune Camille, le récit s'étend sur une période d'une dizaine d'années mais parvient à éviter tous les pièges liés au vieillissement et à l'évolution de ses protagonistes. Science des détails et sens de l'harmonie : Hansen-Løve sait faire exister et durer ses personnages, comptant pour cela sur des interprètes irréprochables. La jeune Lola Creton, parfaitement dirigée, se tire merveilleusement d'un rôle extrêmement difficile : aussi crédible en gamine de 15 ans qu'en jeune architecte, elle est le joli fil conducteur de cet Amour de jeunesse, qu'on ne lâcherait pour rien au monde.

La grande beauté du film tient à sa façon de décrire l'instant présent et de le rendre aussi intense que possible, jusqu'à nous faire oublier comment on en est arrivé là et quelles seront les conséquences. Qu'il y ait risque de rupture amoureuse ou ébauche de triangle amoureux, il n'est jamais question d'en faire une affaire de suspense, mais bien de disséquer les sentiments, leur évolution, les impulsions et aspirations de chacun. Quand Camille, après avoir enfin trouvé ce qui semble être une existence stable, retrouve sur sa route le Sullivan qu'elle aima tant, l'enjeu n'est pas de savoir s'il y aura faute ou non, fuite ou non. C'est aussi ça, la patte Hansen-Løve : traiter les sujets les plus graves, les plus blessants, sur un ton faussement paisible, où l'hystérie n'a pas lieu d'être. Les problèmes d'adultes peuvent aussi se régler sans hauts cris, mais cette absence de décibels est pourtant loin de leur ôter toute leur sève cinématographique ; c'est ce qu'a compris depuis ses débuts cette cinéaste hors pair, douce mais sans illusions.

Il y a cependant une réserve à émettre, un petit "mais" à brandir pour expliquer qu'Un amour de jeunesse est sans doute le moins fabuleux des trois films de la réalisatrice : le choix ou la direction de l'un des acteurs. On a toujours salué la qualité absolue des castings de Mia Hansen-Løve, composés d'acteurs peu ou pas connus mais toujours incontestables. Ici, c'est encore le cas à une exception près. Venu d'Allemagne (on l'a notamment vu dans le brillant Pingpong), Sebastian Urzendowsky incarne Sullivan, l'amour de jeunesse de Camille, celui qui marquera au fer rouge son adolescence avant de venir perturber plus ou moins malgré lui ses certitudes d'adulte. L'idéal aurait été qu'on s'attache à ce couple fragile, qu'on s'interroge sur sa pérennité, qu'on ressente la brûlante passion qui envahit Camille dès qu'elle croise ou recroise ce premier amour. Hélas, par excès de préciosité et de maniérisme, et sans doute parce qu'il n'est pas tout à fait à l'aise avec la langue française, l'acteur rend Sullivan assez antipathique et déséquilibre en grande partie l'architecture de l'ensemble. D'autant que l'autre homme de la vie de Camille, interprété par le danois Magne Havard Brekke, est aussi passionnant que charismatique.

Malgré ce défaut, Un amour de jeunesse est un délicat roman d'éducation qui voit une femme se construire en temps réel ou presque. Pour Camille et pour tant d'autres, tout est affaire de fascination : celle qu'exerce Lorenz, brillant architecte qui prodigue des cours souvent abstraits mais toujours passionnés, et qui finira par devenir davantage que son maître à penser ; et celle qu'exercera toujours Sullivan, petit être apparemment sans dimension, mais qui restera à jamais le premier amour de la jeune femme, celui qu'elle n'oubliera jamais, qui influera consciemment ou non sur chacune de ses décisions. La fascination de Camille est la nôtre. De quoi quitter la salle les yeux légèrement mouillés, transis de déférence à l'égard d'une cinéaste unique dont l'ahurissant parcours est loin de s'achever ici.



Un amour de jeunesse de Mia Hansen-Løve. 1h50. Sortie : 06/07/2011.

3 juil. 2011

[CONCOURS] HARRY POTTER ET LES RELIQUES DE LA MORT - PARTIE 1 : gagnez 2 DVD


Avant de découvrir le huitième et dernier film de la saga Harry Potter (qui sort le 13 juillet en salles), je vous propose de revoir le volume 7 à la maison. Pour participer au tirage au sort et gagner l'un des 2 doubles DVD mis en jeu, 2 possibilités :


Comme il est tout à fait permis de cumuler, cela donne deux façons de gagner un DVD de Harry Potter et les reliques de la mort - partie 1. Tirage au sort dimanche 10 juillet.

À venir : des places à gagner pour aller voir l'ultime volet en salles.
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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