30 juin 2011

Séances de rattrapage : INSIDIOUS / LA PRIMA COSA BELLA / NI À VENDRE NI À LOUER

Il est temps que les vacances scolaires arrivent... Sur les rotules, les yeux fatigués, je n'ai que ces quelques lignes à vous offrir.


C'est confirmé : James Wan aime les vieux pantins, les vieux visages et les vieux fonds de tiroir. Vaste compilation des courants les plus en vogue du cinéma fantastique (de l'horreur pur jus au surnaturel), Insidious ne crée rien d'autre qu'un terrible malaise : celui qu'éprouve le prof à la lecture d'une copie clairement pompée sur les meilleurs élèves de la classe. D'influences trop visibles en séquences éculées, Wan s'empêtre dans un rôle de mauvais copycat, jamais capable de susciter effroi ou angoisse malgré des excès en tous genres. C'est bien dommage, tant le couple Rose Byrne - Patrick Wilson semblait idéalement choisi pour incarner le malaise d'un foyer tout entier. Multipliant les fautes de goût depuis le succès inattendu de Saw, James Wan prouve une fois encore qu'il est l'un des pires usurpateurs d'Hollywood.



C'est l'histoire d'une mère courage qui fit tout pour préserver et élever ses enfants dans les meilleures conditions, et ce malgré les assauts du monde extérieur et des hommes. Bien que pas très fin, ce portrait d'une mamma à l'italienne, sexitude en supplément, aurait pu donner lieu à une chronique plutôt recommandable ; hélas, Paolo Virzi (Napoléon et moi) choisit d'alterner deux époques et de montrer, en parallèle, les derniers jours de l'héroïne, âgée et atteinte d'un cancer, sous le regard de ses enfants. Là, on plonge dans les pires travers du cinéma italien : ultra-larmoyant, à la limite du putassier, le film ne s'écroule pas tout à fait grâce au personnage du fils, un bon vieux macho italien, qui peine à prendre conscience des sacrifices fournis par sa mère durant toute son existence. Ce qui ne justifie pas que Virzi nous inflige d'indécents tunnels de larmes. Et pourquoi pas filmer la veillée funèbre en temps réel ?


Un an après le succès surprise des mignons Petits ruisseaux, Pascal Rabaté remet ça, bien décider à imposer son univers au cinéma. Voiturette sans permis, partie de pêche, envie de vacances : Ni à vendre, ni à louer renoue avec les tendres facettes du film incarné par Daniel Prevost, à un imposant détail près. Conscient de son statut de metteur en images prometteur, Rabaté nous livre un film sans paroles, façon Tati, et entrecroise en silence les mésaventures balnéaires d'une brochette de français relativement moyens. Résultat : un ensemble qui fonctionne par intermittence, fait sourire parfois mais rire jamais, et rappelle que Tati avait globalement fait le tour de la question avec Les vacances de M. Hulot, film d'un tout autre acabit. Faisant également penser aux élucubrations du fatigant trio Abel/Romy/Gordon, le deuxième film du bédéiste manque tout simplement de Rabaté pour parvenir à susciter autre chose qu'un ennui poli. Mais, tant qu'on y est, vive François Morel.



Insidious de James Wan. 1h42. Sortie : 15/06/2011.
La prima cosa bella de Paolo Virzi. 1h51. Sortie : 29/06/2011.
Ni à vendre ni à louer de Pascal Rabaté. 1h20. Sortie : 29/06/2011.

23 juin 2011

OMAR M'A TUER

Les auteurs de polars l'ont bien compris : l'investigateur est souvent plus passionnant que l'enquête en elle-même, a fortiori si le suspect principal est un faux coupable trop évident. Le deuxième film de Roschdy Zem en est la preuve éclatante : dans Omar m'a tuer, ce n'est pas l'affaire Raddad, pourtant fascinante, qui en fait l'intérêt principal, mais la façon dont un homme va surgir de nulle part pour tenter de démontrer son innocence. Cet homme, c'est Pierre-Emmanuel Vaugrenard, écrivain tourmenté par une élévation sociale qui le culpabilise. Les plus belles scènes du film sont celles où Vaugrenard, descendu à Marseille pour coller au plus près de ce drame qui l'obsède, se cloître dans sa chambre d'hôtel pour reconstituer les faits et tenter de comprendre. Il fallait bien le génie lumineux de Denis Podalydès, qui fait aisément oublier ses facéties de La conquête, pour tirer le meilleur de ce zébulon angoissé. Son Vaugrenard ressemble au Rouletabille qu'il interpréta par deux fois sous la direction de son frère et au détective Luigi Primo incarné par Sergio Castellitto dans le grand À vendre de Laetitia Masson (« Je suis France Robert).

Bien entendu, Podalydès n'est pas le héros du film. Roschdy Zem lui accorde néanmoins une place non négligeable, ce qui a d'ailleurs pour effet de sauver les meubles. Car pour le reste, Omar m'a tuer n'est qu'une reconstitution un peu plate, un assemblage factuel et plaintif d'où n'émerge aucune thèse, aucun point de vue. Le seul parti pris que semblent prendre Zem et ses co-scénaristes (dont Rachid Bouchareb) a même tendance à desservir Omar Raddad : là où il aurait fallu de la combattivité, du mordant, le film tombe régulièrement dans une victimisation outrancière. Il y a ici une façon assez complaisante de filmer Raddad en train de pleurer, de clamer son innocence, de subir les pires traitements. Après avoir réalisé le mignonnet Mauvaise foi, Roschdy Zem a sans doute imaginé avoir assez d'épaules et d'expérience pour s'attaquer à un tel sujet. Son film manque hélas de carrure, de style, d'intensité : c'est le devoir trop appliqué d'un élève crispé par son sujet.

À ce titre, la prestation de Sami Bouajila a de quoi faire débat. Si les qualités de l'interprète sont difficiles à remettre en cause, il se dégage de sa prestation une sorte de gêne. Méthode Actors Studio dans la poche, Bouajila s'est fait la gueule de Raddad, avec le même nez accidenté et le même front interminable. Il singe avec réalisme le regard perdu et mouillé de l'accusé martyr. Pourtant, sa prestation ne nous touche jamais, probablement parce qu'il ne s'en dégage aucune humanité, juste des tonnes de froideur. Le Bouajila qu'on aime, sensoriel, délicat, parfois sanguin, a laissé place à un technicien hors pair, une machine artistique sans faille, d'un terrifiant ennui. Si bien que l'une des affaires criminelles les plus saisissantes du siècle dernier, imbroglio policier et sous-texte politique à la clé, se mue à l'écran en un film conventionnel qui ne touche jamais. On a de la peine pour Raddad comme on en a pour le film, qui milite sans passion pour la réhabilitation de ce pauvre petit jardinier auquel la vie n'a pas vraiment fait de cadeau.



Omar m'a tuer de Roschdy Zem. 1h25. Sortie : 22/06/2011.

22 juin 2011

Snatch Magazine Release Party #8 | Nouveau Casino & Café Charbon


Le 24 mai, Snatch Magazine sort son huitième numéro, le meilleur depuis sa naissance. À cette occasion, les grands enfants du mag nous ont concocté une chouette soirée, comme à chaque fois. Celle-ci se déroulera au Nouveau Casino et au Café Charbon, lieu génialement bicéphale situé au 109 rue Oberkampf (Paris 11).

J'y serai probablement, le temps de siroter quelques verres en écoutant de très (mais alors très) bons artistes prendre possession des lieux. J'avoue n'en connaître aucun, mon inculture musicale étant chaque jour plus grande ; mais j'imagine que le niveau sera aussi élevé que lors des précédentes Release Parties. Je ne vais pas jouer au mec qui s'y connaît, ça ne serait pas crédible deux secondes : autant laisser parler le communiqué de presse.

Après un premier anniversaire de haute volée au mois d’avril, Snatch Magazine remet les pieds dans le plat musical avec une soirée qui risque d’être un moment d’anthologie pour nous tous. Préventes fortement conseillées si vous voulez dire plus tard que vous y étiez !

Mustang est la rencontre entre Renaud Deru et Andy Falsca. Partageant la même passion pour la House, Italo Disco ou encore les classiques Pop, ils ont sorti leur premier EP en 2009 sur l’excellent label Gomma. Cette sortie les a vite fait remarquer par des producteurs comme Vitalic ou Two Door Cinema Club pour faire des remix de leurs titres.

Linus Eklow aka Style Of Eye est un DJ et producteur suédois, globetrotter des platines. Il a sorti son dernier EP sur Sound Pellegrino avec des remixes de Zombie Disco Squad et Darabi. Aussi à l’aise derrière les platines qu’en studio, cet amateur de fromage va vous montrer que la Suède est l’autre pays de la sueur… sur le dancefloor !

Consacré meilleur espoir de la dance music par The Wire, Jackson & His Computer Band, DJ, producteur et remixeur hors pair, doit ce qualificatif à l’évolution permanente de son son. Sur disque ou sur scène, vous découvrirez à chaque fois une nouvelle facette de l’artiste dont le but unique est de vous faire danser !

La revanche a sonné, préparez vous à l’avalanche de lazer, les Nerds sont de retour. Composé de Marvy Da Pimp & Manaré, les deux frères s’opposent tel Super Mario et Sonic, l’un armé de basses destructives et l’autre de rythmes et synthé digitaux. Un nouveau show tech/house vs bass music et un nouveau swag à ne pas rater !

Producteur, compositeur - concepteur musical, arrangeur, réalisateur, directeur artistique et profondément Hip-Hop, Dj Sek « Kessey », co-fondateur du mythique label Time Bomb Records, cumule les aptitudes, les talents de création et le goût pour les plus beaux sons. Il prendra le contrôle de la danse au Café Charbon toute la nuit.

En résumé, la Snatch Mag Release Party #8, c'est :
STYLE OF EYE,
MUSTANG,
JACKSON & HIS COMPUTER BAND,
REVENGE OF THE NERDS (LA Complot),
DJ SEK "KESSEY" (TIME BOMB/MIC PRO),
des gens beaux et qui sentent bon (dont moi),
de délicieuses boissons à consommer avec plus ou moins de modération,
et sans doute l'occasion de rafler un ou plusieurs exemplaires de ce superbe numéro d'été.

10 euros en prévente, 14 euros sur place, et un événement Facebook pour récapituler tout ça.

Allez viens, quoi, on t'attend.

19 juin 2011

BALADA TRISTE

La parenthèse britannique de Crimes à Oxford mise à part (ainsi que son Perdita Durango, spin-off de Sailor & Lula d'après Barry Gifford), Alex de la Iglesia semble faire toujours le même film depuis le début de sa carrière. On y voit des gens ordinaires, marginalisés de par leur condition sociale ou leur physique ingrat, devenir des parangons de médiocrité pour écrabouiller leurs congénères et/ou accomplir la vengeance d'une vie. Les films d'Alex Deléglise commencent souvent sur les chapeaux de roue, au rythme d'une idée par plan et de mille plans par minute. Chacun de ses films respire la passion d'un cinéaste transporté par l'envie de raconter de vraies histoires et de secouer sans cesse le spectateur quitte à le rendre nauséeux. Ce qui finit toujours par arriver : bien que talentueux, le metteur en scène finit toujours par ne plus pouvoir suivre un scénariste impossible à canaliser et dont les postulats délirants virent toujours à l'eau de boudin. Mettre en valeur des personnages singuliers puis les réduire en charpie comme un gosse piétinerait ses jouets : voilà le cinéma d'Alex de la Iglesia, artiste passionnant qui n'est toujours pas parvenu à nous offrir un film plus qu'à demi-convaincant.

Passé par le festival de Venise et porté par une réputation tumultueuse, ce Balada triste (de trompeta) est à l'image du travail habituel de son réalisateur... en bien pire. La scène d'ouverture suffit à donner une idée de l'absolue laideur de l'ensemble. L'image est grise et sale, symbole de la complaisance permanente d'un film bien décidé à tirer au maximum sur la corde afin d'extraire ce qu'il y a de plus pathétique chez chacun de ses personnages. Pour en faire quoi ? Rien, absolument rien, si ce n'est du pathos débité au mètre. Balada triste ressemble trait pour trait à ses héros, deux clowns bien décidés à devenir les meilleurs du marché et à ravir le coeur d'une belle acrobate. Or, par essence, les clowns ne sont pas drôles. Juste un peu sordides, et ce malgré leur nez rouge, leur attirail et leurs mauvaises blagues. C'est tout le drame d'Alex de la Iglesia : il gesticule en permanence, nous balance ses effets à la tronche, mais ne ramasse à la sortie qu'une série de bides assez consternants. S'il a tendance à commencer fort pour s'écrouler ensuite, il se plante ici dès le début en forçant le trait dans les premiers plans, pour ne plus jamais s'en relever.

À la vue de cet effroyable marasme, deux constatations s'imposent. Primo, De la Iglesia a visiblement tout intérêt à rester fidèle à son éternelle image de sale gosse fan d'humour macabre et de massacres généralisés. Après une expérience anglophone un rien conventionnelle, il tente avec Balada triste de renouer avec son style d'antan tout en adoptant un positionnement plus adulte, plus responsable. Parlant explicitement du franquisme dans les premières bobines, tentant ensuite une métaphore filée en faisant de ses clowns les symboles du déchirement de l'Espagne, le réalisateur a visiblement voulu atteindre la consécration et réussir le fameux « film de la maturité ». C'est à peu près aussi crédible que Gad Elmaleh tentant de nous émouvoir dans La rafle.

Deuxième conclusion : s'il ne semble pas pouvoir trouver de sitôt une quelconque crédibilité de cinéaste sérieux, l'Espagnol doit cependant trouver des solutions pour enfin se renouveler. De nombreuses fragments de Balada triste rappellent des morceaux plus convaincants de ses précédents films. La lutte fratricide et absolue entre les deux clowns n'est qu'un remake déguisé du combat acharné que se livrent les deux comiques de son inédit Mort de rire. Le combat final sur la croix géante ressemble à s'y méprendre à la conclusion de Mes chers voisins, récit d'une querelle de voisinage se déroulant dans un immeuble cossu. Situations, personnages, ambiances : tout semble déjà vu, en plus mou, plus triste, moins sinueux. Seule une partie de la direction artistique, avec notamment quelques décors à tomber, permet de relever le piteux niveau général. Pour le reste, Balada triste remporte tristement le trophée de moins bon film de son réalisateur. Ce n'est pas rien.



Balada triste (Balada triste de trompeta) d'Alex de la Iglesia. 1h47. Sortie : 22/06/2011.

16 juin 2011

Séances de rattrapage : PLAY A SONG FOR ME / BLUE VALENTINE / BLITZ

Je serais bien en peine de trouver un point commun à ces 3 films. Un autocollant Snatch offert à celui qui aura l'idée la plus brillante.


Considéré comme très prometteur par une bonne partie de ses rares spectateurs, Play a song for me cumule pourtant tous les défauts du premier film. Excès de candeur, onirisme un brin ringard et utilisation intempestive des nouveaux supports numériques : on sent poindre à chaque plan le jeune âge du réalisateur Esmir Filho, 23 ans et toutes ses dents. Si le jeune homme a de belles choses à dire sur l'effroyable impression de solitude qui peut s'emparer de jeunes provinciaux en quête d'évasion, la mise en images un rien laborieuse donne à ce Play a song for me des allures de roller coaster le plus lent du monde. On a tout son temps pour en détecter les moments déplaisants et les géniales remontées. Filho reste une interrogation, car c'est principalement de maturité que manque ce tout petit premier essai.



Le saviez-vous ? Les histoires d'amour commencent bien et finissent mal. C'est ce que Derek Cianfrance met quasiment deux heures à établir au terme de ce laborieux Blue valentine, qui surexploite ses aspects indé tout en tentant de faire du Cassavetes. D'une fadeur effroyable, Michelle Williams imprime une morosité communicative au film, qui alterne lourdement petits instants de grâce (la rencontre et ses suites) et moments de glauquerie se voulant ultra-réalistes (la lente divergence de deux êtres s'étant jadis aimés). C'est plutôt bien filmé mais désespérément binaire. Heureusement qu'il y a Ryan Gosling, acteur sans égal, oscillant en permanence entre une froideur crispante et un cabotinage réconfortant. Sans lui, le film ne serait que peau de chagrin et trivialité thématique.


La meilleure surprise de Blitz, c'est que contrairement à ce qu'indique son affiche, Jason Statham est loin d'en être la star : si la première demi-heure du film lui offre clés en main un rôle façon Dirty Harry avec violence physique et verbale (loi du talion et homophobie notamment), la seconde met en, vedette Aidan Gillen, interprète complètement foufou du fameux Blitz, tueur de flics dont la motivation première est de devenir une star des médias. Il faut voir le personnage (et donc l'acteur) sombrer scène après scène dans une délicieuse mégalomanie pour se mettre à apprécier réellement ce petit polar nerveux, pollué par quelques tics visuels mais suffisamment farfelu pour captiver jusqu'au bout. La conclusion, génialement improbable, a de quoi plonger le spectateur dans un état proche de l'euphorie.



Play a song for me (Os Famosos e os Duendes da Morte) d'Esmir Filho. 1h47. Sortie : 25/05/2011.
Blue valentine de Derek Cianfrance. 1h53. Sortie : 15/06/2011.
Blitz d'Elliott Lester. 1h36. Sortie : 22/06/2011.

11 juin 2011

SUPER 8

Nul besoin d'attendre la première image originale de Super 8 pour être automatiquement plongé une trentaine d'années en arrière. Il suffit de voir s'afficher le logo d'Amblin Entertainment, boîte de prod fondée par Steven Spielberg et ses potes dans les années 80, pour que le voyage dans le passé s'opère. De façon totalement frontale, le troisième long-métrage de J.J. Abrams assume son statut d'oeuvre nostalgique, pour ne pas dire passéiste. Le cinéaste semble avoir remonté le temps pour aller réaliser son film en 1979, avant de revenir en 2011, l'air de rien, bobines sous le bras. Hommage et exercice de style, Super 8 va en effet au-delà de la simple reconstitution d'époque et vise une sorte de grand chelem absolu en matière d'atmosphère... et de méthodes de travail. Il ressemble à un travail de copiste, authentique jusqu'au bout des ongles, avec çà et là quelques micro-variations destinées à permettre de faire la différence entre l'original et la reproduction. Seulement voilà : aussi sincère et passionné soit-il, un tel hommage peut difficilement être considéré comme un projet artistique à part entière, puisqu'il semble amené à s'écrouler comme un château de cartes pour peu qu'on lui retire ses fondations et ses modèles.

Au petit jeu des comparaisons, on pourrait rapprocher Super 8 d'un sacré nombre de films réalisés entre 1975 et 1990, mais le carré d'as Rencontres du troisième type - E.T. - Les Goonies - Stand by me semble suffire à décrire convenablement la bête. Avec sa façon de faire des enfants de véritables adultes miniatures dont la caractéristique principale est leur aptitude au rêve, Abrams renoue clairement avec cet âge d'or au cours duquel les mioches semblaient devoir conquérir le monde. Lui-même semble revivre à travers les deux petits héros de son film, à savoir un petit gros désireux de faire des films pour raconter des histoires, et son pote plus en retrait, plus romantique, mais tout aussi passionné. Quand au troisième personnage principal, incarné avec flegme par le fabuleux Kyle Friday night lights Chandler, il est le mix évident entre le géniteur du réalisateur et son père spirituel, celui qui lui transmit dès le plus jeune âge l'amour du septième art : Spielberg en personne. En plus d'être une ode au cinéma et à ceux qui le font, Super 8 est une touchante déclaration d'amour à cette double figure paternelle. Le film a d'ailleurs la naïveté de ces gosses qui regardent leur papa avec de grands yeux mais non sans oeillères : il multiplie les regards tendres mais s'éparpille plus souvent qu'à son tour dans des clins d’œil un peu gros. Y avait-il besoin de multiplier les références visibles à E.T. comme si ce n'était pas assez clair ? Fallait-il faire voler un vélo dans le ciel pour permettre au spectateur le plus obtus de saisir l'hommage ? De même, les blagounettes se rapportant aux nouvelles technologies de notre époque (l'ère du tout numérique, avec ses vidéos immédiatement "développables" et ses baladeurs en tous genres) se révèlent sacrément dispensables.

Qu'on ne s'y trompe pas : Super 8 possède des qualités cinématographiques indéniables, qui ne masquent pas son manque d'innovation ou de prise de risques, mais lui permettent de remplir honorablement ses fonctions de divertissement. Si la première partie du film est la meilleure, c'est parce qu'on y constate à nouveau le talent d'Abrams pour mettre en place des situations intrigantes et insolites. Auteur du script en solo (fait suffisamment rare dans le monde du blockbuster pour être souligné), ce cher J.J. fait preuve d'une réelle malice dans le déploiement de son postulat de départ. Cela se traduit dès le premier plan, anodin en apparence mais qui allie malice et efficacité narrative. Pour la première fois ou presque dans sa carrière de réalisateur-scénariste-producteur, Abrams s'acquitte de sa tache sans jamais verser dans le sensationnalisme : à une ouverture choc et grandiloquente, il préfère une approche modeste et rassurante, en parfaite cohérence avec son projet de réaliser un pur film de 1979. Puis c'est l'heure du premier et plus brillant morceau de bravoure : un déraillement de train qui permet aux jeunes protagonistes (tous assez ébouriffants car tellement dans le ton et l'époque) d'être plongés dans un monde quasiment parallèle qui reste pourtant le leur. Comme si leurs envies de cinéma étaient devenues réalité. À cet instant, l'émotion d'Abrams face à leur épiphanie, qui n'est autre que la sienne, est palpable et communicative. Dommage que la suite ne soit pas de ce niveau.

Car le film finit par passer trop de temps à offrir des réponses et à disséquer le fameux mystère disséminé dans les premières bobines. Décevante et parfois redondante, cette longue résolution s'accompagne de quelques rebonds scénaristiques inutiles : ni l'intrigue ni l'hommage n'en sortent grandis. Dissimulant ses airs de déjà-vu derrière une brassée de références, Super 8 ne parvient à se relancer qu'au terme d'un final gigantesque en terme de promesses, mais qui lorgne une nouvelles fois vers quelques sommets de la science fiction des années 70-80 (y compris Alien). L'excitation va decrescendo, l'affection aussi : fleurant le Spielberg jusqu'au bout des ongles, le film se clôt sur une apologie candide et un poil niaise du monde de l'enfance. Au final, c'est d'ailleurs aux enfants que s'adresse principalement le film de J.J. Abrams. Mais pas à ceux des années 2000, trop petits pour saisir la portée de l'hagiographie spielbergienne et goûter la noirceur de l'ensemble. Le film vise une autre cible, qu'il atteint en partie : les trentenaires et quadras d'aujourd'hui, qui devraient être ravis de sombrer dans cette plongée mélancolique au coeur de leurs jeunes années.



Super 8 de J.J. Abrams. 1h50. Sortie : 03/08/2011.

9 juin 2011

LONDON BOULEVARD

Kingdom of heaven, Les infiltrés... Les premiers scripts écrits par William Monahan n'ont pas été portés à l'écran par des manchots. Rapidement adoubé par Hollywood, voilà le scénariste invité à réaliser son propre long-métrage. Pourquoi pas : lorsque les auteurs ont des choses à dire et à raconter, pourquoi ne pas les laisser tenter leur chance et mettre leurs tripes sur la table. Ça passe ou ça casse : et dans le cas de Monahan, ça a plutôt tendance à casser, puisque ce London boulevard ne vaut pas grand chose. Ni en terme de réalisation ni même sur le plan du scénario.

Dès le début, ça coince : Monahan tente de jouer la carte d'un cinéma bruyant, limite assourdissant, avec agression visuelle à la clé. Changer brusquement de format sans souci de cohérence, accentuer le grain de l'image pour faire indé, faire jaillir la violence par impulsions pour mieux harponner le spectateur... Visiblement, le réalisateur doute tellement du talent de son scénariste qu'il est prêt à exploiter les pires méthodes pour dissimuler ses faiblesses. Problème : London boulevard est écrit et mis en scène par la même personne. L'oeil et l'oreille irrités, on observe mollement ce petit théâtre d'influences dans lequel un ex-taulard devient le garde du corps d'une starlette et doit subir les pressions d'un mafieux qui aimerait s'offrir ses services. Les dialogues sont abondants mais sans étincelle, les situations se suivent et se ressemblent, et seul le sang afflue, là où il aurait surtout fallu de l'huile dans les rouages.

Même les interprètes semblent tous évoluer en mode mineur. Pas très concerné, Colin Farrell semble ailleurs, son regard sombre semblant toujours chercher un point d'ancrage à l'horizon. Quant à Keira Knightley et Ray Winstone, ils reprennent pour la énième fois des rôles mieux écrits et mieux défendus ailleurs, à savoir la jeune biche en mal de soutien et la brute épaisse masquant ses failles avec ses gros poings. Tous semblent se demander ce qu'ils fabriquent dans ce qui devient peu à peu un pur jeu de massacre. Vraiment pas inspiré, Monahan ne prend plaisir qu'à buter ses personnages un à un, jusqu'à réduire son casting à peau de chagrin. Encore plus mornes que le reste, les dernières bobines ne font que confirmer l'erreur d'aiguillage d'un type qui ferait mieux de rester dans l'ombre de Ridley Scott ou Martin Scorsese au lieu de tenter d'imposer un univers qu'il n'a pas.



London boulevard de William Monahan. 1h42. Sortie : 08/06/2011.

8 juin 2011

LIMITLESS

Revenu de loin après un Illusionniste touchant de nullité, Neil Burger pourrait bien avoir trouvé sa place au soleil grâce à ce Limitless, succès surprise au box-office américain et preuve assez convaincante de son savoir-faire en matière de mise en scène. Sans déborder de génie, Burger fait preuve d'un beau sens de l'à propos en collant au plus près de son intrigue et en insérant régulièrement des gimmicks plutôt bien vus. Décrivant une drogue jamais vue, capable d'accroître considérablement l'intelligence et l'acuité mentale, le film se donne les moyens d'en transmettre les effets au spectateur. Cela donne lieu à une première partie extrêmement plaisante même si complètement vaine : on a l'impression d'assister à un cartoon à base de chair humaine, Bradley Cooper remplissant à lui seul les fonctions de Speedy Gonzales, de Bugs Bunny et de loup de Tex Avery.

Mais parce que le film devait forcément se trouver une intrigue, et parce qu'il ne pouvait se réduire à une sorte de gigantesque apologie d'une substance illicite, Limitless ne tarde pas à s'acheter une conscience... et à devenir immanquablement sinistre, comme une plaquette anti-drogues trouvée dans une infirmerie de collège. Si l'euphorie était totale, la descente est vertigineuse, et Burger s'en acquitte avec un premier degré fort compréhensible mais franchement barbant. Les effarantes séquelles du produit et la lutte menée par le héros contre tout un tas de sales types sont soudain beaucoup moins amusantes. Dommage : un scénariste moins coincé ou un réalisateur plus allumé auraient sans doute permis de maintenir le cap tout en préservant le propos.

Heureusement, il y a Bradley Cooper, qui n'en finit plus de séduire Hollywood. Le talent de ce mec tient à sa façon de tenir en équilibre entre la figure du charmeur décontracté et celle du sale con qu'on giflerait volontiers. Cet acteur plus complexe qu'il n'y parait permet à ce Limitless au titre mensonger de rester supportable jusqu'au bout même si on se contrefiche des personnages après seulement quelques bobines. Quant à Robert DeNiro, il ne fait que confirmer à chaque film son lent et inexorable déclin. Capitalisant sur ses excès d'antan, il n'est une fois encore que l'ombre de lui-même, se livrant à un cabotinage éhonté et absolument inutile. S'il s'est régulièrement attaqué à des rôles absolument indéfendables, il avait ici de quoi s'en tirer honorablement mais semble ne plus être capable de rester sobre plus de vingt secondes. Ses retrouvailles prochaines avec Martin Scorsese lui permettront-elles de retrouver enfin un peu de dignité ?



Limitless de Neil Burger. Durée : 1h45. Sortie : 08/06/2011.

7 juin 2011

AMERICAN TRANSLATION

Sous son allure de film très mineur, prêt à être happé par la masse des sorties hebdomadaires, American translation présente un véritable intérêt grâce à au moins une de ses caractéristiques : plus que dans 99% des autres films, l'aimer est affaire d'interprétation.

Deux options s'offrent au spectateur venu découvrir le nouveau film de Jean-Marc Barr & Pascal Arnold. La première consiste à se moquer effrontément de l'histoire de ce tueur en série franchouillard et de cette jeune et belle bourgeoise éperdument accrochée à ses basques. Pourquoi rire ? Parce que Pierre Perrier, l'acteur principal, joue horriblement mal, sourcils froncés pour se donner l'air inquiétant, pectoraux fièrement mis en avant sous prétexte de charisme, cabotinage et putasserie. Sous cet angle, difficile de parvenir à sauver quoi que ce soit de ce qui doit ressembler de près à un petit navet.

Mais voilà : une deuxième option est offerte sur un plateau, sans qu'il soit possible de déterminer définitivement s'il s'agit du fruit d'un parti pris délibéré ou d'un malentendu né d'une série d'accidents artistiques. Plutôt bon d'habitude (on l'a vu à son avantage chez Antony Cordier et déjà chez le tandem Barr-Arnold), Perrier ne peut pas être devenu aussi mauvais en aussi peu de temps sans s'y être obstinément préparé. Il n'est alors pas difficile d'imaginer que ce n'est pas l'acteur qui joue faux, mais bien le personnage. Et c'est alors qu'un nouveau monde s'ouvre.

Car alors, le road movie en mode pathétique se meut en un portrait implacable et sans concession d'un couple de jeunes gens stéréotypés, empêtrés dans les idées reçues, ne sachant plus bien où se situer dans cet univers auquel appartiennent aussi bien Jeffrey Dahmer que Christophe Hondelatte. De fait, la scène où Chris raconte le plus sérieusement du monde comment il en est venu à tuer finit par être non pas ridicule, mais absolument édifiante. Ce type n'est pas un monstre. C'est un con doublé d'un beauf, qui pense qu'un homme se limite à l'équation yeux foncés + torse irréprochable + slip kangourou. Le titre permet d'ailleurs de pencher volontiers pour cette hypothèse certes un rien fumeuse : s'il avait déjà entendu parler de James Ellroy, Chris rêverait sans doute d'être un de ses personnages. En vain évidemment. Ses crimes et son parcours ne sentent pas assez le sang séché, ni même la semence.

Quoi qu'il en soit, le personnage incarné par la sublime Lizzie Brocheré est le plus réussi du lot. Effrayée, tétanisée, folle amoureuse de son Chris, cette Aurore ne voit rien. Transie et monolithique, elle laisse soudain une vie rangée pour devenir la pire midinette du monde, une groupie un peu minable se laissant embarquer par le charme dérangeant de ce type qu'elle eut un jour le tort de croiser dans un hôtel. Arnold et Barr font le reste : toujours empreints de la même naïveté, transportés par une gaucherie épisodique souvent rattrapée par le lyrisme inattendu de la scène suivante, les deux compères tissent leur toile quoi qu'il en coûte. On aime les voir évoluer ainsi auprès de jeunes interprètes qu'ils semblent vouloir porter au plus haut. On aime ce paternalisme un peu déplacé mais toujours sincère. On aime que ces mecs filment comme ils respirent quitte à s'étouffer plus d'une fois. Et que leurs films soient suffisamment libres pour laisser libre cours à toutes les interprétations, des plus néfastes au plus salvatrices. American translation échappe aux carcans et c'est la plus belle et la plus sûre de ses qualités.



American translation de Jean-Marc Barr & Pascal Arnold. 1h49. Sortie : 08/06/2011.

Critique publiée sur Playlist Society.

THE PRODIGIES

Quand un réalisateur travaille avec l'auteur d'une oeuvre dont il dit être le fanboy numéro 1, on peut au pire s'attendre à un excès de dévotion. Dans le cas de The prodigies, adaptation animée d'un best-seller français nommé La nuit des enfants rois, cela ressemble pourtant à un hallucinant massacre. Rien ne tient debout dans le film d'Antoine Charreyron, qui allie un visuel creux et incohérent à un scénario repoussant sans arrêt les limites de l'ennui. L'animation française, qui avait déjà tenté de se distinguer avec le pompeux Renaissance, connaît avec ce film une deuxième désillusion qui devrait se solder par un énorme four au box-office. Mis à part les amateurs inconditionnels d'un livre paru il y a 30 ans, qui risquent d'être furieux à la vue de cette trahison faite film, on voit mal qui pourrait vouloir se risquer dans un tel marasme. Sans cible et sans but, The prodigies tente de vendre mille choses inabouties par le biais de gesticulations hystériques et lassantes. Résultat : une camelote inutilisable et injustifiable, qui fait passer l'ensemble de l'animation française pour un vaste cirque peuplé d'amateurs. C'est sinistre.

On a pourtant envie d'entrer dans cet univers qui n'est pas sans rappeler les débuts des X-men ou la série Heroes : hélas, cette histoire de jeunes surdoués sélectionnés à travers l'Amérique pour apprendre à exploiter leurs dons si spéciaux ne décolle jamais. Incapables de poser concrètement les motivations des protagonistes et les enjeux d'une histoire prétendument tragique, les scénaristes (déjà à l'initiative du scénar de Renaissance, tiens) semblent naviguer à vue pendant une interminable heure et demie. Femme enceinte en dangers, enfants menacés ou menaçants, télé-réalité prétexte : les éléments s'imbriquent si mal qu'ils ont plutôt tendance à se superposer lourdement.

En fait, The prodigies ressemble à une (trop) longue cinématique d'un (très) mauvais jeu vidéo, avec sa façon de vouloir en donner beaucoup en un minimum de temps. Le film nous jette à la gueule des brassées de thématiques dont on ne sait que faire, des scènes d'action en veux-tu en voilà, des traumas gratuits et racoleurs qu'on tente de nous faire passer pour du courage (viol de mineure face caméra et tutti quanti). On jetterait bien son cerveau et ses oreilles à la poubelle pour ne plus avoir à subir cet amas de vacuité crasse, mais le visuel se charge à tout moment de nous rattraper. Pour une poignée de scènes et de textures réussies, le film propose un lot ahurissant de séquences mal torchées, brillant soit par leur hétérogénéité, soit par leur absence totale de fluidité ou de réalisme. On aurait pu en apprécier le côté foutraque s'il n'y avait l'affligeant sérieux de l'ensemble. Ce cinéma premier degré, dépourvu de recul, ne devrait même plus exister. Pourtant, au vingt-et-unième siècle, des équipes entières suent sang et eau sur ce genre d'aberration qui fait pitié et honte à voir. À n'aller voir sous aucun prétexte, si ce n'est pour la voix de Mathieu Kassovitz.



The prodigies d'Antoine Charreyron. 1h27. Sortie : 08/06/2011.

2 juin 2011

Un grand acteur arrête le basket : Shaquille O'Neal

« After 19 seasons, Shaquille O'Neal announces his retirement ». Oui, le gros Shaq prend sa retraite. Jamais plus il ne jouera en NBA. heureusement qu'il lui reste sa brillante carrière d'acteur, entamée sur les chapeaux de roues au siècle dernier.


Si sa carrière de basketteur, très secondaire, a souvent fait oublier ses immenses talents artistiques (Shaq a toujours été meilleur en cinéma qu'en lancers francs), n'oublions jamais que monsieur O'Neal est à l'origine de quelques chefs d'oeuvre du cinéma américain. Ça commence fort logiquement avec Blue chips, film sur le basket logiquement écrit par Ron Shelton (Duo à trois, Les blancs ne savent pas sauter) et étrangement réalisé par William Friedkin. Nick Nolte y incarne un coach contraint de magouiller pour amener son équipe au plus haut, avant de tenter une ultime rédemption en rendant public l'ensemble des fraudes commises. Shaq, lui, joue - et c'est bien normal - un des basketteurs stars de l'équipe en question. Un type pas franchement futé, ayant quitté l'école très tôt pour se consacrer au basket. Un rôle de composition, en somme. Avec une scène absolument culte montrant qu'il vaut tous les Martin Lawrence de la Terre, dans laquelle cette grosse masse visite une école dans le cadre d'une opération de communication. La scène se trouve ci-dessous, et démarre à 3:36 dans la vidéo :


Vient ensuite le morceau de cinéma ultime sur lequel il aurait pu tirer sa révérence. Dans Kazaam, réalisé par Paul Michael "Starsky" Glaser, il incarne le rôle-titre : celui d'un génie sorti de sa boîte par un pauvre gamin esseulé et harcelé par une bande de vilains loustics. Les réactions sont unanimement enthousiastes, comme le prouve cette sélection exhaustive des critiques rédigées par les brillants utilisateurs d'Allociné (cliquez pour agrandir):


Kazaam est un monument, le seul film d'enfant qui devrait être montré dans toutes les écoles, une somptueuse leçon de vie aussi réaliste qu'onirique. Avec ce rôle fait pour lui, Shaquille O'Neal démontre qu'il n'a absolument rien à envier aux plus grands basketteurs-acteurs du passé, et notamment l'ex-joueur de Pau-Orthez Gheorghe Muresan. Si si, rappelez-vous My giant, bouleversant buddy movie dont il partageait l'affiche avec Billy Crystal...


Mais bref, voici un extrait de ce fameux Kazaam. Un peu de silence au fond, les grands films ça se respecte.


En 1997, Shaq boucle alors la première et plus belle partie de son œuvre, que l'on pourrait nommer « trilogie de la vie » tant les trois films réunis semblent atteindre une sorte de vérité universelle et définitive sur ce qu'est l'existence. Dans Steel le justicier d'acier de Kenneth Johnson, O'Neal interprète un ingénieur en armement (rires) qui travaille sur une nouvelle arme révolutionnaire permettant de neutraliser les soldats sans leur faire de mal (re-rires). Mais des gens pas d'accord (des qui aiment la guerre, sans doute) tentent de réduire ses efforts à néant. Sauf qu'on n'embête pas Shaq sans quelques représailles : le voici qui se transforme en justicier à l'armure d'acier, quelque part entre Iron man (mais en noir) et Robocop (mais en vivant). Pour le plaisir des yeux, voici une scène dans laquelle le fameux justicier d'acier neutralise une voiture pleine de malfrats.


Sans doute parce qu'il a peur de finir par décliner, Shaquille O'Neal prend alors une terrible décision : il met entre parenthèses sa carrière d'acteur et décide de se consacrer presque uniquement au basket. Heureusement, quelques réalisateurs parviendront à lui arracher des apparitions microscopiques mais tellement essentielles. Parmi eux, Tom Green, gros taré qui épousa un jour Drew Barrymore avant d'être touché par un cancer des testicules (ceci explique-t-il cela ?). Il convainc Shaquille de figurer dans Va te faire foutre, Freddy, délicieux summum de mauvais goût. Extrait.


Autre exploit : Shaq le privilégié obtient le droit de jouer dans la scène d'ouverture de Scary movie 4, qui parodie la série Saw. Sa seule présence permet au film d'aligner les millions de dollars au box-office américain. Savourez, succombez.


Également présent dans The wash, brillante collaboration des rappeurs Snoop Dogg et Dr. Dre, Shaquille devrait - espérons-le - profiter de sa retraite sportive pour continuer à brûler les planches. On a très très hâte de le découvrir dans Jack & Jill, le prochain Adam Sandler, avec Katie Holmes et Al Pacino dans son propre rôle. La comédie la plus excitante de la fin 2011, puisque Sandler y joue à la fois un homme et sa soeur jumelle. Encore une étape de plus vers les rôles à Oscars pour celui qui perdit tant de temps à jouer au basket-ball.

1 juin 2011

RENDEZ-VOUS AVEC UN ANGE

Il y a des films qui n'ont l'air de rien, vous écrasent d'abord par la modestie de leur dispositif et de leurs personnages, puis finissent par vous cueillir comme une fleur fragile. À n'en pas douter, Rendez-vous avec un ange fait partie de cette catégorie, et embarque le spectateur dans une jolie aventure humaine brassant des thèmes a priori antagonistes avec une discrétion touchante. Tout démarre du drame d'ordre social qui touche Judith, une jeune infirmière effacée. Virée pour une faute apparemment impardonnable, elle n'ose pas avouer la vérité à Roland, son mari, autoritaire et tourmenté. Puis Roland découvre les cachotteries de sa femme, qui ne sait pas qu'il sait. Un jeu de dupes qui se mue peu à peu en jeu de piste, Roland se mettant à suivre une Judith continuant à partir tous les matins comme si elle se rendait sur son lieu de travail. Mensonge contre mensonge : les deux époux finiront par en apprendre davantage sur eux-mêmes et par découvrir chez l'autre des pans de personnalité dont ils ignoraient l'existence.

Un tel argument et un tel titre auraient pu donner lieu à une comédie romantique inoffensive, quelques aventures gentiment rocambolesques menant nos héros fatigués à une réconciliation féérique. Or, le film coréalisé par Yves Thomas et Sophie de Darudar emprunte des sentiers bien moins balisés, aussi bien par les thèmes qu'il aborde que par les genres qu'il traverse. Polar et film à thèse sont également convoqués dans un scénario beaucoup plus touffu qu'en apparence. À mesure de ses filatures, Roland va notamment percer à jour un secret insoupçonnable permettant de voir sa femme sous un jour bien différent. Une surprise de taille dans le script et un sacré outil pour rouvrir le débat sur un sujet sensible.

Assez fruste, pas franchement attirante, la mise en scène semble elle aussi portée par l'étrange montée en puissance qui enveloppe le film. Le dernier plan de Rendez-vous avec un ange, pour ne citer que lui, atteste de la relative singularité de cette œuvre ne payant pas de mine. Et si l'on peut regretter le choix d'Isabelle Carré pour incarner une nouvelle fois une nunuche-mais-pas-trop, Sergi Lopez est quand à lui formidable et incontestable en mari bougon ne laissant transparaître ses failles que lorsqu'il vit de plein fouet sa passion pour l'opéra. Comme lui, Thomas et Darudar semblent convaincus de la potentielle influence de l'expression artistique sur le développement personnel.



Rendez-vous avec un ange d'Yves Thomas & Sophie de Darudar. 1h38. Sortie : 01/06/2011. Critique publiée sur Artistikrezo.
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
© 2009 TOUJOURS RAISON.. Tous droits réservés
Design by psdvibe | Bloggerized By LawnyDesignz