30 avr. 2011

[Concours] BLOOD ISLAND : gagnez des places pour la soirée PANIC ! CINEMA


Le 3 mai prochain sortira le DVD de Blood island, alias Bedevilled, film coréen qui fit sensation auprès d'une partie du public lors de son passage à la Semaine de la Critique à Cannes 2010 avant de remporter le Grand Prix au derier festival de Gerardmer. Privé de salles en France, le film s'offre une sortie DVD en grande pompe sous la houlette de DistribFilms.

À cette occasion, Panic ! Cinéma consacrera sa séance du samedi 7 mai au film. Comme c'est le cas chaque samedi pour les films de ce ciné-club, Blood island sera donc projeté sur grand écran le samedi 7 à minuit pétantes. Mais sachez que dès 23 heures, l'équipe de DistribFilms sera présente au bar du Nouveau Latina (Paris 4ème) pour vous offrir des bières.

Et puisque tout ce beau monde est incroyablement généreux, pourquoi ne pas vous offrir 5 places pour vous rendre à cette séance de minuit placée sous le signe du sang et du frisson... Pour cela, il vous suffit d'envoyer à concours@toujoursraison.com vos nom, prénom et réponse à cette question dont vous trouverez la réponse ici :

Quel cinéaste coréen le réalisateur Jang Cheol-soo a-t-il assisté avant de tourner ce film ?

Après ramassage des copies et tirage au sort le vendredi 6 mai à 13 heures, les noms des 5 gagnants seront transmis à DistribFilms et au Nouveau Latina, où vous serez accueillis comme des rois...

Blood island (Bedevilled) de Jang Cheol-soo. 1h55. Sortie DVD : 03/05/2011. Soirée Panic ! Cinema : 07/05/2011.

28 avr. 2011

ANIMAL KINGDOM

Cas épineux que celui de ce David Michôd, réalisateur d'Animal kingdom, actuellement au coeur du débat le plus fondamental de notre époque : pourquoi un accent circonflexe sur le o de Michôd et quelle peut bien être l'origine d'un tel patronyme ? D'emblée, on aurait volontiers penché pour l'hypothèse d'une nationalité suisse ou même d'une quelconque appartenance jurassienne, le tout porté par l'envie de laisser traîner assez longuement le fameux o comme le font les habitants de certaines régions de l'est de la France. Solution assez peu probable : ledit Michôd semble être un australien pur jus, fruit de deux des principales villes du pays, Sydney et Melbourne. Et pourquoi pas l'option "faute de frappe" ? Après tout, sur les claviers de type azerty, la touche sur laquelle figure l'accent circonflexe n'est guère éloignée de la touche o... Un rédacteur quelconque utilisant ce type de clavier aura fait preuve de maladresse et transformé un gentil petit o en ô, l'accent circonflexe fermement rivé sur sa voyelle, lui qui a si peu d'occasions de sortir le bout de son nez dans les pays anglophones...

Si ce fameux chapeau chinois revêt une importance absolument capitale, c'est parce qu'il constitue la grande singularité de ce réalisateur, pour ne pas dire la seule. Michôd orchestre un film bâtard, quelque part entre roman d'apprentissage et tragédie polardeuse "façon" Scorsese, pour atterrir au final dans une sorte de gigantesque no man's land assez ennuyeux. La façon dont le jeune réalisateur installe son héros adolescent au coeur d'une famille de petits et gros gangsters ressemble à la carte de visite d'un metteur en images appliqué et sûr de lui ; en revanche, on ne parvient jamais à partager réellement ses appréhensions à l'idée de devoir appartenir à une telle smala, lui qui vivait jusque là dans une tranquillité relative auprès de sa mère camée jusqu'à l'os. La famille Cody a beau être solidement interprétée, l'écriture désordonnée peine à en faire autre chose qu'une nouvelle famille Groseille armée jusqu'aux dents. De quoi rire jaune et s'attendre à quelques règlements de compte salés, voilà tout.

Résultat : le tiraillement du jeune Joshua, ado hésitant à affronter ceux qui l'accueillent sans sourciller pour aller enfin vivre une vie paisible, semble assez peu palpable. La réussite d'Animal kingdom est de montrer que ce môme, quoi qu'il fasse, est perdu. Offrir à un flic tenace (Guy Pearce, étrangement moustachu) un témoignage sur un plateau ou défendre bec et ongles l'honneur et l'intégrité du clan familial : tout finira par se payer. Une morale qui tourne hélas en boucle, tant ce film manquant de souffle finit par s'abîmer dans un cocktail redondant de violence mal contenue et de rebondissements surtout destinés à montrer la détresse psychologique du personnage principal. Ce royaume-là est animal, mais cette animalité ne se fait pas ressentir alors que sur le papier les personnages sont des prédateurs. Joshua, improbable accent circonflexe sur un o qui ne l'attendait pas, finira par se trouver une place au gré d'un parcours chaotique, certes, mais finalement assez prévisible, jalonné par une voix off aussi inutile que désagréable.



Animal kingdom de David Michôd. 1h52. Sortie : 27/04/2011.

27 avr. 2011

IL ÉTAIT UNE FOIS UN MEURTRE

Les whodunits les plus mémorables n'en sont pas. C'est ce que confirme cet incroyable film allemand, cousin pas si éloigné de The pledge et Mystic river, pièces maîtresses sur la culpabilité et la perte de repères qu'engendre la recherche d'un coupable. Il était une fois un meurtre brille par sa construction chorale qui rend son imbroglio policier passionnant à plus d'un titre. D'abord en tant que tel, puisque les scènes d'introduction successives installent une ambiance poisseuse et addictive qui donnerait envie, si ce film était un livre, d'aller fouiner dans le dernier chapitre pour en savoir tout de suite davantage. Ensuite parce que le film de Baran bo Odar (joli nom) tisse une implacable toile autour de personnages dont on ne sait jamais quoi penser. Quand les différents enquêteurs, les victimes et leurs familles ont l'air presque aussi louche que les coupables, il y a de quoi se poser des questions (souvent injustifiées) et ressentir en tout cas une sérieuse impression d'insécurité permanente. La moiteur estivale ne fait que rendre l'ensemble encore plus pesant. Pesant mais pas si glauque que ça : bien entendu, il est question d'un crime pédophile, mais celui-ci est filmé sans racolage et rapidement évacué par un réalisateur ne désirant pas créer le malaise pour le malaise.

Il était une fois un meurtre revêt en outre une dimension supérieure en tant qu'étude comportementaliste de l'homme dans tous ses états : en situant le plus clair de son action 23 ans après le crime originel, il crée chez chacun de ses personnages une ambivalence tétanisante due à la gigantesque ellipse effectuée par le scénario. Que s'est-il passé pendant ces nombreuses années ? Les esprits se sont-ils apaisés ou la colère est-elle toujours la même ? Les monstres en sont-ils toujours ? Les questions sont multiples, et Baran bo Odar réussit le curieux exploit de répondre à la majeure partie d'entre elles sans jamais se montrer démonstratif. Après deux heures d'un marathon intensif, on laissera ces personnages avec le sentiment d'en avoir beaucoup appris sur eux... mais de ne pas forcément connaître toute leur part d'ombre. Le genre de film qui continue de faire son office bien après le générique de fin, et qui sidère non seulement par ses multiples points forts, mais aussi par sa façon élégante d'éviter les pièges inhérents à son sujet. On craint souvent que le film ne dépasse la ligne jaune en abusant d'effets de style ou en tombant trop régulièrement dans le malsain.

Le cinéaste donne corps à ces questionnements et à cette inquiétude grâce à une mise en scène qu'on pourrait dire digne des meilleurs polars américains si elle ne possédait pas une bonne dose de singularité. Baran bo Odar opère tel un génial caméléon, alternant éblouissants plans larges et plans très resserrés. Le plus brillant des enquêteurs n'aurait pas fait mieux : porter un regard distancié sur chaque situation pour mieux s'immiscer ensuite dans l'esprit de ses protagonistes. En outre, il dispose d'une botte secrète qui n'a rien d'un caprice de gamin : cet homme-là maîtrise le plan-séquence comme pas deux. Il y en a notamment un, peu avant la résolution du film, si efficace et si poignant qu'il est même possible de passer à côté de la performance technique pour être simplement happé par le potentiel émotionnel de cette scène dans laquelle la vérité semble enfin prête à éclater malgré les obstacles innombrables. Stupéfiant metteur en image, ahurissant directeur d'acteurs (il faudrait tous les citer), Odar gagne très aisément ses galons de réalisateur haut de gamme.



Il était une fois un meurtre (Das letzte Schweigen) de Baran bo Odar. 1h58. Sortie : 27/04/2011.

25 avr. 2011

BON À TIRER (B.A.T.)

Les classements des pires films, dressés çà et là, permettent d'en témoigner : aux yeux du public, il n'y a rien de pire qu'une comédie pas drôle. Pourtant, la vérité est légèrement plus précise : il n'y a rien de pire qu'une comédie pas drôle, dont la morale repousse les limites du conservatisme américain et dont les auteurs furent jadis les succulents metteurs en images de délires visuels et d'envolées comiques de très haute volée. Merci aux frères Farrelly d'avoir pu éclairer notre lanterne avec ce Bon à tirer tout juste bon à foutre au feu, sinistre testament d'un duo de cinéastes qu'on ne savait pas à ce point sur la pente descendante. Ils sont la première et principale tare de leur film, qui souffre de leur incapacité à s'assumer en tant que quinquagénaires : comme leurs héros, les Farrelly tentent de se faire passer pour des jeunes et se prennent les pieds dans le tapis, dépassés par des évolutions morales et technologiques qu'ils n'ont visiblement pas pris le temps d'étudier.

Pour faire simple : en 2011, pour qu'un film soit drôle, ce n'est même pas la peine d'essayer de faire ingérer à ses héros des space cakes pour mieux les transformer en junkies instantanés ou en scatophiles incontrôlables. En 2011, pour que le héros d'un film soit un tout petit peu crédible, on évite de lui faire déverser des torrents de guimauve au super canon qui vient de se désaper pour le charmer (« ma femme et mes enfants sont nichés ici », à déclamer en montrant son petit coeur, l'oeil rivé sur l'horizon). En 2011, pour qu'un film ne soit pas trop insupportable, on traite son sujet au lieu de l'éviter péniblement de façon à ne froisser personne. S'ils n'ont toujours rien contre les effusions de caca et les zooms sur paires de seins, les Farrelly semblent avoir perdu toute trace de second degré, ce qui en fait par conséquent de vieux cons doublés de vieux beaux et de vieux beaufs. La morale nauséabonde qui enrobe la seconde moitié de leur film et son lot de tirades insensées débouche sur une sorte d'apologie du mariage, de la fidélité et de la soumission à l'autre. Les instants les plus drôles du film, en somme.

Car dans B.A.T. le seul comique qui fait mouche est involontaire. Pour faire rire, les Farrelly en sont réduits à filmer l'imposant chibre d'un noir tout nu et le mini-pénis de son voisin. C'est tout : pas d'idée supplémentaires, aucune mise en scène. Juste un énième plan mou et sans passion, destiné à attirer les rires offusqués des spectateurs les plus influençables de l'assistance. De même que faire pleurer en fixant sa caméra sur un petit cancéreux est aussi facile que gratuit, se contenter de filmer une bite ou une crotte sans autre idée d'apport relève du degré zéro du cinéma. La prestation d'Owen Wilson a-t-elle vraiment de quoi remonter le niveau ? Non, puisqu'après une introduction laissant le bénéfice du doute, il s'éteint rapidement et s'abime dans une poignée de tics qu'on lui connaît dès qu'il n'est pas ou mal dirigé. Quant à son compère, un certain Jason Sudeikis, on ignore encore pourquoi les Farrelly ont osé lui confier un premier rôle, lui qui n'a visiblement pas la carrure pour porter un film sur ses épaules et échoue même à insuffler un minimum d'énergie à son personnage.

Même quand il a des choses plutôt pas inintéressantes à dire, Bon à tirer parvient à balbutier son propos et à foirer sa quête d'authenticité et d'efficacité. Lorsqu'il apparaît que le fameux bon pour « une semaine sans conséquence » offert par leurs épouses ne servira qu'à montrer aux héros qu'ils n'en ont ni l'envie ni le besoin, on se surprend à rêver d'un traitement à la Apatow. Il y avait de quoi rendre compte de façon désabusée (mais drôle) de l'incapacité de ces personnages vieillissants à trouver une seconde jeunesse et à aller s'éclater au contact de de femme plus jeunes qu'eux... Mais l'écriture paresseuse et la mise en scène inexistante réduisent la première partie à une douloureuse période d'expectative. Comme la seconde est absolument insupportable, le film n'a plus qu'à se faire hara-kiri avec un épilogue jusqu'au boutiste qui constitue sans doute le seul morceau vraiment amusant de cet horible marasme.



Bon à tirer (B.A.T.) (Hall Pass) de Peter & Bobby Farrelly. 1h45. Sortie : 27/04/2011.

23 avr. 2011

Ces 10 films que je ne verrai pas à Cannes (snif)


Préparez vos mouchoirs : contrairement à 2005 (où je fus grassement nourri, logé et blanchi grâce au merveilleux Prix de la Jeunesse) et 2010 (où je pus me libérer 4 jours pour aller prendre des coups de soleil dans les files d'attente, tout ça pour généralement me faire recaler à l'entrée des salles), je ne serai pas à Cannes cette année. Quand on a goûté à la Croisette, l'un des moments les plus délicats à supporter reste l'annonce des sélections. Penser à toutes ces merveilles potentielles que d'autres vont découvrir en série tandis que vous serez en train d'apprendre le théorème de Thalès à de jeunes branleurs est un déchirement de tous les instants. Imaginer qu'il faudra des semaines, des mois ou des années avant de pouvoir découvrir ces films à votre tour, aussi. À condition que des distributeurs veuillent bien les faire sortir sur les écrans français...
Bref, à quelques semaines de Cannes, et en attendant avidement les reprises des sélections parallèles dans quelques salles parisiennes, voici les 10 films sur lesquels je me serais rué si j'avais pu descendre jusqu'à Cannes cette année.

Hors Satan de Bruno Dumont
(Un Certain Regard)

Quand Dumont se frotte au démon, à l'assassinat d'un homme par un troglodyte et à un miracle (dixit le synopsis), c'est forcément excitant. Les films de Dumont sont toujours exceptionnellement beaux, d'une richesse infinie, et leur fond est délicieusement discutable.

The island de Kamen Kalev
(Quinzaine des Réalisateurs)

Cet homme est bulgare. Cet homme a réalisé le magnifique Eastern plays. Cet homme vaut toutes les attentions du monde. Vive Kamen Kalev, valeur montante du cinéma mondial, qui après avoir magnifié Sofia, livre ici un deuxième long « antonionien et fou »... avec Laetitia Casta.

Koi no Tsumi (Guilty of romance) de Sono Sion
(Quinzaine des Réalisateurs, séance spéciale)

Découvert peu à peu grâce à la merveilleuse L. (qui sera à Cannes pendant 10 jours, la veinarde), Sono Sion (Suicide club, Love exposure) est le réalisateur japonais le plus stimulant de son époque. Il débarque ici avec un film « provoquant tous vos sens » (c'est le communiqué qui le dit).

Melancholia de Lars von Trier
(Sélection Officielle, en compétition)

Parce que sa bande-annonce laisse entrevoir un mélange entre troublant drame intimiste et épopée intersidérale. Lourd casting à l'appui, le nouveau LVT divisera à coup sûr. mais e semble pas devoir créer une polémique aussi incroyable que celle qui suivit la projection d'Antichrist...

Michael de Markus Schleinzer
(Sélection officielle, en compétition)

Un homme enlève, viole et séquestre un enfant. Ce premier film au résumé on ne peut plus laconique est réalisé par un autrichien, ex directeur du casting pour les films de Michael Haneke. L'élève arrivera-t-il à la cheville des premiers films du maître ? Telle est la grande question.

Pater d'Alain Cavalier
(Sélection Officielle, en compétition)

Cavalier et Vincent Lindon jouent un Président et son premier Ministre dans cet invité surprise de la Compétition, annoncé par Thierry Frémaux comme un véritable événement. L'un des énormes points d'interrogations de cette édition 2011.

Restless de Gus van Sant
(Un Certain Regard)

Déjà précédé par une réputation de chef d'oeuvre, le dernier Gus van Sant aurait été privé de Sélection Officielle en raison de son extrême bizarrerie. À moins qu'il ne soit pas assez convaincant pour prétendre à la Palme... Quoi qu'il en soit, le voir est une question de survie.

Take shelter de Jeff Nichols
(Semaine de la Critique)

Jeff Nichols avait réalisé Shotgun stories, avec Michael Shannon. Les deux hommes se retrouvent avec l'histoire d'un père de famille persuadé qu'une catastrophe naturelle va s'abattre sur sa famille. Grand moment en perspective.

Walk away Renée de Jonathan Caouette
(Semaine de la Critique, séance spéciale)

Après le grand Tarnation, auto-documentaire stupéfiant sur le fond comme sur la forme, Caouette revient pour nous parler de sa mère à travers un road trip entre Hosuton et New York, qu'on imagine déjà chargé d'émotions.

We need to talk about Kevin de Lynne Ramsay
(Sélection officielle, en compétition)

Huit ans après Elephant, un autre film cannois s'intéresse à un massacre perpétré par un lycéen, mais cette fois à travers le regard de la mère du meurtrier (Tilda Swinton). Et comme c'est Lynne Ramsay (Ratcatcher) qui réalise...

21 avr. 2011

Séances de rattrapage : DEVIL / SOI COWBOY / UN BAISER PAPILLON

Fuyez. Fuyez tant qu'il est encore temps.

Six personnes dans un ascenseur. L'une d'elles est le diable. Ça vous excite ? Normal : ce type de concept casse-gueule peut accoucher soit d'un chef d'oeuvre du film de genre (probabilité : 0,1%), soit d'un bon gros navet. Produit par M. Night Shyamalan, réalisé par le photocopieur américain de [Rec], ce Devil d'une insondable bêtise appartient sans nul doute à la seconde catégorie. Quant un scénar archi prévisible se télescope avec une morale éculée et poisseuse, cela donne le divertissement le plus ennuyeux du mois, écrit et joué au premier degré. Le huis clos mâtiné de Cluedo ne fonctionne pas une seconde, et l'on prierait presque pour que quelqu'un finisse par péter dans cet ascenseur, qu'on s'amuse enfin un peu. Au final, le plus réussi dans ce bourbier, c'est son intriguant générique, composé de vues aériennes de Philadelphie mises cul par dessus tête. Une idée vaguement alléchante mais qui n'accouche que d'un bon gros rien.


En violant l'un de ses personnages avec une bouteille, Thomas Clay sonnait le glas de The great ecstasy of Robert Carmichael, premier film morne et foireux. Pas sûr qu'il parvienne à se racheter une crédibilité avec ce Soi cowboy présenté à Cannes en l'an de grâce 2008 (!) et distribué dans une unique salle française cette semaine. Situé en Thaïlande (il a d'ailleurs récupéré une partie des techniciens d'Apichatpong Weerasethakul), ce film écrit en 2 jours et tourné en 3 semaines juxtapose façon Tropical malady deux histoires n'ayant aucun rapport... si ce n'est leur absolue vacuité. Clay signe un film de pur hipster, passant du noir et blanc à la couleur pour faire style et mettant un point d'honneur à ne rien raconter (un gros européen vit avec une prostituée enceinte, qu'il protège et désire : voilà en tout cas pour les deux premiers tiers). Cette fois, pas de viol à la bouteille : juste l'impression durable de s'être encore fait mettre par un pseudo cinéaste pensant que le cinéma est un joujou pour snobinards. Que cet ado attardé retourne se masturber dans sa chambre et nous foute un peu la paix.



C'est moche d'évoquer le piston dès que la femme ou la belle-soeur de telle célébrité est propulsée sur le devant de l'affiche. Mais voilà : Karine Silla Perez est l'épouse de Vincent P. et la soeur de la femme de Luc B., et son film ne permet guère de trouver une autre hypothèse que celle du népotisme. Ce drame choral entend offrir plusieurs visions de la femme, mais celle-ci est immanquablement réduite à son statut de mère ou d'épouse. Résultat : le film le moins féministe du monde, qui use de ressorts mélodramatiques éculés (un cancer, la stérilité qui rode...) et s'abime dans des révoltes franchement risibles (contre les vilains chauffards et les vilaines émeutes en banlieue). Au coeur de ce marasme écrit et filmé avec application mais sans passion, ce sont finalement les hommes qui s'en tirent le mieux. Et notamment Jalil Lespert, toujours aussi excellent, qui offre un peu de relief à des scènes pas toujours transcendantes, ainsi que le magnétique Nicolas Giraud, qui n'a hélas pas grand chose à produire dans un rôle de musicien distingué et mutique. Bâillements.



Devil de John Erick Dowdle. 1h20. Sortie : 20/04/2011.
Soi cowboy de Thomas Clay. 1h57. Sortie : 20/04/2011.
Un baiser papillon de Karine Silla Perez. 1h40. Sortie : 01/06/2011.

20 avr. 2011

TOMBOY

En 2007, Céline Sciamma surprenait son monde avec Naissance des pieuvres, plongée stylisée au cœur d'adolescences troublées par la découverte d'une sexualité possiblement différente. Il y avait de quoi être perturbé par ces jeunes filles déjà très (trop ?) conscientes de leur corps et de leur potentiel d'attraction. On s'attendait à ce que la réalisatrice s'attarde sur cette tranche d'âge ou lorgne vers l'âge adulte, mais c'est finalement à une régression que l'on assiste avec ce Tomboy : Sciamma s'y intéresse en effet à une bande de gamins d'une dizaine d'années et notamment à Laure, petite fille aux allures androgynes, prise par mégarde pour un garçon et qui décide de faire perdurer ce malentendu et de se faire appeler Michaël. L'occasion rêvée de jouer à nouveau la carte de l'ambiguïté et de placer un spectateur adulte face à ses propres interrogations d'ancien enfant et de (futur) parent.

Écrit et réalisé en un temps record conformément au désir de la cinéaste, Tomboy surprend d'abord par la simplicité de sa mise en scène, gentiment naturaliste, et surtout très loin d'un Naissance des pieuvres chiadé jusqu'au bout des ongles, truffé d'électro pour assurer une ambiance singulière et finalement un peu artificiel. Au vu du caractère intime et intimiste de l'histoire racontée par Sciamma, ce dénuement n'est pas un mal, mais le film finit néanmoins par manquer de dimension. Hormis dans ses scènes de forêt, le lieu où le destin de Laure/Michaël finira par se fixer, Tomboy a même des allures de gentil téléfilm. Le souci, c'est que cette tiédeur n'est pas que visuelle : car bien que non dénuée d'intérêt, l'intrigue ne surprend jamais. Une fois posés les principes d'usurpation d'identité et de confusion des genres, l'enchaînement des scènes se fait suivant un mouvement prévisible, routinier, au travers de grands allers-retours entre le cadre rassurant de la maison familiale et celui, plus inquiétant, de l'environnement extérieur. Oui, Laure va berner son monde pendant un temps ; oui, les premiers doutes finiront par poindre ; oui, elle sera finalement découverte et devra expier ses fautes. Et comme Céline Sciamma éprouve visiblement un peu trop de tendresse pour ses personnages, rien de borderline ou d'inattendu ne viendra secouer l'ensemble.

Ce joli sujet de départ, comme un Boys don't cry infantile, n'accouche donc que d'un petit film intéressant par ses thématiques mais inoffensif par son traitement. Même lorsque Laure ôte son t-shirt pour jouer au foot torse nu avec les garçons ou va faire pipi derrière un arbre, l'adrénaline fait défaut. Le plus réussi dans Tomboy, finalement, c'est sans doute le personnage de Jeanne, la petite soeur de Laure, dont l'apparente innocence va bientôt laisser apparaître une malice légèrement perturbante. Découvrant assez vite le pot aux roses, elle ne vend pas la mèche mais choisit de devenir complice du mensonge de sa soeur, assez ravie d'avoir soudain un grand frère protecteur et bagarreur. Excellemment interprété par la jeune Malonn Levana (dans l'ensemble, le casting juvénile est parfait), le personnage offre enfin un peu de singularité à ce qui ressemble d'assez près à l'adaptation d'un "Je bouquine", mensuel destiné à apporter aux jeunes une lecture de qualité et une belle leçon de vie en prime. On attendait autre chose de la part d'une réalisatrice capable d'autre chose et de beaucoup mieux.



Tomboy de Céline Sciamma. 1h24. Sortie : 20/04/2011.

19 avr. 2011

LA PECORA NERA

Au départ de La pecora nera, il y a une histoire drôle : celle de deux fous qui tentent de s'évader de leur asile et qui, après avoir franchi 99 des 100 barrières qui les séparent de l'extérieur, décident qu'ils sont trop fatigués et choisissent de faire demi-tour. Racontée plusieurs fois tout au long du film, cette histoire est l'émouvant symbole de la façon dont il va prendre peu à peu de l'ampleur, gagner en émotion, faire émerger des sentiments contradictoires et perturbants dont on ne soupçonnait pas l'existence. Débutant comme une comédie douce-amère sur la vie décalée d'un gentil marginal, évoque d'abord un Roberto Benigni sous Tranxène, comme si Le monstre avait été réécrit avec davantage de finesse par des auteurs semi-dépressifs. On fait connaissance avec Nicola, héros barbu et rêveur, dont l'enfance fut jalonnée de micro-événements le conduisant de façon logique mais assez révoltante à être interné. Comme dans le doc Valvert de Valérie Mrejen, Nicola et quelques-uns de ses camarades d'infortune vivent en semi-liberté, ce qui leur permet notamment de faire leurs courses comme tout le monde ou presque. Chacun ses échappatoires : ce contact régulier avec le monde extérieur permet à Nicola de prendre conscience de sa normalité et de son goût d'accomplir de vraies et belles choses, comme les gens ordinaires qu'il croise dans les rayons.

Chaque semaine, Nicola y croise Marinella, son amour d'enfance, qui harangue timidement le client pour lui vendre du café entre deux têtes de gondole. Chaque semaine, il essaie de s'accrocher à elle, de la séduire du mieux qu'il peut, pour voguer enfin vers la vie dont il aurait rêvé et pour tenter de fuir son existence actuelle, moins cauchemardesque que frustrante. Réalisateur, auteur et interprète du personnage principal, Ascanio Celestini parvient à atteindre une forme absolue de vérité dans sa façon de décrire cet état d'entre-deux, étrange et déconcertant. Nicola n'évolue ni dans le monde dit normal, ni dans celui des "vrais" fous. Il navigue à vue dans un no man's land où personne ne le comprend, et aurait presque envie d'avoir une vraie araignée au plafond pour nourrir enfin son envie d'appartenir définitivement au clan des illuminés. Mais non : ce que le film met progressivement à jour, et qui lui permet d'ailleurs d'atteindre des sommets en matière d'émotion, c'est le fait que Nicola n'est pas plus fou qu'un autre, qu'il est juste un bouc émissaire pour la souffrance des autres, une brebis galeuse (pecora nera) choisie presque aléatoirement pour permettre aux siens de se donner bonne conscience. Constat déchirant et renversant, d'autant que le héros semble être la personne la moins révoltée du monde, acceptant tranquillement et sans illusion son statut de victime.

La pecora nera aurait pu n'être qu'un mélodrame de plus s'il n'était empreint d'une folle inventivité dans sa construction et surtout sa narration. Portant à l'écran un spectacle qu'il a d'abord joué près de mille fois sur scène, Celestini maîtrise pleinement son sujet et la palette d'émotions qui l'accompagne. Ainsi, la fameuse histoire des deux fous et des cent obstacles prendra différentes saveurs selon le moment du film où elle est racontée. Dans le dernier acte, elle finira même par devenir bouleversante, car liée de très près au destin pas si léger de ce pauvre Nicola. Les ultimes virages du film lui confèrent une gravité inattendue, présente dès le départ alors qu'on l'ignorait, et font du personnage un martyr magnifique, pris au piège d'une enfance malchanceuse, et condamné à franchir des barrières, l'une après l'autre, jusqu'à réaliser qu'il veut mieux faire demi-tour sous peine d'être confronté à la terrible réalité de ceux qui se disent sains. Magnifique.



La pecora nera d'Ascanio Celestini. 1h33. Sortie : 20/04/2011.

Critique publiée sur Playlist Society.

18 avr. 2011

SCREAM 4

Comme les frères Farrelly, dont l'immonde B.A.T. sort la semaine prochaine, Wes Craven et Kevin Williamson ont vieilli. Et mal vieilli. Quoi de plus pathétique que de voir des mecs hors du coup s'auto-ringardiser à vitesse grand V en tentant de se faire passer pour des petits jeunes... Voilà un film où Facebook et Twitter en prennent pour leur grade au détour d'une pauvre réplique avant d'être purement et simplement ignorés pendant le reste du film. Un film où les héros, bien qu'issus de banlieues huppées, ne semblent pas posséder de téléphones mobiles dignes de ce nom et ne communiquent entre eux qu'à l'aide d'encombrants téléphones fixes. Un film qui se termine sur une condamnation terriblement premier degré de la télé-réalité et surtout du star system, comme si Warhol n'avait jamais parlé du fameux quart d'heure de célébrité. Scream 4 est un film de vieux cons de moins en moins à la page mais de plus en plus moralisateurs. Même la façon dont le duo Williamson-Craven taille un short aux slashers d'aujourd'hui (« ouh la la, Saw 4 c'est tellement nul ») a de sérieux relents de naphtaline.

Dix ans ont passé depuis la fin d'une première trilogie qui rendait gentiment hommage aux grands titres du slasher et à leurs codes, mais rien n'a changé depuis la conclusion de Scream 3. C'est à la fois l'immense défaut et le principal intérêt de ce numéro quatre ressemblant à un weekend ennuyeux mais vaguement nostalgique que l'on irait passer dans la ville de son enfance. Woodsboro reste Woodsboro, et c'est d'ailleurs pour cela que Scream 4 n'est pas tout à fait nul. On prend plaisir à reluquer Neve Campbell et Courteney Cox pour deviner qui a subi quelle opération chirurgicale, on s'amuse de retrouver ce raté de David Arquette, on attend patiemment un rebondissement final dont on ne prend même plus la peine de chercher la nature. Et c'est à peu près tout. Les meurtres se succèdent de façon assez conventionnelle, puisqu'à part le fameux couteau ayant toujours servi à Ghostface (du nom du masque hideux ayant toujours dissimulé les tueurs de la saga), seule une porte de garage servira à éradiquer la jeunesse locale... référence avouée au premier film, dans lequel Rose McGowan subissait un déchirant écrasement pulmonaire.

Le grand enjeu de ce Scream 4, clairement annoncé comme le début potentiel d'une nouvelle trilogie, était de voir comment Williamson (de retour après avoir laissé le soin à Ehren Kruger d'écrire le volet précédent) allait se dépatouiller pour donner un élan nouveau à une franchise peu mobile. La réponse est décevante : concrètement, les jeunes actrices plus (Hayden Panettiere) ou moins (Emma Roberts) convaincantes n'ont pas été engagées en tant que futures scream queens, les vieux de la vieille sont présents en tant que vaches sacrées monolithiques, et aucun concept fort ne permet de reléguer au second plan le manque d'écriture des personnages. En laissant derrière elle le personnage de Randy (Jamie Kennedy), spécialiste du film d'horreur et analyste laconique des situations vécues, la première trilogie a tué le peu de singularité de la saga, et traîne désormais comme un boulet l'obligation de parler régulièrement de septième art et de lancer quelques offensives humoristiques fort malvenues. Hormis lors de son prologue gratuit mais ludique, Scream 4 ne fonctionne jamais en tant que film, mais résonne davantage comme un album photo à destination des cinéphiles blasés qui furent autrefois des adolescents enthousiastes et impressionnables.



Scream 4 de Wes Craven. 1h50. Sortie : 13/04/2011.

17 avr. 2011

[DVD] JACKASS 3D

Voilà des années que Johnny Knoxville, Bam Margera, Chris Pontius, Steve-O et leur potes occupent leur week-ends de façon fort singulière, délaissant les soirées pizza-bière pour s'adonner à d'autres activités leur permettant de finir complètement K.O. ou nauséeux ou déchiquetés (rayer les éventuelles mentions inutiles). Devenus des professionnels de la gaudriole bourrine, et portés par une chaîne MTV très friande de conneries, les Jackass ont leurs fans et leurs détracteurs ; une segmentation qui ne devrait guère être modifiée à l'occasion de ce Jackass 3D leur permettant d'aller toujours plus loin dans la potacherie violente... mais sur grand écran et en relief. La formule ne change pas, le plaisir non plus, et la 3D apporte un bonus mince mais pas déplaisant, puisqu'elle est utilisée sans excès, presque plus à des fins esthétiques que pour créer du sensationnel. Le film de Jeff Tremaine dure moins d'une heure vingt, mais ne crée pourtant aucune frustration en enchaînant consciencieusement les sketches, exactement sur le même mode que dans le show TV.

C'est d'ailleurs la principale qualité de cette bande de marlous prêts à tout pour faire marrer ou vomir : malgré le succès et les sollicitations, les Jackass ont su rester simples. Ils continuent à emmerder leurs familles, à s'amuser des trouvailles des autres, à ricaner comme des ados. Une spontanéité non feinte, qui donne beaucoup de fraîcheur à ce qui pourrait n'être qu'un vaste étalage de testostérone et de surenchère. De même, le film n'entend pas complexifier l'univers, se contentant à juste titre d'aligner les gags au lieu par exemple de se borner à construire une intrigue forcément inutile — l'un des principaux défauts des 11 commandements du copycat Michael Youn. Pas de fioritures, pas de blabla : le film ne s'arrête jamais et c'est très bien comme ça. On continue néanmoins à observer les préparatifs de certaines expériences et les réactions des intéressés ; le tout est parfaitement dosé pour offrir à la fois de la convivialité et des sensations. Seule mince entorse au règlement : le combo prologue - épilogue, œuvre d'art contemporain mettant en scène les Jackass dans un décor hyper coloré à l'intérieur duquel ils encaisseront des coups au ralenti avant d'être projetés dans les airs suite à une déflagration venue détruire leur environnement et leur mobilier. C'est beau, c'est chouette, ça enrobe parfaitement l'ensemble, et ça suffit à justifier l'emploi de la 3D.

Oui mais alors : que se passe-t-il dans Jackass 3D ? Quelles sont les scènes les plus marquantes ou les plus tordantes ? Pour la palme de la séquence la plus dégueu, on hésite entre celle qui consiste à boire de la sueur d'obèse fraîchement récoltée et celle où il s'agit de sauter à l'élastique en étant fermement fixé à des latrines dont la cuve est passablement pleine. Le héros de ces deux passages génialement dégueulasses n'est qu'autre que Steve-O, champion toutes catégories de l'exploit scato, qui s'acquitte brillamment de ces deux taches sous les yeux d'un cadreur trop impressionnable, qui vomira tripes et boyaux plus d'une fois. Pour le reste, de décharges électriques en torrents de caca, d'uppercuts surprises en collage de nain sur gros (torse contre torse et à la colle forte), le système Jackass se déploie avec aisance et inventivité. Le résultat est d'autant plus réussi que l'on ne connaît jamais le degré de préparation de ces situations qui auraient pu dégénérer ou mal finir plus souvent qu'à leur tour. C'est le secret de la longévité du concept : laisser planer suffisamment de mystère pour qu'on ne sache jamais tout à fait si ces gens-là sont des cascadeurs fêlés mais pros ou de parfaits abrutis ayant miraculeusement survécu malgré leurs actes d'inconsciences répétés. À condition d'avoir quelques prédispositions, il y a de quoi applaudir des deux mains.



Jackass 3D de Jeff Tremaine. 1h16. Sortie en salles : 03/11/2010. Sortie DVD : 29/03/2011.
Distribué par Paramount. Voir la liste Cinetrafic Autour de Jackass.

14 avr. 2011

Cannes 2011 : palmarès

Vous l'aurez lu ici en premier.

Palme d'Or
We need to talk about Kevin - Lynne Ramsay

Grand Prix
Melancholia - Lars von Trier

Prix du jury
Michael - Markus Schleinzer
Pater - Alain Cavalier

Prix de la mise en scène
Hanezu no Tsuki - Naomi Kawase

Prix du scénario
Maïwenn - Polisse

Prix d'interprétation féminine
Kirsten Dunst - Melancholia

Prix d'interprétation masculine
Yilmaz Erdogan - Il était une fois en Anatolie

Prix du 64ème anniversaire
Takashi Miike




Retrouvez toute la sélection ici.

13 avr. 2011

RABBIT HOLE

Il suffit d'un nom pour tout remettre en perspective, transformer une affiche repoussante en une promesse bouleversante, faire basculer un film du conventionnel au superbe. Pour Rabbit hole, ce nom tient en dix-neuf lettres : John Cameron Mitchell, cinéaste de génie, auteur des inestimables Hedwig and the angry inch et Shortbus, peintre iconoclaste du désarroi et de la désorientation, analyste désenchanté du désir et de la frustration qui l'accompagne. On tremblait tout de même de voir cet artiste singulier s'attaquer à un film de commande, et en l'occurrence à l'adaptation d'une pièce de théâtre d'apparence guindée ; une nouvelle fois, JCM vient nous cueillir, discrètement, nous prenant délicatement à la gorge pour ne plus jamais relâcher son emprise. Avec son pitch et sa Kidman, Rabbit hole a de quoi faire peur : mais cette peur, Mitchell en joue et la retourne contre nous, comme seuls savent le faire les très grands cinéastes.

Car Rabbit hole, c'est tout de même l'histoire d'un couple qui tarde à faire le deuil de son très jeune fils, mort 8 mois plus tôt. Le potentiel tire-larmes d'un tel postulat n'est pas à prouver : pourtant, le script écrit par David Lindsay-Abaire d'après sa propre pièce évite avec maestria le demi-milliard de pièges imposés par le sujet. D'abord parce qu'avant de plonger tête la première dans la dissection d'un deuil, le film prend le temps de se pencher sur la définition du mot. Ou plutôt les définitions. À travers les points de vue des parents orphelins, ce sont deux conceptions bien différentes qui se côtoient sans forcément s'opposer. L'oubli ou le souvenir. Le recueillement ou le détachement. La grande force de ce Rabbit hole, c'est qu'il évite malgré tout d'emprunter des voies trop binaires et de faire en sorte de rendre la palpable la complexité de l'épreuve qu'affronte quotidiennement ce couple qui n'en est plus un. Le constat est déchirant : une telle perte vous plonge dans la solitude la plus totale pour l'éternité, qu'on prétende ou non se serrer les coudes et affronter les épreuves ensemble.

Si le film est résolument plus "classique" que ses deux longs précédents, John Cameron Mitchell a su injecter ses propres obsessions pour rendre Rabbit hole plus bizarre qu'en apparence. Cela commence justement par un roman graphique donnant son titre au film, fruit de l'imagination de l'un des protagonistes cruciaux du film. Cela se poursuit avec des scènes de thérapie de groupe où éclate un malaise déconcertant mais jamais agressif. La patte Mitchell, en somme : chatouiller les rétines et faire tanguer les cœurs sans jamais tomber dans le calcul. Qu'il s'attarde sur un chanteur transsexuel, sur un groupe d'habitués d'un club underground ou sur ces deux bourgeois rendus malheureux à vie en une poignée de secondes, le metteur en scène emploie toujours la même technique. Il accompagne ses personnages, passe un moment avec eux, puis les laisse à leur sort sans les juger. On a beau aimer la façon dont Rabbit hole se déploie peu à peu, on ne cesse de trembler en imaginant quelle conclusion lourdement édifiante viendra nous tirer du rêve. Non seulement la fin ne gâche rien, mais elle parvient même à transcender l'ensemble et à rendre rétrospectivement bouleversant toute la pudeur mise en œuvre précédemment.

Porté par des acteurs atteignant le sommet de ce dont ils sont capables - Nicole Kidman, hors de toute notion de performance, et surtout Aaron Eckhart, dont chaque pore transpire la détresse -, Rabbit hole n'offre guère de porte de sortie. Non seulement il fait de chaque personnage un être solitaire, mais il dresse de hauts remparts entre toutes les catégories (sexuelle, sociale, générationnelle) afin de bien montrer que la communication ne vaut rien face à la douleur. Inutile de prétendre comprendre ces gens-là, de se sentir proches d'eux parce qu'on a un jour vécu un drame presque aussi terrible, d'imaginer qu'ils puissent trouver une oreille compétente auprès de gens aussi dévastés qu'eux. Leur vie ne consistera qu'à faire semblant. Cet artifice, nul autre que John Cameron Mitchell ne pouvait le rendre aussi tangible, aussi anti-hollywoodien. Grâce soit rendue à Nicole Kidman, initiatrice de ce projet pouvant difficilement laisser de marbre.



Rabbit hole de John Cameron Mitchell. 1h32. Sortie : 13/04/2011.

Critique publiée sur Playlist Society.

11 avr. 2011

MR. NICE

Anna Karenine. Candyman. Ludwig van B. Paperhouse. Chicago Joe et la showgirl. On pourrait taxer Bernard Rose de touche-à-tout mais on préfèrera le qualifier de tâcheron, tant ses plutôt chouettes incursions fantastiques semblent se noyer au milieu de projets aussi variés que foireux. Sans compter les tristes inédits semés çà et là au cours d'une carrière plus qu'en dents de scie. Autant dire que la tiédeur de ce Mr. Nice n'a à peu près rien d'étonnant, monsieur Rose s'étant régulièrement distingué par sa propension à rendre ternes les univers les plus alléchants qui soient. Le film se présente sous la forme d'un biopic à la coule, comme un très proche cousin du Blow de feu Ted Demme. Et c'est ce qu'il est en effet : Mr. Nice montre comment un gentil étudiant qui n'a rien demandé à personne va devenir peu à peu l'un des barons de la drogue les plus respectés d'Europe, le tout en s'appuyant sur des méthodes non-violentes.

Le film de Bernard Rose est un cas d'école, l'exemple parfait du film qui n'a rien aucun message à délivrer mais cherche obstinément quelque chose à dire. Alors, s'appuyant sur le véritable surnom du héros du film (sobriquet qui vient au départ de la ville de Nice, pour la croustillante anecdote), il s'emploie à faire de ce gigantesque dealer un type sympa. Une sorte d'anti-Scarface, en somme, aimable jusque dans ses petites médiocrités et autres contradictions. Un type qui néglige ses femmes successives et montre son amour avec du pognon et de la semence, mais avant tout un homme, un vrai, sympatoche et pacifique. Rose ne cesse de forcer le trait, de mettre son personnage sur un piédestal, mais ses vains efforts ne débouchent sur rien de bons. Au mieux, on peut avoir l'impression d'assister à l'hagiographie absolue du Saint Patron des trafiquants de drogue. Au pire, on peut trouver le film dangereux par sa façon de relativiser certains agissements bêtement immoraux, voire carrément illégaux, et de tout mettre sur le compte de la décontraction permanente du protagoniste en question. Ou quand le « laissez-le faire, ce n'est qu'un enfant » se mue en « laissez-le faire, ce n'est qu'un dealer ». Sans être une grenouille de bénitier ou un garant de la morale, il est permis de trouver que les agissements d'Howard Marks auraient dû être présentés avec un minimum d'esprit critique. Or, rien.

Cette impression désagréable est due à une mise en scène qui aurait dû chercher davantage de neutralité au lieu d'appuyer par des effets archaïques la coolitude de son héros. Passage impromptu du noir et blanc à la couleur, emploi de fonds verts, mouvements de caméra improbables : tout concourt à faire du film un concentré de positivisme inconscient, une déclaration d'amour éperdue au psychédélisme des années 60-70, un trip dans lequel il faudrait se lancer après avoir laissé ses principes au vestiaire. La présence d'un Rhys Ifans hâbleur et rigolard ne fait que confirmer ce sentiment. Résultat : il devient difficile de s'intéresser au personnage ou de se prendre de passion pour son histoire. En dépit de personnages secondaires mieux traités (l'épouse très patiente incarnée par la somptueuse Chloe Sevigny, ou encore le membre de l'IRA joué par David Thewlis), le film de Bernard Rose ne fait que confirmer ce que l'on pensait d'un metteur en scène dont les subterfuges filmiques ne sont là que pour masquer le manque total d'âme. L'ennui mortel qui règne pendant le film en dit long.



Mr. Nice de Bernard Rose. 2h01. Sortie : 13/04/2011.

10 avr. 2011

Sidney Lumet (1924-2011)

Sidney Lumet (1924-2011)
« Les chefs d'oeuvre sont des accidents. »
Sidney Lumet

8 avr. 2011

LA PROIE

Ci-gît le cinéma français, assassiné une fois de plus par de soi-disants garants de l'exigence hexagonale et du respect des grands cinéastes d'antan. Tandis que notre cinéma de genre lutte avec passion pour se faire entendre de la critique et du public, La proie vient lui remettre la tête dans l'eau, consternante copie de quelques specimens made in America. Pas modeste pour deux sous, sans aucun recul, le film lorgne à la fois vers le film de serial-killer, le film de prison et le film de fugitif tout en prétendant convoquer le Corneau de la grande époque à l'aide d'une épaisse purée de poids polardeuse. Cette accumulation de couches aussi mal maîtrisées les unes que les autres est à l'origine d'un film gerbant, d'une bêtise abyssale, qui emploie aussi régulièrement des artifices d'un autre âge pour tenter de faire entrer quelques gogos dans son jeu.

La petite fille mutique depuis un traumatisme finira par dire 'papa' en toute fin de film. Le gendre idéal à lunettes, bientôt innocenté du crime sexuel dont il était accusé, dissimule en fait un vrai beau psychopathe. Le taulard digne et innocent, qui fuit pour sauver sa famille, peut chuter de trente mètres de haut ou plus sans se briser le moindre os, et ce à plusieurs reprises. N'en jetez plus : des clichés et des invraisemblances, il n'y a que ça dans cette Proie écrite n'importe comment par un duo de novices dont on découvre avec effarement... qu'ils sont avant tout producteurs, y compris pour ce film-ci. Le film pourrait être une bonne publicité à destination de ceux qui pensent qu'en art comme ailleurs il est possible de jouer les cumulards sans se poser de question : or, avoir la mainmise sur un script et sur tout le reste du film à la fois aboutir souvent des accidents industriels de ce type. On plaindrait presque Éric Valette, yes man jamais brillant mais qui parvenait habituellement à conserver une forme de dignité : ici, il semble prisonnier des aléas du scénario, contraint d'aligner les effets inutiles pour tenter de se donner une contenance (ah, cette caméra qui passe à travers une portière de camionnette juste pour montrer que la technique est maîtrisée). Valette n'est clairement pas aux commandes du film : il en est le simple convoyeur, celui qui s'assure sans passion que le produit manufacturé est bien arrivé en bout de chaîne.

On pourrait s'amuser devant cette gigantesque bouillie si elle n'était pas plombée par deux fardeaux étroitement liés : un premier degré écrasant, et la présence d'Albert Dupontel. Intéressant jusqu'au début des années 2000, l'acteur a laissé depuis son talent au vestiaire, trop occupé à jouer les justiciers dans ses propres films comme dans les médias. De Jean Becker à Danièle Thompson, il s'est abîmé à plus d'une reprise en laissant toute auto-cririque de côté pour mieux devenir l'interprète figé, plat, ennuyeux qu'il est aujourd'hui. Ici encore, sa prestation sans panache sonne le glas d'un film qui aurait eu bien besoin d'un comédien moins sûr de ses effets, capable d'apporter de la nuance ou de l'humanité. Campée par Dupontel, la détresse du héros de La proie pourrait faire hurler de rire mais elle donne surtout envie de s'arracher les yeux. La catastrophe est générale, puisqu'outre un Stéphane Debac multipliant les exploits (rappelons-nous avec délice la fin du Phénomènes de Shyamalan), des acteurs aussi solides que Natacha Régnier ou Sergi López sombrent eux aussi dans un ridicule même pas assumé. Décidément, rien à sauver dans ce navet de première catégorie, horripilant roman de gare qui voudrait avoir l'air d'un chef d'œuvre.




La proie d'Éric Valette. 1h42. Sortie : 13/04/2011.

7 avr. 2011

[Concours] IL ÉTAIT UNE FOIS UN MEURTRE


Le 27 avril sort Il était une fois un meurtre, prix du jury au récent festival du film policier de Beaune, et l'un de mes coups de cœur de ce début d'année. Polar haletant et drame poignant, ce film allemand vaut vraiment le détour. Grâce à DistribFilms, je vous propose de jouer pour gagner 10x2 places, 5 affichettes et 5 coupe-papiers du film. Super classieux, les coupe-papiers. J'en ai un dans mon salon et il est du meilleur effet.

Pour participer, c'est facile : envoyez-moi simplement vos coordonnées par mail (concours@toujoursraison.com) et répondez également à cette question :

Quel acteur danois est l'un des principaux interprètes du film ?

Fin du concours mardi 19 mars à 22 heures.

Pour toutes les infos sur le film, c'est ici que ça se passe.

6 avr. 2011

Séances de rattrapage : AVANT L'AUBE / TOUS LES CHATS SONT GRIS / MORNING GLORY

Je pourrais vous dire que ces trois films sont réunis car ils offrent trois visions différentes et complémentaires de la figure paternelle. Alors qu'en fait non.

Six années après un Barrage plus que prometteur, Raphaël Jacoulot signe un retour assez puissant avec ce polar enneigé. À un personnage près (la fliquette exubérante et perspicace surjouée par Sylvie Testud), Avant l'aube est une tragédie sans faute, dans laquelle un banal accident crée une série de réactions en chaîne. La quête du père est au centre de cette histoire de faux coupable en puissance, dans un hôtel plus neutre que celui de Shining mais au potentiel angoissant non négligeable. Les scènes entre Jean-Pierre Bacri et Vincent Rottiers, magnifiques, transcendent ce film inquiet, maîtrisé de part en part, limpide jusque dans une conclusion d'une intelligence rare. On ne laisse pas facilement derrière soi cette tragédie de l'intime, truffée de virages en épingle comme l'indiquent malicieusement le premier et le dernier plan du film.


À la mort de son ex-femme, un juge finlandais taciturne (pléonasme) est contraint de faire cohabiter sous le même toit ses 2 enfants nés de ses mariages successifs. Leur rapprochement un peu trouble, qui perturbe son quotidien et son sens de la morale, va le contraindre à réagir. Amorphe pendant une heure, le film finit pourtant par décoller avant de se crasher aussitôt, prisonnier d'une hystérie tout aussi soudaine. Que des problèmes familiaux se règlent au sabre, pourquoi pas... à condition que cette folie inattendue ait un minimum de cohérence. Puis Tous les chats sont gris finit dans un flot d'incompréhension et confirme son statut de film vide et creux. N'est pas drôlement laconique qui veut : c'est ce que devrait retenir Aleksi Salmenperä, metteur en scène froid et dépourvu d'âme.



Quand un journaliste d'investigation sans concession atterrit malgré lui à la tête d'une matinale américaine, on s'attend à des étincelles... qui ne viendront jamais. Malgré un casting assez élégant, Morning glory ne donne rien de bon, plus occupé à fignoler mille petites leçons de morale qu'à tenter de séduire son public. Virant derechef son personnage le plus drôle (un anchorman libidineux et fétichiste), le film dresse un parallèle paresseux entre cercle professionnel et rapports familiaux. On regretterait presque la mauvaise humeur légendaire de William Leymergie à force d'assister au naufrage d'Harrison Ford, qui semble penser que la comédie est une simple affaire de grimaces. Qu'il s'avise déjà de retirer le parapluie coincé dans son fondement.






Avant l'aube de Raphaël Jacoulot. 1h44. Sortie : 02/03/2011.
Tous les chats sont gris (Paha Perhe) d'Aleksi Salmenperä. 1h30. Sortie : 30/03/2011.
Morning glory de Roger Michell. 1h47. Sortie : 06/04/2011.

5 avr. 2011

ESSENTIAL KILLING

C'est un film sans clé, sans mode d'emploi, qui désarçonne de prime abord et ne cessera d'évoluer dans ce sens tout au long de la projection et bien après. Un film désorientant sur la désorientation. Une odyssée troublante, aussi épique qu'intimiste, avec pour parti pris principal celui de n'en avoir aucun. Essential killing est une oeuvre âpre, difficile à appréhender, qui ne répond à aucune attente mais en crée brillamment d'autres, pas à pas, tâtonnant avec fougue pour mieux nous cueillir à chaque virage.

C'est un film dont tous les résumés, toutes les analyses ne peuvent que se fourvoyer immanquablement. Le metteur en scène polonais Jerzy Skolimowski a choisi de livrer un film apolitique, muet ou presque, dont le héros est un terroriste présumé et où rien ne permet de déterminer s'il en est véritablement un ou non. Ce Mohammed est un mystère, mais jamais le film ne tente d'en faire une énigme. C'est juste un homme seul, perdu, traqué, contraint de puiser en lui-même une animalité qu'il ne soupçonnait même pas pour tenter de sauver sa peau et sa dignité d'être humain. Il faut choisir de le suivre corps et âme ou quitter la salle illico, sous peine de sombrer dans un cynisme qui n'a rien à faire ici. Essential killing est un film puissamment premier degré, où chaque geste compte, où l'inconséquent devient soudain vital, où la régression devient nécessaire.

Le film est court mais apparaît pourtant comme une sacrée épreuve, à plus d'un titre. D'abord par sa façon de rejeter en bloc tout message, toute thèse, toute morale. Ensuite par son manque d'enrobage formel, la mise en scène accidentée et presque rudimentaire de Skolimowski ayant de quoi choquer l'oeil malgré une cohérence assez étourdissante. Enfin parce que la quasi subjectivité de la narration rend l'ensemble plus qu'éprouvant. Aimer Essential killing c'est devenir Mohammed pendant plus d'une heure, croquer avec lui dans un poisson fraîchement pêché, se nourrir au sein d'une pauvre autochtone qui passait par là. C'est aussi accepter et vivre son total mutisme, qui accroît son magnétisme et son aura tout en parachevant les envies de neutralité du cinéaste.

Bien sûr, il y a çà et là quelques sautes de rythme, quelques instants moins planants où l'expérience redevient un simple film. À commencer par la rencontre du héros avec la femme jouée par Emmanuelle Seigner, actrice habituellement sous-estimée mais qui gâche ici la seule scène qui lui est confiée, manquant même de précipiter la fin du film dans un flot de ridicule. Mais le film s'en relève, et pour cause : très vite, Mohammed est de nouveau seul à l'écran. Mohammed, c'est Vincent Gallo, plus grand artiste de l'histoire de l'univers, génie absolu cachant difficilement son mal-être absolu derrière d'hilarantes provocations, acteur incroyable qui, tel le phoenix, renaît de ses cendres à chaque film. On oublie rapidement à quel point son incroyable voix nous manque, pour mieux se laisser balader par une prestation physique mais sensible, comme un héros de film d'action en plein retour d'acide. Son regard bleu profond, son épaisse barbe, ses gestes précis et désespérés nous rappellent si besoin où nous sommes : dans une quête sans but, un brutal retour à la terre, un long périple vers un ailleurs qui n'existe pas. Bienvenue dans le voyage sans illusion d'un cinéaste et d'un acteur qui ont idéalement uni leurs névroses respectives.



Essential killing de Jerzy Skolimowski. 1h27. Sortie : 06/04/2011.

Critique publiée sur Playlist Society.

4 avr. 2011

TITEUF, LE FILM

Aller voir des films au MK2 Beaubourg, faire de Vincent Gallo son idole absolue, défendre le cinéma argentin, donner des leçons à Darren Aronofsky. Passer des mois, que dis-je, des années, à tenter de se bâtir un minimum de crédibilité, en tout cas une certaine e-reputation, au choix cinéphile stakhanoviste ou connard prétentieux. Puis tout briser en avouant, un dimanche de printemps, qu'on aime petit déjeuner en trempant ses tartines de confiture de framboises de mamie Paulette dans du Super Poulain froid, les yeux rivés sur Nickelodeon (Bob l'Éponge forever) ou bien sur... France 3, pour y suivre avec assiduité les aventures animées de Titeuf.

Le 1er avril est derrière nous, et la blague serait de toute façon assez faible : chers lecteurs, vous devez donc croire l'auteur de ces lignes lorsqu'il affirme connaître en profondeur l'univers du mioche à mèche, qui trimbale son cartable et sa candeur de la cour de récré jusqu'à la maison. Et vous ne pouvez que lui faire confiance lorsqu'il affirme, amour du septième art au garde-à-vous, que cette premier incursion cinématographique de Titeuf n'a absolument aucun intérêt et qu'il vaut mieux rester chez soi avec des tartines de confiture de framboise pour savourer, vautrer sur le canapé, d'anciens épisodes de la série inspirée des BD de Zep.

Titeuf, le film commence pourtant avec l'ambition apparente et louable de faire dans l'originalité, de trouver d'autres univers à explorer, puisqu'il débute en plein milieu de la Préhistoire. Ce prologue, plutôt sympathique, est relativement long, et donnerait presque à penser que Zep, pour donner du sang neuf à ses personnages, a situé toute l'action du film à cette époque. Il n'en est rien : le sempiternel « Ce n'était qu'un rêve » nous ramène dans les années 2000 par le biais d'un morphing transformant un tyrannosaure en vieille institutrice. De quoi faire amèrement regretter les géniaux Calvin & Hobbes nés de la plume de Bill Watterson, où le même genre de transformation amenait une toute autre forme d'imaginaire.

La suite est lourde et convenue : jouant la carte de la fausse modestie (ou du marché international ?), Zep perd un temps précieux à présenter chaque protagoniste, s'étalant souvent sur une séquence là où un seul plan aurait suffi à cerner telle ou telle caractéristique. Lancée assez tardivement, l'intrigue mêle angoisse du divorce parental et imminence de la boum la plus importante de l'année, brassant des thèmes déjà abordées en long et en large dans les écrits de Zep. De quoi faire passer Titeuf, le film pour un pur produit marketing, avec sa 3D gadget et sa guest star Johnny Hallyday, ni drôle ni touchant en lonesome cowboy. Mais nul doute que le succès du film, tout comme celui des Haribo Titeuf ou du Happy Meal Titeuf, permettra au petit héros de s'assurer un très bel avenir et d'être régulièrement interviewé au JT de Laurent Delahousse (vive la France).




Titeuf 3D de Zep. 1h27. Sortie : 06/04/2011.
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
© 2009 TOUJOURS RAISON.. Tous droits réservés
Design by psdvibe | Bloggerized By LawnyDesignz