Ah, tiens, un film suédois, même s'il faut passer au-delà de son affiche très ricaine — et en tout cas archi rebattue — pour s'en apercevoir. Rebaptisé Easy money pour le marché international, le film de Daniel Espinosa s'apparente à un vague mix de Truands, boucherie scarfacienne de Freddie Schoendorffer, et de Romanzo criminale, fresque sentimentalo-gangsterienne de Michele Placido. Des références qui pourraient aisément être remplacées par d'autres tant le film semble piocher partout et nulle part à la fois, papillonnant l'air de rien entre mille autres œuvres pour mieux tromper son monde. Choral, familial, lacrymal, dur, noir, plombant, violent, Easy money parvient à caser dans ses deux (trop) longues heures autant de registres et d'impressions que possible. Quitte à épuiser l'audience ou à semer son monde en route.Correctement exécuté, le film d'Espinosa brasse des thèmes éculés sans autre espoir que celui de passer, au moins momentanément, pour un film américain. D'où une sorte d'évidence : ce qui fait le plus défaut à ce film suédois, c'est justement la Suède. On ne peut pas blamer Easy money de n'être ni du Bergman ni du Roy Andersson ; on ne peut pas attaquer la prolifération de nationalités et de langues dans cette histoire de trafic de blanche ; et pourtant, vu de France, manque au film de Daniel Espinosa un peu de couleur locale, le froid, les Krisprolls, les jolies blondes et les buts du gros Thomas Brolin. Ce film pourrait venir de n'importe où, de n'importe qui, qu'il serait en tous points le même. Tout y est interchangeable, y compris les lieux et les langages. Soudain, on comprend mieux l'affiche : elle aussi nous joue le coup du brave film polyglotte, impressionnant car universel, sans jamais trouver dans le script la caractéristique qui permettrait de le faire sortir du lot.
L'aspect le plus réussi d'Easy money est sans doute sa part de drame familial. Une facette parfois agaçante mais qui donne un brin de relief à des situations déjà vues. Le problème vient du systématisme du scénario, qui fait de chaque protagoniste un homme qui souffre depuis toujours, anecdote d'enfance à l'appui. Voir tous les personnages se pencher ainsi sur leur passé a parfois tendance à transformer ce polar en gigantesque thérapie de groupe où chacun cherche à justifier ses méfaits. « Je suis malhonnête car une fois j'ai perdu mes gants et je me suis fait frapper » : tous ont pour seule envie de raconter leur petit trauma personnel pour se faire prendre en pitié et ainsi pardonner.
Reste que les trajectoires de ces types peu sympathiques — pourtant ils essaient très fort — se suivent sans mal, fluidifiées par un style très passe-partout mais un peu clinquant néanmoins. On espère que le cinéma suédois, trop discret sur nos écrans, aura bientôt plus intéressant à nous proposer que ce petit polar calibré et assez interminable.

Easy money de Daniel Espinosa. 2h04. Sortie : 30/03/2011.














































