29 janv. 2011

[Concours] VERY COLD TRIP : places et sticks à lèvres à gagner

Grand Prix à l'Alpe d'Huez, le Very cold trip (critique ici) de Dome Karukoski sortira le 9 février prochain. L'occasion pour moi de vous faire gagner des lots offerts par DistribFilms : 10x2 places et 5 sticks à lèvres à l'effigie de ce sympathique film finlandais.

Pour participer, c'est facile : envoyez-moi simplement vos coordonnées par mail (concours@toujoursraison.com). Fin du concours mercredi 2 février à midi.
Bonne chance à tous...

21 janv. 2011

Mes César 2011



Voilà, ça y est, les nominations pour les César 2011 sont tombées. L'occasion pour moi de dresser un palmarès personnel, en gras ci-dessous...

Meilleur film
L'Arnacoeur de Pascal Chaumeil
Le Nom des gens de Michel Leclerc [critique à venir]
Ghost Writer de Roman Polanski
Tournée de Mathieu Amalric
Des Hommes et des Dieux de Xavier Beauvois
Gainsbourg Vie Héroique de Joann Sfar
Mammuth de Benoit Delepine et Gustave Kervern

Meilleur acteur
Gérard Depardieu pour Mammuth
Romain Duris pour L'Arnacoeur
Eric Elmosnino pour Gainsbourg Vie Héroique
Jacques Gamblin pour Le Nom des gens
Lambert Wilson pour Des Hommes et des Dieux

Meilleure actrice
Isabelle Carré pour Les Emotifs anonymes [pas vu]
Catherine Deneuve pour Potiche
Sara Forestier pour Le Nom des gens
Charlotte Gainsbourg pour L'arbre
Kristin Scott-Thomas pour Elle s'appelait Sarah [pas vu]

Meilleur réalisateur
Mathieu Amalric pour Tournée
Olivier Assayas pour Carlos
Xavier Beauvois pour Des Hommes et des Dieux
Bertrand Tavernier pour La Princesse de Montpensier [pas vu]
Roman Polanski pour Ghost Writer

Meilleur second rôle féminin
Laetitia Casta pour Gainsbourg Vie Héroique
Valérie Bonneton pour Les Petits Mouchoirs
Julie Ferrier pour L'Arnacoeur
Anne Alvaro pour Le Bruit des Glaçons
Karine Viard dans Potiche

Meilleur second rôle masculin
Niels Arestrup pour L'Homme qui voulait vivre sa vie
François Damiens pour L'Arnacoeur
Gilles Lellouche pour Les Petits Mouchoirs
Michael Lonsdale pour Des Hommes et des Dieux
Olivier Rabourdin pour Des Hommes et des Dieux

Meilleur espoir masculin
Pio Marmai pour D'amour et d'eau fraiche
Edgar Ramirez pour Carlos
Arthur Dupont pour Bus Palladium
Raphael Personnaz pour La Princesse de Montpensier
Grégoire Leprince Ringuet pour La Princesse de Montpensier

Meilleur espoir féminin
Audrey Lamy pour Tout ce qui brille
Leila Bekhti pour Tout ce qui brille
Yahima Torres pour Vénus Noire
Anais Desmoustier pour D'amour et d'eau fraiche
Léa Seydoux pour Belle Epine

Meilleur scénario original
Mathieu Amalric, Marcello Novais Teles et Philippe di Folco pour Tournée
Bertrand Blier pour Le Bruit des Glaçons
Xavier Beauvois pour Des Hommes et des Dieux
Gustave Kervern pour Mammuth
Baya Kasmi et Michel Leclerc pour Le Nom des gens

Meilleure adaptation
Julie Bertucelli pour L'arbre
Robert Harris et Roman Polanski pour The Ghost Writer
Eric Lartigau et Laurent de Bartillat pour L'Homme qui voulait vivre sa vie
François Ozon pour Potiche
Bertrand Tavernier, Jean Cosmos et François Olivier Rousseau pour La Princesse de Montpensier

Meilleur montage
Hervé Deluze pour The Ghost Writer
Marilyne Monthieux Gainsbourg Vie Héroique
Annette Dutertre pour Tournée
Luc Barnier pour Carlos
Marie-Julie Maille pour Des Hommes et des Dieux

Meilleure musique
Bruno Coulais pour Océans
Alexandre Desplat pour The Ghost Writer
Grégoire Hetzel pour L'arbre
Delphine Montoulet et Tony Gatlif pour Liberté [pas vu]
Yarol Poupaud pour Bus Palladium
Philippe Sarde pour La Princesse de Montpensier

Meilleur son
Philippe Barbeau Jerome Wiciak, Florence Lavallé pour Océans [pas vu]
Jean-Marie Bondel, Thomas Desjonqueres, Dean Humphreys pour The Ghost Writer
Jean-Jacques Ferrand, Vincent Guillon et Eric Bonnard pour Des Hommes et des Dieux
Olivier Meauvezin, Severin Favriau et Stéphane Thiebaut pour Tournée
Daniel Sobrino, Jean Goudier et Cyril Holtz pour Gainsbourg Vie Héroique

Meilleure photo
Christophe Beaucarne pour Tournée
Caroline Champetier pour Des Hommes et des Dieux
Pawel Edelman pour The Ghost Writer
Bruno Keyzer pour La Princesse de Montpensier
Guillaume Schiffman pour Gainsbourg Vie Héroique

Meilleur costume
Olivier Beriot pour Les Aventures Extraordinaires d'Adele Blanc-sec
Pascaline Chavanne pour Potiche
Alicia Crisp-Jones pour Tournée
Marielle Robaut pour Des Hommes et des Dieux
Caroline de Vivaise pour La Princesse de Montpensier

Meilleur décor
Michel Barthélémy pour Des Hommes et des Dieux
Guy-Claude François pour La Princesse de Montpensier
Albrecht Konrad pour The Ghost Writer
Christian Marti pour Gainsbourg Vie Héroique
Hugues Tissandier pour Les Aventures Extraordinaires d'Adele Blanc-sec

Court-métrage
Logorama
Petit Tailleur [pas vu]
Une pute et un poussin [pas vu]
Monsieur L'Abbé [pas vu]
Un transport en commun [pas vu]

Meilleur film d'animation
Arthur 3 : la guerre des deux mondes de Luc Besson [pas vu]
L'homme à la Gordini de Jean-Christophe Lie [pas vu]
L'Illusioniste de Sylvain Chomet
Logorama de H5
Une vie de chat de Jean-Loup de Felicioli [pas vu]

Meilleur film documentaire
Benda Bilili de Florent de La Tullaye
Cleveland contre Wall Street de Jean-Stéphane Bron
Entre nos mains de Marianne Otero [pas vu]
Océans de Jacques Perrin [pas vu]
Yves St Laurent Pierre Bergé L'amour fou de Pierre Thoretton [pas vu]

Meilleur film étranger
Inception de Christopher Nolan
The Social Network de David Fincher
Invictus de Clint Eastwood
Bright Star de Jane Campion
Les Amours imaginaires de Xavier Dolan
Dans ses yeux de Juan Jose Campanella
Illegal d'Olivier Masset Depasse [pas vu]

Meilleur premier film
Simon Werner a disparu de Fabrice Gobert
L'Arnacoeur de Pascal Chaumeil
Gainsbourg Vie Héroique de Joann Sfar
Tout ce qui brille de Géraldine Nakache et Hervé Mimran
Tête de Turc de Pascal Elbé

17 janv. 2011

VERY COLD TRIP

Sans faire du délit de faciès, les finlandais ont pourtant des mines sacrément reconnaissables, quelque part entre le verdâtre, le patibulaire et le buriné. À croire que le fort taux de chômage et les nuits interminables ont depuis fort longtemps eu raison du moral d'habitants apparemment peu enclins à la gaudriole. C'est d'ailleurs sur ce genre de constatation que s'ouvre Very cold trip : un savoureux prologue établit une sorte de généalogie des tendances suicidaires qui animent une partie des citoyens du pays. Le film de Dome Karukoski emploie de part en part ce ton désabusé, pince sans rire, pour décrire l'infortune et la léthargie qui s'emparent des jeunes (in)actifs pour ne plus les lâcher.
Le McGuffin du film est un décodeur TV, symbole du déchirement d'un couple usé avant l'heure par la fainéantise absolue de l'homme, qui contraste avec l'attitude offensive de sa compagne. Il dispose d'à peine quelques heures pour dégoter une fameuse boîte magique afin de permettre son aimée de ne pas rater une rediffusion imminente de Titanic. Tout cela n'est évidemment qu'un prétexte à une succession de péripéties qui seraient rocambolesque si elles n'étaient tournées à la sauce Droopy par un réalisateur décidément très... finlandais.
Car comme l'indique son titre un peu simpliste mais pas injustifiable, Very cold trip tente de marcher sur les plates-bandes de certaines comédies américaines plus ou moins échevelées dont la principale caractéristique est une unité de temps (une nuit, une journée ou quelques heures) censée déboucher sur une frénésie de gags et de situations burlesques. Or, Dome Karukoski prend un malin plaisir à désamorcer la moindre accélération de rythme ou le moindre frémissement de zygomatique pour mieux remettre un bon coup derrière la tête de personnages qu'on prend plaisir à voir souffrir. En résulte une comédie pas très drôle, mais qui assume tellement son côté sinistre qu'elle finit par devenir terriblement attachante. On rapprocherait presque le film des derniers films de Mika Kaurismäki s'il n'y avait ici une plus-value assez imparable, qui rend le film finalement moins plombant que prévu : une photographie plutôt travaillée, qui tire profit des rares couleurs des paysages finlandais et fait décidément ressembler Very cold trip à un road trip à l'américaine... mais sous Xanax. L'impression est étrange mais loin d'être inintéressante.



Very cold trip (Napapiirin sankarit) de Dome Karukoski. 1h35. Sortie : 09/02/2011.

16 janv. 2011

AU-DELÀ

Selon les premiers échos, le dernier Eastwood en date serait moins bon que les précédents, voire même l'un des plus gros ratages de sa carrière. Ce serait oublier qu'Au-delà possède deux atouts qui lui permettent d'échapper au peloton de queue des oeuvres du sieur Eastwood : l'absence de manichéisme et le refus de titiller les glandes lacrymales. En cela, ce film prétendument surnaturel surpasse allègrement des abominations telles que Million dollar baby ou Gran Torino et de gentilles guimauves comme Sur la route de Madison. Et s'il est loin d'être franchement réussi, il a au moins le mérite d'être un film reposant, recueilli, symbole de l'assagissement certain d'un cinéaste souhaitant désormais rester tapi dans l'ombre.
Le titre français d'Au-delà nous convie à aller voir derrière la simple apparence des choses, et en premier lieu derrière les étiquettes parfois bêtement accolées aux oeuvres. On est loin du thriller fantastique annoncé, puisqu'il s'agit avant tout d'un drame autour de trois êtres perdus, esseulés, perturbés par une perte, un manque ou un parasitage probablement temporaire. L'une a été laissée pour morte après le passage d'un tsunami et le fait d'avoir dépassé le point de non-retour la perturbe ; le deuxième aimerait se débarrasser d'un don de télékinésie qui l'empêche de mener une vie normale ; le troisième a perdu son frère jumeau et cherche à recoller les morceaux. Une fois posés ces trois pistes, Au-delà déroule une construction chorale résolument classique, aux points d'ancrage réalistes. C'est d'abord l'histoire d'un petit garçon londonien, d'un ouvrier américain et d'une journaliste française. Et si l'on pense parfois à Shyamalan, ce n'est pas à cause du pressentiment d'un twist qui ne viendra jamais, mais bien par la façon de faire des dons surnaturels (de « je vois des gens qui sont morts » à « je suis un super-héros ») une plaie qui engendre avant tout de la mélancolie.
Si la fin d'Au-delà est un monument de frustration, si toutes les questions posées n'obtiennent pas de réponse, c'est parce qu'il s'agit avant tout pour Eastwood de parler d'humanité et de désorientation. Ce petit garçon qui a perdu son frère ne sera plus jamais le même, qu'il en sache davantage ou non ; cette femme ne retrouvera pas sa notoriété d'antan et ses flashs resteront globalement des mystères ; ce voyant pourra continuer à aider des gens mais il n'en deviendra pas moins angoissé pour autant. Les regards de Cécile de France, Matt Damon et George McLaren (formidable petit acteur) sont montrés alternativement à l'image mais expriment tous la même peur panique de l'inconnu et une détresse infinie. Malgré toutes les maladresses du film, il en résulte un anti-spectacle d'une beauté assez touchante.
On devine d'ailleurs ce qui a pu toucher Clint dans le scénario au point de vouloir absolument le tourner lui-même, à commencer par sa fascination pour l'enfance meurtrie. On a rarement senti le metteur en scène aussi touché personnellement par son sujet : c'est d'ailleurs ce qui explique très probablement l'immense gaucherie d'un certain nombre de scènes, sur laquelle il est cependant possible de passer l'éponge étant donné que l'essentiel n'est pas là. La partie Cécile de France est la plus touchée : à une symbolique lourdingue (une publicité pour Blackberry employée comme révélateur d'un changement de condition sociale) s'ajoutent notamment des considérations politiques archi datées (l'héroïne compte écrire « le premier livre qui dira tout sur François Mitterrand »). Des bizarreries gênantes aux entournures mais pas rédhibitoires pour autant.
Tout porte à croire que les trois segments, parfaitement indépendants, vont finir par s'emboîter de façon assez idéale, que le trio reconstitué va trouver des réponses à ses interrogations et aux nôtres ; c'est peut-être là qu'Au-delà prend le plus de risques, puisqu'il n'en est rien ou presque. Des rencontres physiques auront lieu, des échanges verbaux également, mais le message du film est pourtant celui-ci : la vie n'est pas un film hollywoodien pas plus qu'un puzzle manufacturé. Les personnages cherchaient des choses, ils en ont probablement trouvé d'autres. Idem pour des spectateurs forcément déconcertés par ce qu'ils viennent de voir, sans doute pas totalement séduits (c'est un euphémisme), mais pas prêts d'être quittés de sitôt par l'atmosphère tristoune et pudique de ce drame intime et perturbant, difficile à aimer mais pas impossible à appréhender.



Au-delà (Hereafter) de Clint Eastwood. 2h08. Sortie : 19/01/2011.

14 janv. 2011

SEX FRIENDS

La famille Reitman va mal. Tandis que le fils, Jason, est en train de s'embourber dans le moule hollywoodien, son père, Ivan, sucre les fraises depuis pas loin de vingt ans. Il faut se rendre à l'évidence : le dernier film regardable du réalisateur de S.O.S. Fantômes n'est autre que Président d'un jour, qui date tout de même... de 1993. Depuis, le pauvre Ivan s'abime un peu plus de film en film. Raison principale de ce naufrage ? Un refus d'accepter le temps qui passe et un désir permanent d'avoir l'air jeune en s'emparant de thématiques à la mode mais certainement pas à la portée de la plupart des types de 66 ans. Ses dernières tentatives, Evolution et Ma super ex, le faisaient carrément ressembler à l'un de ces vieux beaux persuadés de dissimuler correctement sous leur moumoute un crâne chauve pourtant loin d'être honteux.
Sex friends ne fait que confirmer cette triste tendance : exploitant sans finesse un sujet so 2010, il n'est jamais transcendé par le traitement d'un metteur en scène absolument pas dans le coup. On est bien loin de Quand Harry rencontre Sally, dans lequel il s'agissait de savoir si un homme et une femme pouvaient être amis sans arrière-pensée ; la thématique actuelle consiste à se demander si un homme et une femme peuvent être sex friends (partenaires de coucherie, pour traduire cela poliment) sans que les sentiments fassent jamais irruption. Après Love, et autres drogues, ce n'est que la deuxième fois en moins de deux mois qu'un film américain aborde cette problématique. Zwick et Reitman ont d'ailleurs la même approche : mettre aux prises un homme sentimental et fougueux et une femme froide, sans affect, simplement désireuse de prendre du bon temps. Et tous deux arrivent mollement à la même conclusion : l'amour est plus fort que tout, et la complicité sur l'oreiller ne peut que mener à une alliance moins superficielle.
On n'attend pas forcément d'un film hollywoodien qu'il se termine autrement que par un happy end plein d'amour et de bonne humeur. Le problème, c'est lorsque le chemin qui mène à cette issue heureuse est constellé de personnages sans goût, de situations plates et de considérations éculées sur le sexe sans amour et la place de l'homme et de la femme dans la société contemporaine. Sex friends ne propose rien d'autre qu'un bête schéma de comédie romantique, encore moins culotté que le film d'Edward Zwick car n'ayant même pas le courage d'assumer pleinement l'aspect purement sexuel de la relation entretenue par le couple vedette. Le véritable sujet est ainsi expédié en une séquence musicale et cinq petites minutes, avec les jolies fesses d'Ashton Kutcher pour atteindre le quota nudité nécessaire à attirer les spectateurs et spectatrices. Tout le reste n'est qu'ajouts inutiles et réflexions fumeuses.
Le prologue, centré sur l'adolescence des deux personnages principaux, semblait pourtant annoncer un certain vent de subversion et de vitalité à travers une approche résolument frontale du sujet. Quand, après avoir tenté de l'apitoyer avec le divorce de ses parents, le jeune Adam demande à Emma s'il peut lui mettre un doigt, on croise les doigts pour que le script aille lorgner vers chez Apatow, Mottola et les autres. Mais seules deux ou trois vannes de cul seront finalement disséminées çà et là, faisant rarement mouche. Un mal qui se propage d'ailleurs dans tous les registres : les personnages secondaires devraient être attachants mais nous indiffèrent, certaines situations assez originales (le tournage d'une série façon High school musical bis) ne sont pour ainsi dire pas exploitées... Sex friends est un film qui ne pisse pas loin par manque d'ampleur, d'ambition ou tout simplement de talent. Malgré un couple vedette relativement sympathique (mais ni vraiment sexy ni franchement drôle) et un Kevin Kline qu'il fait bon retrouver, le film d'Ivan Reitman se plante dans les grandes largeurs, une première partie décevante laissant place à une seconde moitié lénifiante. Le film de référence sur les potes de baise reste encore à faire.



Sex friends d'Ivan Reitman. 1h45. Sortie : 16/02/2010.

13 janv. 2011

Séances de rattrapage : LOVE, ET AUTRES DROGUES / LE QUATTRO VOLTE / SOUND OF NOISE

Finissons-en une bonne fois pour toutes avec les films de 2010, sacrifiés sur l'autel du manque de temps ou d'inspiration... Les temps sont durs, ma bonne dame.

Avide d'aventures humaines et géographiques, Edward Zwick s'essaie pour la première fois à la comédie romantique... ou plutôt non-romantique. Car avec son héros vendeur d'anti-dépresseurs puis de Viagra et son héroïne parkinsonienne mais surtout froidement cynique, Love, et autres drogues (quel titre à la con) tente de jouer la carte du détachement en étalant pendant sa première heure un réalisme pittoresque pouvant éventuellement séduire. On peut aussi préférer son cousin Thank you for smoking, plus amer et plus instructif à la fois. Mais le pire, c'est que Zwick ne parvient pas à conserver sa ligne de conduite jusqu'au bout et finit par s'abandonner aux violons inhérents au genre sans même assumer sa subite harlequinisation. Et malgré un tandem Hathaway / Gyllenhaal aussi percutant qu'à poil, le film s'embourbe peu à peu dans une mièvrerie que ses partis pris de départ auraient dû permettre d'éviter.




C'est peut-être le film le plus indescriptible de l'année Le quattro volte ressemblerait à une gigantesque anomalie cinématographique s'il n'était aussi maîtrisé. En quatre parties, chacune se référant à une forme de vie bien spécifique (l'humain, l'animal, le minéral...), le film de Michelangelo Frammartino recrée une sorte de cycle de la vie qui pourrait être mortifiant mais s'avère aussi hilarant qu'émouvant. Il y a quelque chose d'un peu miraculeux dans le fait d'être émerveillé pendant dix minutes par les déambulations d'un troupeau de chèvres ou la fabrication de charbon de bois ; pourtant, sans snobisme aucun, on se passionne véritablement pour cette superbe étrangeté. Le plus fascinant là-dedans, c'est qu'il semble assez impossible de discerner ce qui est millimétré et ce qui est aléatoire : seul un plan-séquence absolument incroyable, dans lequel (entre autres) un chien déplace une brique qui fait dévaler une fourgonnette le long d'une pente, donne une petite idée du degré de malice d'un metteur en scène qu'il convient désormais d'avoir à l'oeil.





S'il n'y avait Le quattro volte, Sound of noise aurait lui aussi pu concourir au titre le film le plus bizarre de 2010. Il est cependant moins étrange que ce que laissaient entendre les premières rumeurs... Pourtant, cette histoire d'un sextet de terroristes musicaux bien décidés à jouer leur partition malgré la chasse à l'homme menée par un flic musicophobe a plus d'un tour dans son sac. Construite autour de quatre numéros musicaux absolument prodigieux, dans lequel le mobilier urbain est mis à rude épreuve afin de faire du quotidien un film musical en puissance, Sound of noise exploite avec intelligence les codes du polar mais les retourne perpétuellement afin de n'aller que dans une seule direction : celle de l'ode à la musique, art aussi omniscient qu'inconscient, présent l'air de rien dans nos administrations et sur nos places publiques. Drôle et énergique, le film a néanmoins quelque chose de légèrement vain qui l'empêchera sans doute de rester dans les annales.







Love, et autres drogues (Love and other drugs) d'Edward Zwick. 1h52. Sortie : 29/12/2010.
Le quattro volte de Michelangelo Frammartino. 1h28. Sortie : 29/12/2010.
Sound of noise de Ola Simonsson & Johannes Stjarne Nilsson. 1h42. Sortie : 29/12/2010.

12 janv. 2011

STRETCH

Charles de Meaux aurait-il fait un accident vasculaire cérébral entre le tournage de Shimkent hotel, son précédent long-métrage, et celui de Stretch ? Ce serait la seule raison capable d'expliquer l'incongru ratage de ce dernier film, tellement réalisé avec les pieds et écrit avec les fesses qu'il ne peut pas décemment être l'oeuvre d'un être humain en pleine possession de ses moyens. Stretch est une douleur de tous les instants, une insulte faite aux amoureux du cinéma, un crachat à la face des cinéphiles aventuriers ayant bien voulu entrer dans la salle pour y suivre l'histoire de ce jockey français exilé à Macao... Rien, absolument rien, ne peut justifier qu'on s'inflige ce calvaire. Fuir loin de ce film, c'est rendre service non seulement au septième art, mais également à son réalisateur, encore assez jeune pour changer de métier ou se remettre complètement en question.
Concrètement, Charles de Meaux nous propose un scénario plus que minimaliste, puisqu'il ne s'y produit absolument rien. Les rares scènes potentiellement intéressantes sont souvent broyées sur l'autel du montage, voire noyées dans des ellipses bizarroïdes. Le reste n'est que parlote et psychologie de comptoir. La dernière partie du film tente bien de nous faire trembler sur le thème légèrement éculé du sportif auquel on demande de perdre pour de l'argent, sans jamais parvenir à renouveler le sujet ou même à lui donner un peu d'ampleur. Seule explication à cela : Charles de Meaux a souhaité faire un film d'ambiance, plonger le spectateur dans les lumières de Macao comme il le fait avec son héros. Mais une poignée de plans faussement arty, dont certains semblent tenter de copier Lost in translation, ne compense en rien l'ennui morbide procuré par un film dont la mise en scène est globalement téléfilmique (ce qui est légèrement insultant pour les bons réalisateurs de téléfilms).
Pire : le réalisateur use et abuse d'artifices narratifs qui rendent son scénario plus nul que nul. Textos d'une banalité affligeante envoyés par le héros et qui apparaissent en surimpression, avec le petit curseur qui avance puis recule en cas de faute d'orthographe et la barre de charge pour montrer qu'il a bien été envoyé. Conversations téléphoniques en voix off pour camper l'éloignement géographique du pauvre jockey malheureux. Autres voix off venues de nulle part, émanant de personnages dont on n'a manifestement pas bien saisi l'intérêt... C'est un embrouillamini total, une purée de mauvaises idées, une bouillie embarrassante qui ridiculise non seulement son réalisateur mais aussi ses acteurs. Comme lorsqu'il est mal ou peu dirigé, Nicolas Cazalé livre une prestation consternante, renvoyant Michael Madsen et Richard Gere dans les cordes pour ce qui est du lever de sourcils (qui sert, comme chacun sait, à marquer l'étonnement, la tristesse, la mélancolie, la colère et tous les autres sentiments liés au jeu d'acteurs). Quant au pauvre David Carradine, mort pendant le tournage du film dans des conditions franchement rigolotes, il a tout juste droit à trois scènes d'une platitude aberrante, et l'on se dit qu'il devait vraiment avoir envie d'aller se faire saucissonner les couilles à Macaco pour accepter d'aller se vautrer dans un tel projet. Stretch est un film à oublier vite, très vite, la première vraie grosse purge de 2011, un véritable tocard sur lequel il serait irresponsable de miser le moindre kopeck.



Stretch de Charles de Meaux. 1h30. Sortie : 12/01/2011.

11 janv. 2011

HARRY BROWN

Loin des vieux cons qui défouraillent des petits jeunes depuis leur fenêtre d'immeuble à cause de quelques discussions un peu trop haut perchées, Harry Brown est un homme qui souffre. Un vrai de vrai. Un taiseux, ancien militaire, qui vit tristement une vie de quasi veuf entre un appartement propre comme un sou neuf et le pub du coin, où il paisiblement joue aux échecs avec son vieux pote Leonard. Paisiblement ? Pas tant que ça. Car Harry Brown vit dans une banlieue de Londres où une jeunesse mal élevée et délaissée fait régner la terreur et la loi du plus fort. Bientôt Leonard mourra sous les coups de quelques loubards, goutte d'eau qui fera déborder le vase Harry Brown. On est loin de ces vigilante plus que douteux dans lesquels des victimes de la société deviennent de vraies cocottes-minute lancées à toute blinde pour l'amour de la vendetta. Le premier film de Daniel Barber est moins une histoire de vengeance que la chronique d'un ras-le-bol, celui d'un honnête citoyen qui finit par ne plus supporter de subir la loi de quelques mafieux de bas étage.
Si Harry Brown prend tout son temps pour mettre en place la quête de justice de son anti-héros, c'est justement parce qu'il ne s'agit pas de faire du cinéma bourrin façon Charles Bronson ou de rendre une vengeance jouissive comme dans Que justice soit faite. Barber a soif de social et entend remettre en perspective les circonstances de l'énervement progressif du vieux monsieur. On est loin des journaux télévisés et de leurs formules toutes faites : se voulant réaliste mais pas alarmiste, le film rend palpable et compréhensible la douleur de toute une couche de la population. Agresseurs et agressés, tous sont finalement victimes d'un système marginalisant, excluant, qui les écrase et les méprise.
Mais qu'on ne s'y trompe pas : Barber n'entend pas fermer les yeux sur la campagne vengeresse de Harry Brown. Ce qui donne un film franchement violent mais pas complaisant, l'interprétation de Caine mettant parfaitement en avant la détresse du personnage. Y compris lorsqu'il lamine la gueule d'une saloperie de dealer ou qu'il fomente les derniers chapitres de son ultime baroud d'honneur. Harry Brown est un film fondamentalement triste, comme l'étaient Les chiens de paille en leur temps. C'est peut-être ce qui le rend aussi émouvant. La mise en scène de Barber fait le reste : explosive lorsqu'il le faut (la séquence en caméra subjective qui ouvre le film est un petit monument), elle établit un vrai lien de proximité avec cet homme dont on ne peut pas forcément approuver les actes, mais qui pousse néanmoins à l'indulgence et à la clémence. Ce regard bienveillant est d'autant plus réussi qu'il est appuyé à merveille par le personnage d'Emily Mortimer, fliquette compréhensive mais peu impressionnable. Voilà un film dont on sort pantois, les bras ballants, à la fois repu de violence et ivre d'émotion. On en oublie volontiers les inutiles soubresauts scénaristiques qui tendent à parasiter sa dernière demi-heure.



Harry Brown de Daniel Barber. 1h43. Sortie : 12/01/2011.

10 janv. 2011

POUPOUPIDOU

Auteur de courts réputés, passé au long en 2006 avec le puissant mais discret Avril, Gérald Hustache-Mathieu revient enfin, et c'est une excellente nouvelle. D'autant que le réalisateur retrouve à cette occasion Sophie Quinton, actrice précieuse mais hélas trop rare, mais véritable muse pour ce cinéaste original et délicat. Faisant référence à James Ellroy pour la manière dont le héros s'implique corps et âme dans son enquête, Poupoupidou ressemble davantage à un polar de Donald Westlake, rigolard par endroits avant de vous bouleverser par surprise. Hustache-Mathieu livre un film singulier, différent de ses oeuvres précédente, mais tout à fait cohérent en regard de sa filmographie passée : tout y est, de son application d'orfèvre à son penchant pour les gentils marginaux. Y compris son amour débordant pour Sophie Quinton.
L'actrice s'empare à merveille d'un rôle évidemment taillé pour elle, celui d'une starlette régionale (météo, inaugurations, publicité pour un fromage local) dont la vie et la mort semblent calqués en tous points sur la destinée de Marilyn Monroe. Dates, amours, traits de caractères : Candice Lecoeur a tout d'un double fantasmé ou réel de Marilyn, et cette curieuse analogie est évidemment au coeur de l'investigation menée par David Rousseau, romancier en perte de vitesse, qui profite d'un passage dans la ville la plus froide de France pour tenter de se relancer. La beauté de Poupoupidou, c'est que ses deux personnages principaux ne s'y rencontrent jamais, Candice étant morte avant l'arrivée de Rousseau dans le village. Pourtant, ces deux âmes perdues ne vont cesser de se répondre, et le funeste destin de la demoiselle hantera toujours un peu plus l'esprit de l'écrivain, torturé jusqu'à la moelle par cette femme qu'il n'a pas connue mais qu'il connaît par coeur. Candice est le Dahlia Noir de Rousseau. C'est beau. Et c'est aussi l'occasion pour le réalisateur de dresser un hommage modeste et amusé aux romans et aux films américains qui l'ont sans doute bercé. Recréer Hollywood à Mouthe, dans le Jura, est une idée suffisamment décalée pour séduire.
Bien aidé par une pléiade de seconds rôles dont on ne connaît pas forcément les noms, Hustache-Mathieu déroule un récit doublement intrigant : non seulement par l'atmosphère polardeuse de son intrigue, mais parce qu'il ne rate jamais l'occasion de croquer avec tendresse les situations pittoresques qui se présentent à lui. Comme David Rousseau (Jean-Paul Rouve dans son meilleur rôle), on prend rapidement ses quartiers à Mouthe, et l'envie de s'y installer, bien qu'incompréhensible, finit par se faire sentir. Dommage que le scénario, un brin emberlificoté, finisse par s'emmêler les pinceaux et ne retombe jamais sur ses pattes : on sort de Poupoupidou séduit par l'univers mais pas mal frustré par la vision d'ensemble d'un film qui ne va nulle part mais y va cependant très bien. Et si même s'il manque un vrai quelque chose au film pour être tout à fait réussi, il confirme le talent exceptionnel de Gérald Hustache-Mathieu, qu'on ne lâchera pas de sitôt.


Poupoupidou de Gérald Hustache-Mathieu. 1h42. Sortie : 12/01/2011.

9 janv. 2011

ARRIETTY, LE PETIT MONDE DES CHAPARDEURS

Depuis quelques années, Hayao Miyazaki prépare sa relève, semant les disciples comme Albert de Monaco sème les gosses. Nous voilà sans doute repartis pour un quart de siècle d'univers oniriques, fantastiques, bourrés d'enfants malins et de créatures merveilleuses. Vingt-cinq ans d'écologie de bas étage et de morales niaises pour des films interminables et consensuels. Et nul doute que Hiromasa Yonebayashi sera l'un des leaders de cette nouvelle vague de guimauve : dans le genre platitude monolithique, son Arrietty semble même battre des records.
Pour sûr, Yonebayashi a parfaitement retenu les leçons de Miyazaki, puisque son dessin ressemble à s'y méprendre à celui du maître. Mais attend-on d'un cinéaste qu'il se comporte comme un vague copycat, capable de singer un style mais absolument infoutu d'y apporter un quelconque supplément d'âme, une touche personnelle qui en ferait vraiment "son" film ? Pas certain. Et de l'âme, ce Petit monde des chapardeurs en manque sacrément : pas une once d'originalité, pas un mot plus haut que l'autre, pas la moindre envolée poétique digne de ce nom. Dans ses meilleurs films, Miyazaki parvenait tout de même à rompre un ennui latent par la grâce d'une poignée de scènes éminemment lyriques ou foncièrement singulières. Ici, que dalle. Arrietty est une bonne vieille ligne droite, route express vers la mort cérébrale. Un spectacle amorphe et jamais renversant.
Adapté de l'univers de la romancière Mary Norton, Arrietty met aux prises une famille d'humains miniatures avec quelques gens de grande taille qui les hébergent sans le savoir jusqu'au jour où leur présence finit par être remarquée. Pour subsister aux besoins du foyer, Arrietty et son père partent régulièrement en expédition afin d'en ramener des objets utiles ou des denrées essentielles, comme un morceau de sucre susceptible de durer pendant des mois. Ça ne vous rappelle rien ? Alors vous n'avez pas vu Le petit monde des Borrowers, film hollywoodien au titre voisin, avec un John Goodman transformé en méchant Gulliver des temps modernes face à une horde de gentils voleurs miniatures. Dans le film de Peter Hewitt, adapté de la même oeuvre, il y avait mille astuces visuelles et scénaristiques, une malice de tous les instants, des tas de gags imparables. Bref, de l'inventivité et de l'esprit, notamment dans la façon de réexploiter les objets du quotidien, dont la taille démesurée révèle souvent des emplois inédits. Au petit jeu des comparaisons, le film de Yonebayashi sort K.O. au premier round, préférant mettre en avant la mélancolie de bas étage qui s'empare d'Arrietty et les siens, désespérés d'être aussi esseulés et dépendants.
Quant à la simili histoire d'amour qui unit Arrietty, jolie Minipouss et Sho, jeune garçon rêveur, elle ne vaut que par un côté gentiment fleur bleue qui ravira à coup sûr les amateurs de Miyazaki. Lesquels ne manqueront pas, espérons-le, d'être déçus par ce monument de contre-productivité donnant envie de revoir les Borrowers ou de lire Mary Norton. Sans doute pas d'applaudir des deux mains.



Arrietty, le petit monde des chapardeurs (Karigurashi no Arrietty) de Hiromasa Yonebayashi. 1h34. Sortie : 12/01/2011.

7 janv. 2011

Séances de rattrapage : BÉBÉ MODE D'EMPLOI / WE ARE FOUR LIONS / MON BEAU-PÈRE ET MOI

Côté ciné, la fin 2010 n'aura guère été palpitante. Ou bien il faut croire que j'ai mal choisi mes films, quand j'ai eu la chance de pouvoir les choisir... Déjà tombés dans l'oubli, ou moins enthousiasmants que prévus, voici trois films sur lesquels je n'ai guère envie de m'apesantir.


Certains ne vont au cinéma que pour se « vider la tête » ; sans aucun doute, ce Bébé mode d'emploi est fait pour eux, puisqu'il se distingue uniquement par sa totale absence de prétention. À un canevas de comédie romantique éculé et jamais rehaussé (« ils n'étaient pas faits pour se rencontrer, et pourtant... ») s'ajoute un thème central aussi sympathique qu'inconséquent : étudier le comportement de deux adultes parachutés parents adoptifs du jour au lendemain. Gags prévisibles (bouillie, caca, premiers pas) et questionnements existentiels moyennement profonds caractérisent ce film aussitôt vu aussitôt oublié, qui séduira davantage les futurs et anciens parents que ceux qui n'en ont rien à faire. Dommage que la mise en scène de Greg Berlanti soit aussi vomitive, avec des mouvements de caméra à vous filer la nausée et un grain assez dégueulasse. Ce transfuge de la télévision n'a vraisemblablement pas beaucoup d'avenir au cinéma.




À l'heure où les extrémistes de tous poils montrent chaque jour qu'ils manquent légèrement d'humour, il fallait avoir un sacré culot pour réussir à boucler une comédie autour d'aspirants djihadistes aussi doués pour le terrorisme que Gerard Butler pour l'art dramatique. C'est pourtant le tour de force de Chris Morris, dont le We are four lions impressionne avant tout par son existence. Mais l'exploit ne s'arrête pas là : voici un film qui tient debout et fait preuve d'une drôlerie aussi salvatrice que déstabilisante. Seulement voilà : comme In the loop l'an dernier, le film finit par tourner en rond à force de se complaire dans un humour british délicieux mais systématique. Ce qui aurait fait une chouette mini-série télé ou un moyen-métrage détonnant finit par ressembler à un long trop répétitif pour être réellement irrésistible.





Fini pour le cinéma depuis une bonne dizaine d'années, Bob De Niro rebondira peut-être prochainement grâce à Scorsese ou à sa présidence cannoise. Mais ce n'est pas ce laborieux Little Fockers qui lui permettra de retrouver sa cote d'antan : plus cabotin que jamais, il erre comme une âme en peine dans un scénar mal fagoté, qui multiplie (et sacrifie) les personnages secondaires et enchaîne les séquences sans grande logique, passant du coq à l'âne comme si le monteur était sous LSD. On a beau être ravi de retrouver Ben Stiller ou de mater Jessica Alba, il y a aussi de quoi être navré de voir Harvey Keitel, Laura Dern et quelques autres s'embourber dans ce troisième volet inutile, qui brise la mécanique comique bien huilée (trop ?) du premier film et accentue les défauts du deuxième. Souhaitons pour tout le monde que les Fockers et les Byrne s'arrêtent là : on a soupé de leurs quiproquos, de leurs fantaisies artificielles et de leurs grandes leçons de vie.






Bébé mode d'emploi (Life as we know it) de Greg Berlanti. 1h54. Sortie : 08/12/2010.
We are four lions (Four lions) de Chris Morris. 1h41. Sortie : 08/12/2010.
Mon beau-père et nous (Little Fockers) de Paul Weitz. 1h45. Sortie : 22/12/2010.

4 janv. 2011

MÊME LA PLUIE

Pour comprendre les principaux maux de cet honorable Même la pluie, il convient de se focaliser sur Paul Laverty, son scénariste, et sur sa vie personnelle et professionnelle. Démonstration en deux points.
1) Paul Laverty est le scénariste attitré de Ken Loach depuis Carla's song en 1996. Et Même la pluie est justement typique de ce qui peut autant attirer qu'effrayer chez le cinéaste britannique : un désir de pédagogie qui vire parfois au didactisme et un populisme parfois mal dosé, à la limite du racolage malgré une sincérité jamais démentie. La façon qu'a le film de mettre régulièrement en parallèle la destinée des Indiens d'Amérique Latine au XVIème siècle et celle du prolétariat bolivien de nos jours est loin d'être inintéressante, elle est même pétrie de bon sens, mais sa mise en place alléchante débouche sur des conclusions parfois dignes d'une banale dissertation d'histoire. Oui, certes, connaître son passé permet souvent de mieux connaître ses contemporains et soi-même, mais il aurait été souhaitable que le film aille légèrement plus loin que cela.
2) Paul Laverty est l'époux de la cinéaste Icíar Bollaín, et ce travail en couple n'a pas que des effets positifs. Une fois encore, il est bien difficile de remettre en cause la sincérité du propos, mais le sentimentalisme qui l'accompagne au détour d'une poignée de scènes est pour le moins fâcheux. La séquence la plus représentative de toute cela est sans doute celle où le réalisateur-scénariste incarné par Gael Garcia Bernal profite d'un break sur le tournage de son fil pour relire son scénario, et ne peut s'empêcher de verser une larme à la lecture de ses propres mots. Pas difficile d'imaginer alors le couple Bollaín-Laverty passer des soirées au coin du feu, à lire ensemble les passages les plus émouvants ou édifiants du script de leur futur film. Une auto-satisfaction légèrement gênante.
Pour autant, Même la pluie est pétri de qualités, en particulier une mise en scène brillamment chaotique qui nous plonge sans détour ni préliminaires dans cette Bolivie écrasée par la crise de l'eau. Certains partis pris sont cependant discutables, notamment la façon qu'a Bollaín de retranscrire les scènes de film dans le film. Et puis il y a l'interprétation du tandem Luis Tosar - Gael Garcia Bernal, devenus en quelques années des piliers du cinéma hispanophone ; à leurs côtés, Carlos Aduviri, acteur amateur interprétant un acteur amateur, est le magnifique symbole d'une nation écorchée, brûlée vive sur l'autel du capitalisme, dont le combat à corps perdu n'est pas sans rappeler celui mené par les héros de Bread and roses, l'un des films les plus méconnus et pourtant les plus beaux de Ken Loach.



Même la pluie (También la lluvia) de Icíar Bollaín. 1h43. Sortie : 05/01/2011.

[Exclu] Classement Wikio Cinéma | janvier 2011

Le classement Wikio du mois donne l'occasion à l'indispensable Filmosphere de s'installer encore un peu plus en tête. Plutôt routinier, le top 20 du mois comporte néanmoins une grosse aberration : pourquoi ce satané blog orange est-il toujours troisième alors qu'il ne publie plus guère ? Vivement qu'il glisse dans les profondeurs du classement...
(et bonne année à tous)

1Filmosphère
2Lyricis Interactive
3Rob Gordon a toujours raison
4IN THE MOOD FOR CINEMA
5FilmGeek
6CinéBlogywood
7Sur la route du cinema
8Buzzmygeek
9Le blog de Dasola
10Critiques cinémas d'hier et d'aujourd'hui
11MyScreens
12Cinefeed
13CloneWeb
14IN THE MOOD FOR CANNES 2010
15Journal de Vance
16IN THE MOOD FOR DEAUVILLE
17Blog d'une ciné-Geekette
18Le blog de Nicolinux
19SortiesCinema diffuse votre contenu cinéma - un service de Cinefriends.com
20Twilight-Belgium

Classement réalisé par Wikio

3 janv. 2011

Pete Postlethwaite (1946-2011)


« At the end of the day, acting is all about telling lies. We are professional imposters and the audience accept that. »


Pete Postlethwaite en 10 films
Distant voices de Terence Davies (1987)
Le dernier des Mohicans de Michael Mann (1992)
Alien 3 de David Fincher (1993)
Au nom du père de Jim Sheridan (1994)
Usual suspects de Bryan Singer (1995)
Roméo + Juliette de Baz Luhrmann (1997)
Les virtuoses de Mark Herman (1997)
Le monde perdu : Jurassic Park de Steven Spielberg (1997)
Les géants de Sam Miller (1998)
The town de Ben Affleck (2010)
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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