26 juil. 2011

[DVD] 2 films de Jacques Audiard | 2 films de Cristian Mungiu | France Inter

Après notamment Xavier Beauvois et Ken Loach, c'est au tour de Jacques Audiard et Cristian Mungiu d'être à l'honneur de la collection DVD 2 films de... initiée par France Inter. Deux doubles programmes hétéroclites mais quoi qu'il en soit nécessaires.

Pour Jacques Audiard, tout a commencé avec Regarde les hommes tomber, premier film venu de nulle part qui lui a permis de se faire un prénom en un clin d'oeil. L'un des fabuleux atouts de ce joyau est sa narration ultra-moderne, Audiard étant l'un des très rares cinéastes français capables de retrouver le ton des meilleurs romans noirs américains. Seul le Corneau de Série noire semble en fait l'avoir devancé... L'autre immense qualité du film, c'est son casting impressionnant, avec sa triplette d'interprètes que l'on n'aurait jamais imaginés ensemble. La classe très sèche du grand Jean-Louis Trintignant, dans l'un de ses derniers rôles importants sur grand écran, s'allie idéalement à la fragile innocence du petit Mathieu Kassovitz, tout le temps en train de bouffer, et dont le naturel laisse pantois. Quant à Jean Yanne, qui évolue en parallèle dans un registre éminemment douloureux, il rappelle son immense potentiel d'acteur, trop peu exploité si ce n'est par Pialat et Chabrol. La mécanique du film est parfaitement huilée mais tolère les micro-incidents, qui lui confèrent une incroyable humanité. Tendu de part en part, stressant comme un thriller mais poignant comme un drame, Regarde les hommes tomber reste le meilleur film d'un Audiard pas encore conscient de son propre talent.


Cinq ans après le fameux Un héros très discret, dans lequel il retrouvait Kasso dans le rôle d'un mythomane professionnel, Jacques Audiard revient avec Sur mes lèvres, film qui accroît subitement sa popularité auprès du public. Paradoxalement, il s'agit pourtant de son moins bon film, amorçant un glissement regrettable (mais pas dramatique) vers un cinéma trop calculé, trop soucieux d'être magistral, trop conscient de ses effets. Techniquement, comme ce fut le cas ensuite pour De battre mon coeur s'est arrêté et Un prophète, c'est parfait. La photographie est archi travaillée, le jeu sur le son poussé à son paroxysme (le personnage joué par Emmanuelle Devos est malentendant), les prestations des acteurs réglées au millimètre (Devos piqua d'ailleurs le César promis à Audrey "Amélie" Tautou)... Résultat : pas une once d'oxygène ou d'imprévu, pas la moindre faille, rien qui différencie ces héros-là de simples robots. Quant à l'intrigue, bâtie par Audiard et Tonino Benacquista, elle traîne souvent des pieds, à tel point que le climax tant attendu ne prend pas vraiment. Sur mes lèvres est un film propre, dans le bon sens du terme comme dans le moins bon, mais c'est surtout le symbole de la fin d'un grand cinéaste, qui laissa ensuite place à un professionnel ultra doué mais sans âme.



Regarde les hommes tomber de Jacques Audiard. 1h50. Sortie : 31/08/1994.
Sur mes lèvres de Jacques Audiard. 1h55. Sortie : 17/10/2001.








En mai 2007, un jeune cinéaste roumain fait imploser la Croisette et le jury de Stephen Frears, qui lui décerne une Palme d'Or approuvée par la majorité des festivaliers : avec 4 mois, 3 semaines, 2 jours, Cristian Mungiu réussit son entrée par la grande porte... bien que son film soit un puits de vacuité sans fond, un monument de provocation gratuite et de faux bon cinéma d'auteur. Racoleur, complaisant et plus poseur que jamais, le film surexploite son sujet principal (l'avortement clandestin) pour jouer avec les nerfs du spectateur et lui mettre le nez dans la misère des personnages sans lui donner le droit de prendre de la distance. Faut-il vraiment servir un foetus mort sur un plateau pour choquer ou éveiller les consciences ? Pas sûr. Mais la relative maestria technique du roumain aura eu raison de bien des pigeons. Cette Palme 2007 fut une mauvaise nouvelle pour le cinéma d'auteur en général, et pour le cinéma roumain (plutôt en forme depuis le début du siècle) en particulier.


Curieusement, Mungiu revient à Cannes deux ans plus tard, mais de façon plus que discrète puisqu'il débarque à Un Certain Regard avec un film à sketches ouvertement comique, réalisé avec d'autres réalisateurs roumains. Loin du provoc 4 mois..., Contes de l'âge d'or est un film modeste mais chaleureux, qui brocarde avec tendresse mais sans pitié le système Ceaucescu. Hypocrisie, propagande, manipulation et excès en tous genres ont fait de cet Âge d'Or un moment passablement désagréable pour une Roumanie transformée en vrai petit théâtre absurde. Ce que les 4 sketches proposés ne manquent pas de rappeler. Sorti en France fin 2009, ce film tordant et édifiant (dont la critique complète est à retrouver ici) fut suivi d'une deuxième partie sortie en juillet 2010 (critique ici), presque aussi savoureuse et toujours dirigée par un Mungiu apparemment pas pressé de nous livrer son deuxième long-métrage.



4 mois, 3 semaines, 2 jours (4 luni, 3 saptamini si 2 zile) de Cristian Mungiu. 1h53. Sortie : 29/08/2007.
Contes de l'âge d'or (Amintiri din Epoca de Aur) de Cristian Mungiu, Ioana Uricaru, Hanno Höfer, Rãzvan Mãrculescu et Constantin Popescu. 1h20. Sortie : 30/12/2009.

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