8 avr. 2011

LA PROIE

Ci-gît le cinéma français, assassiné une fois de plus par de soi-disants garants de l'exigence hexagonale et du respect des grands cinéastes d'antan. Tandis que notre cinéma de genre lutte avec passion pour se faire entendre de la critique et du public, La proie vient lui remettre la tête dans l'eau, consternante copie de quelques specimens made in America. Pas modeste pour deux sous, sans aucun recul, le film lorgne à la fois vers le film de serial-killer, le film de prison et le film de fugitif tout en prétendant convoquer le Corneau de la grande époque à l'aide d'une épaisse purée de poids polardeuse. Cette accumulation de couches aussi mal maîtrisées les unes que les autres est à l'origine d'un film gerbant, d'une bêtise abyssale, qui emploie aussi régulièrement des artifices d'un autre âge pour tenter de faire entrer quelques gogos dans son jeu.

La petite fille mutique depuis un traumatisme finira par dire 'papa' en toute fin de film. Le gendre idéal à lunettes, bientôt innocenté du crime sexuel dont il était accusé, dissimule en fait un vrai beau psychopathe. Le taulard digne et innocent, qui fuit pour sauver sa famille, peut chuter de trente mètres de haut ou plus sans se briser le moindre os, et ce à plusieurs reprises. N'en jetez plus : des clichés et des invraisemblances, il n'y a que ça dans cette Proie écrite n'importe comment par un duo de novices dont on découvre avec effarement... qu'ils sont avant tout producteurs, y compris pour ce film-ci. Le film pourrait être une bonne publicité à destination de ceux qui pensent qu'en art comme ailleurs il est possible de jouer les cumulards sans se poser de question : or, avoir la mainmise sur un script et sur tout le reste du film à la fois aboutir souvent des accidents industriels de ce type. On plaindrait presque Éric Valette, yes man jamais brillant mais qui parvenait habituellement à conserver une forme de dignité : ici, il semble prisonnier des aléas du scénario, contraint d'aligner les effets inutiles pour tenter de se donner une contenance (ah, cette caméra qui passe à travers une portière de camionnette juste pour montrer que la technique est maîtrisée). Valette n'est clairement pas aux commandes du film : il en est le simple convoyeur, celui qui s'assure sans passion que le produit manufacturé est bien arrivé en bout de chaîne.

On pourrait s'amuser devant cette gigantesque bouillie si elle n'était pas plombée par deux fardeaux étroitement liés : un premier degré écrasant, et la présence d'Albert Dupontel. Intéressant jusqu'au début des années 2000, l'acteur a laissé depuis son talent au vestiaire, trop occupé à jouer les justiciers dans ses propres films comme dans les médias. De Jean Becker à Danièle Thompson, il s'est abîmé à plus d'une reprise en laissant toute auto-cririque de côté pour mieux devenir l'interprète figé, plat, ennuyeux qu'il est aujourd'hui. Ici encore, sa prestation sans panache sonne le glas d'un film qui aurait eu bien besoin d'un comédien moins sûr de ses effets, capable d'apporter de la nuance ou de l'humanité. Campée par Dupontel, la détresse du héros de La proie pourrait faire hurler de rire mais elle donne surtout envie de s'arracher les yeux. La catastrophe est générale, puisqu'outre un Stéphane Debac multipliant les exploits (rappelons-nous avec délice la fin du Phénomènes de Shyamalan), des acteurs aussi solides que Natacha Régnier ou Sergi López sombrent eux aussi dans un ridicule même pas assumé. Décidément, rien à sauver dans ce navet de première catégorie, horripilant roman de gare qui voudrait avoir l'air d'un chef d'œuvre.




La proie d'Éric Valette. 1h42. Sortie : 13/04/2011.

9 commentaires sur “LA PROIE”

Anonyme a dit…

Bonjour, il se trouve que j'ai vu le film mercredi soir à marseille en avant Première et le tissu d'aneries que vous debitez telle une rafale de mitraillette ne correspond en rien à ce que j'ai pu voir.
Ce film vous embarque à 200 à l'heure du debut à la fin, la realisation est soignée, les acteurs plutot convaincants (dupontel, debac en tête) et l'action credible (en tout cas beaucoup plus que 95 pour cent des films d'action americain).
Evidemment la critique Bobo parisienne n'a que faire du cinema "populaire" et prefere s'extasier sur simon werner a disparu ou l'on se fait chier mais on a l'impression de reflechir (faut dire qu'on en a le temps)...
nous verrons ce que d'autres spectateurs vont ajouter à cela, enfin le peu qui vous lisent, moi c'est terminé !!!

Rob a dit…

Cela faisait longtemps qu'on ne m'avait pas servi l'argument du "bobo parisien".
Quant à Simon Werner, le peu de spectateurs qui me lisent savent que je suis loin de l'avoir défendu.
En vous souhaitant de bonnes lectures sur d'autres blogs moins parisiens et plus tolérants.

Pascale a dit…

"purée de poids"...

lourds bien sûr !!!

"or, avoir la mainmise sur un script et sur tout le reste du film à la fois aboutir souvent des accidents industriels de ce type".

Tu devrais plus aimable avec un anonyme marseillais moi je dis. Pourquoi tu lui dis pô qu't'es deuchnord boubourse.

Fin, t'as vu y'est poli çui ci, il te traite pas de baltringue !

Cathy a dit…

Assez d'accord avec votre critique, je ne trouve aucune crédibilité à l'ensemble de l'histoire ni même aux acteurs ... Vous êtes dur en revanche sur le statut de Dupontel, il était tout à fait juste dans "deux jours à tuer" de Becker ou plus récemment dans "le bruit des glaçons" de Blier...

Anonyme a dit…

Ben ce film est une vraie grosse merde, y'a rien de mieux à dire que la critique de Rob !

Anonyme a dit…

Après avoir vu le film, laissez-moi dire que je ne peux aucunement être d'accord avec votre critique; c'est une critique sans objectivité digne d'une personne éprouvant un ressentiment envers le cinéma américain et toute chose qui pourrait ne serait-ce que lui avoisiner.
Mais pour revenir au film; c'est un film d'action, certes avec des similitudes américaines mais qui dépasse celles-ci en tout instant. Le film est prenant, et réaliste de par le jeu des acteurs. Il se peut que ce soit une espèce de remake d'autres films d'actions mais quel film ne l'est pas?
Ce film se vaut à lui tout seul, et j'estime à votre contraire qu'il ne peut que faire du bien au cinéma français. Non fan des films d'action, je peux certifier avoir adoré le film qui m'a captivée du début à la fin, il est innovant et imprévisible, ce qui diffère bien des productions actuelles où on devine le déroulement des choses, avant même d'acheter les entrées.
En définitive film agréable et rafraîchissant à conseiller.
Sur ce M. Rod je vous conseille d'avoir l'esprit plus ouvert lorsque vous visionnez des films, car si on devait se fier à vos critiques le cinéma français se restreindrait bien largement.

Anonyme a dit…

arrêté ce film je l'ai vu c'est une tuerie il vaut vraiment le coup de le voir et le revoir,une histoire peut-être brouillon certe mais j'adore

Anonyme a dit…

film correcte de divertissement; mérite 1000 fois mieux que la grosse merde des chtis (même si pas le genre)
a voir

c'est quoi pour vous 1 bon film français dans ce genre ?(a part les film avant 1980)mr rob ?

Z a dit…

Bonsoir,
Je viens de voir ce "film", et, je suis atterré (le mot est faible) par les critiques lues sur différents sites.
Je me demandais donc si je ne devenais pas fou, en ayant l'impression d'avoir vu un tout autre film, mais en découvrant votre critique, je suis rassuré :
La description correspond exactement à cette merde sans nom visionnée ce soir, comment est-il posible de l'interpréter autrement, même les arbres sont mauvais.
Je ne parlerais pas de la lumière sur la séquence finale qui représente une des plus belles plaisanterie réalisée à ce jour (peut-être mieux que dans Fantomas).
La musique complètement plate et très mal adaptée, qui louche tellement mal sur le travail de John Powell, que cela en devient insultant.
Quant à la critique évoquant l'ultime jocker, le "bobo parisien", ça ne veut strictement rien dire, donc pour mettre ce genre d'argument, autant fermer sa gueule.
Bref, si au moins le film à défaut d'être pourri, pouvait au moins être drôle comme "le transporteur" (un film hilarant du début à la fin)
ça aurait pu valoir la peine, mais là, que de prétentions mal venues, un premier degré ridicule.
Merci pour cette critique, je me sens moins seul.

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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