7 mars 2011

WINTER'S BONE

Bienvenue au fin fond du Missouri. Ses vieilles bicoques, ses traditions ancestrales, ses autochtones hirsutes et mal dégrossis. Une ado de 17 ans tente de garder la tête haute, s'occupant de sa fratrie en lieu et place d'une mère malade et d'un père aux abonnés absents. Celui-ci manque tellement à l'appel que le shérif finit par brandir une ultime menace : si, dans une semaine, le géniteur ne se présente pas au procès auquel il est convoqué, la maison familiale sera saisie, et tout le monde finira à la rue. Winter's bone narre le périple obstiné de Ree, jeune fille courage, pour tenter de mettre la main sur cette figure paternelle fantomatique, dont dépend la survie de toute sa descendance. Un enjeu fondamental. Une lutte acharnée et héroïque. Un film lénifiant, mou du genou, inconsistant et incohérent.

Le deuxième long de Debra Granik a tout pour plaire. Et d'ailleurs il plaît. Quatre nominations aux Oscars pour un film indépendant et sans star, c'est un petit exploit. Et un immense point d'interrogation. Car le parcours de Ree, censé nous irriguer de sa noirceur, crée d'emblée une impression de vaste indifférence, une lassitude spontanée, l'impression de voir sa vie défiler devant ses yeux. Une fois établis les tenants et aboutissants évoqués plus haut, Winter's bone se scinde en deux parties fort différentes mais finalement aussi vaines. D'abord une traque sans relâche qui pourrait être haletante ou déchirante mais ne brille que par sa totale linéarité. Chaque rencontre de Ree la mène à la suivante, comme dans les jeux vidéo du siècle dernier. Cette accumulation de scènes rappelle le mythe de Sisyphe par sa tendance à tourner en boucle, encore et encore, dans le seul objectif d'appuyer toujours un peu plus fort sur les souffrances des personnages en général et de la jeune femme en particulier. Granik verse chaque fois un peu plus de sel sur les plaies béantes des protagonistes et du spectateur. Dans quel but ? La question reste ouverte.

La seconde étape du calvaire de Ree la place enfin sur le chemin de cette vérité tant désirée, et fait basculer le film dans tout autre chose. Sur le papier, on est à la fois dans la tragédie grecque et le western. À l'écran, ce sont une nouvelle fois les intentions qui sautent aux yeux, Granik nous balançant au visage des scènes mal huilées entre elles. On devrait être enseveli sous le poids des révélations, s'enfoncer dans les ténèbres de ces histoires de villageois. La vérité, c'est qu'on n'y croit pas une seconde, qu'on tique à chaque scène ou presque devant l'incohérence des comportements de chacun. Granik filme ses rednecks avec une bienveillance malvenue, comme pour ne froisser personne, et biaise par conséquent le rendu de son univers. Son désir absolu d'authenticité rend l'ensemble vaguement complaisant. Son refus de condamner les pires salauds est d'une candeur à toute épreuve. Quant à Ree, elle est mise sur un tel piédestal, pas loin d'être canonisée, qu'on finit par détester le personnage, avoir envie qu'elle morfle enfin pour de vrai, que son visage imperturbable soit enfin secoué de remous. En vain : très appliquée (sans doute trop), la jeune Jennifer Lawrence livre une prestation un rien mécanique qui empêche la moindre étincelle d'humanité de remonter à la surface.

En dépit d'extérieurs extrêmement réussis, magnifiés par un chef opérateur préférant les paysages aux visages, Winter's bone laisse une impression d'échec cuisant en dépit du talent certain de sa cinéaste et de quelques-uns de ses interprètes. Tous semblent être hélas passés à côté de leur sujet, incapables de concrétiser une réussite théorique. Et si le film semble plus intéressant lorsqu'on le décrit aux copains, c'est sans doute parce que l'essentiel du problème réside dans l'incapacité totale des scénaristes à raconter une histoire qui visiblement les fascine mais à laquelle ils ne sont pas parvenus à donner forme.



Winter's bone de Debra Granik. 1h40. Sortie : 02/03/2011.

3 commentaires sur “WINTER'S BONE”

Pascale a dit…

Et l'os de l'hiver, on le retrouve à la fin.
En tout cas, des gens qui souffrent, j'ai hâte d'y aller et de tirer sur l'ambulance !

lomax a dit…

Puisque le prénom revient dans le texte, autant l'écrire correctement, elle s'appelle Ree !

Rob a dit…

Ah oui tiens. Merci.

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
© 2009 TOUJOURS RAISON.. Tous droits réservés
Design by psdvibe | Bloggerized By LawnyDesignz