16 mars 2011

THE SILENT HOUSE - LA CASA MUDA

Au diable Weerasethakul, Beauvois, Amalric : en 2010 à Cannes, les 2 événements se nommaient Rubber et La casa muda. Un film avec un pneu psychopathe, et un autre marchant sur les traces de [Rec] et La corde avec le promesse d'un seul et unique plan-séquence. Si le film de Quentin Dupieux avait suscité des réactions diverses de la part des rares chanceux ayant pu entrer dans la salle (voilà ce qui se passe quand le réalisateur se ramène avec des dizaines d'invités), La casa muda semblait avoir autrement créé l'unanimité. Il fallait voir les mines déconfites de la majorité des spectateurs, dégoûtés d'avoir gâché ainsi 5 heures de leur vie (attente en plein soleil comprise) pour subir un film jugé extrêmement décevant en raison de son incapacité à procurer la dose tant attendue de frissons et de sensationnel. C'est tout le problème du buzz, qui naît généralement d'un festival éloigné où personne n'était, ou d'un coup publicitaire discrètement orchestré par un community manager inspiré : on crée des attentes incroyables, on promet monts et merveilles, on survend le produit, on raconte toutes les bêtises du monde pour atteindre les cibles les plus larges et les plus réceptives. On appâte le pigeon et on croise fort les doigts pour qu'il aime quand même la camelote qu'on lui a vendu sur des bases complètement biaisées. Quoi de mieux pour faire parler d'un film. Quoi de mieux pour s'assurer qu'il soit copieusement conspué dès que les prétendus pigeons découvriront qu'il n'est pas tout à fait le chef d'œuvre annoncé.

Résultat : suprêmement excitant il y a encore un an, le film de Gustavo Hernández traine aujourd'hui une réputation de baudruche dégonflée depuis longtemps, de tentative artificielle de reproduire des ambiances et des partis pris déjà vus ailleurs. Un coup d'épée dans l'eau uniquement poussé par des envies de sensationnel. Or il n'en est rien : rebaptisé The silent house par un distributeur peu inspiré, La casa muda est une vraie tentative de cinéma, une expérience inaboutie mais sincère, un anti-spectacle fort intéressant pour peu qu'on oublie 2 secondes qu'il est censé être le nouveau [Rec]. Il est vrai que le scénario, dans sa deuxième partie, a la fâcheuse tendance de s'abandonner à des mécanismes trop systématiques, mais son twist un peu fâcheux n'altère finalement qu'une partie du plaisir. L'essentiel est ailleurs, dans la mise en scène de Gustavo Hernández, moins opportuniste qu'il n'y paraît.

Tourner un film en en seul plan est un sacré défi, aussi bien technique que scénaristique, mais le principal atout de The silent house n'est pas l'aspect challenge d'une telle entreprise : on sait bien que le metteur en scène nous mène en bateau et que, comme La corde en son temps, le film est en fait composé de plusieurs plans mis bout à bout. Le procédé est habile, mais le spectateur observateur ne se laisse pas duper longtemps : de temps en temps, la caméra passe derrière un mur, et offre l'occasion de procéder à un raccord bien senti. Mais bref : l'important dans tout cela, c'est l'urgence de la mise en scène, et cette façon qu'a le film de nous plonger dans son univers et de nous faire enfin croire qu'on vit les choses en temps réel. Peu de cinéastes peuvent se targuer d'être parvenus à ce point à donner de la consistance à la durée, à matérialiser de façon aussi claire la soudaineté des événements qui s'abattent sur l'héroïne et son père. The silent house montre quand même qu'une heure vingt suffit à chambouler des vies à jamais, à nous faire plonger dans le cauchemar ou à nous offrir un nouveau départ inespéré. Passer d'un point A absolument ordinaire (2 personnes débarquent pour rénover une maison) à un point B aussi radical en moins de 100 minutes a quelque chose de vraiment grisant.

Si Hernández maîtrise si bien la gestion du temps, s'il assume aussi frontalement son refus de l'ellipse, c'est parce qu'il a trouvé un mode de mise en scène assez idéal mais pouvant sembler incohérent. La caméra glisse dans l'espace, explore librement la fameuse maison, tourne patiemment autour des personnages, emprunte leur point de vue pour un temps... Le résultat est hybride, subjectif et objectif à la fois, et permet de réinventer sans arrêt un film qui aurait pu être ennuyeux mais ne l'est quasiment jamais. Si le script a l'air de faire du surplace, il se passe toujours quelque chose côté mise en scène. Et c'est assez grisant. Reste qu'un tel tour de force aurait été bien plus impressionnant si Hernández avait su mieux tirer les fils d'une intrigue trop démonstrative en fin de course. Les rebondissements des dernières bobines (restez pour le générique de fin) sont clairement de trop, et feraient presque oublier la réussite formelle de cette belle expérience de cinéma, qui se distingue élégamment des autres propositions du genre.




The silent house - La casa muda (La casa muda) de Gustavo Hernández. 1h28. Sortie : 16/03/2011.

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