22 mars 2011

LE DISCOURS D'UN ROI

Pour un blogueur ciné digne de ce nom, voir l'Oscar du meilleur film six semaines après sa sortie revient à se tirer une balle dans le pied, à fusiller son référencement, à devenir has-been en un clin d'oeil. Surtout quand une gentille grosse boîte a convié tous les blogueurs de la planète, même ceux qui le sont depuis avant-hier, à une grande avant-première avec petits fours offerts à la sortie.

Bien conscient de ne pas avoir le talent suffisant pour prétendre pouvoir émettre des idées nouvelles, ou au moins les émettre différemment de ses congénères, il se retrouve alors fort marri, désireux de publier quand même un morceau de texte pour se rappeler qu'il a vu le film aux alentours de la mi-mars. Il inspecte alors l'éventail des solutions se proposant à lui :

1) Faire comme s'il était le premier à voir ce Discours d'un roi, en parler comme s'il s'agissait d'une surprise, avouer qu'on ne s'attendait pas à ce que le discret Tom Hooper puisse réaliser un film à Oscars.

2) Faire dans la polémique en évoquant un nouveau vol de statuettes par Miramax, les distributeurs du film. Prendre un air contrit en affichant sa douleur de voir le film ravir des récompenses promises à The social network ou Black swan. Parler du syndrome Shakespeare in love et dire qu'on n'oublie pas les défaites conjointes de Terrence Malick et Steven Spielberg. Ravaler sa salive avec émotion.

3) Faire aussi le coup du « c'était mieux avant », sauver Colin Firth mais annoncer sur un ton péremptoire qu'il aurait davantage mérité son prix pour ses prestations de Valmont ou Un été italien.

4) Faire des blagues sur les bègues. Évoquer ce qu'aurait été le film si Darry Cowl en avait été la vedette. Parler de l'influence de François Bayrou sur l'interprétation de Firth. Être fin, classe, racé.

5) Mieux : écrire toute sa critique comme si elle avait été prononcée au préalable par un bègue. « tr... tr... tr... très bon film ». Hilarant.

6) Pomper sans vergogne les articles évoquant les incohérences historiques qui jalonnent le film. Parler d'un travail de sagouin, maudire le scénariste, se faire l'avocat des pauvres spectateurs pris au piège de cette véritable manipulation politicienne. Se donner une contenance en tapant du poing sur la table.

7) Dire que oui, en effet, tout a déjà été dit sur le film, et balancer en hochant la tête une série de liens vers les critiques de voisins blogueurs, ou de plumes qu'on admire. Des critiques qu'on n'a pas vraiment lues, d'ailleurs. C'est vrai, qui lit les blogs ciné ?

8) Se concentrer sur des détails qui n'intéressent personne mais assurent au texte de ne pas être déjà vu. Les surinterpréter. Exemples : les motifs du papier peint du cabinet de Geoffrey Rush, la façon dont les personnages de Helena Bonham Carter et Colin Firth ont du mal à fermer les grilles de l'ascenseur.

9) Reévaluer le film entier à la lumière des précédents films de Hooper. Rappeler sa fascination pour toutes les formes d'impuissance, après celle du personnage de Michael Sheen dans The damned united. Savoir que ça n'a aucun intérêt, que personne n'a vu le film, et l'écrire avec encore plus de plaisir.

10) Se souvenir que, blogueur ou pas blogueur, on dispose d'une possibilité trop peu usitée lorsqu'on n'a rien à dire d'un film sympathique mais un peu couillon : la boucler deux secondes et ne pas tenter d'imposer un avis souvent dispensable.




Le discours d'un roi (The king's speech) de Tom Hooper. 1h58. Sortie : 02/02/2011.

7 commentaires sur “LE DISCOURS D'UN ROI”

Pascale a dit…

d'aileurs

on a dispose d'une


Toujours aussi ésotérique ici. Heureusement qu'il y en a une qui lit.

Et si tu écrivais sans te poser de questions baltringue ???
Et surtout sans tenter de répondre à des questions que PERSONNE ne te pose ?
Et aussi arrêter d'interpréter ! C'est pas parce que tu réponds JAMAIS aux commentaires (ce qui doit lasser ceux qui se donnent la peine de lire), que personne ne lit !

Mais bon j'ai bien ri et compris certaines choses. Le "problème" générationnel se posant entre moi et la majorité des blogueurs... dis moi pas que c'est pas vrai qu'une des angoisses du blogueur est de parler d'un film EN PREMIER ?

sinon, j'ai bien aimé ton 5) et je suis d'accord que l'Oscar pour Colin c'était pour l'Eté italien !

Dom a dit…

La 2 ! La 2 !

Rob a dit…

@Pascale (oh miracle, il répond, et en moins de 24 heures) Si si, le but du blogueur est d'être le premier. Par exemple, vendredi à minuit une, tu verras fleurir chez les blogueux plein de critiques de Sucker punch. Comme tout le monde a signé ou s'apprête à signer un petit papier pour s'engager à ne pas parler du film avant le 25, tout le monde va préparer sa petite critique, et hop, à minuit une, on bombarde ça pour avoir une chance de faire 10 clics de plus que le voisin ou de grimper dans Google.
Blogueurs, votre univers (im)pitoyable.

Ripley a dit…

Très bonne critique.

Pascale a dit…

Mince, j'arrive plus de 24 h plus tard après un événement !!!
t'as répondu !!!
Dommage à minuit 1 le 25 je neserai sûrement pas devant mon écran pour pister le premier.
Et si je parlais d'Orange Mécanique par exemple que j'ai vu à sa sortie, j'aurais l'air d'une couille rétroactive ???

Rob a dit…

Non non. Régulièrement, des blogueurs cinéma parlent de films sortis avant leur naissance (je parle des JEUNES blogueurs ciné, hum), en ayant l'impression d'être les premiers à en parler. Et d'autres blogueurs ciné les applaudissent en retour. C'est beau, la fraternité.

Alain a dit…

11)Simplement eviter le coté critique malin,forcement acide et un peu amer qui de soit de trouver de quoi redire ....se taire face a un film tout simplement splendide, emouvant a l'interprétation parfaite....

 
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