28 mars 2011

THE COMPANY MEN

John Wells serait-il un admirateur secret d'Eddy Mitchell ? Son premier film ressemble en effet trait pour trait à Il ne rentre pas ce soir, l'un des chefs d'oeuvre de Claude Moine, sur un type fraîchement mis au placard par une entreprise à laquelle il avait tout donné.

« Il écrase sa cigarette puis repousse le cendrier,
Se dirige vers les toilettes, la démarche mal assurée
Il revient régler ses bières, Le sandwich et son café
Il ne rentre pas ce soir.

Le grand chef du personnel l’a convoqué à midi :
"J’ai une mauvaise nouvelle, vous finissez vendredi
Une multinationale s’est offert notre société
Vous êtes dépassé. Et, du fait, vous êtes remercié
Il n’y a plus d’espoir, plus d’espoir
Il ne rentre pas ce soir
Il s’en va de bar en bar
Il n’y a plus d’espoir, plus d’espoir
Il ne rentre pas ce soir.

Il se décide à traîner car il a peur d’annoncer
À sa femme et son banquier la sinistre vérité
Être chômeur à son âge, c’est pire qu’un mari trompé
Il ne rentre pas ce soir.

Fini le golf et le bridge, les vacances à St Tropez,
L’éducation des enfants dans la grande école privée
Il pleure sur lui, se prend pour un travailleur immigré
Il se sent dépassé. Et, du fait, il est remercié
Il n’a plus d’espoir, plus d’espoir
Il ne rentre pas ce soir
Il s’en va de bar en bar
Il n’a plus d’espoir, plus d’espoir
Il ne rentre pas ce soir.
»

Comment résumer de meilleure manière l'ambiance pesante et désabusée qui pèse sur cette histoire de types se définissant uniquement par leur job et se retrouvant par conséquent fort dépourvus lorsqu'une réduction d'effectifs inopinée les tire de leur confortable torpeur. Sans cynisme, Wells dépeint la fin du rêve américain, et la totale implosion des certitudes qui l'accompagnent. Ces types encravatés, sans doute compétents, appréciés autant qu'on puisse l'être, se retrouvent du jour au lendemain sur le parking de leur société, un carton sous le bras, soudain dépossédés de leur existence sociale.

À la manière d'un film choral, The company men montre comment chacun tentera d'affronter une situation nouvelle, qu'ils estiment dégradante. Certains se relanceront par des moyens divers, d'autres connaîtront une chute abrupte et s'enfermeront dans une ribambelle de désillusions... À travers les portraits croisés de ces hommes dans le doute, c'est tout un pays que décrit Wells. L'eldorado n'est plus, la sécurité de l'emploi ne signifie plus rien, les couperets tombent et les masques aussi. Le grand atout du film, c'est sa capacité à prendre suffisamment de distance pour éviter de devenir une grande symphonie lacrymale made in Hollywood sans pour autant virer dans un registre social convenu. Le réalisateur n'a pas cette prétention, collant au sujet avec une humilité touchante.

C'est finalement le grand message du film : un peu de modestie et de remise en question n'a jamais fait de mal à personne. La réalisation fait preuve d'une simplicité assez salvatrice, et les personnages qui s'en sortent le mieux en bout de course sont ceux qui auront su prendre un peu de recul, ravaler leur fierté et repartir du bas de l'échelle. À ce titre, le personnage le plus sympathique est sans doute celui qu'incarne Ben Affleck, symbole candide mais pas trop de cet espoir qui subsiste. Vraiment très bon, l'acteur n'a pas à rougir de figurer aux côtés de Tommy Lee Jones ou Chris Cooper, fers de lance d'une génération vieillissante qui éprouve davantage de peine à rebondir. The company men est un film attachant et honnête par sa façon de se mettre au niveau de son spectateur, sans jamais le prendre de haut pour lui faire la leçon. On en sort à la fois fébrile et ragaillardi, désireux d'en découdre et de se remettre dans les oreilles la douloureuse complainte chantée par m'sieur Eddy.



The company men de John Wells. 1h49. Sortie : 30/03/2011.

7 commentaires sur “THE COMPANY MEN”

Mgcinema a dit…

Arf, pas faux. Mais pour ma part, j'ai trouvé ça un peu dur à avaler, le self made man qui occupe son chômage en travaux manuels avant de repartir vers de "vrais" boulots. ça n'est pas dit aussi cyniquement, évidemment, mais c'était mon impression finale.. Pour le reste, un film sobre et de facture classique qui vient faire un parallèle assez cinglant avec les costumes cravates de Mad Men, 40 ans plus tôt...

Jul a dit…

Depuis que tu as écris cet "article" sur "Toi moi les autres" on ne sait plus ce qu'on est sensés comprendre... Cela dit la bande-annonce m'avait bien donné envie d'aller voir le film, j'espère ne pas être déçue!

Rob a dit…

Cet "article", comme tu dis, n'était qu'un one shot. Si je voulais me lancer dans la parodie permanente et volontaire, j'ouvrirais un autre blog ou une rubrique. Ce film-ci vaut le coup, fais-moi confiance.

Pascale a dit…

Mais où est mon comm. où je parlais de l'ambiance pesante qui pèse ???


Vla qu'il me censure à présent l'autre muet !

Pascale a dit…

l'ambiance pesante et désabusée qui pèse sur cette histoire...

fais quelque chose où je te censure !

Bon, moi j'ai pas aimé !

wow a dit…

impression de déjà vu avec ce film. d'ailleurs l'humeur du film correspond bien à celle de Affleck me semble t-il

Euro a dit…

un gros casting mais un film pas si relevé que cela, un manque d'intrigue. Un peu comme un Euro alléchant sur le papier mais qui ne porte pas ses fruits...

 
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