9 mars 2011

CARANCHO

Dans un monde idéal, pour convaincre quiconque d'aller voir Carancho, il suffirait d'étaler ces deux mots en travers de la page : Ricardo Darín. Aussitôt, les gens se rueraient devant les nombreux cinémas projetant le film, prêts à attendre pendant des heures une séance pas encore complète. Certains auraient planté leur tente dans la rue une semaine avant la sortie du film afin d'être sûrs de disposer des meilleures places. D'autres auraient fait le choix plus radical d'aller s'installer en Argentine pour avoir la primeur de ses apparitions. Dans un monde idéal, tout le monde connaîtrait Ricardo Darín, le vénèrerait, se prosternerait sur son passage. Le plus grand acteur de l'univers répandrait son aura sur le monde, un monde intense, beau, noir, empli de fêlures et de poésie, brillant et ténébreux, pétillant et discret, à l'image de cet homme au regard si pénétrant.

Un petit (?) arnaqueur, un taxidermiste épileptique, un écrivain novice mais vieillissant, un avocat pas net et quelques autres ont fait de Ricardo Darín l'artiste bouleversant et incontestable qu'il est aujourd'hui, écrasant tout sur son passage avc une force tranquille qui impose le respect. Ces dernières années, les meilleurs films argentins se sont construits autour de lui, sans que sa présence relève jamais de l'argument commercial. Il faut voir la modestie de cet homme, capable de rester en retrait dans des seconds rôles (voir le subjugant XXY) alors qu'il pourrait pavaner, jouer les stars, céder à l'appel des États-Unis ou en tout cas à la facilité. Il y a chez Darín ce magnétisme et ce charisme qu'on ne retrouve plus guère dans le ciném post fifties : qu'il joue le meilleur des hommes ou le pire des salauds, on donnerait sa vie pour être lui au détour d'une scène ou d'une réplique. Ça ne s'explique pas. C'est de l'ordre de la chimie, ou de l'alchimie.

Autant dire que Carancho part avec quelques coups d'avance, également aidé par la belle présence de Martina Gusman, muse du cinéaste Pablo Trapero. Un metteur en scène souvent frustrant de par sa fâcheuse tendance à tirer de son chapeau des sujets fascinants mais au traitement inabouti. D'ailleurs, ce film-ci n'échappe pas tout à fait à la règle : la façon qu'a Trapero de boucler la boucle dans la dernière bobine relève d'un symbolisme un rien paresseux. Le seul vrai défaut de Carancho est l'absence d'une fin forte, d'une conclusion moins calculée que celle proposée par un réalisateur dont la nette évaluation fait néanmoins plaisir à voir.

Comme Dans ses yeux l'an passé — avec devinez qui dans le rôle principal —, le film plonge à corps perdu dans le film noir pour mieux en extirper la substantifique moëlle, à savoir une histoire d'amour pudique et désenchantée entre deux êtres réunis par leur soif d'ailleurs. Leurs jobs respectifs sont à l'image de leur vision commune de la vie : ils sont en transit, font durer le provisoire, espèrent de beaux lendemains dont ils n'essaient même plus d'accélérer l'arrivée... Le plus bouleversant, c'est qu'ils ont même tendance à s'éloigner toujours un peu plus de leurs rêves, rattrapés par un quotidien dégueulasse et par une tripotée de mauvais choix. Si son vernis de polar est loin d'être inintéressant, Carancho se distingue avant tout par ce double portrait en clair-obscur, d'une finesse sans cesse renouvelée, devant évidemment beaucoup à deux acteurs qui n'ont vraisemblablement pas fini de nous souffler.




Carancho de Pablo Trapero. 1h47. Sortie : 02/02/2011.

7 commentaires sur “CARANCHO”

Ph a dit…

Une notation qui fait plaisir.
Le dénouement qui divise.
Il est peut-être prévisible mais si bien amené.
Je me suis fait surprendre par lui.

On savoure les rares scènes où Darin sourit. C'est vrai qu'il a une sorte d'aura qui s'impose en douceur.
Me reste El Aura pour boucler la boucle classique de Darin.

Pascale a dit…

"avc une force " !!!

Hé, monsieur je sais tout !!! Peut-être que les US ne l'ont jamais demandé !

Et puis mélange pas tout. La Gusman est pas la muse, elle est la femme du Trapero. C'est pour ça que, sous couvert de scenarii, il a tabasse grave et lui démolit le portrait; ça le détend !

Bon t'es amoureuse du Darin, mais t'es pas la seule je te ferai dire !

VINCENT GALLO a dit…

Tout est fini entre nous !
Adieu.

Rob a dit…

Reviens Vincent, Ricardo est peut-etre le meilleur acteur du monde, mais toi tu es le plus grand artiste de l'histoire du monde contemporain. Ça n'a rien à voir.

VINCENT GALLO a dit…

C'est vrai,
je suis un artiste,
une sorte de complétude intégrale,

pas un acteur,
et j'adore me faire sucer
la teub par des actrices
et faire de la moto dans le désert,
en pleurnichant sur le pauvre monde...

Pascale a dit…

damnède !!!
Bonjour,
je suis bien chez Rob Gordon ???

Ou y'a quelqu'un qu'a racheté le bousin ?

Si je n'obtiens pas de réponse,
je sais qu'il n'y a pas de changement de proprio.

Mais je suis étonnée, un proprio qui n'a pas le temps de répondre à ses commentaires, n'aurait pas le temps de refaire la peinture.

Le doute m'étreint donc.

Jiem a dit…

D'autant plus que le dernier changement de déco ne date pas de très longtemps ! Valérie Damidot sort du corps de Rob !

 
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