16 févr. 2011

CONTRE TOI

Ce qui marque d'emblée dans Contre toi, c'est la théâtralité de la mise en scène, des décors, du découpage dramatique. Pour son deuxième film, Lola Doillon prend son petit monde à rebours en allant chercher dans le huis clos ce que tant d'autres s'escriment habituellement à gommer. S'en dégage une étrange force, qui attire aussi bien l'oeil que l'esprit. D'un postulat façon La main sur le berceau 2, la réalisatrice tire un film étrange, fragile, légèrement gangréné par la détresse psychologique de ses personnages, mais en tout cas jamais creux. Le point de départ de tout cela a beau être une possible erreur médicale qui conduira ensuite à la séquestration de la fautive, on est loin du thriller médical ou même du film noir : ce qui fascine la cinéaste, c'est avant tout l'amertume qui bouffe la cervelle de ses protagonistes.

Le phénomène décrit dans Contre toi est assez perturbant car il semble dépasser le cadre du syndrome de Stockholm, ou en tout cas la vision cinématographique toujours simpliste de celui-ci. Le film montre un retournement progressif mais finalement assez brutal, et qui bien que prévisible ne cesse de nous prendre à la gorge. Le kidnappeur (Pio Marmaï, solide) est en fait un gentil gars remué par un drame personnel. Sa proie est un petit monstre de froideur qui a bien du mal à compatir. On s'y attend, on s'en doute, mais Lola Doillon n'a que faire de la surprise. Elle filme les regard perdus de deux êtres aussi seuls l'un que l'autre. Elle décrit leur cohabitation comme on le ferait pour deux animaux condamnés à tourner dans la même cage. Elle montre dès le départ que tout cela est sans issue et que tout le monde le sait. Un spleen d'enfer plane sur le film, et c'est là l'un de ses atouts majeurs.

En revanche, les dernières bobines laissent un rien perplexe. Impossible de trancher : approximation scénaristique ou réalisme total ? L'évolution de la relation qui unit les deux personnages a quelque chose de profondément déstabilisant : on a envie de crier au n'importe quoi, mais ils sont si touchants et blessés qu'on finit par imaginer que tout ceci puisse réellement se dérouler ainsi. Sur ce point, Doillon ne nous convainc qu'à moitié, et c'est sans doute ce qu'elle pouvait faire de plus pervers. Car Contre toi, même après la projection, ne lâche pas son spectateur, le questionne et le tourmente. Et malgré une Kristin Scott-Thomas désormais trop habituée aux rôles de femmes froides et sans coeur, le film a de la ressource et confirme que la réalisatrice d'Et toi, t'es sur qui ? est loin de n'être que la fille de son père...



Contre toi de Lola Doillon. 1h25. Sortie : 02/02/2011.

1 commentaire sur “CONTRE TOI”

Pascale a dit…

Tu verras si ça te fera plaisir quand ta chair dira "je ne suis QUE la fille de mon père".

Baltringue va !

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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