6 févr. 2011

BLACK SWAN

Ici s'achève le parcours sans faute de Darren Aronofsky, cinéaste souvent qualifié de génie en dépit de la difficulté qu'ont ses oeuvres à survivre au-delà de la première vision. Cette fois, nul besoin de revoir Black swan pour réaliser que le new yorkais s'est planté, purement et simplement. Il s'agit d'un film étouffe-chrétien, pénible à avaler et presque impossible à digérer. Cet échec saute aux yeux dès les premières bobines et ne cesse de prendre de l'ampleur, de trouver de nouveaux points d'ancrage. Déjà à bout de souffle ou en fin de cycle, Aronofsky semble se répéter, recyclant des thématiques et techniques déjà employées dans ses films précédents. Black swan, c'est comme si The wrestler devenait aussi fêlé et monomaniaque que le héros de Pi, flanqué qui plus est d'une mère à la Requiem for a dream. La mise en scène se calque d'ailleurs sur ce modèle un peu facile. Pour la première fois, Aronofsky n'invente rien. Absolument rien. Son film est un patchwork de vielles réminiscences et d'influences mal dissimulées.

Pour tout dire, Black swan ressemble à un mauvais pastiche de ce que pourrait donner la collaboration entre David Cronenberg et Dario Argento. Au premier, le film emprunte quelques séquences visuellement éprouvantes (les stigmates de Crash, la mutation humain-animal de La mouche) sans jamais obtenir un minimum de profondeur. Cronenberg n'est pas un montreur d'ours : c'est un philosophe et esthète de la dégradation physique, de la métamorphose psychique. Aronofsky, lui, se contente de se réapproprier son imagerie pour livrer un petit théâtre des horreurs dont certains effets peuvent faire mouche mais où rien ne dure. Du second, Black swan n'a retenu que la façon grandiloquente et parfois grand-guignolesque de sceller la désorientation mentale de ses personnages. Il n'y a qu'à observer la façon dont le film surexploite des éléments archi téléphonés tels que les miroirs dans lesquels le reflet de l'héroïne semble parfois prendre vie : un metteur en scène de seconde zone procèderait ainsi pour faire monter le suspense ou camper le désarroi d'un personnage, mais on pensait Aronofsky moins conventionnel que cela.

À travers l'histoire de deux danseuses rivales mais étrangement attirées l'une vers l'autre, le scénario entend construire un jeu de parallélisme entre l'intrigue du Lac des cygnes, dont elles répètent justement une nouvelle version, et la destinée de ces deux femmes, cygne blanc et cygne noir, partenaires et nemesis. Pourquoi pas. Le problème, c'est le didactisme total avec lequel le procédé est mis en branle, ce qui rend le film extrêmement prévisible non seulement dans sa conclusion mais aussi dans son déroulement. Chaque artefact dramatique est soit attendu soit surligné jusqu'à la nausée, que le fil dramatique passe par des personnages secondaires mal dosés ou qu'elle tente toujours en vain l'uppercut visuel. En tentant d'explorer mille voies à la fois, le film ne va nulle part, prisonnier d'une intrigue mal fichue dès le début. Il aurait pu sauver sa peau en se choisissant de vrais partis pris, mais la tiédeur des scènes de ballet est le parfait symbole de son irrésolution. Ni dans le réalisme accru inhérent au "film de danse" (qui en aurait véritablement fait un Wrestler au féminin), ni dans le délire fantasmagorique des Chaussons rouges, elles constituent la plus grosse déception d'un film en forme de grosse désillusion. Malgré les prestations honorables de Natalie Portman et Mila Kunis, Black swan a des allures de torture moderne, de gâchis historique, de calamiteuse régression pour un metteur en scène qu'on pensait plus solide sur ses jambes.



Black swan de Darren Aronofsky. 1h43. Sortie : 09/02/2011.

Critique publiée sur Playlist Society.

19 commentaires sur “BLACK SWAN”

Younes a dit…

Moi j'ai bien aimé. lol.
C'est vrai que le film n'invite rien, une sorte de best-of des précédents films, mais jte trouve quand même dur, le film est beau, et même si la conclusion reste prévisible, le chemin l'est moins, la symbolique des éléments n'est pas très recherché c'est vrai mais ça à le mérité d'être clair, jpense à la statu ou au reflet de Portman dans le métro. et les scène de danses sont quand même assez intense.

Anonyme a dit…

tu es fan d'Argento ?

pauvre de toi

kogan a dit…

Ca m'étonne qu'on puisse adorer The Wrestler et ne pas aimer du tout Black Swan....

Jiem a dit…

Je me sens coupable... Je n'ai pas le même avis sur le film, voire même l'opposé, mais malgré ça, je trouve tes arguments totalement recevables. Serais-je tolérant ?... Bon sang, une aspirine, vite...

Raphaël Labbé a dit…

Et hop j'annule la projo de vendredi ... et oui il y avait que des filles mais le film me tentait bien du coup je vais faire un flip ;-D

Dom a dit…

[TROLL MODE]
"Ici s'achève le parcours sans faute de Darren Aronofsky"

Pourtant tu as vu The Fountain !

[/TROLL MODE]

Pardon...

Alain Eskenazi a dit…

Critique bien trop sévère...certes un film pas parfait mais qui ne mérite pas d’être descendu ainsi. Deux principaux défauts à mon goût: un coté un peu Gore/film d'horreur trop poussé et une partie danse un peu décevante et pas toujours crédible.
Cela étant dit, Portman offre ici la meilleure prestation de sa carrière et le film vous tient en haleine de début à la fin grâce notamment a une mise en scène rythmée, au plus près des acteurs et une ambiance étouffante et glauque, reflet parfait du déséquilibre du personnage principal

Bebers a dit…

Si l'on parle des influences mal dissimulées, il faut rappeler que l'influence mal dissimulée principale est tout de même l'incroyable proximité de ce film avec le film d'animation Perfect Blue de Satoshi Kon, dont il avait déjà repris une scène dans Requiem for a Dream (en payant des droits à l'époque, d'après IMDB).

Elias a dit…

Je suis en désaccord avec cette critique néanmoins intéressante, et je vous invite à lire la mienne ici :
http://ilaose.blogspot.com/2011/02/black-swan.html

Charlie a dit…

Thomas, je suis désolé de te dire que tu es victime d'une maladie chronique chez les cinéphages : le trop plein de références.

Tu me rappelles Louis Guichard critiquant Inception dans Télérama : que tu te sois ennuyé, d'accord, que tu aies vu plein de références se téléscoper, passe encore. Mais que tu ailles dépouiller un film de sa substantifique moëlle à la lumière de ces outils, ça fait de ton article non pas une critique du film, mais une dissection digne d'un cours théorique de fac de ciné, où l'on n'est jamais content parce que le cinéma n'ose jamais assez.
Au demeurant, j'imagine que Tron : Legacy te plaira davantage. ;)

(ouuuuuuh que je suis méchant, là, d'un coup ! Fallait pas m'énerver. :D )

Anonyme a dit…

Accumuler autant de références dans une critique sans citer une seule fois Perfect Blue. Faut le faire.
En même temps c'est un film d'animation. Japonais de surcroît. Et un bon film. Un grand film, même.
Pas le genre de la maison, donc.

Pascale a dit…

le suspense ???

Bon j'avoue, je suis un peu du même avis. Enfin non pas vraiment. J'ai pas aimé mais pas pour les mêmes raisons. Et comme je n'ai pas tes dons d'extra lucide je ne peux dire si nous assistons ici à la fin du parcours de Darren et s'il tient encore ou pas sur ses pattes.

Cela dit, la mère ne ressemble en rien à celle de Requiem (revois ta copie chéri !) et je pense que Dario rigolerait bien à ces quelques ongles sanguinolents... quant à David Kro, ce n'est pas une plaie à la jambe qui va le faire bander quand même !

nelsHD a dit…

Nathalie, Nathalie ... La consécration.
In love ...

Anonyme a dit…

sincerement apres avoir téléchargé le film j'étais d'un esprit totalement ouvert .Je comprends pourquoi je reste un grand amateur des films noirs notamment de bogard .je le regarde depuis 40 minutes il se passe rien absolument ,meme la scene dite torride est d'une banalité bref j'ai raison de ne pas écouter le discours unique et de ne plus aller au cinéma ,il y a tellement de films a voir des années 30 au années 50 et mon temps est compté ,sincérement

William a dit…

Déception... Stylisé mais ennuyant... Casting principal douteux hormis Barbara Hershey et Mila Kunis. Comme d'hab chez Aronofsky on se laisse facilement prendre mais il n'en ressort pas grand chose...

Seule la scène du taxi m'a donné des sueurs froides!!!

Au final je tombe souvent d'accord avec tes critiques, faux Rob Gordon!

William a dit…

Je corrige ma phrase "comme d'hab chez Aronofsky on se laisse facilement prendre mais il n'en ressort pas grand chose..."

J'avais été transcendé par The Fountain, sa mise en scène nerveuse et son explosion finale...

pierreAfeu a dit…

Ta critique est plus dure que la mienne, mais je m'y retrouve totalement. Tout est juste dans ce que tu écris, notamment la référence à Cronenberg. Bien vu !

David a dit…

"Choyé comme un enfant-star au moment de Pi, adulé et vilipendé pour Requiem for a dream, Darren Aronofsky a su se sortir du pétrin et ne pas devenir un faux réalisateur maudit. Ses deux derniers films, The fountain et The wrestler, montrent à quel point le grand écart ne lui fait pas peur. Il se cassera sans doute la figure de temps à autres, mais n'en reviendra que meilleur. C'est là toute la grandeur du personnage : gardant ses distance vis-à-vis du moule hollywoodien sans pourtant cracher dessus, il est si imprévisible que même les déceptions à venir auront un goût de révélation."

C'est peut-être pour te donner raison que tu n'as pas aimé le film.

Anonyme a dit…

Si c'est la meilleure prestation de Portman , pardon , ce n'est pas une très bonne actrice à la base.
entre la séductrice pleine d'effets spéciaux pour "sublimer" le jeu et la pleureuse qui pleure
je me suis emmerdée.
sans oublier les pauvres scènes de masturbations pour le coté scandale... ridicule.
mais bon ...comme le dit anonyme, je vais aller regarder les anciens films calmement

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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