17 janv. 2011

VERY COLD TRIP

Sans faire du délit de faciès, les finlandais ont pourtant des mines sacrément reconnaissables, quelque part entre le verdâtre, le patibulaire et le buriné. À croire que le fort taux de chômage et les nuits interminables ont depuis fort longtemps eu raison du moral d'habitants apparemment peu enclins à la gaudriole. C'est d'ailleurs sur ce genre de constatation que s'ouvre Very cold trip : un savoureux prologue établit une sorte de généalogie des tendances suicidaires qui animent une partie des citoyens du pays. Le film de Dome Karukoski emploie de part en part ce ton désabusé, pince sans rire, pour décrire l'infortune et la léthargie qui s'emparent des jeunes (in)actifs pour ne plus les lâcher.
Le McGuffin du film est un décodeur TV, symbole du déchirement d'un couple usé avant l'heure par la fainéantise absolue de l'homme, qui contraste avec l'attitude offensive de sa compagne. Il dispose d'à peine quelques heures pour dégoter une fameuse boîte magique afin de permettre son aimée de ne pas rater une rediffusion imminente de Titanic. Tout cela n'est évidemment qu'un prétexte à une succession de péripéties qui seraient rocambolesque si elles n'étaient tournées à la sauce Droopy par un réalisateur décidément très... finlandais.
Car comme l'indique son titre un peu simpliste mais pas injustifiable, Very cold trip tente de marcher sur les plates-bandes de certaines comédies américaines plus ou moins échevelées dont la principale caractéristique est une unité de temps (une nuit, une journée ou quelques heures) censée déboucher sur une frénésie de gags et de situations burlesques. Or, Dome Karukoski prend un malin plaisir à désamorcer la moindre accélération de rythme ou le moindre frémissement de zygomatique pour mieux remettre un bon coup derrière la tête de personnages qu'on prend plaisir à voir souffrir. En résulte une comédie pas très drôle, mais qui assume tellement son côté sinistre qu'elle finit par devenir terriblement attachante. On rapprocherait presque le film des derniers films de Mika Kaurismäki s'il n'y avait ici une plus-value assez imparable, qui rend le film finalement moins plombant que prévu : une photographie plutôt travaillée, qui tire profit des rares couleurs des paysages finlandais et fait décidément ressembler Very cold trip à un road trip à l'américaine... mais sous Xanax. L'impression est étrange mais loin d'être inintéressante.



Very cold trip (Napapiirin sankarit) de Dome Karukoski. 1h35. Sortie : 09/02/2011.

2 commentaires sur “VERY COLD TRIP”

Jiem a dit…

Le O'Horten du Very Bad Trip en gros...

Hallyne a dit…

"En résulte une comédie pas très drôle, mais qui assume tellement son côté sinistre qu'elle finit par devenir terriblement attachante."
>> ça résume bien le film, le résultat est quand même spécial, mais plus je le laisse mûrir dans ma tête, et plus j'en garde un bon souvenir

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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