10 janv. 2011

POUPOUPIDOU

Auteur de courts réputés, passé au long en 2006 avec le puissant mais discret Avril, Gérald Hustache-Mathieu revient enfin, et c'est une excellente nouvelle. D'autant que le réalisateur retrouve à cette occasion Sophie Quinton, actrice précieuse mais hélas trop rare, mais véritable muse pour ce cinéaste original et délicat. Faisant référence à James Ellroy pour la manière dont le héros s'implique corps et âme dans son enquête, Poupoupidou ressemble davantage à un polar de Donald Westlake, rigolard par endroits avant de vous bouleverser par surprise. Hustache-Mathieu livre un film singulier, différent de ses oeuvres précédente, mais tout à fait cohérent en regard de sa filmographie passée : tout y est, de son application d'orfèvre à son penchant pour les gentils marginaux. Y compris son amour débordant pour Sophie Quinton.
L'actrice s'empare à merveille d'un rôle évidemment taillé pour elle, celui d'une starlette régionale (météo, inaugurations, publicité pour un fromage local) dont la vie et la mort semblent calqués en tous points sur la destinée de Marilyn Monroe. Dates, amours, traits de caractères : Candice Lecoeur a tout d'un double fantasmé ou réel de Marilyn, et cette curieuse analogie est évidemment au coeur de l'investigation menée par David Rousseau, romancier en perte de vitesse, qui profite d'un passage dans la ville la plus froide de France pour tenter de se relancer. La beauté de Poupoupidou, c'est que ses deux personnages principaux ne s'y rencontrent jamais, Candice étant morte avant l'arrivée de Rousseau dans le village. Pourtant, ces deux âmes perdues ne vont cesser de se répondre, et le funeste destin de la demoiselle hantera toujours un peu plus l'esprit de l'écrivain, torturé jusqu'à la moelle par cette femme qu'il n'a pas connue mais qu'il connaît par coeur. Candice est le Dahlia Noir de Rousseau. C'est beau. Et c'est aussi l'occasion pour le réalisateur de dresser un hommage modeste et amusé aux romans et aux films américains qui l'ont sans doute bercé. Recréer Hollywood à Mouthe, dans le Jura, est une idée suffisamment décalée pour séduire.
Bien aidé par une pléiade de seconds rôles dont on ne connaît pas forcément les noms, Hustache-Mathieu déroule un récit doublement intrigant : non seulement par l'atmosphère polardeuse de son intrigue, mais parce qu'il ne rate jamais l'occasion de croquer avec tendresse les situations pittoresques qui se présentent à lui. Comme David Rousseau (Jean-Paul Rouve dans son meilleur rôle), on prend rapidement ses quartiers à Mouthe, et l'envie de s'y installer, bien qu'incompréhensible, finit par se faire sentir. Dommage que le scénario, un brin emberlificoté, finisse par s'emmêler les pinceaux et ne retombe jamais sur ses pattes : on sort de Poupoupidou séduit par l'univers mais pas mal frustré par la vision d'ensemble d'un film qui ne va nulle part mais y va cependant très bien. Et si même s'il manque un vrai quelque chose au film pour être tout à fait réussi, il confirme le talent exceptionnel de Gérald Hustache-Mathieu, qu'on ne lâchera pas de sitôt.


Poupoupidou de Gérald Hustache-Mathieu. 1h42. Sortie : 12/01/2011.

1 commentaire sur “POUPOUPIDOU”

Pascale a dit…

Tu as tort Poupoupidou ne s'emmêle jamais les pinceaux et retombe parfaitement sur ses pattes !

Ah décidément Gérald Hustache Mathieu je l'aime d'amour. C'est couillon, il vient dans ma ville vendredi et je ne pourrai aller lui dire.

As tu remarqué qu'un des romans de Rousseau s'intitule "La chatte andalouse" ? Merveille de court (ou moyen) découverte à Annonay de Hustache avec la Sophie ?

Ce film est éblouissant !

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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