4 janv. 2011

MÊME LA PLUIE

Pour comprendre les principaux maux de cet honorable Même la pluie, il convient de se focaliser sur Paul Laverty, son scénariste, et sur sa vie personnelle et professionnelle. Démonstration en deux points.
1) Paul Laverty est le scénariste attitré de Ken Loach depuis Carla's song en 1996. Et Même la pluie est justement typique de ce qui peut autant attirer qu'effrayer chez le cinéaste britannique : un désir de pédagogie qui vire parfois au didactisme et un populisme parfois mal dosé, à la limite du racolage malgré une sincérité jamais démentie. La façon qu'a le film de mettre régulièrement en parallèle la destinée des Indiens d'Amérique Latine au XVIème siècle et celle du prolétariat bolivien de nos jours est loin d'être inintéressante, elle est même pétrie de bon sens, mais sa mise en place alléchante débouche sur des conclusions parfois dignes d'une banale dissertation d'histoire. Oui, certes, connaître son passé permet souvent de mieux connaître ses contemporains et soi-même, mais il aurait été souhaitable que le film aille légèrement plus loin que cela.
2) Paul Laverty est l'époux de la cinéaste Icíar Bollaín, et ce travail en couple n'a pas que des effets positifs. Une fois encore, il est bien difficile de remettre en cause la sincérité du propos, mais le sentimentalisme qui l'accompagne au détour d'une poignée de scènes est pour le moins fâcheux. La séquence la plus représentative de toute cela est sans doute celle où le réalisateur-scénariste incarné par Gael Garcia Bernal profite d'un break sur le tournage de son fil pour relire son scénario, et ne peut s'empêcher de verser une larme à la lecture de ses propres mots. Pas difficile d'imaginer alors le couple Bollaín-Laverty passer des soirées au coin du feu, à lire ensemble les passages les plus émouvants ou édifiants du script de leur futur film. Une auto-satisfaction légèrement gênante.
Pour autant, Même la pluie est pétri de qualités, en particulier une mise en scène brillamment chaotique qui nous plonge sans détour ni préliminaires dans cette Bolivie écrasée par la crise de l'eau. Certains partis pris sont cependant discutables, notamment la façon qu'a Bollaín de retranscrire les scènes de film dans le film. Et puis il y a l'interprétation du tandem Luis Tosar - Gael Garcia Bernal, devenus en quelques années des piliers du cinéma hispanophone ; à leurs côtés, Carlos Aduviri, acteur amateur interprétant un acteur amateur, est le magnifique symbole d'une nation écorchée, brûlée vive sur l'autel du capitalisme, dont le combat à corps perdu n'est pas sans rappeler celui mené par les héros de Bread and roses, l'un des films les plus méconnus et pourtant les plus beaux de Ken Loach.



Même la pluie (También la lluvia) de Icíar Bollaín. 1h43. Sortie : 05/01/2011.

4 commentaires sur “MÊME LA PLUIE”

Nymphette a dit…

Vu aujourd'hui. J'ai bien aimé le côté didactique. Il est pê facile, mais il semble que ces principes de base (l'exploitation de l'homme par l'homme, c'est mal) ne soit pas encore tout à fait acquis par la majorité... Et j'ai beaucoup aimé les prestations d'acteurs.

miriam a dit…

En effet tu as raison de te qualifier toi-même de pisse-froid!
Le combat pour l'eau est un combat qui devrait mobiliser tout le monde sur cette planète et et rien que pour cela ce film militant est important.
Cinéma dans le cinéma c'est toujours intéressant!
et j'ai beaucoup aimé ce film

William a dit…

Je l'ai vu ce soir, et je trouve ton article juste. C'est un bon film, très bien filmé (séquence en voiture pour rejoindre l'hôpital), mais un peu tire larmes sur la fin, un peu maladroit. Au final on s'en fout un peu, parce que le message est fort, que c'est bien joué, et que c'est excellent techniquement. J'aurai mis une étoile de plus (le français aime donner son avis).

J'en profite pour rajouter que le nom de ton blog m'a fait marrer, belle référence ;)

Je vais parcourir le reste pour voir si tu mérites vraiment d'être pendu.

Will

Anonyme a dit…

Le film est bon, meme très bon; un solide 8/10. Il n'est pas prêchi prêcha, et bien tres ancré dans le réel avec la brutalité soldatesco-policière et la cupidité neo-libérale.
Nous vivons cela en Amerique Latine, heureusement pas a tel paroxysme tous les jours.
Quant au cote sentimental, je le trouve superbement ironique -anglais dirais-je-, puisque les grands parleurs tiers mondistes se debinent a l'heure de l'épreuve alors que le producteur -par definition le cynique- a le courage de faire ce qu'il doit faire en tant qu'être humain.
Carlos Aduviri y est excellent, avec un presence et un regard extraordinaire.

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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