11 janv. 2011

HARRY BROWN

Loin des vieux cons qui défouraillent des petits jeunes depuis leur fenêtre d'immeuble à cause de quelques discussions un peu trop haut perchées, Harry Brown est un homme qui souffre. Un vrai de vrai. Un taiseux, ancien militaire, qui vit tristement une vie de quasi veuf entre un appartement propre comme un sou neuf et le pub du coin, où il paisiblement joue aux échecs avec son vieux pote Leonard. Paisiblement ? Pas tant que ça. Car Harry Brown vit dans une banlieue de Londres où une jeunesse mal élevée et délaissée fait régner la terreur et la loi du plus fort. Bientôt Leonard mourra sous les coups de quelques loubards, goutte d'eau qui fera déborder le vase Harry Brown. On est loin de ces vigilante plus que douteux dans lesquels des victimes de la société deviennent de vraies cocottes-minute lancées à toute blinde pour l'amour de la vendetta. Le premier film de Daniel Barber est moins une histoire de vengeance que la chronique d'un ras-le-bol, celui d'un honnête citoyen qui finit par ne plus supporter de subir la loi de quelques mafieux de bas étage.
Si Harry Brown prend tout son temps pour mettre en place la quête de justice de son anti-héros, c'est justement parce qu'il ne s'agit pas de faire du cinéma bourrin façon Charles Bronson ou de rendre une vengeance jouissive comme dans Que justice soit faite. Barber a soif de social et entend remettre en perspective les circonstances de l'énervement progressif du vieux monsieur. On est loin des journaux télévisés et de leurs formules toutes faites : se voulant réaliste mais pas alarmiste, le film rend palpable et compréhensible la douleur de toute une couche de la population. Agresseurs et agressés, tous sont finalement victimes d'un système marginalisant, excluant, qui les écrase et les méprise.
Mais qu'on ne s'y trompe pas : Barber n'entend pas fermer les yeux sur la campagne vengeresse de Harry Brown. Ce qui donne un film franchement violent mais pas complaisant, l'interprétation de Caine mettant parfaitement en avant la détresse du personnage. Y compris lorsqu'il lamine la gueule d'une saloperie de dealer ou qu'il fomente les derniers chapitres de son ultime baroud d'honneur. Harry Brown est un film fondamentalement triste, comme l'étaient Les chiens de paille en leur temps. C'est peut-être ce qui le rend aussi émouvant. La mise en scène de Barber fait le reste : explosive lorsqu'il le faut (la séquence en caméra subjective qui ouvre le film est un petit monument), elle établit un vrai lien de proximité avec cet homme dont on ne peut pas forcément approuver les actes, mais qui pousse néanmoins à l'indulgence et à la clémence. Ce regard bienveillant est d'autant plus réussi qu'il est appuyé à merveille par le personnage d'Emily Mortimer, fliquette compréhensive mais peu impressionnable. Voilà un film dont on sort pantois, les bras ballants, à la fois repu de violence et ivre d'émotion. On en oublie volontiers les inutiles soubresauts scénaristiques qui tendent à parasiter sa dernière demi-heure.



Harry Brown de Daniel Barber. 1h43. Sortie : 12/01/2011.

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