16 janv. 2011

AU-DELÀ

Selon les premiers échos, le dernier Eastwood en date serait moins bon que les précédents, voire même l'un des plus gros ratages de sa carrière. Ce serait oublier qu'Au-delà possède deux atouts qui lui permettent d'échapper au peloton de queue des oeuvres du sieur Eastwood : l'absence de manichéisme et le refus de titiller les glandes lacrymales. En cela, ce film prétendument surnaturel surpasse allègrement des abominations telles que Million dollar baby ou Gran Torino et de gentilles guimauves comme Sur la route de Madison. Et s'il est loin d'être franchement réussi, il a au moins le mérite d'être un film reposant, recueilli, symbole de l'assagissement certain d'un cinéaste souhaitant désormais rester tapi dans l'ombre.
Le titre français d'Au-delà nous convie à aller voir derrière la simple apparence des choses, et en premier lieu derrière les étiquettes parfois bêtement accolées aux oeuvres. On est loin du thriller fantastique annoncé, puisqu'il s'agit avant tout d'un drame autour de trois êtres perdus, esseulés, perturbés par une perte, un manque ou un parasitage probablement temporaire. L'une a été laissée pour morte après le passage d'un tsunami et le fait d'avoir dépassé le point de non-retour la perturbe ; le deuxième aimerait se débarrasser d'un don de télékinésie qui l'empêche de mener une vie normale ; le troisième a perdu son frère jumeau et cherche à recoller les morceaux. Une fois posés ces trois pistes, Au-delà déroule une construction chorale résolument classique, aux points d'ancrage réalistes. C'est d'abord l'histoire d'un petit garçon londonien, d'un ouvrier américain et d'une journaliste française. Et si l'on pense parfois à Shyamalan, ce n'est pas à cause du pressentiment d'un twist qui ne viendra jamais, mais bien par la façon de faire des dons surnaturels (de « je vois des gens qui sont morts » à « je suis un super-héros ») une plaie qui engendre avant tout de la mélancolie.
Si la fin d'Au-delà est un monument de frustration, si toutes les questions posées n'obtiennent pas de réponse, c'est parce qu'il s'agit avant tout pour Eastwood de parler d'humanité et de désorientation. Ce petit garçon qui a perdu son frère ne sera plus jamais le même, qu'il en sache davantage ou non ; cette femme ne retrouvera pas sa notoriété d'antan et ses flashs resteront globalement des mystères ; ce voyant pourra continuer à aider des gens mais il n'en deviendra pas moins angoissé pour autant. Les regards de Cécile de France, Matt Damon et George McLaren (formidable petit acteur) sont montrés alternativement à l'image mais expriment tous la même peur panique de l'inconnu et une détresse infinie. Malgré toutes les maladresses du film, il en résulte un anti-spectacle d'une beauté assez touchante.
On devine d'ailleurs ce qui a pu toucher Clint dans le scénario au point de vouloir absolument le tourner lui-même, à commencer par sa fascination pour l'enfance meurtrie. On a rarement senti le metteur en scène aussi touché personnellement par son sujet : c'est d'ailleurs ce qui explique très probablement l'immense gaucherie d'un certain nombre de scènes, sur laquelle il est cependant possible de passer l'éponge étant donné que l'essentiel n'est pas là. La partie Cécile de France est la plus touchée : à une symbolique lourdingue (une publicité pour Blackberry employée comme révélateur d'un changement de condition sociale) s'ajoutent notamment des considérations politiques archi datées (l'héroïne compte écrire « le premier livre qui dira tout sur François Mitterrand »). Des bizarreries gênantes aux entournures mais pas rédhibitoires pour autant.
Tout porte à croire que les trois segments, parfaitement indépendants, vont finir par s'emboîter de façon assez idéale, que le trio reconstitué va trouver des réponses à ses interrogations et aux nôtres ; c'est peut-être là qu'Au-delà prend le plus de risques, puisqu'il n'en est rien ou presque. Des rencontres physiques auront lieu, des échanges verbaux également, mais le message du film est pourtant celui-ci : la vie n'est pas un film hollywoodien pas plus qu'un puzzle manufacturé. Les personnages cherchaient des choses, ils en ont probablement trouvé d'autres. Idem pour des spectateurs forcément déconcertés par ce qu'ils viennent de voir, sans doute pas totalement séduits (c'est un euphémisme), mais pas prêts d'être quittés de sitôt par l'atmosphère tristoune et pudique de ce drame intime et perturbant, difficile à aimer mais pas impossible à appréhender.



Au-delà (Hereafter) de Clint Eastwood. 2h08. Sortie : 19/01/2011.

6 commentaires sur “AU-DELÀ”

Pascale a dit…

Je n'ai lu ni abominations ni gentilles guimauves...

Et tu m'énerves mais tu m'énerves quand tu assènes tes machins péremptoires comme "d'un cinéaste souhaitant désormais rester tapi dans l'ombre". Qui t'a dit qu'il souhaitait rester et blabla ???

T'es sûr que le moutard essaie de recoller les morceaux de son jumeau ??

Et je t'interdis de l'appeler Clint. C'est clair ?

Bon, avant de m'énerver faut pas que j'oublie que je m'adresse à celui qui considère The Brown Bunny comme LE chef d'oeuvre absolu, et qui considère Vincent Gallo comme un auteur ! Faut pas que j'oublie, faut pas que j'oublie.

Allez, tcho baltringue, tu me fatigues.

Ah oui au fait :

Des rencontre physiques : y'a des trucs qui s'accordent parfois !!!

Rob a dit…

Bah il reste tapi dans l'ombre vu qu'il ne veut plus faire l'acteur. Et puis j'extrapole si je veux. C'est ça qui est amusant.
Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint Clint.

Pascale a dit…

Je suis sûre que ce n'est pas ce que tu sous entendais avec ton "tapi dans l'ombre" !!!

C'est bien que ce que je dis tu extrapoles SI JE VEUX... et je veux pas.

Et Vinz comment il va ? Fait toujours la gueule ? Y'a plus aucune actrice qui veut le sucer ?

Anonyme a dit…

Le contre-pied, le contre-pied, le contre-pied. Toujours. Anticonformisme primaire. Systématiquement. Vraiment, ça en devient un jeu de savoir ce que tu penses de tel ou tel ou tel film, enfin un jeu pour les moins de trois ans, puisqu'à chaque fois tu vas dans le sens opposé aux autres. Tu dois trouver ça malin mais c'est pas plus malin que de suivre le troupeau car dans les deux cas c'est irréfléchi. J'aurais pu mettre ce commentaire sur n'importe quel article mais celui-ci est symbolique. On y retrouve une grande saillie contre Sur la route de Madison, deux autres contre Gran Torino et Million Dollar Baby, qui sont là semble-t-il pour faire mousser son auteur (oh oh oh qu'est-ce qu'il est fin). Je suis pour la critique, moins quand elle se met au même niveau que le cinéma actuel. C'est affligeant.

Rob a dit…

Cher anonyme,

signe ton prochain commentaire et j'y répondrai peut-être. En attendant, va te faire cuire le cul. Bisous.

Anonyme a dit…

Et pourquoi pas le numéro de ma carte bleu? L'adresse de l'école où vont mes enfants?
Quand je me balade dans la rue, je n'ai pas une pancarte autour du cou avec mon nom écrit dessus, je vois pas pourquoi je devrais changer mes habitudes! Pour que Sa Majesté le grand critique daigne me répondre? Tu réponds aux anonymes gentils? En plus, c'est moins bien que dans la rue ici, raison de plus.

Non, mais en fait, non merci. Je ne pense pas que mon commentaire appelait une réponse. Si ta réponse est aussi intéressante que tes articles, tu peux t'abstenir et garder tes formules pré-emballées pour ta prochaine critique. Je suis sûr qu'elles sont multifonction. J'étais juste venu cracher mon venin pour me satisfaire. Il y en qui préfèrent le porno, d'autres démolir les films de Clint Eastwood avec des vannes à trois francs six sous.

Signé: Jean-Baptiste. Ou Michel. Ou Jean. Ou Martin. Ou Robert. Ou Rob Gordon. Ou Pascale (elle a signé, mais t'en sais pas plus. Elle pourrait s'appeler Anonyme que t'en saurais pas plus). Ou Brigitte. Ou Clint.

 
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