9 janv. 2011

ARRIETTY, LE PETIT MONDE DES CHAPARDEURS

Depuis quelques années, Hayao Miyazaki prépare sa relève, semant les disciples comme Albert de Monaco sème les gosses. Nous voilà sans doute repartis pour un quart de siècle d'univers oniriques, fantastiques, bourrés d'enfants malins et de créatures merveilleuses. Vingt-cinq ans d'écologie de bas étage et de morales niaises pour des films interminables et consensuels. Et nul doute que Hiromasa Yonebayashi sera l'un des leaders de cette nouvelle vague de guimauve : dans le genre platitude monolithique, son Arrietty semble même battre des records.
Pour sûr, Yonebayashi a parfaitement retenu les leçons de Miyazaki, puisque son dessin ressemble à s'y méprendre à celui du maître. Mais attend-on d'un cinéaste qu'il se comporte comme un vague copycat, capable de singer un style mais absolument infoutu d'y apporter un quelconque supplément d'âme, une touche personnelle qui en ferait vraiment "son" film ? Pas certain. Et de l'âme, ce Petit monde des chapardeurs en manque sacrément : pas une once d'originalité, pas un mot plus haut que l'autre, pas la moindre envolée poétique digne de ce nom. Dans ses meilleurs films, Miyazaki parvenait tout de même à rompre un ennui latent par la grâce d'une poignée de scènes éminemment lyriques ou foncièrement singulières. Ici, que dalle. Arrietty est une bonne vieille ligne droite, route express vers la mort cérébrale. Un spectacle amorphe et jamais renversant.
Adapté de l'univers de la romancière Mary Norton, Arrietty met aux prises une famille d'humains miniatures avec quelques gens de grande taille qui les hébergent sans le savoir jusqu'au jour où leur présence finit par être remarquée. Pour subsister aux besoins du foyer, Arrietty et son père partent régulièrement en expédition afin d'en ramener des objets utiles ou des denrées essentielles, comme un morceau de sucre susceptible de durer pendant des mois. Ça ne vous rappelle rien ? Alors vous n'avez pas vu Le petit monde des Borrowers, film hollywoodien au titre voisin, avec un John Goodman transformé en méchant Gulliver des temps modernes face à une horde de gentils voleurs miniatures. Dans le film de Peter Hewitt, adapté de la même oeuvre, il y avait mille astuces visuelles et scénaristiques, une malice de tous les instants, des tas de gags imparables. Bref, de l'inventivité et de l'esprit, notamment dans la façon de réexploiter les objets du quotidien, dont la taille démesurée révèle souvent des emplois inédits. Au petit jeu des comparaisons, le film de Yonebayashi sort K.O. au premier round, préférant mettre en avant la mélancolie de bas étage qui s'empare d'Arrietty et les siens, désespérés d'être aussi esseulés et dépendants.
Quant à la simili histoire d'amour qui unit Arrietty, jolie Minipouss et Sho, jeune garçon rêveur, elle ne vaut que par un côté gentiment fleur bleue qui ravira à coup sûr les amateurs de Miyazaki. Lesquels ne manqueront pas, espérons-le, d'être déçus par ce monument de contre-productivité donnant envie de revoir les Borrowers ou de lire Mary Norton. Sans doute pas d'applaudir des deux mains.



Arrietty, le petit monde des chapardeurs (Karigurashi no Arrietty) de Hiromasa Yonebayashi. 1h34. Sortie : 12/01/2011.

2 commentaires sur “ARRIETTY, LE PETIT MONDE DES CHAPARDEURS”

Pascale a dit…

Mary Norton, c'est la soeur d'Edward ?

Non ?

Si ?

Bon

ok

je ->

P.S. : et ta grosse spécialiste de... elle a aimé ?

Dom a dit…

Tu me confortes dans l'idée de ne pas aller le voir. Par contre, Borrowers, je ne connais pas, et ça, j'en prends note !

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
© 2009 TOUJOURS RAISON.. Tous droits réservés
Design by psdvibe | Bloggerized By LawnyDesignz