31 déc. 2010

MACHETE

Si son pote Tarantino l'avait brillamment tiré vers le haut à l'occasion du projet Grindhouse, Robert Rodriguez montre avec Machete qu'il est et restera le prince de la boursouflure cinématographique, un allumeur professionnel de gros pétards mouillés avant même l'ouverture. Encore une fois, il disposait pourtant d'une matière première idéale pour assouvir son envie de faire du cinéma de genre déconnant, détonnant, pouvant être montré dans les multiplexes aussi bien que dans les rive-in les plus pourris du Nouveau-Mexique. Au départ, Machete est la bande-annonce d'un film qui n'existe pas, tout comme les autres trailers présentés à l'entracte du double programme Grindhouse (hélas coupé en deux segments pour sa sortie française). Profitant opportunément du culte voué par certains cinéphiles au personnage de Danny Trejo sur la foi de ces seules images, Rodriguez a tenté d'en tirer un long-métrage aussi débordant, aussi badass, aussi excessif. Mais si être cinéphile suffisait à être un bon cinéaste, nombre de critiques professionnels ou non auraient déjà lâché leur stylo pour aller réaliser des chefs d'oeuvre.
Machete déçoit quasiment d'entrée, lorsqu'on réalise que Rodriguez n'a pas l'intention d'en faire un film purement grindhouse, avec pellicule dégueulasse, bobines manquantes et effets approximatifs. Ce qui avait contribué à la réussite de son Planète terreur est ici sacrifié sur l'autel d'un sérieux assez inapproprié, comme s'il s'agissait pour lui de faire savoir à tous ses spectateurs que, hé ho les mecs, il est un réalisateur pro et pas juste un tacheron capable de rendre de petits hommages aux films qui l'ont fait grandir. On a d'emblée l'impression d'avoir le cul entre deux chaises, la marque de fabrique du cinéma de Rodriguez. Comme dans les poussifs Spy kids, comme dans l'abominable Desperado 2, comme dans l'ennuyeux The faculty, il n'assume jamais ses idées jusqu'au bout, transforme chaque élan d'inspiration en un clin d'oeil miteux, embauche des acteurs connus pour des caméos ne dépassant jamais le stade de l'anecdote. Ce ne sont pourtant pas les moyens qui manquent, mais sur le long terme Machete donne l'impression de voir un gamin timoré s'amuser avec quelques Playmobil et un peu de ketchup, sans jamais oser aller assez loin pour être vraiment marquant.
Au diable le scénario, il s'agit avant tout d'un film d'acteurs, chacun ayant son petit moment de gloire ou sa citation susceptible de rester vaguement dans les annales. On peine pourtant à être réellement emporté par l'élan de ces interprètes qui ne semblent finalement pas prendre autant de plaisir que prévu. Danny Trejo se régale à jouer les durs à cuire sans zygomatiques, mais il n'a jamais fait autre chose. Jessica Alba est une bonnasse particulièrement caliente, mais ça ne fait pas un rôle. Steven Seagal et Robert de Niro jouent avec des images sacrément érodées par le temps, mais leur cabotinage ne crée ni étincelle ni émulation. Il manque les dialogues cultes d'un Desperado, la moiteur de la première moitié d'Une nuit en enfer, quelque chose qui puisse tirer cet ensemble potentiellement délirant d'une torpeur absolument agaçante. Rodriguez n'est pas un foudre de guerre, certes, mais ses relations et on carnet d'adresses pourraient au moins lui permettre de livrer des divertissement potables. On commence sérieusement à s'impatienter.



Machete de Robert Rodriguez. 1h45. Sortie : 01/12/2010.

30 déc. 2010

QUE JUSTICE SOIT FAITE

Mille fois repoussée aux calendes grecques, la sortie française de Que justice soit faite aurait vraiment mieux fait de ne jamais avoir lieu : cela nous aurait évité de finir 2010 avec une vieille nausée bien tenace, de celles qui s'emparent de vous et ne vous lâchent plus guère. Le film de F. Gary Gray débute comme mille autres vigilante, et sans traîner : un brave père de famille y est agressé, séquestré, puis contraint de regarder sa femme et sa fille se faire zigouiller sous ses yeux. Quelques scènes de procès plus tard, on s'imagine assister à un baroud d'honneur sacrificiel de la part de celui qui n'a désormais plus rien à perdre ; mais cela aurait sans doute été trop simple pour le scénariste Kurt Wimmer, déjà responsable de quelques aberrations parmi lesquelles un inénarrable Ultraviolet. Faisant subitement basculer son script dix ans plus tard, il montre comment un homme désespéré a patiemment attendu que son heure vienne pour régler leur compte aux deux vilains responsables de son malheur. Une préméditation qui place d'emblée le film sur le fil du rasoir : et s'il allait faire l'apologie de la loi du talion ?
La réponse ne se fait pas attendre, ou plutôt si : car Que justice soit faite repousse rapidement toute considération éthique pour se muer en un thriller sans queue ni tête dans lequel le justicier joué par Gerard Butler applique avec délectation une vaste campagne de vendetta envers tous ceux qui ont contribué de près ou de loin à ses souffrances. Pourquoi s'arrêter aux agresseurs de sa famille quand on peut aussi s'attaquer à leurs avocats ou à leurs proches ? Et pourquoi ne pas élargir le cercle peu à peu histoire de faire bien payer tout le monde ? Le problème majeur du film, ce qui le rend absolument insupportable, c'est que F. Gary Gray porte sur lui un regard certes effrayé, mais teinté également de compassion et même d'admiration. Car ce type ne se contente pas de se la jouer façon Charles Bronson pour punir ceux qu'il estime devoir châtier : depuis sa geôle, il orchestre un plan fomenté depuis dix ans, totalement capillotracté mais visiblement voulu comme machiavélique par le scénariste.
Ça donne donc un rouleau compresseur de connerie à deux étages : d'abord parce qu'idéologiquement, le film a de quoi donner la gerbe de façon durable, et ensuite parce que la stratégie "géniale" du vengeur pas masqué (sauf des fois) est d'une épaisse crétinerie. Et quoi de mieux pour illustrer l'ensemble que le regard bovin et les joues de hamster de Gerard "Endive" Butler, qui gagne film après film ses galons de pire acteur de ce début de siècle. Quant à Jamie Foxx, il se demande comme son personnage ce qu'il peut bien foutre dans ce marasme. Ah oui : il est là pour défendre une belle morale judéo-chrétienne et rappeler à quel point la famille c'est sacré. Après deux heures de tueries sordides et d'explosions surboostées, l'avocat qu'il incarne ira enfin assister à l'un des récitals de sa fille, qu'il délaissait jusque là pour se consacrer à son travail. La morale est sauve. On a eu chaud.



Que justice soit faite de F. Gary Gray. 1h48. Sortie : 22/12/2010.

29 déc. 2010

[Concours] HARRY BROWN : places et affiches à gagner

Mercredi 12 janvier, Harry Brown débarquera sur nos écrans, l'occasion pour Michael Caine d'appliquer sa propre justice au sein d'un quartier riche en jeunes délinquants. Un film qui déménage, à voir pour démarrer 2011 en fanfare (critique bientôt disponible).
Je vous permets de gagner 5x2 places pour aller voir le film, ainsi que 10 affichettes du film de Daniel Barber.


Pour participer, c'est : envoyez-moi par mail (concours@toujoursraison.com) le titre de votre film préféré avec Michael Caine. 5 d'entre vous seront tirés au sort parmi les réponses reçues avant le lundi 10 janvier à 20 heures sonnantes et trébuchantes.
5 autres gagnants seront choisis parmi tous les utilisateurs de Twitter qui retweeteront ce message d'ici la fin du concours.
Enfin, les 5 derniers gagnants seront tirés au sort parmi les utilisateurs de Facebook qui laisseront un commentaire sur cette page.
Bonne chance à tous...

28 déc. 2010

LE FILS À JO, RIEN À DÉCLARER : régionalisme à la con

En 2008, dans le cadre d'une campagne de promotion incluant même l'arrivée d'un train customisé et bourré de stars en gare de Lille Flandres, Bienvenue chez les ch'tis sortait dans la région Nord Pas-de-Calais avec une semaine d'avance sur la date de sortie française. Sept jours qui permirent de mesurer l'ampleur potentielle du succès du film de Dany Boon, qui se confirma peu après jusqu'à ce que la France atteigne une overdose de chtimania.

Vincent Moscato dans Le Fils à Jo

Le problème, c'est que ce genre d'opération semble devoir se répéter de plus en plus régulièrement, au gré de stratégies promotionnelles extrêmement opportunistes qui misent avant tout sur un régionalisme de bas étage. C'est ainsi que Le Fils à Jo, premier long de Philippe Guillard autour du monde du rugby, sort ce mercredi dans tout le Sud-Ouest avec 15 jours d'avance ; de même, le nouveau Dany Boon (Rien à déclarer) sortira le 26 janvier dans le Nord de la France et en Belgique avant de débarquer dans le reste du territoire la semaine suivante.

On comprend bien que l'objectif est de titiller le fort sentiment communautaire qui anime aussi bien les nordistes que les sudistes, fiers de se sentir favorisés en raison de leur appartenance à telle ou telle communauté. Mais cet excès de régionalisme est ici synonyme d'un passéisme tout à fait déplaisant, qui se retrouve également dans les films en question.

Dany Boon dans Rien à déclarer

Il suffit en effet de jeter un oeil aux bandes-annonces du Fils à Jo et de Rien à déclarer pour comprendre que les deux films tentent de jouer lourdement sur les caractéristiques et le patrimoine des régions en question. D'un côté, Philippe Guillard raconte un Sud-Ouest convivial et pittoresque (comme dans La soupe aux choux) ; de l'autre, Dany Boon exploite une nouvelle fois son territoire de prédilection et son humour vieille France et bon enfant pour tenter de renouveler l'exploit des Ch'tis. Rien de tel pour séduire un large public et accentuer les dissensions entre communautés. Que personne ne s'étonne si des banderoles anti ch'tis ou anti sudistes sont de nouveau déployées dans les stades : les plaintes seront à adresser à Boon, Guillard ainsi qu'aux responsables de chez Pathé et Gaumont qui ont choisi de décaler les sorties.

Évidemment, on pourra justifier ces sorties avancées par une envie de diminuer le déséquilibre culturel entre Paris et le reste de la France, et d'offrir aussi aux provinciaux quelques avant-première et privilèges. Si c'est là l'argument principal, conseillons à Gaumont, Pathé et aux autres d'offrir à leur public de province des exclusivités légèrement plus consistantes. Ou de démocratiser ce genre de pratique en sortant systématiquement leurs films avec une ou deux semaines d'avance dans la région d'origine du héros. Un joli bordel qui n'aurait aucun sens mais ne serait pas plus méprisable que la farandole régionaliste qui va de nouveau s'emparer du pays dans les semaines à venir.


Le fils à Jo de Philippe Guillard. Sortie Sud-Ouest : 29/12/2010. Sortie France : 12/01/2011.
Rien à déclarer de Dany Boon. Sortie Belgique / Nord : 26/01/2011. Sortie France : 02/02/2011.

26 déc. 2010

Séances de rattrapage : POTICHE / À BOUT PORTANT / MONSTERS

J'avoue, je délaisse salement ce blog au profit d'un autre qui marche pourtant nettement moins bien en terme de fréquentation. Simple question de priorités, et manque de matière première également : je vois actuellement très peu de films, voire pas du tout, préférant rester à la maison en compagnie de mon amoureuse à gros ventre.
Récemment, il y a même des films que j'ai vus mais à propos desquels je n'ai pas eu envie d'écrire. Principalement parce qu'arriver après la bataille n'aurait pas servi à grand chose, et parce que ce sont trois films que je n'ai pas spécialement apprécié. Sans colère ni passion. Juste mollement. Un petit récapitulatif, bref et sans prétention, s'impose, histoire de remettre les compteurs à zéro.


François Ozon a toujours été un cinéaste intéressant mais aussi inégal que trop pressé. Et malgré sa délicieuse direction artistique, Potiche tourne rapidement en rond. D'abord parce que le film reprend la majorité des artifices déjà employés dans un 8 femmes aux thématiques pourtant éloignées : cluedoïsation des personnages, chansons pour les caractériser, désacralisation de la ménagère... Les comédiens se régalent, les bons moments affluent mais l'ensemble reste d'une fadeur extrême. Et l'anti-sarkozysme primaire de certaines répliques donnerait presque envie de voter UMP juste pour faire chier le cinéaste blanc-bec, qui commence à se faire trop vieux pour jouer encore les jeunes cons. On préfèrera revoir Le bonheur est dans le pré (aux préoccupations finalement voisines) et d'autres Ozon bien plus profonds et drôles, comme le trop méconnu Gouttes d'eau sur pierres brûlantes, géniale adaptation de Fassbinder.





Auteur d'un Pour elle juste acceptable car aussi scolaire que peu crédible, Fred Cavayé livre avec À bout portant un film Rank Xerox, puisqu'il recopie tranquillement les enjeux conjugaux et familiaux de son premier long et pille par ailleurs quelques polars hong-kongais pour mettre en boîte une intrigue jamais haletante malgré sa forme de course contre la montre. La mise en scène a beau tenter d'être nerveuse, demeure l'impression de se trouver face à un téléfilm planplan dont les pics de noirceur sont trop artificiels pour être honnêtes. Si Gilles Lellouche est toujours aussi bien, on ne sait pas que Gérard Lanvin et Roschdy Zem pouvaient être aussi nuls. D'Olivier Marchal à Fred Cavayé, la France n'est décidément pas près de renouer avec l'excellence en matière de films noirs. Jean-Pierre Melville et les autres peuvent dormir tranquilles : personne n'ira les déranger dans leur panthéon.





Annoncé à tort comme un nouveau District 9 (tant mieux), le film de Gareth Edwards ressemble plutôt à une version live d'un film de Hayao Miyazaki ou à une relecture de la Guerre des mondes par Terrence Malick. Ou presque : confondant dépouillement et vacuité, le metteur en scène se laisse gagner par un sentimentalisme qui aurait été plus digeste s'il s'accompagnait d'un propos un peu plus consistant. Mais non : hormis un dernier quart d'heure stimulant bien qu'un peu niais, Monsters est une interminable litanie qui semble réservée aux fans de Yann Arthus-Bertrand. C'est un peu dur, mais le buzz avait été si fulgurant qu'on pouvait tout de même s'attendre à une oeuvre moins banale. Un joli filmage et de bonnes intentions bien polies ne remplaceront jamais un vrai style ou un script en béton armé.






Potiche de François Ozon. 1h43. Sortie : 10/11/2010.
À bout portant de Fred Cavayé. 1h25. Sortie : 01/12/2010.
Monsters de Gareth Edwards. 1h33. Sortie : 01/12/2010.

24 déc. 2010

Tops cinéma 2010 : la compile


Quitte à filer de l'urticaire à certains, célébrons la fin de l'année 2010 avec une petite compilation des tops cinéma des journalistes et blogueurs cinéma... Une liste participative à compléter au fur et à mesure, soit en m'envoyant vos liens par mail, soit en les laissant en commentaire. Ils seront intégrés au plus vite dans l'article...
Sans ordre préférentiel, sans vocation à dresser un gigantesque classement général qui n'aurait que peu de sens, voici juste une façon paresseuse mais sincère de clore l'année en cours.
N'hésitez pas également à aller jeter un oeil au mien.

Filmosphère (Nicolas Gilli)
Shunrize (Valérie Levilain, Damien Garrel, Alexis Denise, Karine Durand, Gilles Rolland)
CineManiaC (Camille Marty)
Chronicart (Guillaume Loison, Yal Sadat, Julien Abadie, Sébastien Benedict, Jean-Sébastien Chauvin, Amélie Dubois, Jerôme Momcilovic, Rémi Boiteux, Nicolas Truffinet, Yann François, Sidy Sakho)
Excessif (Olivier Corriez, Romain Le Vern, Nicolas Schiavi, Vincent Martini, Laurent Tity, Gilles Botineau, Anne-Lou Echevin, Maxime Claudel, Lucie Pedrola, Julien Loubière, Jérôme Béalès, Geoffrey Crete, David Rich, Julien Dupuy, Nicolas Gilli, Valérie Levilain)
In the mood for cinema (Sandra Mézière)
Trois Couleurs
The New Yorker (Richard Brody, Anthony Lane, David Denby)
The New York Times
indieWIRE (125 critiques indépendants) [merci à Cédric "OntheCroisette" Succivalli]
En trois lignes (Jérôme Mascotto)
Cinéaddict (Adrien Padrixe)
Le blog de Nicolinux (Nicolas Furno)
Déconstructions réassemblées (Charlie C.)
Cinedjeunz (Valentin Valery)
Cine-emotions (Christopher Ramoné)
Cinemateaser (Emmanuelle Spadacenta & Aurélien Allin)
Filmsactu (Kevin Prin, Élodie Leroy, Arnaud Mangin, Yann Rutledge, Sabrina Piazzi)
Playlist society (Benjamin Fogel)
Plan C partie 1 / partie 2 (Alexandre Mathis)
Nice Flare (Rémy)
Benzine Mag (Jean-Baptiste Doulcet, Patrick Braganti, Denis Zorgniotti, Jean-François Lahorgue)
100% cinéma (Pierre-Loup Docteur)
Hop Blog (Benoît Richard)
Une semaine un chapitre (Ariane)
Sur la route du cinéma (Pascale)
Idrann (Mathieu Gayet)
Galathys (Mylène Sigrist)
Hollywood and co (Jonathan Rabeute)
Cinefeed (Julie, Jérôme Lament)
Les nouveaux cinéphiles (Bridget B.)
Céline Cinéma (Céline Gobert)
CloneWeb (Marc, Guillaume, Alex, Arkaron, Jean-Victor, Basile)
Myscreens (FredP)
Goin' to the movies (Anna Marmiesse)
Tadah ! Blog (Voisin Blogueur)
De son coeur le vampire (Nolan / Ran)
Angle(s) de vue (Boustoune & PaKa)
[MàJ 03/01/2011, 21h25]

Également : Top 10 des raisons pour lesquelles faire un Top 10 des films de l’année est inutile par Florian (FilmGeek)

22 déc. 2010

Trois Couleurs | Hors-série #3 | Hollywood Princess : le monde de Sofia Coppola


[EDIT] Sortie repoussée au 29 décembre.

Trois Couleurs n'est pas un magazine gratuit qu'on balance négligemment à la poubelle (pour les gens bien élevés) ou qu'on glisse insidieusement entre deux sièges (pour les autres) afin de s'en débarrasser à la fin de la séance. C'est une revue de qualité, qui surpasse allègrement plus d'un titre payant. Depuis peu, l'équipe de Trois Couleurs a choisi de proposer des numéros hors-série de grande qualité, comme celui consacré à Sofia Coppola à l'occasion de la sortie de Somewhere le 5 janvier prochain.
Disponible en kiosques depuis le 15 décembre, ce hors-série intitulé Hollywood Princess : le monde de Sofia Coppola est une bible absolue pour qui souhaite explorer en profondeur les champs gravitationnels et thématiques de Somewhere en particulier et de Sofia Coppola en général, les quatre films de la réalisatrice étant de toute façon si liés qu'il est impossible d'évoquer l'un d'entre eux sans jeter un oeil aux autres.
Parmi la foultitude d'articles contenue dans ce numéro grand format (voire TRÈS grand format, et c'est même un peu trop pour qui possède comme moi un sac besace de taille modeste), mes favoris sont les suivants :
© l'inévitable interview de la cinéaste (par Clémentine Gallot et Auréliano Tonet) ;
© la question des jeunes filles dans le cinéma de Coppola (par Jérôme Momcilovic) ;
© un entretien avec Harris Savides, directeur de la photo, à propos de ses influences (par Auréliano Tonet) ;
© une plongée dans l'univers de l'Hôtel Chateau Marmont, décor essentiel de Somewhere (par Jérôme Momcilovic) ;
© un portrait bicéphale des soeurs Shannon, les strip-teaseuses jumelles du film (par Leo Soesanto).
C'est grand, c'est beau, c'est bien illustré et ça coûte moins cher que bien des livre de cinéma absolument dispensables. C'est le petit cadeau de Noël à s'offrir soi-même afin d'entrer dans 2011 rassasié et désireux de (re)découvrir les trois premiers films de miss Coppola et de se plonger dans le quatrième.


Trois Couleurs | Hors-série #3 | Hollywood Princess : le monde de Sofia Coppola. En kiosques depuis le 15 décembre. 6,90€.

[DVD] Intégrale Pierre Étaix : LE SOUPIRANT | YOYO | TANT QU'ON A LA SANTÉ | LE GRAND AMOUR | PAYS DE COCAGNE...

On a bien failli ne jamais revoir les films de Pierre Étaix, et il y aurait eu de quoi s'en mordre les doigts. Après que les négatifs ont été sérieusement détériorés dans les années 70, la gestion hasardeuse par le cinéaste des droits de reproduction et de projection de ses films les a finalement rendus impossibles à voir, bloqués dans un no man's land juridique qui ne prit fin qu'en juin 2009. Au grand soulagement des cinéphiles ayant pu découvrir l'univers de l'artiste dans les années 60, et pour la plus grande joie de ceux qui ont pu et pourront se pencher sur cet homme absolument singulier.

Pur fêter la libération tardive de l'oeuvre de Pierre Étaix, Arte a sorti en novembre un imposant coffret regroupant les 5 longs-métrages et 3 courts-métrages du maître, accompagnés de quelques documents annexes, d'un livre de 112 pages et de quelques cartes postales. Et c'est passionnant. Bienvenue dans l'esprit d'un artiste rêveur, lunaire, drôlissime, un élève que n'aurait sans doute pas renié Jacques Tati.


Le premier long, Le soupirant (1963), permet de se familiariser avec l'univers étaixien en général, et avec son héros en particulier : Pierre traversera la majorité de ses oeuvres comme le firent avant lui Charlot ou monsieur Hulot chez Chaplin ou Tati. Pierre est un astronome perpétuellement dans la lune, qui prend trop souvent ses désirs pour des réalités, puis décide un jour de remettre les pieds sur terre et de se chercher une épouse. Ce qui lui permettra notamment d'intégrer l'univers du cabaret... et donnera l'occasion à Étaix de prodiguer quelques numéros de music-hall dont il a le secret. Tout est là : la poésie - le début évoque Méliès -, le voisinage de Tati, l'envie dévorante de raconter les choses de l'amour vues par un grand timide qui se soigne...


Yoyo (1965) projète à nouveau dans le monde du spectacle un homme qui ne s'y attendait pas. Il s'agit cette fois d'un milliardaire aux gestes millimétrés, comme le robot sans âme qu'il est devenu... mais que la crise de 1929 va rendre pauvre comme Job et contraindre à suivre une troupe de cirque dont fait partie son amour de jeunesse, somptueuse écuyère, et leur fils dont il ignorait l'existence. Somptueux hymne au nomadisme et à la vie en roulotte, c'est peut-être le plus beau film d'Étaix par sa propension à faire de la liberté quelque chose de vraiment exaltant. Ce que le héros ne réalise totalement qu'un peu tard, après s'être plus ou moins vendu pour retrouver la face financièrement. Les fans de Fellini ne pourront être insensibles à cet univers : d'abord parce que Étaix y sème l'air de rien des références à , mais également parce que les deux hommes se sont passionnément opposés sur la façon de montrer le cirque (Étaix déteste Les clowns).


Peu après suit Tant qu'on a la santé (1966), une étrangeté en quatre tableaux. Dans le premier quart, Pierre se retrouve notamment projeté dans le livre d'épouvante qu'il est en train de lire, devant notamment faire face à un vampire qui menace une jeune fille. Le deuxième est une plongée burlesque dans le cinématographe, qui vaut pour sa série de gags assez bien trouvés. Le dernier est assez vaseux, mais c'est principalement le troisième qui justifie à lui seul l'ensemble : jamais on n'a été aussi proche de Tati, puisque le cinéaste y raconte une histoire de stress et de trafic routier sur une bande sonore composée uniquement de klaxons, sirènes et autres bruits urbains sans interruption. Grand écart entre le silence de certains segments et cacophonie de certains autres : il y a de la folie chez Étaix.


Dans Le grand amour (1968), Étaix se laisse aller à des élans fleur bleue assez étonnants, qui l'éloignent légèrement de son créneau "habituel" (mais jamais routinier), puisqu'il y conte avec une grande liberté l'histoire d'un gentil dragueur qui se laisse finalement épingler par l'amour et peine ensuite à trouver le juste équilibre entre ses sentiments, les conventions, ses rêves, l'engagement... C'est toujours aussi désuet, sacrément classe, un peu anecdotique parfois, mais tellement singulier et rafraichissant qu'il n'y a pas lieu de se priver de ce petit traité sur la liberté.


Cinquième et dernier long du coffret, Pays de Cocagne (1971) n'a absolument rien à voir avec ce qui précède : il s'agit en effet d'un documentaire dans lequel le réalisateur suit pendant des mois la tournée du fameux Podium Europe 1. En résulte une succession d'interviews et de tranches de vie loin d'être ordinaires, Étaix ayant travaillé avec soin et délectation la bande-son et le montage. D'où un documentaire loin d'être anecdotique, radiographie suprêmement ironique d'une France gentiment beauf, supérieurement ignorante, sympathique mais un peu médiocre. De quoi rire jaune face à cette population qui préfigure l'avènement des télés-réalités de tous poils.


Également proposés, trois courts qu'il vaut mieux découvrir vierge de toute information : précisons simplement que Rupture et En pleine forme sont accompagnés d'Heureux anniversaire... qui a tout de même obtenu l'Oscar du meilleur court-métrage en 1963. Rien que ça. Au menu également : un documentaire titré Pierre Étaix, naturellement qui permet effectivement de découvrir le clown avec ou sans maquillage, pour mieux comprendre qui est ce sacré bonhomme que trop peu de gens connaissent et dont le travail mené pendant toutes ces années auprès de Jean-Claude Carrière mériterait davantage de reconnaissance.


Intégrale Pierre Étaix : Le soupirant (1h20), Yoyo (1h36), Tant qu'on a la santé (1h05), Le grand amour (1h25), Pays de Cocagne (1h14), Rupture (11 min.), Heureux anniversaire (12 min.), En pleine forme (13 min.) de Pierre Étaix ; Pierre Étaix, naturellement (30 min.) d'Odile Étaix...
Sortie DVD : 03/11/2010. Distributeur : Arte. Merci à Cinetrafic.

[DVD] LE PREMIER QUI L'A DIT

Les derniers seront les premiers... à se retrouver dans le pétrin. Telle est l'histoire de Tommaso, benjamin d'une famille possédant une célèbre fabrique de pâtes, qui souhaite profiter d'un dîner pour révéler aux siens son homosexualité. Le ressort principal du film de Ferzan Ozpetek est simple mais assez imparable : le frère aîné de Tommaso, héritier probable de l'empire familial, le devance de quelque secondes et annonce en premier qu'il aime les garçons. Pour éviter que son père succombe à une attaque, et en dépit des éventuelles conséquences que cela pourrait avoir sur sa vie privée, Tommaso décide de reporter son coming-out sine die. Le premier qui l'a dit a des allures de bon théâtre de boulevard, avec ses portes qui claquent et ses rebondissements échevelés, et la mise en place de son intrigue est relativement savoureuse. D'autant que Ricardo Scamarcio, révélé chez nous par Costa-Gavras, apporte une dose suffisante de charme pour faire flageoler le public tout entier.
On se croirait revenu au temps de la bonne vieille comédie à l'italienne, avec ce qu'il faut d'exubérance et de machisme exacerbé pour faire l'affaire. Un machisme qui s'accompagne ici d'une bonne dose d'homophobie, celle-ci ne se traduisant pas par une haine féroce à l'égard de la communauté gay (c'est une comédie, rappelons-le), mais par une forme d'ignorance crasse à l'égard d'une préférence sexuelle trop souvent stigmatisée. Le problème du film, c'est qu'il peine hélas à renouveler son postulat de départ et qu'il finit par s'enfermer dans une mécanique comique fleurant le déjà vu. Voir débarquer les potes de Tommaso, ouvertement gays mais que tout le monde au village semble considérer comme des tombeurs de minettes, est un gag qui ne devrait pas occuper plus d'une scène ou deux. Comme le reste, ce ressort comique est hélas étiré en longueur et finit par rendre la deuxième partie du film assez indigeste.
Avide d'explorer des horizons totalement nouveaux à chaque film, le réalisateur italo-turc n'est pas le plus fin des cinéastes, mais s'adapte plutôt bien à un genre ne nécessitant pas des compétences d'orfèvre. La complicité avec Scamarcio est évidente et Ozpetek, malgré un scénario qui aurait gagné à être sacrément retaillé, parvient à insuffler suffisamment d'énergie et de bonhommie pour faire du Premier qui l'a dit une comédie chaleureuse et familiale, aux vertus sociales limitées mais pas inexistantes, et qui pourrait permettre à certains hommes d'ouvrir le débat avec leurs chers parents afin de leur faire comprendre que non, ils ne les recevront jamais aux côtés d'une gentille bru.



Le premier qui l'a dit (Mine vaganti) de Ferzan Ozpetek. 1h50. Sortie en salles : 21/07/2010. Sortie DVD (Pyramide Films) : 01/12/2010. Merci à Cinétrafic.

20 déc. 2010

SKYLINE

Vous connaissiez sans doute les frères Kray, terreurs british dont les existences chaotiques furent mises en image par Peter Medak ; il est temps d'apprendre à vivre avec les frères Krause, duo de salopards pervers doublés de génies du crime cinématographique. Après avoir fait honte à tous les fans de la saga Alien et des Predators, les voici qui s'attaquent au film d'invasion extra-terrestre avec la même frontalité débilisante, le même premier degré à la con. Skyline bat en effet des records dans le genre beauferie sans moyens, usant et abusant d'artifices téléfilmiques pour tenter de captiver des spectateurs qui, par hasard, n'auraient vu ni Independence day ni aucun autre blockbuster du genre. Non pas que le film de Roland Emmerich, avec ses relents façon USA über alles, mérite le statut de modèle à imiter ou dépasser. Mais puisque Krause et Krause l'ont visiblement pris comme référence principale, ils auraient dû assumer leurs influences au lieu de les singer bêtement, comme un enfant rejouerait Godzilla avec un lézard en plastique.
Pour peu qu'on soit au courant dès le départ, il y a un moyen de s'amuser beaucoup devant Skyline, nanar plus ennuyeux que jouissif : il suffit d'étudier la façon qu'ont les frères Krause de composer avec un budget il est vrai très serré. Cela commence par une sorte de longue introduction rappelant des films comme Cloverfield, caméra remuante en moins : on doit se taper un huis clos inintéressant en compagnie de personnages n'ayant visiblement pas inventé le fil à couper l'eau tiède. Des personnages incarnés par des vedettes ou seconds couteaux de séries télé, comme par exemple Donald Faison (le Turk de Scrubs). Et à vrai dire, on comprend pourquoi ces gens-là n'ont jamais percé au cinéma : ils sont empesés, lourdingues, incapables de donner une quelconque identité à un film qui en aurait bien besoin.
La suite consiste en un déferlement d'effets visuels miteux du genre « oh, un point de lumière blanche s'abat sur la ville » ou « oh, quelle est cette lumière aveuglante qui s'abat sur moi ». Ça a dû coûter cher niveau néons, mais les Krause n'ont pas dû s'épuiser lors de l'écriture. Cette lumière qui hypnotise puis happe ceux qu'elle vise a déjà été vue mille fois, ce qui est d'autant plus agaçant quand les seuls ajouts par rapport aux scripts du genre sont une série de rebondissements crétins comme une porte verrouillée par erreur sur le mode « ouh la la, je suis trop distrait ». Puis les extraterrestres dévoilent enfin leur vrai visage et on ne sait trop s'il faut en rire ou en pleurer, puisqu'il faut subir des SFX tout juste moyens ET supporter l'impression d'assister à un gigantesque plagiat, tant visuellement que scénaristiquement, de tout film d'extra-terrestres ayant pu marcher ces trente dernières années. Même les punchlines les plus simples semblent avoir été pompées à droite et à gauche, quelque part entre « yippikee yay, motherfucker » et « hasta la vista, baby ». Fuyez tant qu'il est encore temps.



Skyline de Colin & Greg Strause. 1h33. Sortie : 15/12/2010.

18 déc. 2010

20 films pour 2010

Prenons le risque de publier ce top avant d'avoir découvert la poignée de bons films restant à voir pour cette fin décembre. Cette année, le classement est assez cosmopolite puisqu'on y trouve des oeuvres provenant de Roumanie, Bulgarie, Portugal, Danemark, Allemagne, Italie... mais hélas aucun film asiatique ou sud-américain. L'autre tendance est la présence dans la deuxième partie du top d'un certain nombre de documentaires, genre de plus en plus présent dans nos salles et qui parvient souvent à supplanter la fiction.
Voici donc mon top 20 des films de 2010, qui s'ouvre pour la deuxième année consécutive par un film avec (et cette fois par) Mathieu Amalric. Que 2011 parvienne à m'enchanter au moins autant que cette année-ci.


1. Tournée de Mathieu Amalric
2. A serious man de Joel & Ethan Coen
3. The social network de David Fincher
4. Policier, adjectif de Corneliu Porumboiu
5. Eastern plays de Kamen Kalev
6. The killer inside me de Michael Winterbottom
7. I love you Phillip Morris de John Requa & Glen Ficarra
8. Mourir comme un homme de João Pedro Rodrigues
9. Bas fonds d'Isild Le Besco
10. Bright star de Jane Campion

11. Crazy heart de Scott Cooper
12. Happy few d'Antony Cordier
13. Mammuth de Gustave Kervern & Benoît Delépine
14. Enter the void de Gaspar Noé
15. Armadillo de Janus Metz
16. Fin de concession de Pierre Carles
17. Ne change rien de Pedro Costa
18. Everyone else de Maren Ade
19. La pivellina de Tizza Covi & Rainer Frimmel
20. White material de Claire Denis


Retrouvez les classements des années précédentes en cliquant ici.

17 déc. 2010

[Concours] THE TOURIST : places et t-shirts à gagner

Mercredi 15 décembre est sorti The tourist, remake d'Anthony Zimmer réalisé par Florian Henckel von Donnersmarck et interprété par le duo inédit Angelina Jolie - Johnny Depp. À cette occasion, StudioCanal me permet de vous faire gagner 10 places et 10 t-shirts du film.


Pour participer, c'est extrêmement simple : envoyez-moi par mail (concours@toujoursraison.com) votre top 3 des films avec Angelina Jolie. 10 d'entre vous seront tirés au sort parmi les bonnes réponses.
5 autres gagnants seront choisis parmi tous les utilisateurs de Twitter qui retweeteront ce message d'ici la fin du concours.
Enfin, les 5 derniers gagnants seront tirés au sort parmi les utilisateurs de Facebook qui laisseront un commentaire sur cette page.
Bonne chance à tous... ramassage des copies le mercredi 22 à 10 heures pétantes.

ARMADILLO

Et si le plus terrible dans la guerre, c'était l'attente ? Comme l'avait fait Kathryn Bigelow avec Démineurs, le danois Janus Metz dépeint dans Armadillo la lente et longue usure de jeunes soldats passant leur temps à attendre qu'il se passe enfin quelque chose - le "quelque chose" en question étant synonyme de sang, de crasse, de blessures profondes et irréversibles. On a souvent tendance à dire que les pires dommages causés par la guerre sont ceux qui touchent les vivants, ceux qui sont finalement épargnés par miracle ou par chance. Sans aller jusqu'à tomber dans ce cliché, le film montre en tout cas à quel point l'embrigadement militaire et l'obsession du combat finissent par transformer de jeunes gens comme les autres en machines détériorées, dégingandées, avides d'adrénaline et de confrontation. Les troufions d'Armadillo ne sont ni plus ni moins que de jeunes chiots élevés en captivité afin de les rendre sensibles à l'odeur du sang et imperméables au reste. Conversations de caserne, jeux vidéo guerriers et films pornographiques sont leur quotidien ; un quotidien entrecoupé de pics de violence, qu'ils commencent par redouter avant de se montrer aussi excités que les pires carnassiers du monde.
Le propos n'est pas tout à fait neuf, mais il est dispensé avec un réalisme troublant. Car sans jouer sur une ambiguïté qui ne l'intéresse guère, Janus Metz choisit de filmer ce documentaire comme s'il n'en était pas un, utilisant des techniques de fiction pour extraire de ses personnages - pardon, des sujets de son étude - une vérité qui dérange. Qui dérange vraiment. Il y a ici une façon assez vertigineuse de filmer la guerre et ceux qui la font, de magnifier des lieux et des faits et de nous faire adopter pour un temps le point de vue de ces jeunes têtes brûlées, enivrées à l'idée de pouvoir appliquer dans la vraie vie des techniques répétées depuis des années sur des shoot'em up reproduisant la réalité d'un peu trop près.
Armadillo est un beau film, et c'est bien là ce qui dérange : s'il a travaillé de façon aussi soignée au lieu de se contenter d'une banale caméra à l'épaule, s'il a pris autant de risques sur le terrain en compagnie d'un chef op aussi talentueux que risque-tout, c'est justement parce que Metz entend semer la confusion sur ce que représente la guerre et sur ce qu'elle doit signifier. La forme dérange positivement, le fond aussi : suffisamment en retrait pour laisser les soldats sans tabou, le metteur en scène filme quelques instants cruciaux au cours desquels il s'agit de déterminer si les actions perpétrées par le régiment sont conformes aux codes militaires ou si certains ont outrepassé leurs droits en se croyant un peu trop dans un jeu vidéo. Pas de jugement qui tienne, pas de condamnation : juste un état des lieux glaçant et déchirant. Le constat formulé dans l'épilogue est aussi simple qu'édifiant : partis avec la peur au ventre et le désir ardent de rentrer vite au pays, bon nombre de ces soldats formulent ardemment leur envie de retourner au front, de servir à nouveau leur pays, de faire encore péter des baraquements et éclater des têtes. La façon dont Metz confronte l'homme à sa part animale achève de faire de ce film-choc l'un des musts de cette fin d'année. Absolument immanquable.




Armadillo de Janus Metz. 1h40. Sortie : 15/12/2010.

11 déc. 2010

BAS FONDS

Le titre du nouveau film d'Isild Le Besco résonne comme un avertissement d'une honnêteté louable : pénétrer dans la salle revient à composter son billet pour un univers absolument abject, plus bas que terre, plus bas que tout, où le bonheur n'a aucune prise et seules la misère, la crasse et l'hystérie ont droit de cité. Bas fonds est un film sans concession, dans lequel on plonge tête la première sans espoir de reprendre sa respiration. Bienvenue dans le quotidien de Mag, Barbara et Marie-Steph, trois filles qui vivent sans but dans un squat dégueulasse. Bière, porno, raviolis, terreur : tel est le menu d'une existence repoussant les limites du glauque puisque ne répondant à aucune règle d'ordre social. Pas de convenances, pas d'évolution, rien que des hurlements destinés à remplir le vide qui leur sert de vie. Leurs rapports sont curieusement hiérarchisés : vautrée sur son matelas, la grosse Magalie braille ses ordres avec la douceur d'un officier allemand, et la domination qu'elle exerce sur les deux autres semble sans limite. Marie-Steph, aussi laide que crétine, se laisse évidemment mener à la baguette ; de façon plus incompréhensible, Barbara délaisse chaque soir les bribes de sa vie sociale pour regagner le cloaque commun et se retrouver à nouveau sous l'emprise de celle qui l'a détournée des garçons. Bas fonds est avant tout affaire de fascination : celle qu'exerce ce gros tyran sur les deux autres, et celle que le film parvient à créer chez un spectateur qui devrait s'il était sensé, prendre ses jambes à son cou loin de cet enfer.
Bien qu'elle décrive des personnages marginaux forcément victimes dans un sens d'une société laissant plus d'un être sur la touche, Le Besco n'a visiblement pas l'ambition de broder un drame social, même si celui-ci est indubitablement présent à l'écran. Ce sont plus véritablement ces rapports de soumission / domination, difficiles à saisir à moins de se focaliser dessus, qui la captivent. Et on la comprend. Par petits morceaux, en refusant toujours de donner à son film un cadre et une intrigue, la cinéaste réussit une oeuvre incroyable dans la mesure où elle transforme le spectateur en créature bicéphale : une partie voudrait comprendre, compatir, trouver des raisons, quand l'autre ne songe qu'à fuir, s'indigner, se coller les doigts dans la gorge pour dégueuler enfin son aversion. C'est filmé en plan large, sans aucun tabou, et en même temps sans complaisance : Isild Le Besco atteint en fait un tel de gré de vérité et d'intimité qu'il est difficile de mettre en doute la véracité de l'ensemble et d'en refuser l'existence. Voilà pourquoi on accepte pour une fois de subir une heure ou presque de hurlements, de vociférations, d'hystérie pur jus, celle-ci se manifestant autant dans les actes que dans les paroles. Déjà au bas de l'échelle, les trois filles s'adonnent à des campagnes d'auto-humiliation, de reniement de soi, comme si elles souhaitaient se laver autant que possible de toute trace de dignité.
Au départ, le film semble théâtral, et il l'est, notamment dans la façon dont la réalisatrice dirige ses trois interprètes et met en scène leur solitude. Mais cette théâtralité, loin de contraster avec les aspirations réalistes de l'ensemble, confère à ces Bas fonds un surcroît de malaise qui rappellerait quasiment le ton d'Orange mécanique. Idée renforcée par la discrète présence d'une bande originale dont l'atmosphère n'est pas sans rappeler celle du film de Kubrick. C'est un vrai travail de fildefériste auquel s'adonne la jeune femme, qui parvient non seulement à faire naître et cohabiter des sentiments opposés, mais transcende cet équilibre perpétuellement instable par le biais d'une mise en scène pas loin d'être élégante alors que ce qu'elle filme est d'une monstruosité totale. Le miracle, c'est qu'on ne saisit pas trop comment ce miracle a lieu. Mais il a lieu et l'on ressort totalement pantelant de cette soixantaine de minutes - Le Besco fait toujours court - qui parvient à être toujours aussi assourdissante même lorsqu'elle fait enfin sortir son trio fêlé de son autarcie tapageuse. Même maîtrise formelle, même dureté jamais feinte : c'est incroyable mais Isild Le Besco parvient en une grosse heure à se hisser au-dessus de tous les Pialat et à leur pisser au cul, comme ça, pas par effronterie mais parce que la vie est ainsi faite. Finir l'année 2010 par une telle surprise est sans doute le plus "beau" des cadeaux de Noël.



Bas fonds d'Isild Le Besco. 1h08. Sortie : 29/12/2010.
À lire : la critique de Camille sur CineManiaC.

8 déc. 2010

Snatch #5 - en kiosques vendredi 10 décembre

Snatch #5 - en kiosques ce vendrediC'est avec un brin d'émotion que je vous annonce la parution ce vendredi du numéro 5 de Snatch Magazine, bimestriel culture/société de grande classe. 3,90€ pour 162 pages de lecture dense et mordante.
Si je vous parle de Snatch, c'est non seulement parce que j'en suis un lecteur assidu (mais néanmoins critique) depuis ses débuts ou presque. Mais également parce que ce cinquième numéro, starring Charles Pasqua, me donne l'occasion d'effectuer mes premiers pas dans la presse papier. Jetez donc un oeil pages 138 et 140 : vous y trouverez entre autres mes critiques d'Armadillo, Roses à crédit, Everyone else, After.life et Même la pluie. J'envisage de les encadrer au-dessus de mon lit pour m'en souvenir à tout jamais.
N'oubliez pas non plus de lire les autres pages, puisqu'outre un succulent entretien avec Charlie Pasqua, vous y trouverez une interview de Bret Easton Ellis, un dossier sur Banksy, une galerie photo de Ludivine Sagnier et un demi-milliard d'autres articles rôles, insolents, cultivés.
Plus de détails grâce au widget ci-dessous, dont je n'ai pas exploité toutes les fonctionnalités mais qui me semble relativement pratique.

7 déc. 2010

EVERYONE ELSE

C'est un film relativement complexe, impossible à résumer de façon satisfaisante et pourtant son dispositif est on ne peut plus simple : bienvenue dans Everyone else, opération de dissection d'une dérive amoureuse menant deux êtres éperdument épris l'un de l'autre dans une impasse assez imprévisible. La cinéaste allemande Maren Ade orchestre un vaudeville intimiste d'une puissance absolue, faisant des deux héros un point d'ancrage autour duquel ne gravitent que quelques personnages secondaires peu présents mais à l'influence incontestable. Cela pourrait presque ressembler à du théâtre filmé s'il n'y avait dans la mise en scène une vitalité de tous les instants et une volonté évidente d'entrer dans le crâne des personnages quitte à leur vriller les neurones.
Délocalisés en Sardaigne pour un combiné vacances-boulot, Gitty et Chris semblent s'aimer avec appétit, menant une vie insouciante sous le signe de l'épicurisme. C'est toujours plus facile lorsqu'on a à disposition une belle et grande maison non loin de la plage, certes, mais c'est loin de suffire à assurer l'équilibre d'un couple. Ade décrit par petites touches le quotidien de ces jeunes allemands sexués, amusants, inspirés, qui partagent les mêmes délires avec une facilité bluffante, parvenant toujours à être sur la même longueur d'onde. Pas encore d'ombre au tableau mais déjà le film fascine, sans doute parce que cette vie-là fait envie, simple mais pas gratuite, passionnée mais pas torturée. En tout cas en apparence.
Puis vient l'heure où apparaissent de microscopiques divergences, si minuscules qu'on serait bien en peine de pointer l'élément déclencheur des premières dissonances, l'étincelle qui met doucement le feu aux poudres. La cinéaste met progressivement en évidence le malaise qui ronge progressivement un couple dont l'existence présente se déroule sans heurts mais dont les aspirations futures ne sont visiblement pas les mêmes. C'est là qu'est le vertigineux brio d'Everyone else : montrer avec finesse que le principe du carpe diem n'est probablement pas viable à long terme. Cette envie de cueillir l'instant présent s'accompagne d'oeillères que les personnages refusent d'enlever pour affronter la vie, la vraie, tumultueuse et problématique. Pendant deux heures, le film de Maren Ade s'arrête justement sur ce moment crucial et fatal où ces oeillères se soulèvent, contraignant chacun à prendre sa responsabilité et à s'affirmer en tant qu'être humain, avec des ambitions et des aspirations.
Cette tragédie de poche est d'autant plus cruelle qu'elle fait des femmes d'éternelles insatisfaites (mais est-ce vraiment une tare ?) attendant trop d'hommes se comportant souvent en rois de la basse-cour. La façon dont un autre couple rencontré au hasard des vacances va contribuer à creuser le fossé entre Gitty et Chris est absolument saisissante. Profondément pessimiste malgré la légèreté de ses premières séquences, Everyone else respire l'inquiétude et rend palpable l'idée que tout couple encore debout ne fait que courir à sa perte. La splendide lumière d'été qui traverse le film de Maren Ade n'est là que pour nous rappeler que les journées trop ensoleillées finissent souvent par des orages bruyants et perturbants. Conclusion splendide et terrifiante d'un drame qui met minable plus d'un film sur la défaite du couple, y compris les surévaluées Noces rebelles.



Everyone else (Alle anderen) de Maren Ade. 1h59. Sortie : 08/12/2010.

4 déc. 2010

[Exclu] Classement Wikio Cinéma | décembre 2010

Et hop ! Revoici l'excellent Nico et son Filmosphère à la tête du dernier classement Wikio de l'année. J'ai l'honneur de lui emboîter le pas, pour ce qui sera certainement ma dernière heure de gloire avant une descente lente et douloureuse dans les profondeurs du top.
À part ça, ravi de retrouver dans le top 20 le fantastibuleux Voisin Blogueur et son Tadah ! Blog : qu'il n'en sorte plus jamais serait mon plus beau cadeau de Noël.
Enfin, un message à l'attention des rédacteurs du blog Twilight France : ça foutrait pas un peu les crocs de se faire doubler par des belges ?

1Filmosphère
2Rob Gordon a toujours raison
3Lyricis Interactive
4IN THE MOOD FOR CINEMA
5FilmGeek
6Le blog de Dasola
7Critiques cinémas d'hier et d'aujourd'hui
8CinéBlogywood
9MyScreens
10Sur la route du cinema
11CloneWeb
12Buzzmygeek
13Journal de Vance
14Cinefeed
15IN THE MOOD FOR CANNES 2010
16IN THE MOOD FOR DEAUVILLE
17Le blog de Nicolinux
18Blog d'une ciné-Geekette
19Twilight-Belgium
20Tadah ! Blog
Classement réalisé par Wikio

1 déc. 2010

[Concours] Gagnez une projection privée avec Diaphana


Pour fêter ses 20 ans, Diaphana sort un coffret prestigieux que seuls les pères Noël les plus classieux apporteront au pied du sapin : un coffret collector regroupant 80 des 180 films du catalogue de cette société de distribution.

À cette occasion, on m'a offert la possibilité d'organiser une projection privée en compagnie de 9 lecteurs de mon blog, pour un film à choisir parmi les 80 qui figurent dans le coffret. Cette projection aura lieu le mardi 21 décembre à 18h30 dans les locaux de Diaphana à Paris.

Afin de déterminer le film qui sera projeté, je vous propose d'établir un top 3 des films que vous souhaiteriez voir sur grand écran. Un choix à effectuer parmi les 10 films que j'ai pris soin de présélectionner...

EraserheadThe war zone

Harry, un ami qui vous veut du bienYi Yi

Time codeEt là-bas, quelle heure est-il ?

Dark waterAmerican splendor

12 and holdingI'm not there


Envoyez-moi votre top 3 par mail (concours@toujoursraison.com) avant vendredi 16 décembre à 20 heures. Les invités, tirés au sort parmi ceux qui auront placé le film élu dans leur top 3 (en première, deuxième ou troisième position, peu importe), seront prévenus par mail.
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
© 2009 TOUJOURS RAISON.. Tous droits réservés
Design by psdvibe | Bloggerized By LawnyDesignz