31 oct. 2010

VERY BAD COPS

Adam McKay - Will Ferrell : ce duo d'inséparables peinant parfois à fonctionner l'un sans l'autre se retrouve pour un quatrième long-métrage allant lorgner du côté du buddy movie sans s'abandonner pour autant à une mécanique comique paresseuse. Le scénario de Very bad cops dynamite d'entrée les clichés du genre en mettant en avant un tandem de superflics interprétés par Samuel L. Jackson et Dwayne "The Rock" Johnson, bourrins, hâbleurs et un peu trop conscient de leur statut de stars absolues. Mais quand ces héros d'un nouveau genre finissent par passer l'arme à gauche au terme d'une poignée de scènes à faire rougir Peter Berg, deux gratte-papier décident de prendre leur chance et d'apparaître enfin sur le devant de la scène. Les other guys du titre, ce sont eux : ils sont nuls, crédules, incapables de garder leur arme dans son fourreau... ce qui constitue évidemment une aubaine lorsqu'il s'agit de faire dans l'humour con, absurde, chouettement répétitif. La marque de fabrique Ferrell - McKay, en somme.
Depuis Anchorman, leur première collaboration, les deux hommes ont néanmoins évolué, pratiquant un comique toujours crétin mais de plus en plus en prise avec la réalité. Il est cette fois question de crise financière et de malversations économiques, le tout étant traité avec une certaine envie de crédibilité. Il n'y a qu'à voir le générique de fin, condensé réellement pédagogique de chiffres et informations sur les grands scandales financiers de ces dernières années, pour réaliser qu'Adam McKay n'a pas l'intention de rester dans l'histoire uniquement comme un réalisateur de pures crétineries. Ce qui ne fait pas de Very bad cops un film sérieux : les gags stupides s'y succèdent avec inventivité et soif de non-sens. Une fois encore, le film brille tout particulièrement sur deux points : sa façon hilarante de manier le running gag comme si de rien n'était, et son affection pour les chansons nazes et la culture populaire de supermarché. Le plus drôle, c'est lorsque ces deux facettes se rejoignent, comme lorsque les morceaux du groupe TLC sont citées à intervalles réguliers.
Si Ferrell, monstre de drôlerie s'épanouissant particulièrement lorsqu'il évolue en duo, n'est toujours pas reconnu en France et ailleurs, il s'emploie en tout cas à acquérir une popularité lui faisant défaut dans tout un tas de pays, notamment en donnant la réplique à des interprètes de plus en plus célèbres, acceptant de lui servir la soupe pour le plaisir d'appartenir à son univers. Outre Johnson et Jackson, il a cette fois trouvé d'excellents interlocuteurs en la personne d'Eva Mendes, Steve Coogan et surtout Mark Wahlberg, qui s'auto-parodie délicieusement. De ses débuts boysbandesques à son accomplissement chez James Gray, l'acteur tourne en dérision quelques étapes-clés de sa carrière en incarnant un flic trop flingueur pour être promu, ayant appris un certain nombre de danses pour des raisons toujours biaisées. Porté par une envie commune de faire rire — personne, même Ferrell, ne tire la couverture à lui —, le casting étoffé est à l'origine de la réussite d'un film marrant, voire très marrant par endroits, mais qui n'atteint pas en revanche les incessants sommets comiques d'Anchorman, flamboyante surprise
qui semble devoir longtemps rester le chef d'œuvre du tandem.



Very bad cops (The other guys) d'Adam McKay. 1h47. Sortie : 27/10/2010.

30 oct. 2010

THE AMERICAN

Anton Corbijn, clippeur de renom et réalisateur de l'emballant Control, sombre biopic de Ian Curtis. George Clooney, acteur plus classieux et exigeant qu'il n'y paraît. Il n'y avait a priori aucune raison pour que The American ne soit pas une réussite. Et c'est peut-être cette absolue certitude qui a conduit le film à devenir ce curieux accident industriel, cocktail d'ennui mortel et d'incompréhension absolue. Au cours de sa carrière, Clooney s'était rarement planté à ce point : interprète toujours impeccable, co-producteur avec son fidèle Grant Heslov, il n'est visiblement pas parvenu à tirer un profit quelconque de sa relation avec un Corbijn amoindri, trop désireux sans doute de s'affranchir de sa réputation de faiseur d'images léchées. C'est bien le problème du film : chaque facette technique ou artistique, qui aurait pu faire oublier tel ou tel défaut, semble être aussi ratée que sa voisine.
Il est bien difficile de sauver quoi que ce soit du film, si ce n'est l'interprétation sobrissime de Clooney et la profusion de jolies nénettes égayant son morne quotidien dans ce non moins morne village des Abruzzes. Ce type mouillé dans le milieu, tueur à gages ou assimilé, tente une ultime mission qui pourrait être le coup de trop, et s'amourache d'une jolie pute loin d'être insensible à ses charmes. Comme dans un milliard de films auparavant ? Oui, tout à fait, jusque dans une conclusion tragique également empruntée à une kyrielle d'œuvres précédemment pondues, et disposant généralement d'autres atouts. Ici, non : The American entend rendre émouvantes l'attente et la solitude de cet homme dont on devine les blessures, mais ne parvient qu'à rendre communicatif le terrible ennui qui l'habite. La palette thématique déployée ressemble de très près à celle de The limits of control, le dernier Jarmusch, qui faisait du non-rythme de vie de son héros amorphe un ressort stylistique et humoristique. Un parti pris qui pouvait séduire ou dérouter, mais un parti pris quand même. On ne ressent pas dans ce film le moindre désir formel, mais au contraire de désespérantes envies de paresse.
Pour être encore plus clair, on se contrefiche très rapidement de ces personnages se tournant autour sans guère se parler, tentant de s'apprivoiser par la simple force de leur magnétisme. Leur véritable identité, la vraie nature de leurs relations, le pourquoi de leur présence dans un même périmètre : le script joue la carte d'un suspense nonchalant, comme si tout le monde s'en moquait, y compris les personnages et le cinéaste. Ce mystère dépassionné accouchera de conclusions supérieurement décevantes, qui rendent assez incompréhensibles les raisons de l'envie de Corbijn et Clooney de travailler sur l'adaptation d'un roman dont on peine ici à déceler les atouts originels. Tout juste peut-on s'amuser du décalage notable entre la discrétion forcée d'un héros undercover et le pointage de doigt systématique d'autochtones ayant choisi pour hobby de faire comprendre à ce ricain que sa nationalité ne constitue en rien un passe-droit ou un atout quelconque, mais en fait au contraire un être facilement repérable en dépit du camouflage employé. Deux ou trois séquences amusantes qui ne suffisent pas hélas à sauver ce faux polar mortellement chiant, qui ne se contente pas d'aligner quelques clichés mais y plonge carrément tête la première.



The American d'Anton Corbijn. 1h43. Sortie : 27/10/2010.

29 oct. 2010

FIN DE CONCESSION

Y a-t-il documentaire plus passionnant que celui qui finit par inclure son propre making-of ainsi qu'un exercice d'auto-analyse et d'auto-critique de son auteur ? Probablement pas, et cette tendance ne fait que se confirmer avec cet excellent Fin de concession, work in progress partant d'un point A pour arriver à une multitude de points B, dans une farandole d'infos croustillantes, d'archives rarissimes, de commentaires laconiques et de murmures de désespoir. Tout commence chez Pierre Carles, journaliste et réalisateur aimant plus que tout pointer les contradictions et aberrations des grands du monde médiatique, par un désir tenace d'épingler le système TF1. Mais pas en critiquant ses programmes, puisque Carles confesse notamment s'être amusé devant "1ère compagnie". Non, ce qui intéresse fondamentalement le cinéaste, c'est tenter de comprendre pourquoi la légitimité du groupe Bouygues, qui devait faire de la première chaîne une station d'élite pleine de programmes exigeants et culturels, n'a jamais été remise en question par l'État. La fameuse concession du titre, c'est cette période de dix ans au bout de laquelle les autorités compétentes auraient dû se pencher sur le dossier TF1 afin de prolonger ou non la direction Bouygues pour la décennie suivante. Or, depuis la signature du contrat en 1987, rien. Ni en 1997 ni en 2007. TF1 n'a en rien respecté ses engagements de qualité, mais voilà 25 ans que le tissu de mensonges raconté à l'époque ne cesse de s'étoffer grâce à la bienveillance ou à l'aveuglement de nos gouvernements successifs.
Ce que propose d'abord le réalisateur de Pas vu, pas pris, c'est de constater l'étendue des balivernes alors débitées par Tapie, Bouygues et leurs sbires, et d'aller gratter ensuite là où ça fait mal en se demandant pourquoi seuls les journalistes les plus risque-tout ont osé l'ouvrir à ce sujet. Ce qu'il fait non sans s'amuser, en démontant cette gigantesque supercherie sur l'air de « plus c'est gros, mieux ça passe » : des opéras et de l'aviron en première partie de soirée ? Bien entendu... De Charles Villeneuve en Étienne Mougeotte, les interlocuteurs se suivent mais ne réagissent pas tous de la même façon ; à défaut d'obtenir de vraies réponses, qui de toutes façons n'existent pas, Pierre Carles aura au moins posé bien des questions dérangeantes. Loin de lui l'idée d'arrêter là son documentaire : plus ou moins consciemment, Fin de concession dérive ensuite vers deux sujets plus ou moins liés avec la thématique originelle du film. Tout d'abord, Carles va s'amuser à pointer du doigt les trop nombreuses connivences avérées entre le pouvoir et les grandes chaînes de télévision. C'est avec une délectation follement communicative qu'il épingle les Chancel, Cavada et autres Pujadas, souvent accusés non sans preuves d'avoir servi la soupe au pouvoir en place... quitte à retourner leur veste dans les périodes d'alternance. Plus amusant encore, Carles inclut dans son film la description des innombrables démarches effectuées pour joindre l'un ou l'autre des journalistes concernés, certains se rendant disponibls pour mieux tenter de l'amadouer, quand d'autres prétextent mille réunions et parviennent finalement à passer à travers les mailles du filet... bravo monsieur Chancel, que Pierre Carles n'aura jamais pu attraper comme il l'aurait souhaité.
Ce petit côté making-of n'est que l'un des nombreux éléments composant l'ultime facette de Fin de concession, qui donne à ce film précieux une dimension supplémentaire, qui dépasse le statut du doc informatif et rigolard. Pierre Carles s'y filme à plus d'une reprise, non pour se mettre en avant comme le ferait un Michael Moore trop avide de sa propre image, mais pour remettre en question sa propre crédibilité en tant que trublion des médias. Aurait-il, comme l'affirment certains de ses collaborateurs, perdu de sa verve avec les années ? Utiliserait-il des méthodes peu reluisantes pour parvenir à ses fins ? Serait-il lui aussi en train de sombrer dans la même tiédeur que les intervieweurs consensuels qu'il dénonce ? Le tournage de ce documentaire résulte-t-il d'une véritable envie de dénonciation, ou simplement d'une terrible soif de revanche ? C'est que Carles, peu à peu blacklisté par les grandes chaînes, a fini par se retrouver sans autre espace d'expression que le petit journal hélas confidentiel qu'il a fini par créer... Fin de concession évoque une autre fin possible, celle d'un homme peut-être trop vieux pour ces conneries, ayant perdu son mordant comme on perd ses cheveux, et ne souhaitant s'approcher des puissants que par pure vanité. Si nombrilisme il y a dans ce film, c'est parce que le nombril en question est cerné par les problèmes d'ego et de confiance, faisant de Carles un personnage bien plus attachant qu'il n'y paraissait de prime abord. Usant sa voix pour livrer un commentaire chuchoté, qui crée un climat d'intimité et de proximité, il nous charme et nous touche, nous poussant à l'indulgence lorsqu'il se trompe de chemin - l'affaire du scooter de Pujadas, ou sa façon de monopoliser la parole lors d'un débat public avec Franz-Olivier Giesbert. Le doc le plus passionnant de l'année est aussi le plus pétri de contradictions et donc d'humanité. Ces deux heures onze minutes constituent un véritable régal sur lequel tout citoyen possédant ou non une télévision devrait poser les yeux.



Fin de concession de Pierre Carles. 2h11. Sortie : 27/10/2010.

28 oct. 2010

Rob Gordon chez Fogiel...

Sur Europe 1, chaque vendredi un peu après 9 heures, deux critiques ciné s'empoignent autour des sorties du mercredi précédent. Cela se nomme la Polémique culturelle et cela se déroule lors de la matinale de Marc-Olivier Fogiel.





J'aurai le plaisir d'être l'un des débatteurs de ce vendredi 29 octobre, représentant mon blog - c'est une première - face à une certaine Lucile Bellan du site Artistikrezo, que certains connaissent également sous le court pseudo de L., qui aime le cinéma sur son blog et partout ailleurs.

Demain donc, vers 9h05 environ, écoutez-nous nous opposer sur Le royaume de Ga'hoole, Very bad cops, The american, Fin de concession, Vénus noire et Il reste du jambon ?. Le tout en présence d'un Guy Carlier qui ne manquera pas d'y mettre son grain de sel. Merci d'être un peu indulgents avec moi : ce sera ma première fois sur une grande radio nationale, et j'aurai sans doute les mains moites, la gorge sèche et le trouillomètre à zéro.

[EDIT] Pour la réécoute, c'est ici.

IL RESTE DU JAMBON ?

Quand Anne Depétrini, fofolle professionnelle ayant surfé sur l'esprit Canal sans jamais l'avoir elle-même, passe à la réalisation et engage son amoureux Ramzy Bedia pour un rôle principal assez éloigné de ses délires habituels, il y a de quoi nourrir quelques angoisses. D'autant plus que le titre du film, Il reste du jambon ?, n'est pas là pour rassurer, on pénètre dans cette comédie plus qu'à reculons. À raison et à tort : pas folichon, le film de Depetrini n'a pour autant rien de scandaleux malgré l'emploi régulier de raccourcis l'empêchant de trouver la moindre crédibilité en tant que plaidoyer anti-raciste. Sur une échelle s'étendant de Bienvenue chez les ch'tis à Mauvaise foi, Il reste du jambon serait légèrement plus proche du premier, par sa façon de faire grossièrement cohabiter deux communautés afin d'accoucher d'un message de tolérance sur le mode « aimez-vous les uns les autres ». Il emprunte néanmoins au film de Roschdy Zem quelques-unes de ses caractéristiques principales, à ceci près qu'il traite davantage d'origine géographique que de religion.
La ressemblance est tout de même un peu trop visible, surtout lorsque certains personnages semblent tout droit copiés sur le scénario écrit par le tandem Zem - Elbé : la petite sœur du héros, mimi mais toujours en survêt, est incarnée les deux fois par ue Leïla Bekhti qui n'a visiblement pas peur de se répéter. Au petit jeu des comparaisons, Depetrini sort largement perdante, notamment parce qu'elle se casse la figure dès qu'il s'agit d'aborder le racisme ou le communautarisme sous un jour sérieux. Pendant la dernière demi-heure, la réalisatrice néophyte tente d'aborder des sujets aussi épineux que la condition de la femme ou le mariage forcé, le tout dans un mélange aussi hâtif que hasardeux. On ne croit ni aux ressorts dramatiques ni aux vertus du message, asséné avec autant de sincérité que de maladresse. Et les tentatives humoristiques de stigmatiser les racistes du quotidien sont quasiment aussi vaines : la scène où Éric Judor — who else — apparaît en agent de sécu coupable de délit de sale gueule est amusante parce que c'est Éric. Pas parce qu'elle est écrite finement ou particulièrement originale.
C'est finalement lorsqu'elle s'essaie à la comédie pure ou qu'elle raille le monde du petit écran que Depetrini s'emmêle le moins les pinceaux : il suffit de tolérer l'humour très bon enfant ou les personnages gentiment décalés pour ne pas passer un moment trop exécrable. Surtout que le casting est truffé de seconds rôles interprétés par des gens qu'on aime bien, de Géraldine Nakache à Alex Lutz en passant par Franck Bellocq, le Francky Ky du journal grolandais. Il reste du jambon n'a pour lui que la vague sympathie du film de potes. C'est déjà ça, mais c'est peut-être aussi ce qu'il y a de plus gênant : le film semble n'être que le fruit d'un certain nombre d'actes de copinage de la part d'une fille ayant patiemment exploité ses contacts professionnels dans le but de faire enfin "son" film. Il reste du jambon ? Oui, peut-être ; mais il reste surtout beaucoup de boulot à Anne Depetrini pour devenir une réalisatrice respectable. Un scénario qui tienne la route, une direction d'acteurs plus ferme. Ce genre de détail qui fait la différence.



Il reste du jambon ? d'Anne Depetrini. 1h30. Sortie : 27/10/2010.

[Concours] 2000 critiques | Pause






Pause
En raison d'un week-end de détente passé loin d'Internet, le concours 2000 critiques reprendra dès lundi matin.
La solution du jeu n°7 était : Où est la main de l'homme sans tête. Bravo à Mathieu H. de Nantes, qui participera au tirage au sort final.

27 oct. 2010

PARANORMAL ACTIVITY 2

Dans son genre très à la mode, le premier Paranormal activity se tenait plutôt bien, jouant habilement sur la frustration du spectateur en le laissant poireauter comme une pauvre cloche pour lui offrir enfin une poignée d'effets futés à défaut d'être terrifiants. Devenu entretemps le film le plus rentable de l'histoire, le coup d'éclat d'Oren Peli ne pouvait rester sans suite, et c'est tout naturellement que la Paramount s'est saisie du projet avec une rapidité d'exécution relevant d'un opportunisme certain. Comment reproduire un one shot de petit malin sans que cela se voie trop ? Comment compenser l'absence d'effet de surprise et parvenir à fournir du frisson à des spectateurs désormais rompus à l'exercice ? Le film de Tod Williams y répond avec honnêteté et fatalisme : sans trahir la formule d'origine, c'est relativement impossible. Refusant de sombrer dans la réexploitation incohérente — rappelons-nous Blair witch 2 —, le réalisateur et son scénariste se sont contentés d'en remettre une couche avec ce qui ressemble à une sorte de spin-off du premier volet.
Le film suit en effet la sœur de Katie, l'héroïne du film précédent, qui vient de donner un fils à son nouveau mari, lui-même déjà père d'une adolescente. L'un des partis pris de Paranormal activity 2 est de profiter de l'aisance financière du monsieur — qui possède plusieurs restaurants Burger King — pour s'offrir un décor riche en grandes pièces et en possibilités nouvelles, dont une piscine à ciel ouvert qui ne manquera pas d'être utilisée... à très petites doses, bien entendu. Car le film de Tod Williams n'entend pas non plus se démarquer de son prédécesseur en terme de quantité d'effets. Il faudra se montrer très patient avant d'observer de réels phénomènes paranormaux. C'est d'ailleurs dès que sa machinerie surnaturelle se met enfin en branle que le film dévoile ses faiblesses et son manque d'accroche dramatique : le jeu sur la frustration ne fonctionne plus, et les quelques images « stupéfiantes » délivrées par le réalisateur sont d'une part trop proches de celles de Paranormal activity — portes qui claquent, corps traînés par les pieds — et passablement ridicules — un bébé qui lévite, c'est plus rigolo qu'autre chose. À croire que les démons sont des farceurs fainéants.
Le film entend consolider la mythologie développée dans le premier épisode, où le personnage de Katie expliquait avoir ressenti de curieux phénomènes dès son enfance. Il y arrive assez bien, en disant juste assez pour donner presque envie de se taper un troisième volet rien que pour en savoir encore un peu plus sur une malédiction décidément très famille. On craint pourtant qu'un Paranormal activity 3, qu'on imagine bien sortir en direct to DVD vu le tout petit score du numéro 2 au box-office, ne fasse qu'accentuer les défauts de ce film-ci, et notamment une envie mal contenue de délaisser de plus en plus les caméras de surveillance pour favoriser le maniement du caméscope numérique, plus pratique pour les scénaristes mais aussi beaucoup moins singulier. Paranormal activity 2 n'a rien de franchement détestable, en tout cas pour qui a supporté le film précédent, mis on sent bien qu'une extension de la franchise ne pourrait mener que vers du vide alors qu'il ne s'agissait au départ que d'un projet certes contestable, mais aussi sympathique que modeste.



Paranormal activity 2 de Tod Williams. 1h31. Sortie : 20/10/2010.

[Concours] 2000 critiques | Jeu n°7/13







Jeu n°7
Un acteur figure à la fois dans ce film-ci et ce film-. Un autre acteur figure à la fois dans ce film-ci et ce film-. Quel est le titre du film dont ils partagent l'affiche ?
Envoyez votre réponse et votre adresse postale à concours@toujoursraison.com avant ce soir minuit.
Le gagnant du jour sera tiré au sort parmi les bonnes réponses. Il participera au tirage au sort final pour gagner soit un des 12 Blu-ray mis en jeu, soit le pack de 6 Blu-ray offert au grand gagnant.

La solution du jeu n°6 était : Bienvenue à Zombieland. Bravo à Jean-Michel S. de Pierrefitte, qui participera au tirage au sort final.

26 oct. 2010

VÉNUS NOIRE

Multicésarisé pour ses deuxième et troisième films, Abdellatif Kechiche quitte avec Vénus noire la communauté maghrébine et l'époque contemporaine pour s'intéresser à un personnage emblématique ayant vécu au début du dix-neuvième siècle : Saartjie Baartman, sud-africaine stéatopyge, affublée du nom de « Vénus hottentote » en raison de son postérieur proéminent. Le film entend décrire le martyr enduré par la pauvre femme, d'abord exploitée comme un vulgaire phénomène de foire avant de devenir l'attraction numéro un d'un bordel puis de faire l'objet de l'intérêt malsain de scientifiques examinant son physique atypique pour mieux la rapprocher du singe. Kechiche aurait-il déniché le sujet idéal pour stigmatiser le racisme ancestral et ceux qui le pratiquent. On ne sait pas. On ne sait plus. On s'en fout.
Visiblement aveuglé par l'adoration soudaine qui lui a été portée par la profession, la critique et une partie du public, le réalisateur de La faute à Voltaire livre en effet un long-métrage copieusement raté, qui non seulement passe à côté de son sujet mais le fait avec une trivialité teintée de complaisance. Comme dans ses précédents films, Kechiche refuse de s'abandonner à un montage serré afin de restituer la vérité du moment et de favoriser le réalisme par dessus tout. Mais ce qui pouvait fonctionner auparavant n'est ici que prétexte à délayer chaque séquence au maximum pour accoucher d'un film racoleur comme pas deux, où le propos féministe et anti-raciste passe à l'as, éclipsé par la fascination malsaine du metteur en scène pour son personnage et pour son propre nombril. Vénus noire est clairement l'oeuvre d'un type s'étant imaginé un peu trop tôt pouvoir figurer au côté des auteurs les plus incontournables du cinéma classique français, et cela fait peine à voir.
Que Kechiche prenne d'abord son temps pour détailler le contenu du fameux spectacle de foire dans lequel Saartjie fut longtemps contrainte d'adopter un comportement animal afin d'être humiliée comme il se doit par le public londonien, soit ; le problème, c'est que cette scène, la deuxième du film, est ensuite prolongée, répétée, rabâchée sous plusieurs formes pendant près de deux heures et demie, simplement pour pousser toujours plus loin le malaise mais sans jamais se soucier de l'apport cinématographique réel. Saartjie dans une cage, Saartjie à quatre pattes, Saartjie cuisses ouvertes : tout ce que fait Kechiche, c'est pointer le spectateur du doigt et lui ordonner de faire pénitence, puisqu'il est obligatoirement le descendant de ces horribles nobles ricanants ou de ces prolétaires crasseux, venus dépenser leur trois sous pour voir une personne moins bien lotie qu'eux se faire ridiculiser en public. Repousser à ce point les frontières du manichéisme et de la manipulation émotionnelle a quelque chose d'absolument gerbant, d'autant que c'est à cela que se résume absolument le film. Il y avait déjà de quoi tiquer un peu avec la longue conclusion de La graine et le mulet, qui mettait complaisamment le spectateur face à sa position de vilain mateur occidental, assoiffé de couscous et de chair fraîche. Mais Vénus noire va plus loin, reproduisant la scène de danse ayant fait connaître Hafsia Herzi mais la dégraissant de tout ce qui pouvait en faire l'intérêt.
On marche littéralement sur la tête. La mise en scène inexistante, hideuse, n'est même pas là pour relever le niveau. Le réalisme parfois facile mais toujours énergique des précédents Kechiche n'y est plus, et celui-ci filme complètement à l'arrache, sans souci d'une quelconque cohérence visuelle ou d'une volonté de style. Il semble nous dire « le style, c'est moi », nous éructant au visage sa vision même pas savante de l'existence de la Vénus hottentote, dont il exploite le corps de façon aussi inhumaine que les salopards qu'il décrit. Aucun effort n'est fait pour faire comprendre leurs motivations, leurs agissements, la façon dont ils parviennent parfois à louvoyer entre les différentes strates de la société du dix-neuvième. Par manque de moyens ou par pur orgueil, Vénus noire ressemble à une brochette de scènes interminables, juxtaposées entre elles sans jamais prendre le temps de donner un peu de sens ou de logique, de fluidifier l'ensemble en le rendant moins pompeux et plus pénétrant. Ni le souffle épique du film d'époque, ni la vibrante émotion du plaidoyer humaniste ne viendront traverser cet affligeant spectacle en forme d'insulte aux personnages et aux spectateurs, qui fait d'Abdellatif Kechiche un vulgaire montreur d'ours d'autant plus détestable qu'il semble persuadé d'être un artiste.



Vénus noire d'Abdellatif Kechiche. 2h44. Sortie : 27/10/2010.

[Concours] 2000 critiques | Jeu n°6/13








Jeu n°6
Une actrice figure à la fois dans ce film-ci et ce film-. Un acteur figure à la fois dans ce film-ci et ce film-. Quel est le titre du film dont ils partagent l'affiche ?

Envoyez votre réponse et votre adresse postale à concours@toujoursraison.com avant ce soir minuit.
Le gagnant du jour sera tiré au sort parmi les bonnes réponses. Il participera au tirage au sort final pour gagner soit un des 12 Blu-ray mis en jeu, soit le pack de 6 Blu-ray offert au grand gagnant.

La solution du jeu n°5 était : Tout est illuminé. Bravo à Dominique M. de Gallardon, qui participera au tirage au sort final.

25 oct. 2010

[DVD] 2 films de Xavier Beauvois | 2 films de Ken Loach | France Inter

Sur le mode des éditions DVD de la collection Cahiers du Cinéma, France Inter a publié au début du mois deux doubles DVD : l'un est consacré à Xavier Beauvois, dont la carrière n'a pas démarré avec Des hommes et des dieux, et l'autre à Ken Loach, palmé il y a quelques années pour Le vent se lève. Passage en revue de ces deux sorties récentes, présentées sans suppléments mais bénéficiant en tout cas de copies irréprochables.

Après deux films très sociaux mais un rien narcissiques, justement publiés en DVD aux éditions des Cahiers, Xavier Beauvois semble avoir opéré deux choix majeurs dans sa carrière de cinéaste. Le premier : laisser la tête d'affiche à des acteurs plus charismatiques que lui. La deuxième : poursuivre sa radiographie sans concessions d'une France souvent arriérée, mais travailler le sujet par le biais d'oeuvres plus ambitieuses, formellement et scénaristiquement. D'où cet impeccable Selon Matthieu, qui voit un Benoît Magimel noir corbeau tenter de venger son père, ouvrier fraîchement licencié et encore plus fraîchement décédé, en séduisant Nathalie Baye, grande bourgeoise qu'il juge responsable du malheur qui s'abat sur sa famille.
Outre le véritable suspense qu'il parvient à créer autour de la relation de plus en plus trouble qui unit les deux héros, le film contient l'auto-critique d'un Beauvois acceptant de reconnaître que tout mettre sur le dos des patrons n'a jamais permis d'avancer. La soif de revanche du fameux Matthieu, complètement aveuglé par la haine, est là pour le prouver. Un film intense, sombre et d'une finesse absolue.


Sur la pente ascendante, Beauvois retrouve Nathalie Baye pour Le petit lieutenant, polar réaliste n'ayant absolument rien à envier au L.627 de Bertrand Tavernier, trop manichéen pour gagner ses galons de référence du genre. Ce portrait d'un jeune flic découvrant le métier en même temps que nous est non seulement sa plus belle mise en scène, mais c'est aussi sans doute son film le plus complet, infaillible sur le fond comme sur la forme. De plus en plus finaud dans ses approches sociétales, le cinéaste montre une police bicéphale au lieu de taper dessus à grands coups de démagogie. Come Selon Matthieu, c'est un film fort par le genre qu'il emprunte autant que par ce qu'il entend montrer et démontrer.
Avec un Jalil Lespert au sommet, Le petit lieutenant séduit et sidère parce qu'il crée une tension liée presque exclusivement à la psychologie de ses personnages. Plus précisément, il faut de nombreuses bobines avant que le premier coup de feu du film soit tiré, petit exploit lorsque l'intrigue se situe au sein d'un groupe crim' de la police judiciaire parisienne. Refusant tout sensationnalisme, Beauvois crée une tension inextricable et fait comprendre que la moindre seconde de répit ou d'inattention peut parfois être plus dangereuse pour un flic que certaines opérations ambitieuses ou complexes. Une réussite éprouvante.



Selon Matthieu de Xavier Beauvois. 1h45. Sortie : 10/01/2001.
Le petit lieutenant de Xavier Beauvois. 16/11/2005. Sortie : 1h50.








Datant de 1980, The gamekeeper est resté inédit dans les salles françaises, et ce n'est sans doute pas un hasard. S'il pourra éventuellement plaire à ses détracteurs, ravis de le voir délaisser pour un temps ses habituelles aspirations sociales, le sixième film de Ken Loach devrait décevoir les autres. Le cinéaste britannique tente d'opérer une approche documentaire, naturaliste, de la première année d'un ancien ouvrier en tant que garde-chasse d'un lord installé à la campagne. Qu'en retenir si ce n'est l'admirable photographie de Chris Menges ? Pas grand chose, tant la tentative de Loach de montrer en filigrane les pressions empiriques subies par le pauvre home apparaît comme un substitut pachydermique à ses traditionnelles attaques frontales.
Sans jamais offrir de réelle intrigue ou de progression dramatique quelconque, le film montre en effet comment les règles édictées par les nantis d'hier et par ceux d'aujourd'hui régissent de façon parfaitement arbitraire la vie des pauvres prolétaires payés pour les servir. Le tout manque de dimension et ressemble à un amoncellement de raccourcis pas scandaleux mais frôlant en tout cas l'amateurisme, ce qui est difficilement acceptable de la part d'un artiste qui avait déjà prouvé son talent avec des œuvres telles que Kes.


On retrouve fort heureusement le Loach grand cru avec le deuxième film du coffret, Raining stones, tentative modeste mais convaincante de l'auteur pour mettre la famille britannique sur un piédestal. Si son postulat - un homme dans la mouise se bat comme un fauve pour offrir à sa fille l'aube qu'il veut qu'elle porte le jour de sa communion - peut faire penser à celui d'une énième complainte larmoyante avec plaidoyer anti-religieux à la clé, il n'en est rien : le film de Loach est plus digne que la moyenne de ses œuvres, montrant avec un certain positivisme mais sans optimisme béat que les liens du sang peuvent pousser à déplacer des montagnes.
Le film est cependant loin de tomber dans la candeur, puisque la lutte de ce chef de famille se terminera sur quelques touches assez noires, excellemment gérées par un Loach n'aimant rien tant que filmer des dilemmes moraux absolument impossibles à résoudre. La fin de Raining stones résonne comme une belle déflagration et laisse ouvertes de nombreuses questions sur la culpabilité et le pardon. L'air de rien, un des films-phares du réalisateur.



The gamekeeper de Ken Loach. 1h24. Inédit en salles.
Raining stones de Ken Loach. 1h30. Sortie : 06/10/1993.

[Concours] 2000 critiques | Jeu n°5/13





Jeu n°5
Un acteur-réalisateur figure à la fois dans ce film-ci et ce film-. Un acteur figure à la fois dans ce film-ci et ce film-. Quel est le titre du film réalisé par le premier et interprété par le second ?

Envoyez votre réponse et votre adresse postale à concours@toujoursraison.com avant ce soir minuit.
Le gagnant du jour sera tiré au sort parmi les bonnes réponses. Il participera au tirage au sort final pour gagner soit un des 12 Blu-ray mis en jeu, soit le pack de 6 Blu-ray offert au grand gagnant.

La solution du jeu n°4 était : La comtesse. Bravo à Wassana S. de Cholet, qui participera au tirage au sort final.

24 oct. 2010

5 films de potes à voir pour éviter LES PETITS MOUCHOIRS



Avec son accent du Sud plus pittoresque que nature, le Jean-Louis des Petits mouchoirs vous dirait sans doute que « 'taing, les coupaings, l'amitié il n'y a que ça de vrai, cong » avant de vous tendre nonchalamment une coupelle de cahouètes. C'est vrai, Jean-Louis, c'est vrai. Mais plutôt que de se coltiner l'horrible navet de Guillaume Canet, aussi grossier que racoleur, pourquoi ne pas rester bien au chaud chez soi et savourer l'un de ces 5 (ou plutôt 6) films de potes made in France, aussi irrésistibles qu'inépuisables.


Nos enfants chéris de Benoît Cohen (2003)

« Pars, surtout ne te retourne pas », claironne l'épilogue de cette succulente comédie générationnelle tournant autour de trentenaires mal mariés et n'ayant pas le temps de se remettre en question étant donné qu'ils doivent s'occuper de leur mille gosses. Aussi bourré de bonne humeur que de mauvais esprit, le film de Benoît Cohen finit par triompher par la grâce de sa conclusion se moquant bien de la morale et des conventions. La série TV qui suivit est quant à elle fort dispensable.


Mes meilleurs copains de Jean-Marie Poiré (1988)

Incroyable mais vrai : il fut un temps où Jean-Marie Poiré n'était pas le réalisateur exaspérant et hystérique de comédies hystérico-beaufs. Onze ans après les touchants Petits câlins, il livrait ce film de potes plus nostalgique que rigolard, hanté par les grinçants fantômes du passé. Tous les acteurs, de Philippe Horsand à Jean-Pierre Bacri, y excellent ; mais la palme des palmes revient à Jipé Darroussin pour cette réplique culte : « Guido il s'est pris la table de ping-pong ».


Un éléphant, ça trompe énormément & Nous irons tous au paradis d'Yves Robert (1976-1977)

Indissociables, les deux films ont certes pris quelques rides, mais la conception de l'amitié vue par Yves Robert et Jean-Loup Dabadie reste cependant toujours aussi savoureuse. Femmes-fantasmes, mères envahissantes (pour l'anecdote, la "mère" Villalonga est a seulement 2 ans de plus que le "fils" Bedos) et galères hilarantes - ah, le terrain de tennis et l'aéroport - jalonnent ce film à la gloire d'une camaraderie franche, virile mais pas écervelée pour autant.


Le péril jeune de Cédric Klapisch (1994)

Réalisé pour la télé, le deuxième long de Klapisch envisage l'amitié sous son jour le plus frais, en relatant l'année du bac vécue par cinq potes qui se croyaient inséparables. Chaleureux et potache, ce film initiatique ponctué de scènes cultes est cependant empreint d'une véritable inquiétude : les lycéens ont peur des adultes qu'ils pourraient devenir. Ils finiront pourtant par emprunter des voies qu'ils s'étaient juré de ne pas prendre, rendant ce péril jeune plus palpable que prévu.


Vincent, François, Paul et les autres de Claude Sautet (1974)

Guillaume Canet a beau se réclamer de Claude Sautet, il n'y a absolument pas photo dès lors que l'on compare les oeuvres du jeune réalisateur et la filmographie compacte et savoureuse de son modèle, dont l'oeuvre la plus populaire, maintes fois pompée, est peut-être celle qui ressemble plus à la vie. Dit comme ça, c'est évidemment niais, mais le film de Sautet possède néanmoins ce réalisme superbe et un rien crasseux avec lequel Les petits mouchoirs n'arrivent jamais à renouer.


Les petits mouchoirs de Guillaume Canet. 2h25. Sortie : 20/10/2010. Lire la critique.

[Concours] 2000 critiques | Jeu n°4/13







Jeu n°4
Un acteur figure à la fois dans ce film-ci et ce film-. Une actrice figure à la fois dans ce film-ci et ce film-. Quel est le titre du film dont ils partagent l'affiche ?

Envoyez votre réponse et votre adresse postale à concours@toujoursraison.com avant ce soir minuit.
Le gagnant du jour sera tiré au sort parmi les bonnes réponses. Il participera au tirage au sort final pour gagner soit un des 12 Blu-ray mis en jeu, soit le pack de 6 Blu-ray offert au grand gagnant.

La solution du jeu n°3 était : Ma vie n'est pas une comédie romantique. Bravo à Jacob K. du Pecq sur Seine, qui participera au tirage au sort final.
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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