31 juil. 2010

PLAN B

On ne devrait jamais sous-estimer le pédé qui se cache en chacun de nous. Voilà le principal enseignement de ce très prenant Plan B, qui devrait être montré de force à ces nombreux mâles persuadés d'être 100% hétéros et affichant des moues dégoûtées dès que l'on ose évoquer leur part même infime d'homosexualité. Extrêmement tordu sur le principe, le film de l'Argentin Marco Berger parvient pourtant à rendre ses situations crédibles et se montrer profond sans jamais se déparer d'une certaine bonne humeur. Pour Bruno, sympathique héros chevelu, il s'agit avant tout de jouer un tour au nouveau mec de son ex en tentant de le séduire pour récupérer celle qu'il regrette d'avoir largué. Un plan complètement tarabiscoté mais préparé à pas feutrés par le réalisateur, qui filme ses héros sans ambages et crée une impression immédiate de proximité.
Puis arrive peu à peu ce qui donne tout son sens au film : en mettant en oeuvre son stratagème, Bruno finit par se demander s'il n'aurait pas un tout petit faible pour ce Pablo a priori aussi hétéro que lui. Gros comme une maison ? Oui, et pourtant ça passe. Car sur le ton d'un film de potes - on pense parfois au très coolos Humpday, et pas seulement parce que les sujets des deux films se chevauchent -, Marco Berger greffe progressivement de petits éléments moins rigolards, plus sérieux, qui créent le malaise et font surgir plus d'une interrogation chez les deux hommes. Voilà un film capable de faire fondre comme neige au soleil les certitudes de plus d'un spectateur hétéro n'ayant jamais imaginé pouvoir tomber amoureux d'une personne du même sexe. Car avec leurs t-shirts de foot et leurs cheveux en bataille, Bruno et Pablo sont de parfaits average Joes auxquels il est facile de s'identifier.
Et le sexe dans tout ça ? On pourra reprocher à Berger de refuser la frontalité dans le traitement de l'attirance sexuelle et la difficulté de passer à l'acte. On s'arrêtera sur l'image de deux types refusant d'admettre qu'ils ont peut-être pris un peu de plaisir en s'embrassant, ou de ces deux mêmes mecs ayant bien du mal à poursuivre l'effeuillage mutuel au-delà du simple t-shirt. En cadrant ses personnages de très près, en refusant toute complication visuelle pour privilégier la simplicité, Berger crée une certaine intimité qui se révèle d'autant plus forte que la plupart des dialogues s'effectuent dans de très petits espaces. Un lit, un canapé, une cuisine minuscule : Plan B favorise le rapprochement des corps et forcément celui des coeurs. Et malgré quelques longueurs, sa curieuse alchimie fonctionne de part en part.




Plan B de Marco Berger. 1h43. Sortie : 28/07/2010.

PREDATORS

La nouvelle de la mise en oeuvre d'un nouveau Predators était accompagnée de grincements de dents accompagnés de sursauts d'excitation. On pouvait contester le choix du réalisateur hongrois Nimrod Antal - responsable du récent et calamiteux Blindés -, s'interroger sur le rôle de Robert Rodriguez en tant que producteur, et s'amuser de la décision prise par les auteurs de se démarquer en utilisant cet univers à des fins de survival. Amusante idée que de mettre aux prises une dizaine de barbouzes - plus un médecin et un taulard - venus de tous horizons et réunis par une seule et même constante : ils ne sont que de simples proies à la merci du terrible prédateur polymorphe. Ou plutôt des terribles prédateurs polymorphes.
C'est ainsi que la première moitié du film orchestre la rencontre de ces personnages ayant très peu de temps pour se découvrir et s'apprivoiser avant de devoir s'allier pour combattre leurs assaillants. Pas dénué d'humour, mais sur un ton différent du film original de John McTiernan, Predators joue sur des mécanismes ayant fait leurs preuves - de Lost à Cube - en proposant à des anonymes une succession d'épreuves où le moins futé a toutes les chances de se faire berner, et donc de finir trucidé. Le casting de gueules est impayable : il y a d'une part ceux qui collent parfaitement à leur rôle comme l'inévitable Danny Trejo, et de l'autre quelques pures erreurs de casting tellement réjouissantes qu'on finit rapidement par les considérer comme volontaires. Franchement, imaginer Adrien Brody comme un pur militaire de terrain avec une voix aussi grosse que ses testiboules, il fallait oser. L'acteur s'acquitte de sa tâche avec un indéfectible sérieux qui constitue l'une des attractions phares du film.
Sans pisser très loin, cette première partie remplit son contrat en terme de pur divertissement. La deuxième, quant à elle, choisit de revenir sur des rails plus classiques - en tout cas pour la série - et sort les survivants de la forêt pour les faire entrer dans une série de souterrains bien sombres où ils ne manqueront pas de rencontrer de charmants spécimens. Là, le film opte pour un retour au sérieux qui ne lui sied pas vraiment, d'abord parce que le scénario ne fait qu'empiler paresseusement quelques scènes vues dans les volets précédents, ensuite parce qu'on perd soudain toute jubilation. Antal a beau effectuer un travail franchement correct en terme d'efficacité, Predators finit par traîner la patte mais demeure néanmoins un amusant film de genre dont les facettes fun sont de très loin les plus réussies. On ne criera ni au scandale ni au génie.




Predators de Nimrod Antal. 1h47. Sortie : 14/07/2010.

30 juil. 2010

LE DERNIER MAÎTRE DE L'AIR

C'est ce qu'on peut appeler un miracle. Alors que sa carrière semblait tourner court, M. Night Shyamalan s'est vu confier un film de commande qui semblait n'intéresser personne : l'adaptation live de la série animée Avatar, dont le titre n'a pas été conservé pour des raisons cameroniennes. Une histoire vaguement fantasy sur quatre royaumes détenant chacun le pouvoir de maîtriser le feu, l'eau, la terre et l'air. Cela sentait au mieux la grosse baudruche impersonnelle, au pire l'accident industriel, mais en tout cas pas le genre de film susceptible de remettre Shyamalan sur le devant de la scène. Pourtant, de façon quasi inexplicable, Le dernier maître de l'air séduit. L'affaire n'est pourtant pas gagnée d'avance : le film part même de façon assez laborieuse et semble prêt à s'enliser dans une mélasse visuelle et mélodramatique indigeste.
Clairement destiné aux enfants, le film de Shyamalan n'a pour autre but que de raconter une histoire somme toute assez simple et d'inculquer quelques valeurs fondamentales à nos chers marmots. Et il remplit idéalement son contrat, allant crescendo sur l'échelle de l'adrénaline et de l'émotion. On est quelque part entre À la croisée des mondes et Little Buddha, le jeune héros ressemblant de très près au petit américain du film de Bertolucci, désigné à la surprise générale comme le futur dalaï-lama. Un peu frêle, ouvrant de grands yeux interloqués sur le monde, le newbie Noah Ringer est la parfaite incarnation de la candeur touchante qui enveloppe tout le film. La trame du film, un combat entre gentils et méchants, tire vers un manichéisme mesuré qui se révèle plus confortable qu'agaçant.
Visuellement, Shyamalan est évidemment très loin des prodiges de mise en scène qu'il accomplissait jadis, principalement dans son chef d'oeuvre Incassable. Il tente néanmoins des choses et évite la platitude inhérente au genre (les tacherons de chez Narnia feraient bien de prendre des notes). On n'évite pas une certaine kitscherie dans une poignée de scènes, certains effets visuels ratés peuvent prêter à sourire, mais globalement le film se tient et parvient même à survivre à une 3D certes inutile. Le dernier maître de l'air a ce petit côté eighties qui fait le charme de certains blockbusters d'antan. Et malgré la faiblesse d'une partie de l'interprétation (Dev Patel est un méchant bien terne), en dépit d'un sérieux manque d'humour, le film semble se galvaniser lui-même. Porté par l'excellente partition de James
Newton Howard, il nous pousse même à avoir envie de voir les deux volets suivants, Paramount ayant promis une trilogie avant que le film n'obtienne des résultats décevants au box-office. On n'aurait pas misé un kopeck sur la survie de M. Night Shyamalan après ce film-ci ; on se prend désormais à rêver pour lui d'un rebond salvateur pour sa carrière.




Le dernier maître de l'air de M. Night Shyamalan. 1h43. Sortie : 28/07/2010.

29 juil. 2010

DESIERTO ADENTRO

Présenté à la Semaine de la Critique il y a déjà deux ans, le nouveau film de Rodrigo Pla (La Zona - Propriété privée) confirme le talent d'un cinéaste mexicain visiblement avide d'univers différents et d'histoires dérangeantes. Ce Désert intérieur se déroule pendant les années 20 et suit une famille de pauvres mexicains vivant dans le désert et n'ayant pour point d'appui que le travail et Dieu. En ces temps où les églises sont détruites et les prètres traqués sans relâche, le chef de famille bigot mise pourtant sur sa foi pour maintenir sa famille à flot. Résultat : les drames s'enchaînent et voilà le pauvre Elias qui se met en tête de bâtir une église en plein désert et d'attendre un signe de Dieu. Bin voyons.
Découpé en quatre chapitres, Desierto adentro débute à la manière de certains films sur la religion datant de la grande époque italienne : Dieu apparaît à la fois comme une menace et un sauveur, et on ne sait pas trop sur quel pied danser. Mais, peu à peu, Rodrigo Pla choisit son camp et fait d'Elias un père de plus en plus dangereux, cousin du Harrison Ford de Mosquito coast dans une version religieuse donc encore plus inquiétante. Le film montre brillamment comment une foi inconditionnelle peut rapidement se muer en un aveuglement terrible. Et à mesure que les évènements tragiques se succèdent, on se tasse dans son siège en priant pour ne jamais devenir aussi pathétique et aussi psychopathe pour une simple croyance.
Rodrigo Pla met superbement en scène une histoire sans concession qui ne lâchera pas son emprise avant la fin. On a mal et peur avec les personnages, on s'identifie à eux et à leur détresse, on voudrait les débarrasser de ce père devenu fou et de ce Dieu faisant comme toujours plus de mal que de bien. Singularité pas si anecdotique : Pla ne montre les icônes religieuses que sous forme de petites animations jamais irrévérencieuses mais qui montrent bien que tout cela n'est pour lui que folklore, que pure mythologie, qu'une succession d'histoires destinées à assagir le peuple. Quitte à ce que certains ne surinterprètent les textes et ne deviennent de dangereux intégristes. Desierto adentro est un film fort et beau qui devrait être montré dans tous les cours de catéchisme.




Desierto adentro de Rodrigo Pla. 1h52. Sortie : 28/07/2010.

CARLOS

Quand on a appris qu'Olivier Assayas avait été choisi pour diriger une mini-série sur le terroriste Carlos, la principale interrogation portait sur ce que le cinéaste allait bien pouvoir apporter de personnel à une oeuvre pas forcément calibrée, mais en tout cas aiguillée par un lourd cahier des charges. Dates, évènements, protagonistes : de telles histoires et de telles vies laissent rarement assez de place à un auteur pour s'exprimer en tant qu'artiste au lieu de simplement s'inscrire dans du factuel instructif et efficace. À vrai dire, les 2 heures 45 de la version cinéma ne permettent pas réellement de répondre à la question : si Carlos semble dirigé par un cinéaste sûr de son fait, difficile d'y trouver la patte d'Assayas. Sauf peut-être dans le choix de la bande originale, utilisée avec goût et punch afin de monter en épingle quelques moments-clés de la vie de Carlos et de ses collaborateurs.
Pour le reste, Carlos est le film qu'on attendait, ce qui est à la fois un défaut et une qualité. Plutôt équilibré (on ne ressent pas l'impact des coupes effectuées sur une mini-série de presque 6 heures), il nous plonge sans perdre de temps dans le quotidien jamais tranquille de cet homme qui passa ses années de liberté à se battre pour ses idées, quel que soit le prix à payer. Pour ses idées mais pas seulement : l'un des gros morceaux du long-métrage, la prise d'otage de l'OPEP, montre que même le militant le plus virulent peut parfois céder à d'autres sirènes. Ce qu'il y a de passionnant dans le film d'Assayas, c'est qu'il décrit le "métier" de Carlos quasiment comme s'il s'agissait de n'importe quel chef d'entreprise haut placé, multipliant les rendez-vous importants et devant régulièrement prendre des décisions très importantes. Loin des terriers de Ben Laden, Carlos ne vit pas caché, ou si peu, profitant lorsque cela est possible du confort proposé.
Pour autant, Assayas ne décrit pas un parcours facile, mais ne fait du terroriste vénézuélien ni un héros ni un martyr. On a le sang qui se glace devant certains de ses agissements ; on ne peut s'empêcher de penser que ce type possède une certaine forme de courage ; on finit par prendre pitié de lui lorsqu'il se retrouve indésirable dans tous les pays qui lui tendaient jadis les bras. Carlos l'affirme : il est promis à un destin tragique. C'est pourtant une fin assez pathétique que nous propose le film, des problèmes de santé et une solitude croissante le menant plus facilement que prévu vers un emprisonnement à vie bien éloigné de la fin dont il aurait sans doute rêvé. Carlos est le récit d'une frustration, celle d'un homme qui aurait aimé terroriser le monde jusqu'à la fin de sa vie et faire triompher ses idées et celles de ses proches sans se soucier du préjudice causé. En l'état, celui qui a souvent fait la une des journaux n'a réussi son pari qu'à moitié.




Carlos d'Olivier Assayas. 2h45. Sortie : 07/07/2010.

28 juil. 2010

L'ÂGE DE RAISON

Après s'être fait les griffes sur l'archi-niais Jeux d'enfants, toujours candidat pour la palme de la fin la plus stupide du monde, Yann Samuell était parti tenter sa chance aux States avec un remake de My sassy girl synonyme de retour immédiat en France pour cause de nullité cosmique et de bide intersidéral. Franchement, messieurs les Ricains, vous n'auriez pas pu lui offrir une green card à vie et un boulot décent ? Car Samuell semble tout à fait déterminé à poursuivre ses méfaits en France, comme en témoigne cet Âge de raison aussi plat et sirupeux que son affiche le laisse supposer. Un film qui installe définitivement le réalisateur comme un Marc Lévy du septième art.
Les deux hommes posent sur le monde un même regard stupidement émerveillé, et partagent les mêmes interrogations... à tel point que les sujets de leurs dernières oeuvres en date sont pour le moins similaires. Sur le thème "Que sont devenus nos rêves d'enfants ? Qui suis-je ? Où vais-je ? Dans quel état j'erre ?", l'écrivaillon orchestre une rencontre métaphysique (hum) entre un homme et l'enfant qu'il était, tandis que le filmeur voit une working girl recevoir les lettres couvertes de gommettes qu'elle s'était écrites à l'âge de 7 ans. Sans avoir lu le bouquin, on peut imaginer deux résultats relativement semblables à base de concentré de guimauve bien consensuelle. Ne parlons même pas de l'inanité totale de l'évolution psychologique de l'héroïne, carnassière capitaliste qui ne tardera pas à fondre et à regretter sa vie passée à amasser des profits : le principal défaut de L'âge de raison n'est sans doute pas sa faiblesse d'écriture, mais sa propension à croire qu'un emballage pop sucré suffit à faire gober n'importe quoi au spectateur, et à utiliser le monde de l'enfance comme une justification pour raconter n'importe quoi.
Samuell retrouve en fait le même dispositif que dans Jeux d'enfants : sur un ton à la Francis Lalanne, il multiplie les historiettes et les effets visuels pour se rendre attachant et nous faire comprendre que nous, les vilains adultes, serions vachement plus heureux si nous avions suivi nos projets d'enfance. C'est vrai, quoi : un monde plein de pilotes de course et de princesses, ça serait tellement passionnant. Non seulement le film nous fait la leçon avec une absence totale de finesse, mais on sent poindre à plus d'une reprise le mépris d'un réalisateur qui dit aux comptables et aux femmes de ménage que tous mènent une vie de con alors que lui, l'Artiste, a su rester droit dans ses bottes. Il y a véritablement des claques qui se perdent. Sophie Marceau, elle, est plutôt à l'aise dans ce rôle si consternant d'une femme d'affaires qui finira par aller creuser des puits en Afrique, rongée par une culpabilité qui sclérose de plus en plus notre pauvre cinéma.




L'âge de raison de Yann Samuell. 1h37. Sortie : 28/07/2010.

L'AGENCE TOUS RISQUES

Qui n'a jamais pris son goûter devant une énième rediffusion de L'agence tous risques a sans doute un peu raté sa vie... Aussi, l'annonce d'une adaptation cinématographique de cette série née en 1983 a fait trembler de peur quelques téléspectateurs avertis : comment Joe Carnahan allait-il composer son casting pour parvenir à faire oublier Mr. T et les autres ? Réponse : en faisant absolument n'importe quoi pour rendre toute comparaison impossible. Bien que pourvus des mêmes principaux traits de caractère, les personnages du film apparaissent comme totalement différents et sont défendus avec un détachement un rien artificiel par quatre interprètes se demandant légèrement pourquoi ils ont été choisis.
Carnahan a choisi de privilégier le fun mais n'en a pas pour autant oublié son amour des intrigues pleines de noeuds difficiles à défaire. Le périple rocambolesque du quatuor s'inscrit dans une histoire de complot militaire tenant plutôt la route mais ayant malheureusement tendance à encombrer ce pur divertissement et à l'allonger à l'excès : le film gagne en sérieux ce qu'il perd en rythme, d'autant qu'on n'est clairement pas venu chercher ce genre de situations à tiroir. On veut du fun, et Carnahan s'y emploie à coups de scènes plus bourrines les unes que les autres. C'est tout à fait le mot : pendant près de deux heures, on est en immersion au pays des bourrins avec ces quatre types sans doute très doués dans leur job mais surtout désespérément obtus. Est-ce à cause des tronches de ses protagonistes, mais L'agence tous risques laisse en tout cas une impression de film bête à manger du foin.
On a beau en prendre régulièrement plein les yeux (une scène d'assaut d'immeuble à couper le souffle), on sort de L'agence tous risques lessivé et moyennement euphorique, comme après dix heures de bus avec des supporters de foot pas méchants mais remplis de bière. Ça sent la sueur et l'urine, les blagues volent toujours plus bas, et le chauffeur prend les lacets à une telle vitesse qu'on a régulièrement le coeur au bord des lèvres. Incluant malicieusement un hommage à la série d'origine, L'agence tous risques aurait pu viser plus mal, mais finit par ployer sous le poids de ses trop nombreux excès.




L'agence tous risques (The A-team) de Joe Carnahan. 1h54. Sortie : 16/06/2010.

27 juil. 2010

COPACABANA

Il n'y a pas grand chose de pire au cinéma que des intentions trop lisibles. Marc Fitoussi est hélas de ces réalisateurs qui ont certes des histoires à raconter, mais trébuchent immanquablement dès lors qu'il s'agit de leur donner du corps et du sens. Plus encore que La vie d'artiste, son premier long, Copacabana se plante en utilisant un postulat éculé pour procéder à une étude de caractères pachydermique.
Il n'y a rien à faire : le talent ne s'invente pas. C'est ainsi que chaque dialogue, chaque situation ressemble chez Fitoussi au mauvais premier jet d'un scénariste amateur. Les répliques devraient être rondes en bouche mais sont d'une lourdeur infinie (notamment le langage djeunz d'une héroïne refusant de vieillir), et les situations sont passablement éculées. D'entrée on a l'impression de connaître par coeur le personnage de Babou, quinqua illuminée méprisée par une progéniture bien plus mûre. Sa folie douce est décrite de façon si artificielle qu'il semble impossible de s'y attacher une seule seconde, ou même de s'agacer de ses gesticulations incessantes. Il faut dire que l'utilisation d'Isabelle Huppert dans un contre-emploi bien trop grossier ne relève pas le niveau : il y a quelque chose de presque gênant à la voir ainsi tenter de nous faire rire, elle qui continue de nous faire froid dans le dos.
La première demi-heure, qui décrit les rapports tendus entretenus par Babou et sa fille Esmeralda (même le choix des prénoms est au-delà du signifiant), est sans doute la pire. La suite, qui voit Babou débarquer à Ostende pour vendre des appartements en multi-propriété, est un ton au-dessus sans pour autant se faire transcendante : on sent Fitoussi dépassé par son envie de faire à la fois dans le portrait de femme et la comédie sociale teintée de Chabrol. Il s'enferme alors dans une succession de scènes que la prétendue légèreté de son film est censée justifier, mais qui ressemble avant tout à un grand n'importe quoi aguicheur. Les mauvaises idées de mise en scène n'arrangent rien, en particulier celle qui consiste à filmer des paysages grisâtres avec pour fond musical des morceaux issus du folklore brésilien. Façon de taper dans le dos du spectateur en lui signifiant lourdement qu'on est un cinéaste décalé alors qu'on n'est pas un cinéaste du tout.




Copacabana de Marc Fitoussi. 1h47. Sortie : 07/07/2010.

25 juil. 2010

LES PETITS RUISSEAUX

On devrait permettre plus souvent aux auteurs de bande dessinée de mettre eux-mêmes en scène l'adaptation de leur oeuvre. Il y avait le recommandable Nouveau Jean-Claude de Didier Tronchet, le réussi Persépolis de Marjane Satrapi (et Vincent Parronaud)... S'ajoute désormais à la liste le premier film de Pascal Rabaté, Les petits ruisseaux, qui fait preuve de qualites cinématographiques certaines et fonctionne plutôt bien dans une veine comico-touchante. Si bien des romanciers se sont cassés les dents en tentant de porter leurs écrits sur grand écran, il semblerait que les bédéistes soient bien plus doués, sans doute parce que cet art complexe requiert une maîtrise conjointe de l'image et du texte.
De fait, Les petits ruisseaux surprend agréablement par le sens du plan dont fait preuve son réalisateur. Rabaté est rarement en panne d'idées stimulantes, et propose des cadrages parfois singuliers mais jamais gratuits qui stimulent l'oeil et donnent du sel à l'action. Belle manière de rendre réceptif un spectateur pas forcément surexcité à l'idée de découvrir de quoi est faite la vie sexuelle des seniors. Le film creuse pourtant son sillon, rendant ces petits vieux aussi touchants qu'amusants. L'antipathique Daniel Prévost trouve un joli rôle à contre-emploi, ce vieux pêcheur en mal d'amour étant quasiment dénué de tout mauvais esprit. Les petits ruisseaux fait du bien parce qu'il creuse avant tout, sans angélisme néanmoins, le côté positif des situations.
Allez savoir comment Rabaté parvient à nous faire gober des séquences comme celle où le héros atterrit chez de gentils baba cools et s'attire les faveurs d'une gentille demoiselle à dreadlocks. Le film prend parfois des allures de rêverie mais n'oublie pas le réalisme pour autant, ne prenant aucun détour lorsqu'il décrit les difficiles rapports de séduction entre les personnes âgées. Comment se recaser après une vie à aimer la même personne et des années de solitude ? Comment réapprendre à être deux ? On regrettera que Rabaté élude la question sexuelle, qu'il traite avec tendresse et ellipses là où un peu plus de frontalité n'aurait sans doute pas fait de mal. Le petit côté Jean Becker, avec les potes au bistrot du coin, n'est pas non plus l'aspect le plus réussi de ce film pour le moins sympathique et loin d'être désagréable à regarder.




Les petits ruisseaux de Pascal Rabaté. 1h34. Sortie : 23/06/2010.

24 juil. 2010

LLUVIA

La pluie, élément cinégénique par excellence, est à l'honneur dans le bien nommé Lluvia, joli premier film argentin dont le démarrage fait fortement penser au Vendredi soir de Claire Denis. Un embouteillage monstre, la nuit (et la pluie) qui tombe, une rencontre fortuite entre deux inconnus... Mais Maria Hernández ne choisira pas la même unité de temps, laissant à ses personnages plusieurs jours pour s'apprivoiser. Et éventuellement s'aimer.
Il y a quelque chose de légèrement prévisible dans la façon dont ces deux solitudes vont soudain s'imbriquer pour donner à l'écran un touchant couple d'oiseaux blessés ; pourtant, la petite musique de Lluvia touche immanquablement. Une réussite en mode mineur, due principalement au talent pur de ses deux interprètes, dont les regards sont en permanence embués de tristesse. Le film exprime avec tact la mélancolie désespérée qui étreint ceux qui réalisent trop tard qu'ils ont sans doute raté leur vie. Aussi plombés l'un que l'autre, les deux personnages principaux réussissent pourtant à ne jamais devenir plombants. La mise en scène feutrée s'y emploie, utilisant à merveille ces interminables averses comme les éléments singuliers d'un décor renouvelé en permanence.
On peine pourtant à s'attacher plus que de raison à ces compagnons d'infortune, probablement parce que le film insiste un peu trop sur le fait qu'ils ne font que passer. Il devient rapidement clair que cette brève rencontre ne donnera rien de durable, et les personnages restent au final des étrangers auxquels on peine légèrement à s'attacher. Et pour cause : leur background personnel, qu'il soit amoureux ou familial, manque sacrément d'épaisseur. Le moment est beau mais il l'aurait été encore davantage si ces gens ordinaires l'avaient été un peu moins.



Lluvia de Paula Hernández. 1h50. Sortie : 21/07/2010.

CONTES DE L'ÂGE D'OR (2ÈME PARTIE)

En décembre dernier sortait la première fournée des Contes de l’âge d’or, série de courts-métrages dans lesquels des cinéastes roumains s’amusaient à dépeindre le quotidien de leur pays au temps de Ceaucescu. Sous la houlette de Cristian Mungiu, palmé pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours, ce deuxième volet consiste en un triptyque se révélant moins inégal que la première partie mais moins riche en morceaux de choix. L’homogénéité de l’ensemble est à la fois une force et une qualité : on retiendra tout autant les trois segments proposés, aucun ne se révélant véritablement marquant.
Une fois encore, et c’est bien logique, ces Contes de l’âge d’or (2ème partie) tournent majoritairement autour des problèmes financiers et alimentaires de leurs héros, pauvres roumains contraints de repousser les limites du système D pour tenter de s’en sortir ou en tout cas de sortir la tête de l’eau. Dans le premier film, La légende de la fille au dindon, une jeune campagnarde – qui apprend à son dindon chéri à distinguer les carrés des cercles – se rend à Bucarest au chevet de sa mère malade et apprend par la même occasion les passe-droits et les pots de vin, dans une quête pathétique orchestrée par Mungiu lui-même. L’absurdité est de mise et le constat édifiant : seul l’argent permet d’avancer dans cette société pourrie par la corruption.
Il est toujours question de volatiles dans La légende du livreur de poules, dans lequel un chauffeur routier usé se retrouve bloqué dans un restaurant de campagne et organise une vente clandestine d’œufs provenant des poules qu’il devait convoyer à bon port. Là aussi, commerces d’arrière-cour et petites manigances semblent être les seules issues pour qui souhaite vivre un minimum au-dessus de ses moyens. Sur un ton relativement enjoué, le film impose sa petite mécanique sur un rythme implacable et plutôt entraînant.
Le film se conclut sur ce qui semble être le segment le plus long du lot, La légende du vendeur d’air. Derrière ce drôle de titre se dissimule l’histoire de deux jeunes gens se faisant passer pour des chercheurs venant prélever de l’air dans les appartements d’honnêtes citoyens roumains afin de procéder à quelques études sur la pollution urbaine. Pur stratagème destiné à se faire offrir quelques bouteilles vides consignées qui leur permettront d’aligner les lei, lentement mais sûrement. Franchement bien vu, ce dernier tiers exploite malicieusement son postulat ainsi que la potentielle histoire d’amour pouvant éventuellement lier ses deux héros.
D’une façon générale, Contes de l’âge d’or (2ème partie) a l’excellente idée d’éviter toute hystérie kusturicienne pour rester droit dans ses bottes et montrer que cet âge loin d’être doré a certes transcendé l’inventivité des citoyens roumains, mais qu’il les a principalement menés à leur perte. On a bien compris le message, mais si Mungiu et les siens ont envie de venir nous le rappeler tous les 6 mois avec de délicieux films de ce genre, grand bien leur fasse.


Contes de l'âge d'or (2ème partie) (Amintiri Din Epoca De Aur) de Cristian Mungiu, Ioana Uricaru, Hanno Höffer, Rãzvan Mãrculescu, Constantin Popescu. 1h28. Sortie : 14/07/2010.

23 juil. 2010

L'AUTRE MONDE

En 2000 sortait Harry, un ami qui vous veut du bien, film fin et racé réalisé par Dominik Moll et co-écrit avec Gilles Marchand. Quelques années plus tard, le même Marchand débarquait avec Qui a tué Bambi ?, un premier long-métrage énigmatique et hypnotisant qui l’installait parmi les scénaristes français de tout premier plan. C’est dire l’immense déception constituée par cet Autre monde de pacotille, sans doute marqué par la difficulté des auteurs à réussir le passage au deuxième long. Il y avait pourtant une certaine ambition dans le sujet choisi par Marchand, entre réalités virtuelles (Second life et ses effets indésirables) et thriller adolescent ; mais le résultat est vide, archi-vide, à peine rehaussé par quelques vagues trouvailles visuelles.
Si bien des films pêchent par excès, L’autre monde semble quant à lui manquer de tout, ses caractéristiques principales étant proposées en quantités si insuffisantes qu’il est au final bien difficile d’en dégager les principaux axes. Ainsi donc, le jeune héros apprivoise mal son passage à l’âge adulte en étant tenté de trahir la fille qu’il dit aimer pour rejoindre un fantasme évanescent représenté par une blondasse à tatouage qu’il a sauvé du suicide après l’avoir stalkée. Ainsi donc, la jeune femme en question participerait à un jeu en réseau où prolifèreraient les candidats au suicide. Et après ? Et après rien. Le lien entre les histoires et les registres est extrêmement artificiel, et on ne comprend jamais vraiment où Gilles Marchand veut en venir. Ou alors on comprend trop bien : bien trop limpide pour un film de cette trempe, le scénario se révèle vite sans surprise et ne crée que l’indifférence.
Il n’était pas franchement utile de créer de toutes pièces un monde virtuel comme celui de Black Hole, au demeurant assez intrigant, pour ne l’utiliser que comme pièce à conviction d’un vague plaidoyer contre les jeux en réseau trop peu contrôlés et au sein desquels s’organisent de temps à autres des agissements tout à fait dangereux. Marchand aurait mieux fait de muscler son écriture ou de soigner sa direction d’acteurs, tant tout le casting – hormis la toujours parfaite Pauline Étienne – se plante par manque de charisme. Citer Mulholland drive ou Crash au détour d’une scène ou deux ne suffit pas ; se rappeler de ce qui faisait la réussite de Qui a tué Bambi ? aurait peut-être en revanche permis au réalisateur de ne pas se planter comme il l’a fait avec cette énorme coquille vide qui fut à l’origine de l’une des plus glauques séances de minuit de l’histoire récente du festival de Cannes.




L'autre monde de Gilles Marchand. 1h40. Sortie : 14/07/2010.

22 juil. 2010

TAMARA DREWE

Terrible agonie que celle de certains cinéastes n’ayant pas su se rendre compte qu’il était temps pour eux de raccrocher avant de devenir sénile. On a tellement aimé Stephen Frears que le voir dépérir ainsi depuis quelques films est tout bonnement insupportable, et ce Tamara Drewe résonne comme le pire chant du cygne qui soit. Adapté d’une bande dessinée, le film est une comédie de mœurs se voulant aussi noire que légère mais qui crée rapidement une véritable perplexité dans les rangs. Comme si Frears s’était rêvé en clone de Woody Allen avant de prendre conscience, mais un peu tard, de la relative vacuité de son script.
Pourtant, tout commence plutôt sympathiquement, avec notamment cette excellente idée de situer l’action dans une résidence d’écrivains retirée en campagne. Les egos se chevauchent, les personnages se toisent, et débarque au milieu de cet océan de médiocrité Tamara Drewe, ange en mini-short et apparition d’autant plus divine que ladite Tamara était auparavant un sympathique petit boudin au tarin démesuré. Un chien dans un jeu de quilles ? Pas vraiment, le film se transformant rapidement en une œuvre chorale qui sépare ses protagonistes pour mieux en montrer – sans le vouloir – la vacuité. Rythmé par les saisons, Tamara Drewe ne fait que mettre aux prises des personnages bigrement antipathiques dont la destinée nous indiffère totalement et dont les traits d’esprit nous passent totalement à côté. Consternation.
Même pas mis en scène – il y a bien quelques très beaux plans çà et là, mais ça ne fait pas tout –, le film se base en fait sur un et un seul quiproquo, qu’il répète plusieurs fois en espérant que le spectateur idiot n’y voie que du feu. Au centre de l’intrigue, deux gamines esseulées en pleine crise d’adolescence, qui interceptent une boîte mail leur permettant de semer la zizanie dans tout un village. On s’amuse environ deux minutes de leur mauvais esprit et de leur médiocrité crasse, avant d’être pris par une irrépressible envie de leur coller deux taloches et de fuir à jamais l’arrêt de bus sous lequel elles fument des clopes et dévorent des magazines people. Quelques brèves saillies d’humour très noir viendront à peine rehausser le niveau plus que faiblard de cette très mauvaise comédie ne bénéficiant que de l’abattage et du charme d’une Gemma Arterton pas si présente à l’image – et c’est bien dommage.




Tamara Drewe de Stephen Frears. 1h49. Sortie : 14/07/2010.

21 juil. 2010

CITY OF LIFE AND DEATH

Le massacre de Nankin, c'est un peu notre Algérie à nous : tout le monde sait que ça existe, mais personne n'en parle, surtout au cinéma. Présenté au dernier festival de Deauville, City of life and death vient rompre un silence long de 73 ans à la faveur d'un film de guerre monumental et sans réserve, qui montre les atrocités perpétrées par les troupes japonaises dans la ville chinoise sans jamais détourner le regard. Il a fallu beaucoup de courage au cinéaste Lu Chan pour parvenir à boucler un film aussi choc dans une Chine où le silence est souvent présenté comme la meilleure alternative ; il en faudra beaucoup au spectateur pour supporter la terrible noirceur de ce qui commence comme un nouveau film d'assaut mais finit bien vite par se détourner du côté purement militaire pour aller mettre le doigt sur des évènements bien plus sordides.
Impressionnante, la mise en scène de Lu Chan rend l'ensemble absolument implacable, restituant l'atmosphère poussiéreuse et crasseuse de Nankin sans jamais tomber dans le misérabilisme - ou presque. Au contraire, la recherche formelle et l'utilisation d'un noir et blanc extrêmement rigoureux donnent l'impression d'un film totalement digne, jamais gratuit, qui se soucie d'être pédagogique et réaliste sans jamais sacrifier les qualités purement cinématographiques de son sujet. C'est d'abord un débarquement sec et sans répit, qui rappelle sans copier (comparaison facile) Saving private Ryan, puis un drame humain dont la longueur est un atout : impossible d'échapper à cette interminable kyrielle d'exactions. Lu Chan réussit à mettre en oeuvre un mécanisme assez rare, permettant au spectateur de s'identifier sans jamais perdre de son objectivité.
Rien ne nous sera épargné : ni le viol continu et sans vergogne des femmes de la ville, rabaissées au rang de vagins sur pattes, ni les tueries évidemment indéfendables qui produisent des images choc mais jamais racoleuses. On a beau s'attendre à voir un bébé jeté par une fenêtre, la frontalité crue de City of life and death ne nous épargne pas. Noir de chez noir, le film tente pourtant quelques escapades quasiment fleur bleue, avec l'histoire de ce soldat japonais tombant amoureux d'une fille mise à sa disposition... Mais Lu Chan est sans illusion et ira au bout de son idée, qui veut que jamais la guerre ne puisse engendrer un peu de bonheur, même en quantité infime. Thèse franchement radicale mais avancée avec une telle conviction qu'il semble bien difficile de la contredire.




City of life and death (Nanjing ! Nanjing !) de Lu Chan. 2h15. Sortie : 21/07/2010.

INCEPTION : rencontre avec l'équipe du film

Même si je fais partie de la frange minoritaire des spectateurs d’Inception qui ont été légèrement déçus par ce film néanmoins à voir, j’ai tout de même eu le droit grâce à Allociné d’assister le vendredi 9 juillet à la conférence de presse du film à l’Hôtel Bristol puis de participer, toujours dans ce luxueux endroit, à une rencontre entre quelques blogueurs du Club 300 et une partie des membres du casting. Nous avons donc pu rencontrer Ellen Page, Ken Watanabe, Tom Hardy, Cillian Murphy et Joseph Gordon-Levitt pendant une petite demi-heure, le temps pour nous de leur poser une dizaine de questions sur le film, son réalisateur et ses à-côtés. L’occasion d'effectuer un appel aux dons afin que je puisse m'offrir des cours d'anglais, un fer à repasser et des chemises dignes de ce nom. À votre bon cœur, messieurs dames. Et merci à Maylis pour ce moment fort sympathique.

20 juil. 2010

FATAL

Raillé, hué, vilipendé, Michaël Youn semble régulièrement voué à sombrer dans un oubli imminent, comme un milliard de petits provocateurs avant lui. Et pourtant, il dure : on ne compte plus les années, les émissions, les films permettant à l’ex-trublion de M6 de se rappeler à notre bon souvenir. Alors de deux choses l’une : soit le bougre est juste extrêmement tenace, soit c’est un peu plus que ça. Allez, risquons-nous à avancer un mot qui fera grincer les dents de plus d’un bien-pensant : il est probable que Michaël Youn ait un peu de talent. Fatal en est une preuve évidente, puisque sans être tout à fait abouti, le premier long-métrage réalisé par Youn lui-même parvient à tutoyer les comédies américaines les plus stupides de ce début de siècle. Ça n’est pas du Sacha Baron Cohen, encore moins du Will Ferrell, mais il y a néanmoins là-dedans une énergie et une inventivité qui semblent manquer à la majorité des cinéastes dits comiques de notre beau pays.
Youn n’a pas lésiné sur les moyens : un montage à la Oliver Stone nous fait zigzaguer jusqu’à la nausée entre clips vidéos, décors démesurés et gimmicks appuyés. Voici un film volontairement con dont l’ambition n’est pas feinte, rentabilisant son budget au maximum pour mettre toutes les chances de son côté. On en prend plein les yeux, et c’est ce que ce spectacle « à l’américaine » réussit le mieux. Mais ça n’est pas tout : réexploitant l’un des personnages qui ont fait son succès dans la « musique », il délivre une histoire somme toute assez classique sur le mode grandeur et décadence, mais l’exploite quasiment sans temps mort en injectant régulièrement de nouveaux personnages sans doute pas assez délirants mais en tout cas plutôt bien trempés, d’autant plus lorsqu’ils sont interprétés par des comédiens au meilleur de leur forme. Vincent Desagnat excelle en batteur-déchet, Isabelle Funaro est une fantastique Athéna Novotel, et Fabrice Éboué joue à merveille de son œil de fouine et de ses penchants coupables pour les délinquants sexuels – on l’imagine responsable de plus d’un dialogue.
Quant à Michaël Youn, qui connaît son personnage par cœur, il EST Fatal Bazooka, et s’en donne à cœur joie dans un film fonctionnant à plein régime et alignant comme des perles les gags les plus stupides qu’il ait été donné de voir récemment. Voilà un mec qui tente, prend des risques, quitte à se prendre les pieds dans le tapis une fois sur quatre. Malgré une fâcheuse baisse de rythme en cours de route (la partie savoyarde est un rien lénifiante) et en dépit d’une morale un rien méprisante envers ceux qui l’ont toujours soutenu (en gros, public = bétail), Fatal réussit son coup : faire marrer des centaines de milliers d’ados et permettre à une partie des plus âgés de régresser agréablement pendant près de 2 heures. Et l’on se dit que non, décidément, Youn n’est pas près de se faire oublier.




Fatal de Michaël Youn. 1h35. Sortie : 16/06/2010.

12 juil. 2010

Paris Cinéma 2010 - la compétition en 8 critiques



Alors voilà... Les différents jurys, dont le jury blogueur, ont délibéré hier après-midi au Limelight (le bar lounge du MK2 Bibliothèque), et ce soir à 20 heures aura lieu la cérémonie du palmarès (toujours au MK2 Bibliothèque) suivie de la projection en avant-première de Tamara Drewe, le nouveau Stephen Frears.
Sachant que je ne compte que pour un septième du jury blogueurs, la liste des critiques ci-dessous pourra certes vous donner une idée du ou des films que j'ai défendus lors de cette délibération, mais ne vous aiguillera sans doute pas sur le nom de notre lauréat. Le premier jury blogueurs de l'histoire de Paris Cinéma aura brillé par sa faculté à n'être d'accord sur rien, chaque film ou presque s'étant trouvé de farouches défenseurs...


Alamar
de Pedro Gonzalez-Rubio

Le braqueur
de Benjamin Heisenberg

Cleveland contre Wall Street
de Jean-Stéphane Bron

If I want to whistle, I whistle
de Florin Serban

Mundane history
d'Anocha Suwichakornpong

La rivière Tumen
de Zhang Lu

Sawako decides
de Yuya Ishii

Sweet little lies
de Hitoshi Yazaki

Paris Cinéma 2010 - CLEVELAND CONTRE WALL STREET

C'est l'histoire d'un procès qui n'a pas eu lieu : en 2008, l'avocat Josh Cohen et ses associés décident d'attaquer en justice 21 banques qu'ils jugent responsables de la faillite progressive de leur ville, où les saisies de maisons sont devenues quotidiennes et où le malheur se répand à tous les coins de rues - notamment dans les quartiers est. Mais on connaît la malice de certains avocats et les lenteurs du système judiciaire : le procès tant attendu aura peut-être lieu un jour, mais les cabinets chargés de défendre Wall Street sont pour l'instant parvenus à le faire reporter sine die. Idée astucieuse du réalisateur suisse Jean-Stéphane Bron, qui s'est alors mis en tête de mettre en scène le procès en faisant appel à un vrai juge, un vrai jury populaire, de vrais avocats et de vrais témoins. Histoire de pouvoir faire entendre quelques vérités à propos de la crise des subprimes et de ce qu'elle a engendré. Histoire aussi de prolonger l'espoir de ces citoyens déchus de leurs droits parce qu'ils se sont noyés sous une masse de crédits trop lourds pour eux. Cleveland contre Wall Street met en scène ce procès factice mais diablement intéressant.
Le film de Jean-Stéphane Bron a d'abord des vertus pédagogiques, sans pour autant se faire donneur de leçons ou bassement didactique : il nous (ré)explique ce que sont les subprimes et comment fonctionne ce système dont on a tant parlé lors des débuts de la crise financière actuelle. Puis, tour à tour, il fait venir huit témoins à la barre afin de faire entendre leurs expériences personnelles et leurs points de vues sur le sujet. Le but étant de répondre à la question suivante : Wall Street est-il responsable de ce qui arrive à Cleveland ? Bron s'acquitte de la réponse avec impartialité, montrant interrogatoires et contre-interrogatoires dans un souci absolu d'éviter le manichéisme. C'est réussi : si l'avocat chargé de défendre Wall Street est un filou de première dont le cynisme est parfois édifiant, c'est à un véritable débat que l'on assiste, sans parti pris réel. On devine bien l'opinion du réalisateur, qui n'aurait sans doute pas réalisé ce film s'il avait pensé que les banquiers n'étaient pas responsables, mais celui-ci se fait discret et donne réellement à réfléchir.
L'avantage - et la limite - du film, c'est qu'il explique les évènements de façon extrêmement simple, de façon à ce que le jury comprenne tout à ces affaires parfois compliquées, afin qu'il soit capable de délibérer en son âme et conscience. Se succèdent à la barre un policier chargé des expulsions - un premier témoignage tirant un peu trop sur la corde sentimentale -, un démarcheur ayant proposé des crédits franchement douteux, le concepteur d'un logiciel aidant à la titrisation - kézako ? allez voir le film -, un financier difficile à contrer... Le jury peinera à se décider, preuve de la totale honnêteté du film et de la complexité d'un dossier ne se limitant pas à une opposition binaire entre gentils citoyens et méchants banquiers. Dynamique et instructif, Cleveland contre Wall Street inclut implicitement une réflexion sur sa propre utilité, le spectateur étant amené à se demander ce que ce procès comptant pour du beurre a finalement amené à des plaignants toujours aussi esseulés.



Cleveland contre Wall Street de Jean-Stéphane Bron. 1h38. Sortie : 18/08/2010. Paris Cinéma 2010 : 8ème film en compétition.

Paris Cinéma 2010 - SWEET LITTLE LIES

Après les jouets de Sawako decides, les ours en peluche, que la belle Ruriko confectionne dans son atelier avec une poigne contrastant avec sa douceur naturelle et le confort rassurant de ses créations. Ruriko est mariée à Satoshi, salary man à qui elle n'a déjà plus grand chose à dire et avec lequel elle téléphone par téléphone mobile interposé à l'intérieur même de leur domicile. Incompatibilité d'humeur ou erreur de casting ? En tout cas, le couple ne fonctionne plus, c'est un fait. Et voici les deux protagonistes embarqués dans des histoires d'adultère dont on ne sait pas bien si elles sont destinées à faire passer le temps, à mettre volontairement le prétendu équilibre conjugal en danger ou si elles naissent de sentiments réels et sincères à l'égard des personnes rencontrées.
Petite comédie des sentiments, Sweet little lies sur une tonalité résolument caustique en mettant sur le gril les contradictions et petites médiocrités de ces deux êtres ayant presque autant de choses à se reprocher. Souvent drôle en début de parcours, le film montre comment l'incommunicabilité peut s'installer entre deux être s'étant jadis porté un amour sans limite. En cela, il présente un petit côté comédie indépendante américaine, le genre de script que Sam Mendes aurait vraisemblablement pu apprécier et mettre en scène.
Il y a en effet dans Sweet littles lies les mêmes caractéristiques et les mêmes défauts que dans la filmographie du britannique, d'American beauty à Away we go : derrière l'apparente subversion d'une petite quantité de scènes se cache un conformisme épais et un manque de souffle qui conduit le film de Hitoshi Yazaki à traîner en longueur et à répéter encore et encore les mêmes mécaniques comiques et mélodramatiques. Car le film finit évidemment par prendre un tour plus dramatique qu'il n'y paraît au départ, glissement que l'on sent venir bien avant qu'il ne soit effectif, et le sentimentalisme poisseux qui s'en dégage fait quasiment oublier les sympathiques débuts de ce Sweet little lies qui aurait sacrément gagné à être amputé de sa dernière partie.




Sweet little lies de Hitoshi Yazaki. 1h57. Sortie : non fixée.

11 juil. 2010

Paris Cinéma 2010 - LE BRAQUEUR - LA DERNIÈRE COURSE

Dans la cour de la prison, Johannes Rettenberger court en rond. Il s'entraîne sans relâche en vue de sa sortie, espérant ainsi briller lors des marathons auxquels il compte participer dès sa sortie. Pour autant, cet entraînement acharné reflète-t-il une volonté de se racheter une conduite ? Non : dès sa sortie ou presque, cet ex-braqueur remet le couvert, bien décidé à mener de front deux activités apparemment opposées. Rettenberger n'est satisfait par rien, ni par ses performances étonnantes, ni par la réussite de ses braquages en solitaire, menés avec froideur et efficacité. Cet homme-là vit comme il court, sans autre objectif que d'accomplir correctement la tâche qu'il s'est fixée en attendant la suivante. L'argent s'entasse, les coupes aussi, et pourtant notre héros ne semble pas près de trouver sa place dans la société, ou un minimum de repos.
Inspiré d'une histoire vraie, le deuxième long de Benjamin Heisenberg vaut bien mieux que Schläfer, son premier film, passé par Cannes en 2005 et parfaitement résumé par son titre - en allemand, "schlafen" signifie "dormir". Le cinéaste allemand propose un traitement aussi glaçant que son héros de cette destinée simple et étonnante à la fois. Il y est parfaitement aidé par l'acteur Andreas Lust, déjà vu dans Revanche et tout bonnement ébouriffant dans un rôle qui exigeait tempérance et robustesse. Le personnage inquiète, fascine et finit par toucher, tant sa solitude s'accompagne du désarroi typique de ceux qui ne savent quoi faire de leur vie. Même en amour, Johannes fait les mauvais choix, incapable de donner une direction correcte à sa vie personnelle.
La mise en scène sait se mettre au diapason du sujet, et fait preuve d'une efficacité jamais putassière lorsqu'il s'agit de mettre en lumière les exploits sportifs ou illégaux du héros. Elle ne parvient cependant pas à faire oublier la légère linéarité d'un sujet finalement moins fort que prévu, qui se repose un peu sur le côté "histoire vraie" et perd en consistance ce qu'il gagne en réalisme. En résulte une oeuvre intéressante mais légèrement bâtarde, quelque part entre heist film et drame social, qui ne nous émeut pas plus que de raison. Heisenberg a fait des progrès mais a encore du travail pour se hisser à la hauteur de certains de ses congénères allemands.




Le braqueur (Der Räuber) de Benjamin Heisenberg. 1h36. Sortie : non fixée. Paris Cinéma 2010 : 6ème film en compétition.

Paris Cinéma 2010 - LA RIVIÈRE TUMEN

On passe forcément pour un sans coeur lorsqu'on reste indifférent au sort de pauvres gens. Il faut pourtant garder l'esprit clair : Zhang Lu est un réalisateur ennuyeux et sa Rivière Tumen n'échappe pas à la règle, larmoyant condensé de clichés qui tente de se donner une dimension politique qu'il n'a pas. Le principe en est simple : la fameuse rivière Tumen est une frontière naturelle entre la Chine et la Corée du Nord, et donc un lieu de passage pour clandestins, exilés, marchandises absentes d'un côté ou de l'autre. Le cinéaste dépeint ainsi le quotidien d'une poignée de personnages habitant ou passant non loin de là, et réunis par une seule et même constante : ils sont pauvres, seuls et malheureux. Aucune nuance chez ce monsieur, pour qui l'herbe est toujours moins verte ailleurs.
Pendant une heure et demie, on suivra donc les allées et venues de pauvres hères pensant trouver mieux de l'autre côté de cette rivière glacée mais réalisant bien vite que la misère est partout. D'autant que les Chinois sont bien peu accueillants avec des Coréens qu'ils accusent de venir leur retirer le pain rassis de la bouche. Le film est totalement amorphe, ce qui s'explique peut-être par cette information intéressante : autour de la rivière Tumen, comme les adultes sont partis travailler plus loin, il n'y a quasiment que des vieillards désespérés et des enfants parfaitement désoeuvrés, dont le seule maigre objectif est d'organiser un match de foot. On ne comprend pas bien cela leur prend autant de temps, mais c'est un fait : ce match tant rêvé ne surviendra qu'en fin de film.
Il n'y a pas grand chose de plus agaçant que ces films faussement dignes qui usent et abusent de leur prétendue force documentaire pour faire dans le mélo le plus total en plongeant quelques protagonistes dans la crasse et en leur maintenant la tête sous l'eau de façon purement gratuite. La rivière Tumen est un vaste catalogues de stéréotypes de ce genre, Zhang Lu poussant même jusqu'à utiliser ce bon vieux personnage de la jeune-fille-muette-depuis-un-traumatisme et à le tordre comme une éponge à des fins uniquement lacrymales. Mieux vaut passer pour un sans coeur que se faire avoir par une machinerie aussi pachydermique.




La rivière Tumen (Dooman river) de Zhang Lu. 1h29. Sortie : 25/08/2010. Paris Cinéma 205è: 5ème film en compétition.

Paris Cinéma 2010 - SAWAKO DECIDES

De notre oeil d'occidental, on trouve souvent la comédie japonaise trop lourde, trop grasse ou simplement trop longue. Ce que vient contredire Sawako decides, hilarant menu de Yuya Ishii, dont le style et la maturité sont d'autant plus étonnants qu'il s'agit d'un film de fin d'études. Il a d'abord d'excellentes vertus documentaires et satiriques pour qui ne connaît pas le monde du travail à la tokyoïte : on fait vite connaissance avec Sawako, dont c'est la cinquième année dans la capitale, et dont le cinquième emploi consiste à servir de souffre-douleur au patron d'une entreprise de jouets pour enfants, qui les fait tester avec froideur sur un panel de gamins capricieux. Sawako sort avec Kenichi, son cinquième petit ami, qui vient de concevoir un jouet à roulettes aussi moche que crétin. Sa vie n'est pas nulle, non, elle est juste moyenne. Et c'est là qu'est tout le sel du film.
Car Sawako va bientôt quitter Tokyo et regagner sa province natale afin d'y reprendre l'exploitation de son père malade, dont l'unique activité est le conditionnement des palourdes dans des barquettes en plastique. Passionnant ? Non, bien sûr. Ishii excelle à dépeindre l'ennui qui gangrène l'existence d'une jeune femme ne sachant pas bien ce qu'elle pourrait faire d'autre de sa vie, mais qui a pleinement conscience de la gâcher. Tout comme la dizaine d'employées de la société, qui font preuve d'une totale absence de ferveur face à leur travail - savoureuses scènes dans lesquelles elle sont supposées chanter en choeur leur amour pour la firme. Ressurgissent qui plus est quelques histoires de famille, et le monde de l'ennui se retrouve encore plus plombé sous le poids des commérages et des rancoeurs d'antan.
Le portrait de cette femme trop lisse pour en arriver à la crise de nerfs est absolument irrésistible car Yuya Ishii prend justement un malin plaisir à décrire cette médiocrité ambiante. Jusqu'à ce que sonne enfin l'heure de la révolte pour ces femmes se définissant elles-mêmes comme des personnes moyennement intéressantes et moyennement attirantes. N'oubliant jamais d'être drôle, le film oublie tout mépris pour prendre la défense de ces gens appartenant à un entre deux qui n'est quasiment jamais traité au cinéma, où seules comptent les opposition beaux/laids, gentils/méchants. Un vent d'euphorie souffle sur Sawako decides, et la modernité du trait rend le film aussi accessible que passionnant pour les européens que nous sommes, souvent peu informés sur le mode de vie japonais.




Sawako decides de Yuya Ishii. 1h52. Sortie : non fixée. Paris Cinéma 2010 : 4ème film en compétition.

Paris Cinéma 2010 - MUNDANE HISTORY

Après avoir vu un film, il est parfois amusant d'en relire le résumé officiel. Voici celui de Mundane history, film réalisé par la thaïlandaise Anocha Suwichakornpong : « Un jeune homme de famille aisée, paralysé jusqu’à la taille, prend à son service un nouvel infirmier. Leur relation, distante, est encore rafraîchie par la tutelle d’un père autoritaire. Mais peu à peu, le cynisme du garçon laisse place à une curiosité du monde, dans une méditation hallucinée qui réinterroge la place de chacun dans l’univers ». On proposerait bien quelques corrections afin de rétablir la vérité. Cela pourrait donner : « Un jeune homme de famille aisée, paralysé jusqu’à la taille, prend à son service un nouvel infirmier. Leur relation, distante, ne produit rien de rien. De temps en temps on nous parle du cosmos ou on nous en montre des images, sans aucune justification ».
Voilà un film qui se voudrait à la fois éminemment dramatique et puissamment conceptuel mais n'est rien qu'une lénifiante coquille vide donnant envie de revoir L'homme de chevet, qui présentait au moins l'intérêt d'installer une relation, certes critiquable, entre une paralytique et son aide-soignant. Tout ici n'est que bas mépris, faux malaise et silences trop lourds de sens, jusqu'à ce que la réalisatrice tente en vain de nous embarquer dans une réflexion métaphysique partant du big bang pour n'arriver nulle part. On se contente de vivre pour la énième fois la description du pénible quotidien des paralytiques et du sort difficile de ceux qui tentent de les aider mais récoltent davantage de drape souillés d'urine que de reconnaissance. Le traitement proposé est impersonnel, sans pudeur ni esprit documentaire, comme n'importe quel vague téléfilm sur le sujet.
Ce qui consterne avec Mundane history, c'est que le film contient une poignée de scènes qui, placées hors contexte, auraient légitimement pu devenir bouleversantes. Ainsi, Suwichakornpong nous embraque pour une virée dans le cosmos à base d'images visuellement fortes mais dont le sens nous échappe complètement ici ; de même, elle clôt son film par une - vraie - césarienne filmée en plan serré, et dont on ne rate absolument rien, de l'incision au nettoyage du nouveau-né. Une fois encore, cette séquence à l'indéniable portée émotionnelle n'apporte absolument rien au film et vient le terminer comme un énième cheveu sur une soupe à laquelle il est difficile de s'attacher une seule seconde.




Mundane history d'Anocha Suwichakornpong. 1h22. Sortie : non fixée. Paris Cinéma 2010 : 3ème film en compétition.

8 juil. 2010

INCEPTION

Inception rime-t-il avec exception ou avec déception ? Les deux, mon capitaine. Virtuose et savamment emmêlé, le dernier Christopher Nolan est pourtant son film le plus faible parce qu'il sacrifie son beau dispositif à des fins principalement sentimentalistes et à un registre travail-famille-patrie assez réducteur. Si la comparaison avec Matrix est inévitable, une autre référence s'impose, moins évidente a priori : thématiquement, le film se rapproche de Shutter island, les personnages joués par Leonardo di Caprio se répondant de façon assez troublante. S'ils sont animés par de grandes responsabilités, on ne tarde pas à apprendre à quel point ces hommes ont été marqués par d'épaisses tragédies familiales qui, consciemment ou non, ont modifié leur perception du monde. Sauf que là où le roman de Dennis Lehane et le film de Scorsese utilisaient le drame personnel comme un moteur tragique, Nolan en fait une clé de voûte d'autant plus dommageable qu'elle est loin d'être aussi intéressante. Pour résumer, si le héros d'Inception est à ce point fasciné par les rêves, c'est parce qu'ils lui permettent de retrouver sa femme disparue et ses enfants qu'il ne voit plus. Le cinéaste a beau être assez intelligent pour ne pas tenter de nous tirer les larmes, le résultat est là : on attendait un grand et beau drame onirique sur fond de thriller, et on se retrouve avec un polar efficace et bien foutu mais pas aussi transcendant que prévu.
Ne nous fâchons pas : Inception n'en demeure pas moins le film le plus intelligent de l'été, Nolan ayant concocté une promenade labyrinthique dans les méandres de nos esprits. Brillante idée que d'avoir mis en parallèle science des rêves et conception architecturale pour montrer que l'être humain fonctionne par couches, comme un gigantesque oignon qu'on n'en finirait plus de peler. Visuellement, l'idée marche à pleins tubes : voir une ville s'enrouler sur elle-même ou se métamorphoser à la suite de micro-implosions multiples a quelque chose d'éminemment stimulant et renverrait presque le ténébreux Dark city dans les cordes. C'est ce qu'on appelle un film pensé et repensé, à la construction sans doute incontestable - mais il faudrait le voir plusieurs fois pour en être certain - et qui fait judicieusement appel aux neurones du spectateur. Celui-ci peut légitimement se perdre çà et là mais finira par retomber sur ses pattes, principalement parce que le but de Nolan n'a jamais été d'écraser le public sous le poids de sa propre malice.
Le personnage le plus intéressant d'Inception est sans doute celui qu'interprète Ellen Page, jeune architecte qui découvre en même temps que nous les principes et les méandres de ce principe d'infiltration de l'esprit. Elle est le personnage le moins rompu aux usages et au jargon de l'ensemble, donc un guide plein d'esprit critique à travers cet univers complexe en diable où il n'est pas rare d'avoir à faire à un rêve dans le rêve dans le rêve. Une mise en abyme qui n'est pas bêtement utilisée comme un twist mais renforce la structure de cette intrigue en forme de dédale, où l'on saute parfois d'un niveau à un autre en une image à peine. Voilà un film relativement inépuisable, mais dont il y a finalement assez peu de choses à tirer si ce n'est que rien n'est plus beau que le visage d'un enfant, que l'amour c'est mieux à deux et que le père le plus sec en apparence cache souvent un papa aimant qui a gardé avec lui le vieux moulin à vent de votre enfance. De la part du giga cerveau d'Hollywood, tous ces babillages laissent un tantinet sceptique.




Inception de Christopher Nolan. 2h22. Sortie : 21/07/2010.

7 juil. 2010

PETITS MEURTRES À L'ANGLAISE

Jonathan Lynn n'est pas exactement un bon. L'amusant Mon cousin Vinny date quand même de 1992, et la suite de sa filmographie - de Sgt. Bilko à Mon voisin le tueur - a tout de même de quoi faire peur. À ce titre, Petits meurtres à l'anglaise - mais arrêtez donc avec ces titres à la mords-moi le noeud - constituerait presque une bonne surprise, surtout dans sa première partie : voilà un film avec un certain rythme, une dose de style, et quelques atouts de choix, parmi lesquels un casting pas loin d'être quatre étoiles. De quoi donner un film globalement divertissant à défaut d'être constamment hilarant.
On ne s'en rend pas compte tout de suite, mais Petits meurtres à l'anglaise est un véritable film de personnages. Sans eux, il ne serait rien, ou presque. Tout commence avec ce Victor Maynard tiré à quatre épingles, qui semble redonner du sens au mot "flegmatique". Monsieur apprend le français, boit du thé, et bute des gens avec la plus grande des délicatesses. Même s'il est contraint par le rôle à rester imperturbable, on sent poindre l'extrême jubilation avec laquelle l'excellent Bill Nighy s'en acquitte. La façon dont il se présente face caméra, puis son glissement contraint et forcé vers la marginalité,sont un délice de tous les instants. Tous les autres personnages sont aussi réussis, d'autant qu'ils ont été attribués à des acteurs à la hauteur : la charmante Emily Blunt est un parfait poil à gratter, le drolatique Rupert Grint prouve qu'il y a une vie en dehors de Ron Weasley, Rupert Everett est un meilleur méchant que dans Inspecteur Gadget, et Martin Freeman étincelle en deuxième meilleur tueur de Grande-Bretagne, forcément aigri par ce statut. Gravitent autour d'eux une poignée de troisièmes rôles tout aussi jubilatoires, hommes de main sans jugeote et vieille mère légèrement psychopathe.
Tous prennent et donnent du plaisir, c'est un fait, notamment dans une première partie échevelée où s'écaille la carapace de Maynard tandis qu'apparaissent un à un les différents protagonistes. Le problème de ce genre d'oeuvre à vocation rocambolesque, c'est que l'excès d'hystérie et le côté répétitif de l'action finissent par mettre tout le monde sur les rotules, la scénariste comme les spectateurs. Les situations peinent à être conclues, la drôlerie ne se renouvelle plus, et l'on passe autant de temps à lorgner sa montre qu'à observer la laborieuse retombée d'un soufflé pourtant sympathique. Heureusement que l'épilogue vient redonner un peu de piquant à l'ensemble et lui permettre de conclure sur une note relativement positive, même s'il y a fort à parier que le film aurait été bien plus réussi sans un tâcheron à la barre.




etits meurtres à l'anglaise (Wild target) de Jonathan Lynn. 1h38. Sortie : 07/07/2010.

6 juil. 2010

Paris Cinéma 2010 - ALAMAR

C'est l'histoire d'une scientifique et d'un pêcheur mexicain qui s'aiment follement pendant quelques années, avant qu'elle ne décide d'aller vivre à Rome avec leur jeune fils Natan. Un peu documentaire - mais pas tout à fait -, Alamar décrit les retrouvailles de Jorge et de ce gamin de 5 ans qui le connaît si mal mais ne tardera pas à le découvrir, lui et son mode de vie peu ordinaire. Le film de Pedro Gonzalez-Rubio se déroule au large de la barrière de corail de Chincorro, dont on comprend que l'UNESCO veuille en faire un site protégé : le lieu et ses couleurs ont de quoi couper le souffle au plus citadin d'entre nous.
Il faut dire que le traitement proposé par le réalisateur mexicain est loin du didactisme pesant des Nicolas Hulot de pacotille (pléonasme ?). D'un absolu naturalisme, Alamar filme avec simplicité et naturel la façon dont les deux êtres vont s'apprivoiser et partager un temps cette fabuleuse expérience. Dans cette vie-là, le dénuement pousse les gens à se rapprocher et à s'aimer sincèrement, sans jamais feindre le moindre sentiment - il n'y a de toute façon pas moyen de se cacher. Voilà un film d'une simplicité absolue et d'une beauté enivrante, qui met en lumière les bienfaits d'un tel retour à la nature sans pour autant prôner un quelconque message lourdement écologique. Si thèse il y a dans Alamar, alors celle-ci est bien cachée. C'est un film-parenthèse, une bouffée d'oxygène offerte au jeune Natan et au spectateur, qui semble découvrir la vie en même temps que lui et regrette de ne pas pouvoir profiter des goûts, des odeurs, des textures.
Au centre du film, deux "acteurs" tout bonnement prodigieux : Natan et son père Jorge. Des guillemets parce que, dans la vraie vie, Jorge et Natan sont réellement père et fils et que leur histoire est réelle. C'est là qu'est le supplément de magie d'Alamar : il parvient à brouiller totalement les genres et à réussir un brillant flou artistique entre fiction et réalité. On pourrait longtemps croire à une fiction pure, jusqu'à ce que Natan se mette à dessiner la caméra, l'un des objets qu'il retiendra de son voyage. Sous ses allures de somptueux et modeste dépliant touristique, le film de Pedro Gonzalez-Rubio contient une splendide réflexion sur le cinéma, les traces qu'il laisse et les choses qu'il change. On en sort ému, conquis, transi par cet univers et par ces deux hommes dont on a brièvement partagé la fragile intimité.




Alamar de Pedro Gonzalez-Rubio. 1h15. Sortie : 01/12/2010. Paris Cinéma 2010 : 2ème film en compétition.

Paris Cinéma 2010 - IF I WANT TO WHISTLE, I WHISTLE

Ours d'Argent à Berlin, Prix Sang Neuf à Beaune, le premier film de Florin Serban était précédé d'une réputation assez solide et plutôt aidé par le véritable revival des films et séries de prison - de Oz à Un prophète. Pour autant, c'est plus le récent Dog pound que rappelle ce film roumain, principalement parce que tous deux traitent des derniers jours de détention d'un adolescent à la rédemption possible mais au coeur loin d'être serein. Le traitement est brut, refusant toute stylisation artificielle, et la caméra à l'épaule sied plutôt bien à des personnages peinant à contenir leur rage.
L'originalité de If I want to whistle, I whistle, s'il fallait en trouver une, est que les soucis du jeune Silviu lui arrivent principalement de l'extérieur, et plus précisément d'une cellule familiale qui devrait normalement constituer un point d'ancrage positif pour sa nouvelle vie à venir. Mais non : partie travailler en Italie depuis des années, sa mère qu'il déteste refait surface avec l'intention de prendre avec elle le petit frère qu'il a élevé lui-même. Comment, de sa gêole, gérer des problèmes qui se concentrent bien au-delà du grillage qui délimite son univers ? Pas idiot mais visiblement un peu impulsif, Silviu est au bord de la crise de nerfs.
Celle-ci finira par arriver dans une dernière partie qui joue maladroitement sur un suspense assez malvenu et qui pâtit comme tout ce qui précède de l'interprétation franchement inégale du jeune George Pistreanu, dont le statut d'acteur amateur n'excuse rien. Mais l'impression générale qui se dégage de cette oeuvre ô combien modeste est une certaine indifférence, assez inexplicable, qui naît peut-être de la mollesse du montage ou du relatif simplisme des situations. On n'a jamais vraiment peur pour Silviu, délinquant devenu à victime d'une société qui laisse trop peu de place aux désirs et réflexions des adolescents, et dont la révolte aurait dû nous prendre aux tripes. Ce qui n'est franchement pas le cas ici.





If I want to whistle, I whistle (Eu cand vreau sa fluier, fluier) de Florin Serban. 1h34. Sortie : non fixée. Paris Cinéma 2010 : 1er film en compétition.
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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