29 juin 2010

Rob Gordon Blog Party : un siècle de blog orange

Aujourd'hui, le blog orange a 5 ans, et ça pourrait se fêter si je ne me trouvais pas en plein milieu d'une grande campagne de restructuration personnelle qui me conduit, mes 2 fans l'auront remarqué, à baisser provisoirement (?) le pied côté publications.
Alors, pour célébrer tout de même la naissance de ce blog qui m'a bien occupé et a apparemment plu à quelques-uns du temps où j'étais encore fréquentable et performant, permettez-moi de vous inviter à la

Rob Gordon Blog Party.

Elle aura lieu le lundi 29 juin 2105 à 14h30.
Raison de cet horaire un peu étrange pour une fête : à 17 heures il y a "Des chiffres et des lettres" sur Esperanto 3 (la chaîne qui a succédé à France 3 après la disparition des langues au profit de l'espéranto en 2081), à 18 heures il y a soupe et à 19 heures je vais me coucher (à 121 ans j'ai perdu tout espoir de parvenir à rester éveillé jusqu'au JT de 20 heures).

Si je maintiens ce rythme - ce qui est strictement impossible, le blog contiendra environ 37.000 critiques. Ou alors 28.000 seulement, puisque je serai devenu aveugle à l'âge de 96 ans, la rétine brûlée d'avoir regardé autant de films plus ou moins fondamentaux.
Nous célèbrerons donc le centenaire de ce blog en buvant de l'orangeade et en lisant un florilège de mes meilleures critiques. La blogosphère cinéma (ou pas) m'aura fait l'honneur de sa présence. Il y aura notamment Pascale, doyenne de l'humanité à qui personne n'a osé dire que Clint était mort, Chandleyr, célébrissime fondateur du festival "Coca-Cola et cinéma", Niko06, recordman absolu du nombre de films vus et critiqués - son nom est même dans le Guinness -, Benjamin F, papy en costard tout fier de ses nouveaux filtres auriculaires anti-acouphènes, Voisin Blogueur, conservateur du musée Armelle Pioline, Sandra, pas encore remise de son 105ème festival de Cannes, Florian, PDG d'une fabrique de t-shirts pour geeks cinéphiles, David, qui aura concocté une playlist de séquences sur le thème des centenaires, et tant d'autres.

Et puis il y aura L., qui m'aura préparé un gâteau assez mou pour que je puisse l'avaler sans me blesser, et qui sera à coup sûr beaucoup plus joli que celui-là (même si c'est un peu la classe quand même). Mon plus beau cadeau serait qu'il soit orange.





Ce sera pour moi l'occasion de tirer ma révérence et de vous laisser enfin en paix avec une ultime critique, celle du film de ma vie, que j'espère dépourvue de réserves.

Pour vous inscrire, merci de laisser un commentaire au bas de ce billet.
Les cadeaux ne seront pas acceptés.

28 juin 2010

TOP COPS

Quand Kevin Smith prend les commandes d’un buddy movie de commande, on imagine que le réalisateur ne va pas réaliser le film que tout le monde attend… et on a en partie raison. Car si Top cops respecte la plupart des codes du genre – opposition ethnique et comportementale -, c’est pour mieux affirmer et confirmer le goût du réal barbu pour le cinéma de fanboys, tellement décomplexé qu’il ne cesse de revendiquer son droit à la bêtise. Le film s’adresse aux nostalgiques des Arme fatale et autres 48 heures, d’autant qu’il est réalisé sur un mode très mineur qui le fait ressembler aux productions eighties. L’hommage de Smith ne s’arrête pas là : on aura rarement vu un cinéaste effectuer autant de références explicites à d’autres films, en reprenant à son compte des répliques ainsi que les titres des œuvres citées.
Il faut dire que Smith, cinéphile globalement mainstream mais extrêmement cultivé, a toujours aimé clamer son amour du septième art, et qu’il est bien aidé dans cette tâche par Tracy Morgan, le bourrin de la série 30 Rock, qui écrit ses propres répliques et se lâche totalement, profitant du total champ libre que lui laisse un réalisateur trop content qu’une telle bête de somme assure le spectacle. Bruce Willis offre un contrepoint intéressant, misant sur une certaine sobriété là où l’habituel deuxième membre du tandem donne plutôt dans une consternation excessive. Croisant tout un tas de seconds rôles de choix, les deux assurent le spectacle, pour un film généreusement nul donc parfaitement savoureux, qui ne devient véritablement too much que lorsqu’il s’aventure trop loin dans l’action, comme dans les dernières bobines.
Mention spéciale à Seann William Scott qui campe excellemment le voleur le plus givré de l’histoire. Le genre de type qui va faire caca – et emmène de la lecture – dans les maisons qu’il cambriole. C’est grâce à lui et à quelques autres que le film ne s’arrête jamais vraiment de fonctionner, l’unique prestation de Morgan ayant risqué de provoquer une certaine overdose de faconde. Car Top cops, à l’image de son héros black, est le film le plus bavard de l’année, caractéristique peu surprenante de la part de Kevin Smith, mais qui peut rapidement devenir source d’agacement pour peu qu’on n’adhère pas totalement à ses interprètes…




Top cops (Cop out) de Kevin Smith. 1h40. Sortie : 23/06/2010.

27 juin 2010

LE CAMÉLÉON

Passionnante, la vie de Frédéric Fortin méritait bien un film. À 24 ans, le Français totalisait déjà 150 usurpations d’identité, ce qui en fait une sorte de recordman du genre. Mais Jean-Paul Salomé a choisi de ne s’intéresser qu’à l’une des étapes de l’existence du jeune homme, à savoir son escapade dans une famille de bon gros rednecks, où il se fait passer pour le fils kidnappé quatre ans auparavant. Pourquoi s’être focalisé sur cet épisode ? Parce que derrière le mensonge de Fortin se dissimule une affaire policière légèrement plus complexe, qui pousse une enquêtrice du FBI à aller s’enfoncer dans le bayou pour tenter de démêler cet écheveau. Perdre la force du mythe pour gagner un peu de suspense : tel est le choix du réalisateur français, qui mise avant tout sur le côté polar pour tenter de gagner ses galons de réalisateur américain.
Salomé a la bonne idée de se dissimuler derrière son sujet, lui qui s’est si souvent abimé sur des projets trop (et mal) mis en scène tels que Belphégor ou Arsène Lupin. Du même coup, son film manque de personnalité et d’allant, souffrant de son non-rythme absolu. En vain, le réalisateur fait des pieds et des mains pour gonfler un peu ce script finalement assez prévisible – la partie policière du film est facile à dénouer -, notamment en inscrivant l’action sur deux périodes : l’arrivée de l’usurpateur dans la famille, et les suites de l’enquête menée quelques années plus tard par le personnage de Famke Janssen. Il faut bien le dire : cette construction ne sert à rien, sinon à rendre l’ensemble encore moins digeste.
L’atout principal du film est son casting, même si Jean-Paul Salomé peine à l’exploiter à sa juste valeur. Si Marc-André Grondin est en tous points parfait, si Ellen Barkin est relativement convaincante en mère droguée et carrément à l’ouest, Famke Janssen ronronne – et nous avec – et Émilie de Ravin confirme son inaptitude à jouer autre chose que de jolies blondes un peu sympathiques. La crédibilité de cette famille un peu crasseuse n’est pas franchement assurée, et dominent rapidement un ennui certains et de véritables regrets à l’idée de voir ce personnage si incroyable gâché par un réalisateur sans partis pris ni personnalité, anti-roi Midas qui transforme les histoires les plus brillantes en masses informes.



Le caméléon (The chameleon) de Jean-Paul Salomé. 1h46. Sortie : 23/06/2010.

25 juin 2010

TOY STORY 3

Cela faisait pas loin de dix ans que les nombreux fans attendaient avec impatience le grand retour de Woody le cow-boy, Buzz l’Éclair et leurs sympathiques congénères. Sous la plume de Michael Arndt, auteur de Little miss sunshine, voici enfin Toy story 3, qui effectue le même saut temporel que ses spectateurs en bondissant d’une dizaine d’années dans le futur. Le jeune Andy a tellement grandi qu’il s’apprête à entrer à l’université, délaissant ses fameux joujoux pour d’autres activités beaucoup plus sérieuses. Les héros du film, eux, n’ont pas changé d’un iota : forcément, ce sont des jouets. Et c’est d’abord là que le bât blesse. Il peut être délicieux de retrouver des personnages qu’on a beaucoup aimés, à condition que ceux-ci aient un tant soit peu évolué, prenant de la bouteille ou étant assaillis par les doutes. Là, rien : ils sont exactement les mêmes, en un peu plus tristounes, ce qui fait ressembler Toy story 3 à une sorte de version longue et geignarde des deux épisodes précédents.
Ne crachons pas dans la soupe : ces figurines sont toujours aussi rigolotes, et le télescopage de leurs personnalités crée quelques étincelles toujours intéressantes. Mais c’est à peu près tout : le script déploie une intrigue plutôt prévisible qui voit la bande à Woody rejetée par Andy – mais involontairement, sinon c’est trop mauvais esprit – et contrainte d’aller servir de chair à canon aux mains de marmots aussi petits qu’impitoyables. S’ensuit une guerre des jouets qui ne fera pas rougir le Barry Levinson de Toys, au moins aussi inventif sur cette affaire-là. Car s’il faut saluer l’idée de faire d’un nounours à la fraise un vilain mafieux flanqué d’une armée de bras droits presque aussi méchants que lui, l’affaire ne va finalement pas plus loin qu’un vague conflit dont le principal point d’ancrage est la réinitialisation de Buzz, transformé par les bad guys en une sorte de maton aussi efficace que sans cœur. Une idée pas neuve, certes transcendée par quelques anomalies de fonctionnement mises au service d’une machinerie comique plutôt bien huilée.
Comme une partie de la production Pixar, Toy story 3 a donc tout pour être un divertissement assez solide mais n’a pas vocation à devenir un chef d’œuvre du cinéma d’animation. D’autant que les trois derniers quarts d’heure se résument à une succession de morceaux de bravoure évidemment impeccables – le film est plastiquement irréprochable, sauf comme toujours dans sa représentation des humains – mais qui s’accumulent sans réelle passion. Il pourrait y en avoir dix minutes de plus ou de moins que personne ne s’en rendrait compte, la mécanique scénaristique de l’ensemble manquant clairement d’ampleur. On ne fait pas un long-métrage aussi attendu avec un scénario de moyen… Résultat, l’ennui est là, auquel succède bientôt le pathos. Car ces jouets, qui souffrent d’être dépossédés de leur propriétaire de toujours, termineront leur quête d’identité sur un mode sentimentaliste assez malvenu. Un brin de nostalgie et de mélancolie aurait suffi, à l’image de ce qu’offrait la très bonne scène d’ouverture. Toy story 3 ne manquera pas de cartonner, de faire vendre des jouets, de nettoyer les canaux lacrymaux de certains grands gamins, mais ça ne l’empêche pas d’être une sacrée déception par son manque d’ampleur et de maturité.




Toy story 3 de Lee Unkrich. 1h40. Sortie : 14/07/2010.
Autre critique sur le blog de Nicolinux.

ANNÉE BISSEXTILE

Si les années bissextiles ne tombent normalement que tous les quatre ans, cette Année bissextile est le genre de film qu’on nous propose tous les six mois, en nous faisant croire à chaque fois qu’il s’agit de ce qui se fait de plus pointu dans le cinéma d’auteur actuel. Seulement voilà : ce que propose Michael Rowe ressemble à s’y méprendre – et en moins bien – au début de carrière d’un Amat Escalante – auteur de Sangre et Los bastardos – et d’une demi-douzaine d’autres cinéastes, sud-américains pour la plupart. Ce qui s’apparente ici à une vraie recette se résume à quelques idées vaguement choc et à une mise en scène qui accumule les plans fixes pour tenter d’avoir l’air clinique.
Année bissextile échoue en fait sur tous les tableaux. D’abord, Rowe tente de décrire l’ennui mortel de la non-existence de son héroïne, qui zigzague entre un job pas tout à fait exaltant et une solitude épaisse. Un bon metteur en scène saurait dépeindre un tel quotidien sans rendre cet emmerdement aussi communicatif. On bâille au moins autant que le personnage, qui attend désespérément qu’un évènement quelconque vienne déranger son quotidien. Cela n’arrivera pas : les seules perturbations qui la sortent de sa routine sont une série de partie de baise prétendument extrême avec un type qui débarque quand il veut, la violente s’il en a envie, la chahute quelques minutes avant de regarder un peu la télé et de rentrer chez lui. Ces scènes de sexe en plan fixe sont révélatrices de l’absence d’originalité du film : on a déjà vu cela mille fois ailleurs, en plus froid ou plus drôle. En tout cas en plus utile.
Et quand des brûlures de cigarettes ou une séance d’uro sont au programme, on devrait être secoué, meurtri, choqué, mais rien ne se passe. Ce qui devrait ressembler à de violentes montées d’adrénaline n’a finalement aucune portée cinématographique ou émotionnelle, et la provoc gratuite et mal fichue mise en place par Rowe ressemble à l’œuvre d’un adolescent en mal de moyens d’expression. Quand se dessine en fin de course une idée vraiment extrême et pas loin d’être inédite – brillante scène de dialogues au lit -, c’est pour faire naître une nouvelle désillusion : des promesses, des promesses, encore des promesses, mais quasiment rien à se mettre sous la dent qui colle suffisamment au corps. Qu’on remette la Caméra d’Or à un tel puits de vacuité ressemble à une mauvaise blague.




Année bissextile de Michael Rowe. 1h34. Sortie : 16/06/2010.

23 juin 2010

BÉBÉS

Il est toujours amusant d'observer, en entrant dans la salle, avec quel type de public on va partager le film à venir. Celui de Bébés est exclusivement constitué de couples, et l'on imagine volontiers que monsieur a consenti à deux efforts surhumains pour suivre madame dans ce qu'il imagine être une galère : faire une croix sur le match de foot et accepter de se taper un doc sur des bébés au lieu d'un film un peu plus divertissant ou accrocheur. Heureusement, la soirée ballon rond est bien vite oubliée, tant le film de Thomas Balmes brille par la sympathique qu'il dégage et son refus de toute démonstration inutile. Bébés se contente, modestement mais avec assurance, de suivre pendant un an quatre nouveaux-nés en provenance de différentes contrées. Mongolie, Namibie, Japon, États-Unis : chacun grandit différemment, plus ou moins materné, plus ou moins protégé des agressions extérieures. C'est tout. Pas de grandes théories sur les différents modes d'éducation, pas de voix off nous expliquant à quel point ces bébés et leurs parents sont formidables...
Bref, on n'est pas chez Jacques Perrin, et ça fait du bien. Si la fameuse "idée originale d'Alain Chabat" ressemble davantage à un coup de pub qu'à un vrai sens du concept - le film est tout de même d'une simplicité enfantine -, Bébés a le bon goût d'éviter les faux pas et les lourdeurs. Sur un mode extrêmement positif et optimiste - les 4 bébés vont bien et iront bien -, le film est rythmé par des séquences généralement assez courtes qui montrent à quel point ces petits mecs et ces petites gonzesses sont pleins d'énergie et de ressources. Frimousses friponnes, galipettes risquées : tout ici est purement visuel, comme un album photo que l'on feuilletterait sans avoir à subir les commentaires excessivement angéliques de parents forcément séduits. Chacun choisit son bébé préféré, s'amuse de ses défauts, est touché par son évolution.
Sans vraiment le dire, Bébés n'oublie pas de faire preuve d'esprit critique lorsque certains comportements de parents témoignent d'une certaine inconscience ou d'une fantaisie démesurée. Quand Ponijao, le bébé namibien, grignote un os ou une pierre trouvés par terre, c'est mal. Quand Hattie, la petite ricaine, est traînée par ses parents dans un centre d'éveil où les chants ressemblent à des cantiques, elle semble vouloir fuir et on la comprend. Balmes ne compare pas, ne dit pas tout haut ce qu'il pense de tel ou tel mode d'éducation, mais nous laisse juges, en vertu d'une expérience passée ou d'une envie future. Assez court, le film s'arrête quand il faut, une fois que ces bébés n'en sont plus vraiment et que le hors-sujet n'est pas loin. Comme la plupart des films sans message, on n'en retient pas grand chose, si ce n'est l'importance des animaux de compagnie - chats, chiens... ou coqs - dans l'éveil de ces petits bouts. Ce film gentiment oubliable aurait pu être outrageusement agaçant, et c'est déjà une grande qualité que d'avoir su éviter cela.




Bébés de Thomas Balmes. 1h16. Sortie : 16/06/2010.

21 juin 2010

Paris Porn Film Fest - Compte-rendu #4 - Buck Angel & Nostalgia

Célébrer la fête des pères en famille avant d'aller finir son week-end dans les fauteuils moyennement confortables du Paris Porn Film Fest : voilà un dimanche peu commun et un grand écart abvsolu, voire un peu improbable. Et quelle belle façon de terminer ces quatre jours de festival...

En première partie de soirée, nous étions une demi-douzaine de spectateurs - auxquels il convient d'ajouter quelques types n'effectuant que de bien louches passages-éclairs, dont un monsieur un peu inquiétant avec un gant en latex - pour découvrir le délicieusement titré Ultimate fucking club, dernière réalisation de Buck Angel. Qui donc est Buck Angel ? Commençons par une photographie :


Buck Angel

Impressionnant, ce physique de catcheur, hein ? Sauf que Buck Angel est né femme en 1972, qu'il a entrepris il y a des années des démarches pour devenir un homme, et qu'il a aujourd'hui l'apparence d'un mâle... mais l'entrejambe d'une femme. En bonus d'Ultimate fucking club, il explique d'ailleurs pourquoi il n'est pas allé au bout de sa démarche : figurez-vous que l'opération consistant à pourvoir une ancienne femme d'un pénis fonctionnel et naturel est encore loin d'être fiable, et que ce cher Buck n'a pas souhaité prendre le risque de pisser des lames de rasoir toute sa vie et d'être à moitié impuissant. Donc, comme la photographie ci-dessus ne le montre pas, Buck Angel est un homme avec un vagin. Et se fait donc copieusement honorer par des hommes visiblement ravis de se taper ce qui ressemble à une anomalie de la nature.

Il faut voir et entendre Buck Angel pousser de longs râles bien rauques, pris sous les coups de boutoir de quelques malabars plutôt bien pourvus. Le premier de la liste, et le mieux membré d'ailleurs, s'appelle Rob. C'est un signe. Difficile de dire qui pourra être réellement excité par cette porno star tout droit venue de la quatrième dimension, mais l'humour dont fait preuve le monsieur et l'étrangeté de l'ensemble font passer ces quasi deux heures de projection comme une lettre à la poste.

Pour clore le festival, rien de tel qu'un petit film lesbien avec Nostalgia, de l'américaine Courtney Trouble, qui revisite de façon assez drôle quelques clichés du porno hétérosexuel. À noter notamment une relecture franchement amusante du Deep throat qui rendit Linda Lovelace célèbre, avec Madison Young dans le rôle de l'ingénue découvrant que sa gorge est non seulement profonde mais aussi extrêmement érogène. En dépit d'un faux côté vintage un peu raté et de quelques scènes étonnemment molles, Nostalgia rend un bel hommage aux classiques des années 70 et met en avant un certain nombre de femmes plus belles que vulgaires, dont plusieurs actrices dont les rondeurs rappellent celles des actrices du Tournée de Mathieu Amalric.


Nostalgia

Jolie façon de clôturer ce festival original et militant, qui aurait besoin de davantage d'exposition et de soutien de la part des organismes d'état (CNC, Cinémathèque...) pour s'inscrire dans un cadre plus professionnel et faire ainsi comprendre à un nombre croissant de cinéphiles que le porno a véritablement de quoi être partie intégrante du septième art. La faible affluence au Brady montre que le chemin à parcourir pour faire accepter cette idée est encore terriblement long. Vivement l'année prochaine pour de nouvelles festivités et un bilan qu'on espère encore plus positif.


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Paris Porn Film Fest - Compte-rendu #3 - Safer sex is hot sex

Quelques heures de sommeil pour recharger - à peine - des batteries hélas bien vides la veille, et c'est reparti pour une troisième journée sous le signe du cinéma porno au Paris Porn Film Fest. Une journée ou plutôt un passage éclair, mon programme du jour étant constitué d'une et une seule séance pour cause de vie sociale active - entre du cinéma X en solo et un barbecue avec des amis et la femme que j'aime, j'ai choisi.

Ce samedi, j'ai donc jeté mon dévolu sur un programme constitué d'archives vidéo sur le thème Safer sex is hot sex, soit une série de courts-métrages vantant les mérites du sexe sans risque. Le tout tournant principalement autour de la question gay. D'un film financé et tourné par deux stars du porno des années 80 - regardez donc les images ci-dessous, vantant notamment les mérites du cellophane - à une publicité tournée pour Internet par la star française François Sagat - sobrement intitulée Je mets une capote et du gel -, cette quarantaine de minutes fut inégalement intéressante mais eut le mérite de donner lieu à un débat passionné avec Gérard Pelé, fondateur du collectif "Sexe et plaisir gay" et rédacteur de la première plaquette expliquant le safer sex à la communauté gay vers la fin des 80's, et Christophe Martet, ancien président d'Act-Up et fondateur du magazine gay et lesbien Yagg.

Turbo Charge Trailer


L'occasion de réaliser à quel point il est difficile de promouvoir le safer sex au sein d'un milieu où la séropositivité n'est pourtant pas un sujet tabou. Refus de l'industrie du porno de s'engager sur ce terrain un peu trop glissant, difficultés à communiquer sur des sujets comme le fist-fucking et autres pratiques moins répandues, impossibilité dans les années 80 d'utiliser Internet et les médias, campagnes ne s'adressant qu'aux séronégatifs et oubliant d'expliquer aux séropositifs comment protéger leurs partenaires... Une discussion à bâtons rompus qui donne une idée du chemin parcouru et semble indiquer que la route est encore longue pour éviter les 7000 nouvelles contaminations qui se produisent en France chaque année.

[à suivre]


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18 juin 2010

Paris Porn Film Fest - Compte-rendu #2 - Madison Young & Adonis

L'inconvénient lorsqu'on travaille à horaires fixes mais qu'on veut assister à des festivals, c'est que l'on rate la crème de la crème de ce qui est projeté l'après-midi. Les embouteillages n'aidant pas, j'ai donc manqué l'indispensable séance Handi Porno, composée de deux films sur la vie sexuelle d'handicapés (une myopathe et un homme privé de mains et de jambes) et d'une séance de questions-réponses avec le monsieur en question, fièrement dressé sur ses prothèses. De l'avis général, une programmation un rien décevante en raison de la faible qualité cinématographique de l'ensemble et du nombrilisme ambiant. Ce qui permit d'atténuer ma déception.

Pour moi, ce vendredi, le Paris Porn Film Fest débutait avec une première partie de soirée consacrée à Madison Young, porn star réputée qui produit ses propres films. Son genre favori ? Le BDSM, petit nom du bondage sado-maso, la demoiselle appréciant particulièrement d'être dominée. C'est ce qu'on a pu constater avec Undone, dans lequel elle commence par se taper un jeune homme assez laid et pas très doué, avant d'être livrée aux mains d'une maîtresse dominatrice et d'un type qui gardera son jean mais daignera cependant baisser sa braguette. Véritable showgirl, Madison est l'unique intérêt de ce film dont l'absence de montage permet de mesurer à quel point le temps doit sembler long lorsqu'on se fait ainsi abuser de tous les côtés. Manquant de charisme et de persuasion, les partenaires de la jeune femme réduisent considérablement la portée de l'ensemble.

La pièce de choix venait ensuite avec Madison's solo sex tape, vidéo dans laquelle elle souhaite montrer à sa dominatrice du moment qu'elle est prêt à aller loin dans la douleur pour elle. Pinces à linge, chatterton, cire chaude et sac congélation sont quelques-uns des accessoires de choix utilisés avec délectation par cette véritable bête d'écran qui parvient à exercer une véritable fascination et même quelques frissons à la vue des souffrances qu'elle s'inflige.

Au fait, Madison Young, c'est elle, dans une version plutôt soft.

Madison Young


Il y avait ensuite de quoi s'amuser avec A night at the Adonis, porno gay des années 70 situé dans un cinéma new-yorkais. Mais le côté old school de l'ensemble (à la façon de Debbie does Dallas, Coed fever et autres joyeusetés ressorties en DVD par Wild Side) tourne vite court en raison de la mollesse de l'ensemble - aucun mauvais jeu de mots là-dedans - et du manque de sophistication de l'humour. Tout avait pourtant très bien commencé avec une visite du cinéma en plan-séquence, dans un style évoquant un Brian de Palma fauché. Le reste, de scènes de baise trop courtes pour être intéressantes en chassés-croisés amoureux dépourvu de charme et de drôlerie, rendait l'ensemble assez pataud et me poussait à finir tranquillement ma nuit dans les fauteuils pourtant inconfortables du Brady.

Un endormissement prématuré qui m'empêcha malheureusement d'assister à un autre spectacle, situé dans la salle : bruits de ceintures et de sucions se sont apparemment succédés dans cette salle extrêmement intime puisque composée d'une trentaine de sièges à peine. On m'aurait touché pendant mon sommeil que je ne me serais peut-être rendu compte de rien...

Jetez quand même un oeil sur la bande-annonce.



[à suivre]


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DIRTY DIARIES

À l’origine était Come together, très court-métrage dans lequel la cinéaste suédoise Mia Engberg filme avec son téléphone mobile les visages de quelques femmes en pleine séance de masturbation. Les réactions d’hostilité suscitées par le film ont donné envie à la réalisatrice de réunir différents segments réalisés par des femmes et proposant une approche nouvelle, ou en tout cas différente, de la pornographie. Annoncé comme féministe, le film ne l’est pas tant que ça, sauf peut-être par sa façon de rompre avec l’image traditionaliste de la femme-objet dominée et souillée par des mâles en rut – image avec laquelle le cinéma pornographique a largement pris ses distances pour peu que l’on aille voir au-delà des films du premier samedi du mois. Voilà donc douze films réalisés sur commande avec un téléphone, plus Come together en épilogue. Soit un ensemble forcément hétérogène par la nature et la qualité de ses segments, mais dominé par quelques pièces de choix franchement passionnantes.
Le premier film, Skin, est sans doute l’un des plus fascinants : on y voit deux individus vêtus d’une combinaison intégrale, couleur chair, qui ne laisse pas voir le moindre centimètre carré de peau. Les deux amants – un garçon et une fille, ça se voit vite – se lancent dans des ébats dont la chaleur est forcément tempérée par l’absence de contact épidermique et d’identité propre. Peu à peu, l’atmosphère s’humidifie, et les corps se dévoilent grâce à quelques coups de ciseaux qui redonneront peu à peu une personnalité propre à ces deux amants réduits jusque là à l’état d’entités. Un concept fort, qui aurait sans doute pu être poussé plus loin – mais Dirty diaries n’a pas vocation à faire dans l’excès – mais qui interroge de façon simple mais magnétique la question du corps et de l’appartenance sociale.
Mais tout n’est pas que concept dans Dirty diaries : quelques segments, qui pratiquent un humour forcément décalé, valent également le détour. Du film d’animation Dildoman – faut-il en dire davantage ? – au féroce Body contact, dans lequel deux filles rencontrent le type qu’elles ont cherché sur Internet afin de tourner leur porno amateur perso, la drôlerie est partout. Mais le plus drôle dans tout cela, c’est Flasher girl on tour, auto-documentaire dans lequel une certaine Joanna confie et montre son penchant pour l’exhibitionnisme. Dans un taxi, un jardin public ou une rame de métro parisien, elle se livre et se dévoile avec une effronterie aussi charmante qu’hilarante. Imparable.
Quelques films un peu trop arty auraient pu faire basculer Dirty diaries dans la pose faussement auteuriste, mais tout cela est heureusement contrebalancé par d’autres segments bien plus légers ou carrément frontaux, comme ce Brown cock dans lequel est pratiqué en assez gros plan un fist-fucking étonnamment douillet pour qui n’est pas rompu à ce genre de pratique. D’autres surprises sont également disséminées tout du long : un cunnilingus opéré sur un kiwi, une rose enfoncée dans l’anus ou des séquences de lutte gréco-romaine sur sommier à ressorts sont également au programme. Le tout au service d’une vision aussi variée que décomplexée de la femme et ses désirs d’une sexualité cohérente et assumée.




Dirty diaries de Mia Engberg. 1h38. Sortie : 30/06/2010.

Paris Porn Film Fest - Compte-rendu #1 - Lloyd Blankfein & Dirty Diaries

Jusqu'à dimanche a lieu au Brady (Paris 10ème) la deuxième édition du Paris Porn Film Fest, qui propose le meilleur de la création et de la production porno internationale contemporaine. Un festival à échelle humaine - deux salles de projections pour une centaine de fauteuils - pour favoriser les rapprochements, libidineux ou non, toujours dans un esprit de respect et d'ouverture. Dimanche soir, on vérifiera néanmoins si les sièges bleutés du Brady sont toujours aussi clean.

Dirty diaries


Avant même le film d'ouverture, on comprend à quel point le Paris Porn Film Fest n'est pas un festival comme les autres : franchement, avez-vous déjà vu un type en combinaison slip - t-shirt vous offrir du pop corn ? De mémoire d'homme, on n'avait vu ça ni à Cannes ni ailleurs. Là est l'esprit du festival : favoriser la convivialité et la bonne humeur afin de rendre les découvertes et les curiosités plus attirantes qu'effrayantes.
Les festivaliers présents lors de la première édition n'ont visiblement pas été dépaysés lors de cette première soirée : les festivités commencent en retard. Le film d'ouverture se fait attendre mais finit par arriver après Lloyd Blankfein must die, un court-métrage clipesque où le narrateur explique grosso modo que pour oublier qu'il a envie de tuer l'un des vilains financiers américains responsables de la crise, il se masturbe. Photos de bears - ces gays baraqués et à barbe, façon bucherons canadiens - à l'appui.

Dirty diaries


On reviendra en détail sur Dirty diaries, un film collectif suédois tourné au téléphone portable, qui sortira en salles le 30 juin et qui a donc ouvert le festival. Soit 13 segments supposément féministes et foncièrement explicites, globalement assez intéressants.
Le film suivant, Max and the city, devait être projeté à 22 heures ; à 23 heures, toujours rien. L'appel de l'estomac était finalement plus fort que l'envie de voir ce porno gay berlinois dans lequel de jeunes éphèbes s'enfilent. Mon baptême du feu du genre n'aura finalement pas lieu...

[à suivre]

À lire : le compte-rendu de Voisin Blogueur.
À suivre : mon compte Twitter.

15 juin 2010

THE CRAZIES

Le mot du jour : népotisme. Le népotisme désigne un favoritisme exercé par une personne à l'égard de ses proches. Plus familièrement, on parle de piston pour désigner ce genre de pratique de plus en plus répandue et de plus en plus décomplexée, consistant à placer n'importe qui de sa famille à n'importe quelle place qu'il souhaite occuper. Un exemple au hasard : dans la famille Eisner, comme papa Michael était précédemment PDG chez Disney et qu'il a plutôt le bras long, son fils pourvu du même patronyme - mais bientôt surnommé Breck pour que la filiation soit moins repérable - s'est soudain retrouvé aux commandes du pathétique blockbuster d'aventures Sahara - qui s'est d'ailleurs ramassé au box-office - avant d'hériter de ce remake d'un film de George Romero curieusement titré La nuit des fous-vivants en version française.
Tout ça pour dire que non, The crazies n'est pas à proprement parler un remake utile. Car si Eisner sait régulièrement composer des plans relativement léchés, il n'est un rien un cinéaste de genre et se révèle rapidement incapable de donner un tant soit peu de souffle à cette histoire d'un village subitement gagné par un virus qui rend fou. Chez Romero, on appréciait les références au Vietnam et au traumatisme collectif qui en avait découlé ; ici, le film est passablement dépourvu de fond et se limite à un long survival pouvant éventuellement donner le change dans sa première partie - la mise en place n'est pas ce qu'il y a de pire - avant de se planter en beauté dès qu'il s'agit de prendre un peu d'ampleur et de donner du liant à la tentative de survie, puis d'exode, de ce couple de gros rednecks pas très bien embouchés qui voudraient passer pour le duo le plus sexy de l'année.
Pour toute tentative de frisson, The crazies propose une et une seule recette, à savoir faire bondir régulièrement à l'écran un personnage effrayant ou n'importe quel objet qui passe, un peu comme dans tous ces mauvais films tournés pour être projetés en 3D. Ça s'appelle du jump scare, et ça peut très bien fonctionner à condition de ne pas en abuser. Mais franchement, après une trentaine d'artifices du genre, on a juste envie de planter là ces personnages sans épaisseur et de retourner du côté de chez Romero. D'autant que la fin, qui arrive après s'être longtemps fait désirer, verse dans le plus pur cliché du genre et du moment en nous rejouant comme tous les mois le coup de l'apocalypse et du monde à reconstruire. L'idée si émouvante de la perspective d'un nouveau début est soudain bien moins poétique lorsqu'elle nous est servie par n'importe quel tâcheron incapable de trouver une issue plus personnelle à sa dernière "oeuvre" en date.




The crazies de Breck Eisner. 1h41. Sortie : 09/06/2010.

11 juin 2010

INFECTÉS

Comment réussir un film de genre avec absolument zéro moyen côté effets visuels ? C'est le joli défi que se sont lancés les frères Pastor avec cet Infectés d'une malice absolue, qui reprend à son compte quelques codes - un virus aussi contagieux que mortel, une planète dévastée et désertée... - pour en offrir une vision psychologique, où le point de vue et la suggestion sont plus forts que tout. Résultat : une heure et demie d'un suspense assez bien troussé autour d'une simple interrogation consistant à savoir qui est infecté, qui ne l'est pas et comment se sortir vivant de ce pétrin. Infectés ressemble à un huis clos en plein air, le nombre de personnages étant extrêmement réduit.
Le film suit en effet quatre jeunes adultes aux personnalités assez différentes, mais réunis par une même envie de survivre et d'aller voir ailleurs si l'herbe est plus verte. Leur traversée des États-Unis finit par tourner court lorsque les jeunes gens croisent un père et sa jeune fille, qui leur demandent de l'aide mais leur inspirent une méfiance à la limite de la paranoïa. C'est là l'un des aspects les plus réussis du film des frères Pastor : montrer comment une peccadille peut soudain faire naître une peur panique et entraîner une série de réactions en chaînes qui auraient été parfaitement évitables avec davantage de sang-froid ou de recul. L'air de rien, c'est tout l'histoire américaine récente qui se retrouve mise en boîte à partir de ce principe.
Pour un peu, ce jeu d'échecs assez crispant ferait presque oublier qu'il est un film de genre : malgré l'omniprésence du virus, l'ambiance est plus proche de celle d'un film noir plein de spleen. Une mélancolie inspirée par ces décors foisonnants mais sans vie qui rappellent le récent Zombieland. Sauf qu'ici, la Terre n'est plus un excellent terrain de jeu, mais plutôt une gigantesque coquille vide pour le moins désespérante. S'il patine un peu beaucoup dans les dernières bobines à force de ne plus trop savoir comment régler les situations posées, Infectés signe néanmoins le triomphe de la débrouille et de la malice, montrant que le manque de moyens force la créativité des jeunes auteurs.




Infectés d'Alex & David Pastor. 1h24. Sortie : 26/05/2010.

8 juin 2010

ÇA COMMENCE PAR LA FIN

Pour sûr, Michaël Cohen doit sacrément aimer Emmanuelle Béart pour lui offrir un film entier, comme ça, avec juste eux deux et leur amour qui écrase tout. Il faut avoir une sacrée confiance en son couple et en l'autre pour oser s'aventurer à un tel récit : celui d'une passion ravageuse et destructrice, qui vit et se développe au gré de mille coups d'éclat puis risque de s'éteindre, victime de sa trop grande intensité. Mais rien n'arrête visiblement Cohen, et l'on comprend rapidement pourquoi : parce qu'il aime moins Béart que l'amour qu'il lui porte. La majeure partie de Ça commence par la fin est en effet tournée vers lui, le film multipliant les gros plans sur ses grands yeux ébahis - quand il la rencontre - ou désespérés - quand il est seul sans elle. Même parmi les oeuvres à deux personnages, on avait rarement vu un tel nombrilisme s'installer.
Loin de la construction à la Irréversible que pouvait annoncer le titre, Ça commence par la fin entrecroise le récit de la rencontre de Gabrielle et Jean et la description de leurs retrouvailles, quelques temps après leur rupture, histoire de faire le point. C'est finalement le seul parti pris de Cohen : alterner périodes fougueuses et instants de déchirement, comme si tout coup de foudre devait forcément se terminer par un monumental fracas. En résulte une heure et demie passablement ridicule, que ce soit dans la description des premiers moments, la peinture amusée d'une vie sexuelle libérée - comment visiter toutes les chiottes de troquets parisiens - ou les atermoiements excessivement tragiques. Semblant découvrir ce qu'est l'amour, Michaël Cohen croit innover mais n'invente rien. Son film sent les conventions et la vantardise, celle du mec qui dirait « hé, les gens ordinaires, regardez comme mon histoire est intense » et prendrait un plaisir fou à mettre sa femme à nu et à poil devant des caméras.
Car le film finit par ressembler au fantasme ultime du jeune réalisateur, qui n'aime rien tant qu'exhiber celle qu'il aime et qui le fait bander, quitte à nous imposer des scènes d'amour de 3 minutes non-stop où une certaine gêne prend rapidement le pas sur toute forme d'esthétisme érotique ou d'excitation. Sous ses aspects de film d'auteur parisianiste bien cliché (ceux où, comme le dit la formule, on fait la gueule dans la cuisine), Ça commence par la fin est en fait la vidéo amateur à peine maquillée d'un couple ne sachant plus vraiment comment pimenter sa vie sexuelle et amoureuse. La prochaine fois, que les cochoncetés qu'ils tournent en privé restent à l'état de petite délire conjugal au lieu de nous être imposées dans des salles de cinéma.




Ça commence par la fin de Michaël Cohen. 1h28. Sortie : 26/05/2010.

7 juin 2010

SEX AND THE CITY 2

Franchement, après la boucherie du premier volet, qui avait envie de se farcir à nouveau 2 heures et demie ou presque d'hystérie, d'oestrogènes et de vulgarité ? Pas grand monde, hormis un troupeau de midinettes adeptes d'une presse fashion de bas étage. On entre pourtant dans la salle avec une double curiosité : il s'agit non seulement de regarder le film, mais également d'observer une assistance principalement composée de femelles surexcitées et complétée par quelques mâles venus là pour tenter de conclure enfin. Et là, miracle : le début de Sex and the city 2 est drôle. Après une introduction montant en parallèle la situation actuelle des quatre héroïnes et leur arrivée à New York, nous voici plongés au coeur d'un mariage gay tellement too much qu'il en devient délirant. Quand Liza Minelli, icône gay de choix, reprend soudain le Single ladies de Beyonce - chorégraphie incluse -, c'est le délire absolu. Comme si Michael Patrick King, conscient de la perte de fraîcheur de ses quatre personnages, avait décidé de faire dans l'excessif, le délirant, pour s'éloigner un peu de leurs traditionnelles peines de coeur et douleurs au cul.
Ce fol espoir ne dure hélas qu'un quart d'heure, le temps pour le film de s'installer dans une routine extrêmement prématurée. Sex and the city 2 ne raconte rien, absolument rien : Carrie souffre du train-train imposé par Big, Charlotte a peur d'être trompée, et c'est à peu près tout. Le reste n'est qu'une succession de scènes absolument plates qui permettent simplement de constater à quel point le quatuor a morflé. King a le mérite d'aller toujours plus loin dans l'excès qu'il s'était imposé, mais la drôlerie n'est plus là : de gros plans sur t-shirt mouillé en zoom sur les moule-bite de rugbymen en goguette, en passant par une séquence très gênante où l'un des personnages ne dissimule plus une érection tonitruante, on se croirait tombé dans un American Pie version direct to DVD. On rêve d'un troisième épisode qui serait dirigé par le duo Neveldine / Taylor, qui maniait tellement bien la vulgarité et l'overdose d'effets dans ses Hypertension qu'il serait sans doute nettement plus doué pour rendre ces situations stimulantes.
Comme dans tout scénario qui ne va nulle part, les filles finissent par partir traîner leurs paréos à l'étranger, ici du côté d'Abou Dhabi, pour une escapade qui se voudrait sociopolitique, avec dénonciation en règle du machisme ambiant, de la répression pratiquée sur tout ce qui touche au sexe, et du port de la burqa. C'est ainsi que Samantha brandit des capotes devant une foule d'intégristes en furie et que quelques autochtones dévoilent sous leurs combinaisons des tenues bigarrées venant tout droit de chez Vuitton. N'importe quoi ? Oui, en tout cas quand tout est traité avec une légèreté qui ressemble principalement à de la bêtise mâtinée d'opportunisme. Du coup, dans la salle, nos pintades sont relativement calmes, n'applaudissant que trop rarement et ne jubilant qu'assez peu. La déception est grande pour ces fans de longue date, agacées elles aussi par la vacuité de l'ensemble. On en sort avec un soupir de consternation et avec l'envie de décerner à Chris Noth (a.k.a. Mr. Big) le prix du pire acteur de l'année, option sourcils.




Sex and the city 2 de Michael Patrick King. 2h26. Sortie : 02/06/2010.
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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