31 mai 2010

PRINCE OF PERSIA - LES SABLES DU TEMPS

De Quatre mariages et un enterrement à Harry Potter et la coupe de feu, Mike Newell a toujours fait preuve d'une certaine propension à naviguer entre des univers fort variés et à rebondir de façon plutôt convaincante d'un genre à l'autre. Néanmoins, le doute a toujours subsisté sur la qualité intrinsèque du britannique : cinéaste-caméléon ou yes man doué mais sans réelle personnalité ? Après un Amour aux temps du choléra plutôt famélique, Newell est malheureusement en train d'apporter des réponses pour le moins inquiétantes quant à son statut : son Prince of Persia est en effet un ratage assez aberrant qui semble être l'oeuvre d'un clippeur débutant qui aurait mal digéré son petit Bruckheimer illustré. Mix improbable de film d'aventure familial et d'actioner bourrin (la double étiquette Bruckheimer-Disney, sans doute), cette adaptation d'un jeu vidéo aux multiples versions ne trouve jamais son ton ni son style et finit rapidement par ressembler à un mauvais croisement entre les Momie et les Benjamin Gates.
Tout commence par une erreur de casting : le beau et talentueux Jake Gyllenhaal aurait sans doute été plus crédible en Thor, en Hulk ou en Superman qu'en Dastan, prince de Perse au coeur pur et à la peau bronzée. Visiblement conscient de ne pas être la bonne personne pour le rôle, l'acteur traine laborieusement son corps musclé - putain, quel torse - et ses yeux hagards dans des décors trop lisses pour être honnêtes. Si Newell semble parfois avoir envie de filmer au plus près des caniveaux et des corps pour mieux montrer la crasse et recréer à l'écran la réalité de l'époque, la direction artistique approximative et la mise en scène incohérente et inesthétique - plans rapprochés bien trop rapprochés, enchaînements illisibles - empêchent le film de se trouver une quelconque crédibilité. Les scènes d'action provoquent une désorientation totale et absolument involontaire, les séquences explicatives sont incompréhensibles et répétitives, et la tournure fantastique rapidement prise par le film n'arrange rien à l'affaire.
Car figurez-vous que, comme l'indique la bande-annonce - qui se trouve être plus claire que le film entier sur cette histoire -, il existe une dague donc le manche contient un sable permettant de remonter le temps - pour faire court, c'est ça. Si la dague en question constitue un délicieux symbole phallique lorsque Gemma Arterton lorgne l'entrejambe de Jake Gyllenhaal, qui l'arbore à la ceinture, elle n'est ni un bon McGuffin ni un moyen convaincant de rendre enfin l'intrigue intéressante. Demeure une impression de total remplissage, comme par exemple lorsque le héros se voit contraint d'assister à une course d'autruches qui n'a pour ainsi dire rien à faire là. Personne ne semble d'ailleurs comprendre ce qu'il fait dans cette galère, à commencer par les pauvres Ben Kingsley et Alfred Molina, dont l'accent arabe est un sommet d'humour mal ou pas assumé. Dans tous les sens du terme, on est sacrément ennuyé par ce gros machin mal fagoté qui manque cruellement de second degré alors qu'il est de notoriété publique que son acteur principal est un déconneur de première. Les bons débuts du film au box-office américain laissent hélas entrevoir le début d'une franchise dont on voit mal comment elle pourrait redresser la barre après des débuts aussi calamiteux.





Prince of Persia : les sables du temps (Prince of Persia : sands of time) de Mike Newell. 2h06. Sortie : 26/05/2010.

26 mai 2010

L'AUTRE RIVE

En ces périodes festivalières où une Palme décernée à un excellent réalisateur thaïlandais peut provoquer une sorte de tollé chez quelques cinéphiles honteux de leur méconnaissance de certains cinémas plus exotiques et imaginatifs que la moyenne, on a forcément envie de défendre le septième art le plus jusqu'auboutiste, qu'il aille loin dans la description de la misère humaine ou propose une recherche picturale et thématique relativement inédite. Aussi, quand sort à la fin du mois de mai un film géorgien passé par de nombreux festivals, on se dit qu'il sera justement propice à cette défense acharnée d'un cinéma d'auteur allant à l'encontre de toute velléité populaire mais pouvant se montrer bien plus intéressant que la moyenne.
Hélas, L'autre rive est un contre-exemple plus que criant qui montre que les films parvenant à sortir de leurs modestes pays d'origine sont loin d'être toujours à la hauteur de l'envie de certains spectateurs de découvrir toujours d'autres contrées, d'autres univers. Extrêmement premier degré, le film de George Ovashvili suit un jeune garçon de douze ans qui travaille au noir dans un garage pour éviter à sa mère de se prostituer trop souvent, et qui finira par partir à la recherche d'un père qu'il ne connaît pas. Dès les premiers plans se prépare une longue séance de souffrance faussement auteuriste et réellement putassière : sous couvert de réalisme, le réalisateur insiste lourdement sur l'imposant strabisme du jeune héros, qui ferait passer Marty Feldman pour un premier prix de beauté. Un lourd handicap physique qui n'est jamais exploité autrement que pour créer un mécanisme compassionnel extrêmement putassier.
Le reste est à l'avenant : ça pue la misère dans tous les coins, la mise en scène est au mieux sale et au pire absente, et Ovashvili multiplie les gros plans sur ce jeune homme sans charisme et sans avenir, qui se débat vaguement dans des paysages aussi plats que ce scénario sans grand relief. L'unique but du metteur en scène semble être de faire pleurer dans les chaumières en insistant toujours plus lourdement sur l'absence d'avenir des personnages, qui ne se sont jamais vraiment remis de la déception qui a suivi la tant attendue indépendance de la Géorgie en 1991. Une idée intéressante mais jamais exploitée, le réalisateur préférant clore son film par une bouillabaisse misérabiliste et musicale qui n'est pas sans rappeler les pires moments d'Emir Kusturica et Tony Gatlif. À fuir.




L'autre rive (Gagma Napiri / The Other Bank) de George Ovashvili. 1h35. Sortie : 26/05/2010.

25 mai 2010

KABOOM

Il y a actuellement chez Gregg Araki une véritable envie, plus forte que jamais, de s'amuser avec les genres et les drogues. Kaboom fait suite à Smiley face, stoner movie avec Anna Faris qui peinait malheureusement à sortir de l'ordinaire en jouant la carte du délire mesuré, calculé, conscient de ses effets. Le cinéaste canadien a visiblement tiré quelques enseignements de son échec passé, puisque son dernier film part extrêmement loin dans le délire mais offre un résultat autrement plus jouissif et euphorisant. Cette fois, Araki s'est lâché et bien lâché, son scénario finissant par ressembler à de l'écriture automatique sous psychotropes, les effets de la drogue se faisant d'abord discrets pour ensuite ravager les personnages et les situations.
Tout commence comme un film de campus classique - ou presque - avec ce jeune homme à l'identité sexuelle plutôt trouble, refusant les étiquettes d'homo ou d'hétéro, qui se débat entre son con de coloc surfeur, sa meilleure amie taciturne, un paquet de fantasmes et tout un tas de cauchemars paranoïaques qui peuvent provenir de l'ingestion de substances illicites mais paraissent surtout, ô effroi, bien ancrées sans son crâne et dans son coeur, indépendamment de toute médication. Kaboom pourrait ressembler à Eh mec ! elle est où ma caisse ? 2 ou à une suite de Smiley face s'il n'y avait pour le transcender l'incroyable mise en scène 90's d'un Araki adepte des couleurs criardes et des effets dépassés. La direction d'acteurs est à l'unisson, parfaitement dans l'excès, jamais dans la tiédeur : chacun s'acquitte de son rôle à merveille, d'un Thomas Dekker idéal en petit minet à une Juno Temple aussi élégante que chiennasse.
D'un point de départ "réaliste" - tout est relatif chez le réalisateur -, Araki finit par tirer un bad trip absolument imprévisible, aussi désopilant que déprimant, qui ne manquera pas de faire penser aux meilleures oeuvres de Bret Easton Ellis. Comme dans Lunar Park, on sent s'opérer un glissement assez vertigineux où la raison, les conventions narratives et une certaine quête morale finissent par voler en éclats au gré d'une plongée schizo et toxico dans un univers parallèle qui pourrait sembler aberrant s'il était vu au premier degré. La fin, qui donne du sens à son titre assez explosif, montre qu'Araki n'attend rien de la vie si ce n'est une bonne louche de baise, de montées de sève et de fin du monde. Voilà un artiste qui n'a pas fini de nous surprendre.




Kaboom de Gregg Araki. 1h26. Sortie : 06/10/2010. Festival de Cannes 2010. Hors compétition.
Critique publiée sur Écran Large.

22 mai 2010

COPIE CONFORME

Est sa rencontre avec Juliette Binoche ? Abbas Kiarostami semble en tout cas s'être fait plus accessible avec ce Copie conforme bien éloigné des autres pendants de son cinéma, de films à clés comme Le vent nous emportera en longs concepts - Ten, Shirin. Cette fois, le cinéaste iranien a choisi un dispositif bien plus épuré qui pourrait presque faire penser au diptyque Before sunrise / Before sunset, dans lequel le duo Julie Delpy - Ethan Hawke faisait la route en parlant de la vie, de l'amour, et un peu d'art. La vision kiarostamienne est tout de même beaucoup plus auteuriste, puisqu'il s'agit notamment de traiter de l'importance du regard dans l'art et du rapport entre copie et original, sujet sur lequel travaille l'écrivain incarné par William Shimell - un dandy qu'on a l'impression d'avoir déjà vu mille fois, alors qu'en fait c'est là son premier film.
La première demi-heure aurait pourtant de quoi faire douter quant à l'aptitude du réalisateur de mener à bien ce projet : quelques dialogues un peu faux et un twist intermédiaire, mal fagoté et prévisible viennent à faire douter de la viabilité du projet intégral. Ce serait pourtant un beau gâchis que de s'arrêter là, tant Copie conforme prend par la suite son véritable essor pour parler réellement du couple, de l'amour et de l'art avec un regard pétri de culture mais dégraissé de tout snobisme. Cette balade florentine semble simple, très simple, rehaussée par un duo d'interprètes assez miraculeux - Juliette Binoche notamment, qui vieillit mieux que bien.
Copie conforme, à la manière du livre qu'a écrit le héros du film, s'attache à décortiquer ce qui différencie l'original et la copie, tant en matière d'art qu'en ce qui concerne le sentiment amoureux. Une main sur l'épaule, une oreille attentive, et c'est un amour qui se confirme, se propage ; un amour qui n'est plus vraiment le même sans ces petits gestes, ces marques de considération. Le propos de Kiarostami sur le couple n'est pas foncièrement original, ni incroyablement profond, mais l'espèce de fausse légèreté avec laquelle il traite son sujet le rend absolument universel et l'emmène loin de toute banalité. La scène finale, dans un petit hôtel de Florence, montre à quel point l'amour ne tient à rien, à quelques souvenirs convergents ou non, quelques détails possiblement sans importance mais qui font toute la différence entre un amour qui dure et un simulacre. Sans être totalement convaincant, l'Iranien a su mettre suffisamment se sens dans ses plans-séquence spour nous faire partager son point de vue et ses envies de promenade.




Copie conforme d'Abbas Kiarostami. 1h46. Sortie : 19/05/2010.

21 mai 2010

ADIEU FALKENBERG

Pour ses cinq héros, Adieu Falkenberg signe la fin d'une époque : David, Holger, Jesper, Jörgen et John sont enfin devenus des hommes, et l'été décrit dans le film sonne pour eux le moment de passer véritablement à autre chose, d'entamer une nouvelle étape de leur vie ou en tout cas de laisser le passer derrière eux. Avec un certain lyrisme, le suédois Jesper Ganslandt dépeint leur passage définitif à l'âge adulte en optant pour une vision sensorielle des choses, où le contact avec les éléments de la nature semble revêtir une importance toute particulière. Le film montre des personnages en quête de liberté, physique ou intellectuelle : des aspirations appuyées par une mise en scène allant toujours vers l'extérieur, la marge, au-delà des décors proposés.
Plus qu'un film choral, c'est d'abord un film chapitré qui nous est proposé par le cinéaste. Adieu Falkenberg ressemble d'abord à une succession de tranches de vie profondes ou futiles mais jamais totalement gratuites, permettant de bien cerner chacun des cinq personnages principaux. S'installe assez rapidement une mélancolie sidérante qui naît notamment de l'alliage constitué d'une voix off omniprésente et d'une bande originale assez dépressive qui sied parfaitement à l'esprit spleenesque de l'ensemble.
Car Adieu Falkenberg va plus loin que la simple chronique : on comprend assea rapidement que, parmi ces cinq-là, certains ne se relèveront pas de cet été étrangement annoncé comme le dernier. Y aurait-il du suicide dans l'air ? Peut-être bien. L'Adieu du titre n'est sans doute pas innocent... Le traitement proposé par Ganslandt, d'une délicatesse infinie, empêche pour autant le récit de sombrer dans les clichés du film d'ado suicidaire pour fans de Kyo ou de Tokio Hotel. L'ensemble est au contraire d'une absolue beauté et d'une fraîcheur désarmante, contrastant de façon étonnante avec la noirceur de certaines trajectoires déployées jusqu'au bout. Il y avait bien longtemps que la Suède n'avait pas accouché d'un film aussi fort et poignant.




Adieu Falkenberg (Farväl Falkenberg) de Jesper Ganslandt. 1h31. Sortie : 12/05/2010.
Critique publiée sur Écran Large.

Le questionnaire de Rob | #20 | Chandleyr

Il se fait appeler Chandleyr, mais en vrai, ce blogueur compulsif se comme Nicolas, qui pourrait bien devenir un futur complice télévisuel si France 4 veut bien de nos sales trognes. Ce geek, pur et dur, bavard de première et bouffeur de films en puissance a accepté de répondre à mon questionnaire.


Shining, Topher Grace, Samuel L. Jackson, Le flic de Beverly Hills.



01. Le film que vous possédez mais que vous n'avez jamais vu ?
La liste est longue en fait…tellement longue d’ailleurs que je commence a me demander si une aile entière de ma DVDthèque ne pourrait pas répondre à cette question. Dans les derniers y’a Invictus.

02. L'album qui ferait une excellente bande originale ?
Le 1er album de Ben l’oncle Soul, cela marcherait très bien dans un Klapisch avec Romain Duris. D’ailleurs hâte de voir ces 2 là revenir ensemble.

03. Le biopic que vous ne voulez surtout pas voir ?
Un film sur les coulisses de la vie de Sarkozy… pitié non…

04. La scène la moins érotique de l'histoire du cinéma ?
Tout ce qui comporte Emmanuelle Beart nue en fait…

05. Le film que tout le monde a vu sauf vous ?
Shining… j’ai lu le livre, mais jamais vu le film en fait.

06. Le film que tout le monde a détesté sauf vous ?
Transformers 2, je sais je suis une espèce de cinéphile totalement pervers et déviant. Ce film est une sorte de Lawrence d’Arabie black avec Will Smith et Martin Lawrence en icône de la vulgarité absolue. C’est tellement con, border line et débile que je ne m’en lasse pas…

07. La personnalité qui devrait faire du cinéma ?
Moi… oui je sais je suis modeste aujourd’hui…

08. Le film de 2025 que vous attendez le plus ?
Transformers 14, un film intimiste sur la crise du pétrole avec Optimus Prime recherchant les dernières sources de pétroles de la terre pour fonctionner ou mourir. Michael Bay se met au drame robotique…

09. Le film des mois à venir qui va vous décevoir ?
J’attends énormément Inception, j’ai peur d’en attendre trop.

10. Le cinéaste avec qui vous aimeriez boire des coups ?
Clint Eastwood, je vénère ce type. Puis c’est tout simplement une légende et j’aurais 20.000 questions sur Quand les aigles attaquent.

11. L'objet auquel vous aimeriez consacrer un film ?
La DeLorean de Doc et Marty Mc Fly. Ca ferait un docu parfait sur sa place dans l’inconscient collectif du geek.

12. La réplique que vous aimeriez connaître par coeur ?
Samuel L. Jackson qui déclame sa tirade biblique dans Pulp Fiction… ou alors sa longue tirade débile dans Deep Blue Sea avant qu’un requin saoulé par cela le déchiquète en deux… j’en rigole a chaque fois.

13. L'acteur/actrice en qui vous vous reconnaissez ?
Topher Grace, monsieur tout le monde ou Dave chapelle pour une certaine forme de cynisme.

14. Le festival que vous aimeriez créer ?
Une sorte d’award des blogs cinéma. Ca pourrait être drôle.

15. La chose qu'on ne devrait plus jamais voir au cinéma ?
Un chien survivre dans un film américain alors que les trois quarts de la planète crèvent… ou alors un black dans un film sur le Vietnam qui se nomme Washington et crève tout de suite… bon à part si c’est Robert Downey Jr qui le joue et que c’est pour Tropic Thunder 2.

16. La place idéale dans la salle de cinéma ?
Loin des bouffeurs de pop corns ou des journalistes ronflant en projo presse. Ca réduit le champ des possibles de façon drastique mine de rien…

17. Le nom d'acteur/réalisateur que vous n'arrivez pas à retenir ?
Pas beaucoup mais dans l’ensemble je suis toujours incapable de prononcer correctement le nom de Jake Gyllenhaal.

18. Le métier de cinéma auquel vous ne comprenez rien ?
Fabien Onteniente, il paraît que c’est un synonyme de réalisateur, mais même après étude de la chose je ne comprends toujours pas le sujet en fait…

19. Le conseil à donner à un ado qui veut faire du cinéma ?
Retourne passer ton bac et cherche-toi un vrai job, sale gosse.

20. La question que vous aimeriez ajouter à ce questionnaire ?
Euh sinon ca va ?

34. Le film qui vous a le plus mis en colère ? (question ajoutée par Une fille)
Dernièrement… La horde, sombre merde biblique. Brothers, drama poussif et mal joué et dans une moindre mesure Adèle Blanc-Sec qui confirme que Besson est devenue le clone français de George Lucas. Un excellent homme d’affaire et un cinéaste de plus en plus paresseux.

36. Le film-somnifère par excellence ? (question ajoutée par Audrey)
2001 de Kubrick…j’ai beau faire des tentatives chaque année pour le revoir je m’endors toujours… c’est mathématique.

37. L'affiche de film qui trônait au dessus de votre lit d'adolescent(e) ? (question ajoutée par Eric)
Le flic de Beverly Hills 1 et Indiana Jones 1. Je collectionne les affiches depuis que j’ai 10 ans en fait…vu mon grand âge faite le calcul du nombre d’affiches désormais…

20 mai 2010

POLICIER, ADJECTIF

Le cinéma roumain est décidément plein de surprises et de ressources, ne se limitant absolument pas à la dimension sociale et misérabiliste à laquelle on le réduit trop souvent. Faisant suite à l'excellent 12h08 à l'est de Bucarest, Policier, adjectif vient confirmer le talent extrêmement singulier de Corneliu Porumboiu, qui est actuellement le cinéaste le plus original de son pays. Le film suit Cristi, jeune policier qui file un lycéen soupçonné de dealer du haschich. Le résumé s'arrête là, et c'est là qu'est le génie du film, très difficile à faire partager, mais absolument incontestable à la vue du film. Tout comme il faisait durer ses plans pour accentuer le comique et le pathétique de ses personnages dans 12h08, Porumboiu prend ici un malin plaisir à les allonger encore, non comme un défi adressé au spectateur - « seras-tu capable de tenir pendant ce plan-séquence de 10 minutes ? » - mais comme le meilleur procédé visant à rendre palpable l'ennui profond de l'existence de Cristi.
Policier, adjectif est un film sur l'attente, qui réussit à magnifier l'expectative permanente dans laquelle se trouve le héros sans pour autant devenir aussi barbant que ce qu'il raconte. Le salut vient de la distanciation proposée par le cinéaste, qui crée une ironie délicieuse, décalée et d'autant plus jouissive qu'elle n'est absolument pas appuyée. Ainsi, il est tout à fait possible de se délecter d'un très long plan-séquence dans lequel Cristi suit le lycéen en attendant que se produise un évènement qui n'arrivera jamais. À son retour, il écrira un long rapport expliquant en détail qu'il ne s'est strictement rien passé au cours de la filature et qu'il n'y a aucune conclusion à tirer de ce vide. Le personnage a beau être très calme, être aussi patient que possible en attendant que quelque chose se produise, se préparer posément à dîner afin de se préparer à la journée suivante, on sent monter en lui un agacement très dissimulé mais néanmoins bien présent. Une montée en tension proprement passionnante.
Tout à fait cohérent sur le fond comme sur la forme, le film finit par justifier son étrange titre par le biais d'une scène extrêmement longue composée de deux plans-séquences à peine mobiles, dans lesquels Cristi est placé face à sa définition de la conscience par un de ses supérieurs qui ne partage pas son avis surnle dossier en cours. Faut-il vraiment arrêter le lycéen pour quelques misérables joints ? Où interviennent la bonne conscience, la mauvaise conscience, la loi et la morale ? Ces interrogations donneront lieu à un face-à-face saisissant dans lequel Cristi sera contraint de parcourir un énorme dictionnaire roumain afin de lire et assimiler les véritables significations de chacun de ces mots. Créer le suspense avec un dico, et notamment avec la définition du mot "policier", est une sorte d'exploit improbable ; pourtant, parce que son humour est aussi féroce que discret, Corneliu Porumboiu s'y emploie avec un brio incroyable, maîtrisant à la perfection un ton qu'il semble avoir créé de toutes pièces.




Policier, adjectif (Politist, adjectiv) de Corneliu Porumboiu. 1h53. Sortie : 19/05/2010.
Critique publiée sur Écran Large.

19 mai 2010

ROBIN DES BOIS

On a pu croire, pendant des années, que Russell Crowe était un bon acteur. Ses prestations dans Gladiator, dents serrées, ou dans Révélations, transformation physique à l'appui, ont alimenté le curriculum vitae d'un mec fort antipathique dans la vraie vie mais apparemment capable de concentrer ses humeurs atroces au sein d'un seul et même personnage. Mais voilà : comme bon nombre de ses derniers films, Robin des Bois vient prouver à quel point Crowe est non seulement un acteur assez moyen, mais aussi un vecteur de putréfaction desz oeuvres dans lesquelles il apparaît. Il semble désormais impossible de voir se dresser à l'écran un personnage, qu'il s'agisse de John Forbes Nash dans Un homme d'exception ou le Robin de Longstride qui nous intéresse ici : à la place se dresse Russell Crowe dans le rôle de Russell Crowe, une sorte d'Alain Delon néo-zélandais qui refuse désormais d'être autre chose que lui-même.
Dès lors, la légende de Robin des Bois n'a plus guère d'espace pour se mettre en place. Il semblait difficile pour Ridley Scott et Brian Helgeland de trouver un créneau un peu original et de faire sortir de la masse de Robin-là par rapport à ceux d'Errol Flynn, de Disney, de Mel Brooks et tous les autres. L'idée était pourtant bonne de montrer Robin avant Hood, soit les prémices de ce qui fut si souvent montré à l'écran ou conté dans les livres. Le problème est que le résultat ressemble à un film d'aventure lambda, avec quelques morceaux de bravoure plutôt bien ficelés, mais malheureusement noyés dans une mélasse tiède et absolument pas rythmée, ou la peinture du personnage de Robin ne cesse de se vautrer dans un manichéisme qui n'est jamais aussi atroce que quand il ne dit pas son nom. Idéalisé pendant le premier quart d'heure, il sera ensuite affublé de failles et de défauts qui devraient le rendre plus humain mais lui sont apposés si artificiellement qu'il est impossible de gober cela une seconde. Et la prestation de Crowe, plus antipathique que jamais, n'est pas là pour arranger les choses.
Le film n'existant globalement que par et pour son héros, il a donc beaucoup de plomb dans l'aile : mis à part celui de Cate Blanchett, correctement dessiné, les autres personnages secondaires n'existent absolument jamais, réduits à l'état de figurines ou de chair à pâtée pour futurs jeux de massacre fléchés. Raconter l'avant-Robin des Bois nécessitait davantage d'ampleur scénaristique, de profondeur dans la description des rapports humains, afin de ne pas réduire toute cette histoire à une simple affaire de vengeance et de fierté, comme un concours de bites datant d'il y a huit cents ans. C'est malheureusement ce qui se produit, ne faisant que confirmer le lent et triste déclin de Ridley Scott.
Difficile de croire que le responsable d'Alien et quelques autres grands films puisse être responsable de la grande foire à l'incohérence que constitue ce Robin des Bois. Incohérence stylistique, qui le fait enchaîner des plans relativement corrects pour peu qu'ils soient considérés un à un mais absolument aberrants dès lors qu'ils sont mis bout à bout. Si Michael Bay, Christophe Gans et un Terrence Malick très fatigué s'étaient répartis aléatoirement l'ensemble des plans à tourner, ça aurait donné ce méli-mélo inconsistant et inconstant qui fait concorder le manque de trajectoire scénaristique et l'absence d'identité visuelle. On n'imaginait pas qu'au vingt-et-unième siècle on puisse encore filmer au premier degré une flèche décochée au ralenti avant d'enchaîner sur un plan subjectif vu depuis la pointe de celle-ci. Ridley Scott l'a pourtant fait, concluant de façon passablement ridicule une scène de débarquement façon Saving private Ryan mais manquant toujours désespérément d'un point de vue. Le film est à cette image, ressemblant davantage à une ennuyeuse coproduction européenne qu'à un grand film réalisé par celui qui fut autrefois l'un des réals les plus intéressants d'Hollywood.




Robin des Bois de Ridley Scott. 2h20. Sortie : 12/06/2010.

18 mai 2010

FILM SOCIALISME

Exclusivité : Film Socialisme, le nouveau film de Jean-Luc Godard, est disponible depuis hier et jusqu'à ce soir minuit sur le site de VOD FilmoTV. Cliquez ici pour accéder à la page de téléchargement du film...

Il y a un an, Cannes redécouvrait la liberté absolue de monsieur Alain Resnais, doyen du festival mais cinéaste absolument juvénile, plus libre que n'importe lequel de ses congénères. L'impression qu'un âge avancé, loin de constituer une dernière étape vers le tombeau, est en fait la clé de la plus grandes des libertés artistiques, ne fait que se confirmer avec ce Film Socialisme extrêmement attendu car émanant d'un Jean-Luc Godard n'ayant jamais été attiré par la norme, mais explorant désormais la marge avec une absence totale de contraintes stylistiques ou rhétoriques. JLG filme ce qu'il veut comme il le veut, mélangeant les supports et les thématiques au gré d'une oeuvre puissamment poétique, au souffle politique intense et discret, riche en lectures diverses et variées, mais s'affranchissant sans arrêt de toute nécessité de faire sens. Faisant perpétuellement l'objet de la fascination des étudiants et enseignants en cinéma, le cinéaste semble avant tout faire des films pour lui-même et a le bon goût de ne pas les concevoir comme de futurs sujets d'études. Le film doit sa beauté à cette absence de calcul.
Trois parties. La première se déroule sur un paquebot, et Godard y filme des groupes de gens déambulant, se croisant sans vraiment se voir. Le décalage entre la voix off et ce qui se passe - ou ne se passe pas - à l'image est saisissant : nous ne serions que des spectres bourrés d'intentions, de questions que l'on aimerait existentielles mais ne le sont que trop rarement, de convictions ressemblant bien vite à des feux de paille pour qui les regarde de trop près. Les images se suivent et ne se ressemblent pas, tout juste reliées par les vagues que le cinéaste aime à filmer comme un leitmotiv nauséeux. La deuxième, plus conventionnelle sur le papier, voit une famille se battre et se débattre autour de la question politique : tandis que les parents souhaitent se présenter à des élections cantonales, les enfants demandent à comprendre leur programme et à connaître leur valeur en tant que citoyens. On est moins dans le sensoriel que dans le réel, le traitement décalé créant une sorte de malaise pas si inconfortable qui donne à réfléchir sur la transmission entre générations, l'avenir de notre société, la disparition possible de la question politique.
Sur la fin, Godard part explorer les terres fondatrices du monde tel qu'on le connaît aujourd'hui. Le film se fait alors plus sombre, mais encore plus beau, parvenant à mêler sociopolitique et poésie de l'absolu, comme si l'histoire de la Palestine et de ces autres territoires blessés était quelque chose d'ancré en chacun de nous, vecteur de nos doutes et de nos (dés)espoirs. Ce cadavre exquis de plans et de mots est aussi déconcertant que bouleversant, tant la science du montage de Godard accouche d'un cauchemar rythmé et plein de souffle, qui n'est pas loin d'être l'oeuvre la plus marquante de la dernière partie de sa filmographie. Chacun trouvera ici le socialisme qu'il veut, ridiculement béat ou atrocement réaliste, mais personne ne pourra en tout cas passer à côté de cette heure et demie de cinéma parallèle, foisonnant et pas loin d'être addictif. Godard a 80 ans mais il n'a jamais été aussi vivant.




Film Socialisme de Jean-Luc Godard. 1h42. Sortie : 19/06/2010. Un Certain Regard 2010.
Critique publiée sur Écran Large.

SANDCASTLE

Sa vie est un château de sable qui prend l'eau peu à peu, rendu insalubre par une marée montant lentement. Xiang En est à peine majeur, mate un peu sa jolie voisine, mais opère surtout un délicat retour sur sa vie et celle des siens. À commencer par un père qu'il a mal connu et qui s'avère être l'un des étudiants leaders des mouvements communistes pour l'indépendance de Singapour dans les années 60. De quoi remettre en question toute une identité familiale et rééchelonner les valeurs du cercle intergénérationnel. Sandcastle est un premier film assez doux, d'une discrétion absolue, sur la remontée d'un secret dans la sphère intime et l'irruption du politique dans le sentimental. Car après tout, plus d'un jeune homme serait resté de marbre face à la découverte des convictions de son géniteur ; pas Xiang En, pour qui la nouvelle est absolument fondamentale, lui offrant une relecture bien différente de sa jeunesse perdue.
Le film est à l'image de son metteur en scène extrêmement jeune (27 ans). Il brille d'abord par l'innocence et la rêverie avec lesquelles il observe ses personnages, les enveloppant d'un amour sincère et pour le moins tendre. La façon dont Boo Junfeng campe ainsi les grands-parents de Xiang En est d'une absolue beauté : il magnifie leur vieillesse tout en refusant d'occulter les ravages causés par les années qui passent. Il filme leurs objets quotidiens comme s'ils n'étaient déjà plus de ce monde, et ne change pas son style d'un iota quand effectivement l'un d'eux passera de vie à trépas. Cette douceur du style est habilement contrebalancée par les tourments intérieurs du jeune héros, pris par son désir plus que naissant et d'autres problèmes existentiels.
Le problème, c'est que la jeunesse du cinéaste transparaît également dans le montage des scènes les plus frappantes de son film, qui s'achèvent souvent beaucoup trop tôt alors qu'un peu de durée en aurait accru l'intensité et la tension. Mais Sandcastle achève d'étendre sa jolie emprise en résonnant également comme un portrait ému et fissuré de Singapour, île en recherche permanente d'identité et d'affirmation, à l'image de son héros tourmenté, beau et fragile à la fois. Nul doute qu'en gagnant en vigueur et en confiance, Boo Junfeng a de quoi démarrer une carrière à la fois engagée et bouleversante, ces prémices-là étant extrêmement prometteuses.




Sandcastle de Boo Junfeng. 1h55. Sortie : non fixée. Semaine de la Critique 2010.

17 mai 2010

VOUS ALLEZ RENCONTRER UN BEL ET SOMBRE INCONNU

Quand il a commencé à prendre ses quartiers à Cannes en étant l'invité quasi systématique des projections hors compétition, Woody Allen est redevenu l'idole des foules et des cinéphiles en semblant vivre une seconde jeunesse, dynamitant ses bonnes vieilles habitudes pour livrer des oeuvres plus neuves et innovantes, en tout cas à son échelle de cinéaste brillant mais routinier. Le voici qui retombe dans ses travers les plus gênants en proposant cette oeuvre extrêmement ordinaire, l'une des plus oubliables de sa carrière, jamais à la hauteur de la belle formule de son titre - on craint le pire pour la future version française. À la vision du dernier Woody, il est même assez difficile d'extraire des thématiques ou des intentions, tant You will meet a tall dark stranger apparaît comme un film fainéant et sans allant, vague entrelas d'histoires d'adultères et de trahisons.
Le pire est qu'Allen semble réaliser, voire assumer la côté totalement anodin de son film. Une voix off impersonnelle ouvre le film et cite Macbeth : « C'est un récit plein de bruit, de fureur (...) et qui n'a pas de sens », ce qui lui semble suffire à justifier l'absence de réel fil conducteur, de réflexion ou d'esprit critique de son semblant d'intrigue. Dans cette chronique familiale, une femme a un coup de coeur pour son patron, son mari tombe sous le charme de la voisine de l'immeuble d'en face, et son père quitte sa mère pour s'installer avec une jeunette un peu pute sur les bords - et pas que sur les bords. Le tout n'ira jamais vraiment plus loin : la pétasse en question ressemble à un ersatz du personnage joué par Mira Sorvino dans Maudite Aphrodite, et le reste à un vague bout-à-bout des restants de brouillons de scénars jamais utilisés par le réalisateur.
Si sa science des dialogues est toujours aussi précise, Woody Allen peine cependant à l'exploiter ici, tant les situations semblent communes. Ce manque criant d'inventivité se révèle extrêmement plombant, notamment lorsque certains scènes dérivent vers une sorte d'humour façon théâtre de boulevard n'allant jamais plus loin. Voulant paraître jeune et satisfaire sa nouvelle compagne, le personnage joué par Anthony Hopkins avale du Viagra et se retrouve pris au piège d'une érection qui ne le mènera jamais vraiment plus loin. Le film se traîne ainsi, n'exploitant jamais des situations potentiellement drolatiques - et encore - et ne séduisant que par rares intermittences, notamment par la grâce d'une Naomi Watts pile dans le ton et d'un Josh Brolin élégamment renfrogné. Les autres ne vont pas au-delà du sympathique. Allen aurait au moins pu tirer meilleur profit de l'histoire de la mère de Naomi Watts qui consulte une prétendue voyante dont les affabulations manipulatrices finiront part influer réellement sur le cours de la vie de tout le cercle familial. On lui souhaite de revenir l'an prochain, à Cannes ou ailleurs, avec un film "français" plus imaginatif et moins conventionnel que cette toute petite chose sans conséquence.




Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu (You will meet a tall dark stranger) de Woody Allen. 1h38. Sortie : 06/10/2010. Festival de Cannes 2010 (sélection officielle hors compétition).

12 mai 2010

Cannes Inside : le widget

En attendant que je trouve peut-être le temps et les conditions nécessaires pour livrer quelques critiques et articles, suivez-moi grâce au widget Cannes Inside...

JE VOUDRAIS AIMER PERSONNE

Seize ans et déjà une vie de femme. Même pas sortie de l'adolescence, Sabrina Muller semble avoir vécu plus de choses que bon nombre de ses semblables. Il y a ce type qu'elle aime peut-être, cet enfant qu'il lui a fait, ces problèmes en cascade. Il y a ce job de femme de ménage dans un hôtel, qui arrive comme une bénédiction pour elle qui a priori ne sait rien faire... et qui va bien vite révéler sa vraie nature d'emploi répétitif et ennuyeux, fermé au monde. Sabrina trouve sa vie compliquée mais ne veut pas d'une vie simple. Sabrina tombe amoureuse et se prend de passion pour les gens, mais claironne dès le début du film qu'elle « voudrait aimer personne ». Sabrina n'est pas un personnage exceptionnel, mais le regard de la réalisatrice Marie Dumora transcende ce documentaire apparemment anodin mais bien plus édifiant qu'en apparence.
Je voudrais aimer personne, sans jamais tomber dans la généralité, fait le portrait de cette France d'en bas, vraiment en bas, qui souffre au jour le jour et se fait une montagne d'histoires de famille plus ou moins digestes mais qui, de par le total dénuement qui est celui de la famille Muller, apparaissent comme de véritables évènements faisant passer Colmar et Mulhouse pour Dallas. Mais, au-delà de cet excès qui contamine la parole et les actes, il y a chez Sabrina et ses proches une vraie gravité qui les fait ressembler à certains des personnages de Bruno Dumont : ils sont parfois assez laids, mal fagotés et couverts de tatouages sans réel sens, mais ils n'en sont pas moins des êtres humains avec une conscience, une morale, une envie d'en découdre avec cette vie qui ne leur a pas franchement fait de cadeaux mais qu'ils persistent à tenter d'aimer.
Marie Dumora les filme sans complaisance, dans la durée, refusant toute quête esthétique pour rester ancrée dans une recherche du vrai qui l'honore absolument. Le point central du film, très longue séquence représentant la journée de baptême du fils de Sabrina, va loin dans l'émotion tant la captation parvient à immortaliser le total désoeuvrement et la misère sociale qui caractérisent ces gens-là. Reste qu'il semble manquer à tout cela un peu de vrai cinéma, quelque chose qui permette à Je voudrais aimer personne de ressembler à autre chose qu'un bon reportage amateur filmé de façon un peu brouillonne par une réalisatrice balbutiante. Son regard de sociologue est passionnant ; Dumora doit maintenant affuter son oeil de cinéaste.




Je voudrais aimer personne de Marie Dumora. 1h50. Sortie : 12/05/2010.
Critique publiée sur Écran Large.

11 mai 2010

8TH WONDERLAND

On veut bien soutenir le cinéma français de genre, encourager les petits projets montés avec abnégation par de jeunes réalisateurs pleins d'envie et d'idées. On veut bien reconnaître que l'enrobage hi-tech de 8th wonderland n'est pas mal du tout, que quelques bidouilleurs en effets visuels ont dû suer sang et eau pour obtenir des interfaces aussi chouettes. On veut bien s'amuser à passer une heure trente à chercher les trois ou quatre potes ou potes de potes qui jouent ou apparaissent subrepticement dans le film - et c'est beaucoup moins amusant pour ceux qui ne les connaissent pas. En revanche, dès qu'il s'agit de parler de cinéma, de plaisir pris devant un film, d'intérêt pour le propos, il devient beaucoup plus difficile d'être cordial avec 8th wonderland.
Éminemment fauché, fait avec trois bouts de ficelle et beaucoup de débrouille, le film de Jean Mach et Nicolas Alberny se base sur un scénario digne des premières oeuvres d'un lycéen venant de découvrir en cours d'histoire ce qu'est l'anarchie et pratiquant le piratage informatique pendant son temps libre au lieu d'aller jouer au foot et tripoter des filles comme tout le monde. Le 8th wonderland du titre serait donc une sorte de pays virtuel depuis lequel une bande de citoyens déçus du système en place décideraient de prendre peu à peu le contrôle du monde en votant leurs propres motions et en ralliant le plus grand nombre à leur cause. Le tout dans une clandestinité qui ne peut plus le rester très longtemps. C'est là qu'est tout le propos du film : comment un principe séduisant - marginalité, contestation et actions coup de poing - finit par courir à sa perte pour un simple problème de dimension. Les révoltes les plus marquantes ont souvent été menées par un petit nombre d'individus, et ce pour une simple question de cohérence ; dès que le nombre de participants croît trop rapidement, il devient impossible de ne pas entrer dans des luttes de pouvoir, des conflits d'intérêts et des préoccupations forcément secondaires.
Oui, donc, pourquoi pas. Mais la façon dont Mach et Alberny se font les porte-parole de ce message est aussi schématique qu'ennuyeuse. Le film est toujours davantage dans le commentaire que dans l'action, croit manier le second degré mais se plante constamment là-dessus, aligne les métaphores fatigantes - nous sommes des vers de terre - et les raccourcis démagos - faisons coudre des chaussures de sport par les champions de football pour leur montrer comme les petits asiatiques souffrent - pour accoucher d'une conclusion qui semblait évident dès le début : un projet tel que ce pays virtuel n'est absolument pas viable dès lors qu'il prend de l'ampleur. Fallait-il vraiment une heure et demie de bâillements pour comprendre tout cela ? Sans doute pas. D'autant que, malgré les efforts des réalisateurs, l'ensemble du film sonne faux, notamment en ce qui concerne l'interprétation. Par pitié, la prochaine fois, prenez de vrais journalistes pour jouer des journalistes, et pas de pâles imitateurs des Laurence Ferrari et autres Pujadas.




8th wonderland de Nicolas Alberny & Jean Mach. 1h34. Sortie : 07/04/2010.

10 mai 2010

Cannes Inside

Comme annoncé précédemment, le blog orange ira trainer ses guêtres à Cannes pour une durée certes restreinte, soit du mercredi 12 au dimanche 16. Et c'est avec un plaisir non dissimulé que je participerai à Cannes Inside, opération lancée par les brillantissimes gens de chez Vodkaster.



Je pourrais vous résumer Cannes Inside de façon ultra laborieuse, à coups de grandes phrases sentencieuses dont moi seul ai le secret ; heureusement pour vous, les vodkasteriens ont prévu une jolie vidéo teaser dans laquelle je n'apparais pas - on a eu chaud -, mais qui résume brillamment le principe de la chose...


Veuillez installer Flash Player pour lire la vidéo


Bref, ça va tweeter sévère pendant une dizaine de jours... En compagnie de Lucile, Sandra, Henry Michel, Camille, Isabelle Régnier et de l'équipe de Vodkaster, nous serons une armée de blogueurs à participer au projet, aux côtés de journalistes et de professionnels du cinéma. Soit une trentaine de personnes motivée pour vous faire partager l'actu de la Croisette en direct, d'offrir d'autres points de vues et des tas d'histoires forcément passionnantes - ou totalement sans intérêt. Suivez donc Cannes Inside, c'est un beau projet.

8 mai 2010

GREENBERG

Il arrive de temps à autres qu'un film trouve une tonalité si originale qu'il vous laisse un peu baba, l'air hagard, sans parvenir à trouver les mots qui pourraient éventuellement le caractériser. On savait que Noah Baumbach était de ces cinéastes capables, plus d'un siècle après l'invention du cinématographe, de proposer quelque chose de nouveau et d'absolument incomparable dans la façon de croquer des personnages et des situations. Ce qu'il avait échoué à faire aboutir dans Margot at the wedding - son précédent film inédit en France - donne lieu ici à une puissante réussite d'autant plus perturbante qu'elle est relativement indescriptible. Comme son personnage principal, Greenberg est à la fois marginal et mainstream, fêlé et complètement commun, méchant et tellement attachant.
On imagine volontiers que la première rencontre avec un personnage aussi déstabilisant a tout pour se passer moyennement bien, et c'est d'ailleurs ce qui arrive au film : après une intro muette et magnifique sur le personnage de Florence - Greta Gerwig, énorme révélation -, on a rapidement l'impression de perdre pied dans les relations pourtant simples qui lient les protagonistes. On ne le sait pas encore mais Baumbach se met dès le début à la place de ce fichu Greenberg, assez indifférent aux conventions sociales et peu intéressé par les rapports qui unissent ou éloignent ceux qui l'entourent. D'où cet état d'incompréhension perpétuelle, qui met un certain temps à s'installer avant de devenir tout bonnement grisant. Le film est assez impitoyable, donc hilarant, dans sa façon de décrire le comportement de l'anti-héros avec ses proches. On citera entre autres une scène décrivant une amorce de rapport sexuel qui tournera rapidement au fiasco, et dans laquelle émergent à la fois un esprit comique tout neuf et un vent dépressif plus que décoiffant. C'est comme si la simple maladresse corporelle de Greenberg suffisait à décrire son instabilité psychique et sa fragilité mentale.
Difficile d'en dire plus : Greenberg balade son esprit malade mais un peu tendre avec un esprit allant bien au-delà des mots, qui crée le malaise et la dépendance en même temps. Et puis c'est une déclaration d'amour envers l'un des acteurs les plus incroyablement sous-estimés de notre temps : car, il est temps de le crier haut et fort, Ben Stiller est grand, messieurs dames. Baumbach ne s'y trompe pas, filmant son fascinant visage à coups de gros plans qui auraient pu ne pas être flatteurs mais résonnent comme une mise à nu extrêmement émouvante. Cette tronche-là est un pur tableau, d'autant que l'acteur se refuse à dérouler la panoplie qui est habituellement la sienne. On ne l'a absolument jamais vu comme ça, y compris chez Wes Anderson : Stiller a sans doute trouvé ici l'un des rôles de sa vie. Espérons qu'il en appelle d'autres.









Greenberg de Noah Baumbach. 1h45. Sortie : 28/04/2010.

7 mai 2010

Le questionnaire de Rob | #19 | Charly

Charly Drouot est un sacré rigolo, de ceux qui ne s'arrêtent jamais de vous titiller et de vous faire marrer. Mais c'est également l'un des co-fondateurs extrêmement sérieux de Triptyque Films, société de production spécialisée dans le documentaire. Cet éminent cinéphile a bien voulu répondre à ce modeste questionnaire.


Rough dreams, En avant jeunesse, Manu Payet, Les lois de l'attraction.



01. Le film que vous possédez mais que vous n'avez jamais vu ?
Le quatrième homme de Phil Karlson. Je crois pas que ça soit la suite du Troisième homme, alors je suis pas motivé...

02. L'album qui ferait une excellente bande originale ?
Rough dreams de Shivaree, ou Dead man's zombie.

03. Le biopic que vous ne voulez surtout pas voir ?
Le soliste, ça a l'air affreux..

04. La scène la moins érotique de l'histoire du cinéma ?
La scène finale, dans la voiture, dans Montag.

05. Le film que tout le monde a vu sauf vous ?
2001.

06. Le film que tout le monde a détesté sauf vous ?
Les derniers jours du monde.

07. La personnalité qui devrait faire du cinéma ?
François-Michel A.

08. Le film de 2025 que vous attendez le plus ?
Le mien ?

09. Le film des mois à venir qui va vous décevoir ?
Idem qu'Éric : le nouveau Shyamalan.

10. Le cinéaste avec qui vous aimeriez boire des coups ?
Kitano. Il a l'air d'avoir une bonne descente.

11. L'objet auquel vous aimeriez consacrer un film ?
Une chaussette blanche. Le film finirait de façon très noire.

12. La réplique que vous aimeriez connaître par coeur ?
J'hésite entre la longue déclaration dans le bar à la fin des Ailes du désir de Wenders, et celle de Binoche dans Mauvais sang de Carax.

13. L'acteur/actrice en qui vous vous reconnaissez ?
Macauley Culkin, mais c'est de la triche parce que j'ai vraiment sa tête. [NDR : c'est tellement vrai]

14. Le festival que vous aimeriez créer ?
Le festival des films en plans fixes. Un truc calme, sympa, pas stressé, et on boirait des bières dans la salle.

15. La chose qu'on ne devrait plus jamais voir au cinéma ?
Manu Payet et Onteniente.

16. La place idéale dans la salle de cinéma ?
À l'intérieur de la salle, autrement c'est une galère, et si possible à côté d'une femme jolie, histoire d'avoir un joli spectacle si le film est décevant.

17. Le nom d'acteur/réalisateur que vous n'arrivez pas à retenir ?
Ah, j'ai oublié, là, tu sais, le gars qui... Dans ce film, avec l'autre, là... Ah, ça me revient pas.

18. Le métier de cinéma auquel vous ne comprenez rien ?
Coach.

19. Le conseil à donner à un ado qui veut faire du cinéma ?
Bonne chance !

20. La question que vous aimeriez ajouter à ce questionnaire ?
Je reprends celle d'Éric qui est bien : " L'affiche de film qui trônait au-dessus de ton lit d'adolescent(e) ? " (celle des Lois de l'attraction avec les nounours qui..).

26. La bande originale de film qui vous représente ? (question ajoutée par Marine)
Il était une fois en Amérique.

29. Le film/cinéaste sous-estimé que vous aimeriez conseiller ? (question ajoutée par Clémentine)
J'aimerais conseiller à Onteniente d'arrêter le cinéma, ça rentre dans la question ?
À Kitano, sinon, de revenir vers les films de gangster et à sa mise en scène dépouillée. Et de renouer avec Hisaishi.

36. Le film-somnifère par excellence ? (question ajoutée par Audrey)
En avant jeunesse. Je me souviens à Cannes m'être endormi au troisième plan (soit à la 20ème minute), j'avais dormi assez longtemps mais à mon réveil c'était encore le même plan et rien n'avait réellement changé. Je me suis endormi 3 fois de suite, j'ai eu un fou rire nerveux, et je suis parti.


6 mai 2010

ÂMES EN STOCK

Si son résumé fait immanquablement penser à l'univers de Charlie Kaufman, Âmes en stock démarre plutôt comme un Woody Allen, référence totalement assumée par la cinéaste Sophie Barthes, dont c'est ici le premier long-métrage. Imaginez un peu un acteur en plein doute, qui peine à trouver le ton juste pour jouer Oncle Vania de Tchekhov et finit par aller consulter un spécialiste de l'extraction d'âme dont le discours et la méthode sont finalement assez proches de ce qu'aurait fait un psychanalyste dit classique... Sauf que ce héros tout à fait allenien est incarné par Paul Giamatti et que celui-ci interprète ici son propre rôle. Une mise en abyme tout à fait kaufmanienne. Au long du film, on pensera de plus en plus à l'auteur de Synecdoche, New York, et notamment aux aspects les moins reluisants de son travail - difficultés à boucler une intrigue trop échevelée pour retomber correctement sur ses pattes.
La première moitié du film évolue dans un registre tragi-comique plutôt réussi, même si la mise en scène est souvent loin d'être à la hauteur. Pour camper la détresse de l'acteur et le placer ensuite dans un océan de froideur sans âme - forcément -, la réalisatrice se place maladroitement à mi-distance de son personnage, donnant au film un côté timoré qui ne lui sied vraiment pas. L'aspect clinique de certains décors - les bureaux du scientifique joué par David Strathairn, et cette machine bizarre qui permet d'extraire l'âme et de la mettre en boîte - n'est pas suffisamment mis en valeur en raison du manque d'identité visuelle de l'ensemble. La couleur est terne et la direction artistique insuffisamment travaillée. Cela n'empêche pas le film d'être réellement drôle, notamment parce que Paul Giamatti s'en donne à coeur joie dans une kyrielle de scènes où ses yeux de chiens battu semblent n'avoir jamais si bien fonctionné. L'acteur est véritablement la raison d'être du film, ce qui lui permet d'avancer et de rebondir.
Le scénario, lui, finit par patiner : au-delà de sa bonne idée de départ, Sophie Barthes n'a visiblement pas su aller plus loin dans la drôlerie existentielle ou la métaphysique des tubes. Transformée en pois chiche, l'âme de Giamatti fait l'objet d'un trafic entre les States et la Russie, ce qui mènera l'acteur dans d'autres contrées afin de remettre la main dessus. C'est le propre de bien des films ne sachant plus vraiment où aller, et celui de certains couples cherchant un second souffle : ils partent à l'étranger comme si un simple déplacement géographique suffisait à redonner du sens ou du souffle à une histoire en berne. Comme ce fut le cas dans les moins bons scripts de Charlie Kaufman, Âmes en stock s'enlise, ne parvient plus à être drôle, et s'enferme dans une semi-dépression trop en demi-teinte pour provoquer autre chose qu'une extrême indifférence ou un ennui profond. Comme quoi une grande idée ne fait pas un bon film.




Âmes en stock (Cold souls) de Sophie Barthes. 1h41. Sortie : 05/05/2010.

5 mai 2010

LES FEMMES DE MES AMIS

À ceux qui, dans un élan de méchanceté gratuite, seraient tentés d'affirmer que la plupart des films de Hong Sangsoo se ressemblent, on pourra répondre que oui, en effet, c'est vrai, de la même façon que toutes les histoires d'amour se ressemblent. Impossible de nier l'absolue convergence des styles et des thématiques de chacune - ou presque - des oeuvres du maître, qui place régulièrement un homme - généralement un artiste - au coeur d'un marivaudage où explosera le pathétique de sa personnalité et le ridicule de certaines situations. L'oeuvre complète de Hong Sangsoo, avec ses côtés délicieusement répétitifs, est emblématique de nos existences passées à reproduire à chaque rencontre les mêmes schémas amoureux et les mêmes erreurs de conduite.
Les femmes de mes amis - mauvais titre - n'échappe pas à la règle : construit comme toujours en plusieurs parties distinctes, le film épouse le point de vue d'un réalisateur pensant avoir raté sa carrière, qui tentera une aventure amoureuse avec la femme d'un autre... à ses risques et périls. On ne tient pas là le film le plus original de son auteur, qui développe des thématiques résolument classiques et moins éblouissantes que dans ses récents Woman on the beach et Night and day... Pourtant, une nouvelle fois, le cocktail fonctionne à plein régime, l'humour de Hong Sangsoo étant quasiment inégalable, bourré d'alcool de riz et de petites actions passablement ridicules. Les femmes de mes amis n'est pas loin d'être le film le plus drôle de son auteur, d'abord parce qu'il ne s'intéresse aux histoires d'amour du personnage principal que dans un second temps.
La première partie du film tend en effet vers la comédie pure, non loin du cinéma de Woody Allen, puisque le réalisateur en question est convié à officier en tant que juré dans un festival de cinéma. Se débattant avec son image de cinéaste, qu'il juge erronée, il doit également faire avec les conventions de ce genre d'évènements, et sombrer dans l'hypocrisie la plus totale dès lors qu'il s'agit d'évaluer un film devant lequel il a dormi de part en part, trop occupé à cuver sa cuite de la veille... Assez hilarant, toujours alcoolisé, Les femmes de mes amis résonne comme l'une des oeuvres les plus autobiographiques de Hong Sangsoo dont on sent le vécu en tant que cinéaste et amoureux navrant. Il ne restera pas parmi ses chefs d'oeuvre, mais quand un artiste de cet acabit livre un film légèrement en-dessous de sa moyenne, c'est déjà une magnifique offrande au monde du septième art.




Les femmes de mes amis de Hong Sangsoo. 2h06. Sortie : 05/05/2010.
Critique publiée sur Écran Large.

4 mai 2010

IRON MAN 2

Surchargée, l'affiche d'Iron man 2, à l'image d'un film qui en voulait trop et ploie rapidement sous le poids de ses intentions. En voulant inscrire cette suite dans l'esprit fun du premier volet tout en noircissant le trait à grands coups de personnages secondaires ténébreux, Jon favreau et son scénariste Justin Theroux - oui, le réal dans Mulholland drive - livrent un blockbuster harassant, qui ne se fait jamais détestable mais fait malheureusement naître chez le spectateur une sale impression d'indifférence face à ce qui se trame à l'écran en général et chez Tony Stark en particulier. Trop porté sur la bouteille, de plus en plus amoché par le système qui lui a permis de rester en vie, le milliardaire est dans un sale état. Comme dans toute suite qui se respecte, on est déjà à l'heure des comptes, des bilans, et si Stark est à l'origine de l'avancée de la planète vers une paix durable, son corps et sa tête sont plus abimés que le pire champ de bataille. Mais trop de fun tue le fun, et les innombrables moments de coolitude du film empêchent réellement de ressentir une quelconque empathie à l'égard de ce héros qu'on a pourtant tant aimé.
Iron man 2 tendrait presque à marquer la fin de l'empire Robert Downey Jr., déjà un peu amoché par son fatigant cabotinage de Sherlock Holmes. De film en film, l'acteur ne cesse de faire son show, et de le faire plutôt bien, voire génialement ; ici, sa décontraction naturelle tourne à l'excès et donne l'impression de se trouver devant le plus onéreux des films de vacances du monde. Ce qui fonctionnait dans Ocean's twelve a tendance ici à coincer, de par un sévère problème de dosage. Et puis on ne traite pas un super-héros aussi reconnu avec autant de désinvolture : la destinée de Tony Stark / Iron man est quand même censée nous importer, et l'humour même pas désespéré du film ne rend absolument pas grâce à ce fascinant personnage. Précédé d'une réputation de film-sans-scénario, terminé à la hâte juste avant sa date de sortie, Iron man 2 est victime de la paresse sympathique mais excessive d'un Jon Favreau dépassé par les enjeux artistiques et financiers.
Favreau est tout de même loin d'être manchot : visuellement, le film a toujours de la gueule, et le duel entre Iron man et le vilain interprété par Mickey Rourke constitue l'un des arguments de poids du film. Une identité stylistique que l'on retrouve jusque chez les personnages secondaires, d'un Nick Fury vraiment classe à une Veuve Noire plus prometteuse que convaincante. C'est véritablement le fond qui patine : non seulement le film ne choisit jamais entre l'entertainment et la tragédie - ce qui ne serait pas grave si le dosage était correctement effectué -, mais il peine qui plus est à homogénéiser son degré de réalisme. Le fait que Stark ait révélé son identité d'Iron man à la fin du numéro 1 a poussé Favreau à s'inscrire dans un certain réalisme qui nous contraint de supporter notamment une scène de procès interminable... avant d'aller de nouveau explorer des contrées plus fantaisistes où l'essentiel est de s'amuser. On ne sait jamais sur quel pied danser, ce qui nuit énormément à un film qui crée du plaisir par petites touches mais ne touche absolument jamais, glissant sur la rétine pour se faire rapidement oublier. Iron man 2 est le genre de déception molle qui ne parvient même pas à mettre en colère celui qui en attendait quelque chose.




Iron man 2 de Jon Favreau. 1h57. Sortie : 28/04/2010.

[Exclu] Classement Wikio Cinéma | mai 2010

Grâce à Clément de Wikio, voici en exclusivité le classement Wikio des blogs cinéma pour le mois de mai 2010... avec quelques entrées et ascensions fulgurantes et méritées...






















1Rob Gordon a toujours raison
2Sur la route du cinema
3FilmGeek
4IN THE MOOD FOR CINEMA
5Lyricis Interactive
6Cinefeed
7Le blog de Dasola
8Filmosphère
9CinéBlogywood
10Critiques cinémas d'hier et d'aujourd'hui
11Buzzmygeek
12Nightswimming
13Into the screen
14Laterna Magica
15FredMJG blogue and bulle
16Une dernière séance ?
17FOCUS ON ANIMATION
18Tadah ! Blog
19IN THE MOOD FOR DEAUVILLE
20Le journal cinéma du Dr Orlof

Classement réalisé par Wikio

3 mai 2010

L'ÉLITE DE BROOKLYN

Que pouvait-on attendre d'Antoine Fuqua, faiseur parfois inspiré - Training day - mais souvent conventionnel ? Certainement pas le coup d'éclat que constitue cette Élite de Brooklyn extrêmement surprenante par la noirceur des thèmes et des personnages qu'elle développe. Sur un canevas de film choral, le réalisateur enchevêtre les destinées de trois flics éminemment différents mais au total assez emblématiques de leur corporation et de ce qu'elle est devenue. Soit trois hommes en détresse, entrés dans la police pour l'amour de l'uniforme et qui ne parviennent plus à reconnaître le rookie idéaliste qu'ils étaient en leur temps. La grande idée du scénario est de ne jamais chercher à provoquer la rencontre à tout prix, mais bien de croquer ces trois policiers comme les différentes mais complémentaires d'un même mal, déprimant et sclérosant, qui pousse tout gardien de l'ordre à aller tôt ou tard à l'encontre de ses convictions.
Flic bientôt retraité, flic infiltré, flic en voie de pourrissement : les héros de L'Élite de Brooklyn sont des archétypes absolus, que le scénar a le bon goût de pousser dans leurs retranchements et de détourner de leur destinée principale. Exemple : le vieux briscard fatigué, interprété par un Richard Gere qui n'en finit plus de se bonifier, ne se contentera pas d'attendre la retraite avant de jouer les Roger Murtaugh et de décider de rempiler in extremis ; la deuxième partie de son parcours sera bien différente et assez singulière. Il en va de même, à des degrés différents, pour les personnages incarnés par Ethan Hawke - acteur aussi discret que brillant - et Don Cheadle - qui fait toujours un peu la même chose. On n'ira pas jusqu'à faire du film de Fuqua un monument d'inventivité et de singularité, mais ces portraits croisés trouvent une force inespérée dans leur accumulation. Chaque histoire prise à part n'aurait sans doute pas donné un bon long-métrage, mais l'alliage des trois lui donne un souffle assez étonnant.
Réalisé à la façon de certains Friedkin, avec des mouvements de caméra pouvant sembler clinquants mais concourant à créer une véritable ambiance de film noir, L'élite de Brooklyn trouve qui plus est un nouveau souffle dans sa dernière demi-heure, stupéfiante montée de violence et de tension où le temps semble soudain se dilater et où les trajectoires des anti-héros se font soudain aériennes, transformant ce qui aurait pu n'être qu'un simple polar en une oeuvre étonnante, non seulement parce qu'elle va bien au-delà de ce qu'on aurait pu attendre d'Antoine Fuqua, mais également parce qu'elle va loin dans l'exploration de l'âme humaine. Trainant sur deux heures des semi-ratés qui auraient voulu être des héros, voilà un film à voir, à mûrir et à savourer. Belle surprise.




L'Élite de Brooklyn (Brooklyn's Finest) d'Antoine Fuqua. 2h07. Sortie : 05/05/2010.

2 mai 2010

L'AMOUR C'EST MIEUX À DEUX

La comédie à la française se porte décidément très bien : portée par des comédiens brillants et des auteurs confirmés, elle ne cesse de se déployer afin de rivaliser enfin avec la concurrence américaine. Avec son titre d'une finesse absolue, L'amour c'est mieux à deux s'impose comme un équivalent frenchie de Quand Harry rencontre Sally, rien de moins : la conception de l'amour et du couple que nous proposent Dominique Farrugia et Arnaud Lemort - sur une idée de Franck Dubosc - y est aussi novatrice qu'acide, et devrait pousser tous les amoureux du monde à reconsidérer leur relation sous un autre oeil, à voir la vie différemment et à s'aimer toujours plus intensément.
À l'origine du film, il y a ce débat sur l'origine de la rencontre amoureuse, qui oppose les deux personnages principaux : l'un pense que le hasard est un facteur indispensable pour cimenter un couple, tandis que l'autre tire tout ce qui bouge et tripote les seins de sa nouvelle copine dans son cabinet d'avocat. S'ensuit une délicieuse succession de quiproquos inventifs et hilarants : le premier est à base de sombrero, le dernier utilisera un chewing-gum et une braguette, pour un ensemble naviguant élégamment entre Woody Allen et Blake Edwards. Impossible de dire lequel des interprètes tire le mieux son épingle du jeu : de plus en plus rare à l'écran, Clovis Cornillac irradie l'écran de son talent comique déjà entrevu dans Protéger et servir, tandis que Manu Payet nous rappelle qu'il est le prince du one man show. Quant à Virginie Efira, elle confirme qu'elle vaut bien mieux que son ancien statut de présentatrice de variétés. Quelle présence, quelle classe, quel naturel...
Bon, un peu de sérieux : contrairement à ce qui se passait dans ses deux premiers longs, qui tiraient volontairement vers le nanar avec un sens de la mesure assez savoureux, Dominique Farrugia se plante allègrement en accumulant les poncifs et les scènes éculées, le tout mis en scène avec une gaucherie sans nom et même pas dirigé. Les répliques consternantes pleuvent, évoquant la levrette et la fellation comme dans le pire sketch de Jean-Marie Bigard, et même les acteurs les plus tarés comme Jonathan Lambert sombrent dans un ridicule même pas amusant. « Si on me dit pas tout, je dis patate» constitue la meilleure vanne de cet improbable et indigeste marasme qui, même pris au millième degré, n'a vraiment rien d'amusant. À côté, même Camping 2 a l'air d'un chef d'oeuvre.




L'amour c'est mieux à deux de Dominique Farrugia & Arnaud Lemort. 1h40. Sortie : 05/05/2010.
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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