De Quatre mariages et un enterrement à Harry Potter et la coupe de feu, Mike Newell a toujours fait preuve d'une certaine propension à naviguer entre des univers fort variés et à rebondir de façon plutôt convaincante d'un genre à l'autre. Néanmoins, le doute a toujours subsisté sur la qualité intrinsèque du britannique : cinéaste-caméléon ou yes man doué mais sans réelle personnalité ? Après un Amour aux temps du choléra plutôt famélique, Newell est malheureusement en train d'apporter des réponses pour le moins inquiétantes quant à son statut : son Prince of Persia est en effet un ratage assez aberrant qui semble être l'oeuvre d'un clippeur débutant qui aurait mal digéré son petit Bruckheimer illustré. Mix improbable de film d'aventure familial et d'actioner bourrin (la double étiquette Bruckheimer-Disney, sans doute), cette adaptation d'un jeu vidéo aux multiples versions ne trouve jamais son ton ni son style et finit rapidement par ressembler à un mauvais croisement entre les Momie et les Benjamin Gates.Tout commence par une erreur de casting : le beau et talentueux Jake Gyllenhaal aurait sans doute été plus crédible en Thor, en Hulk ou en Superman qu'en Dastan, prince de Perse au coeur pur et à la peau bronzée. Visiblement conscient de ne pas être la bonne personne pour le rôle, l'acteur traine laborieusement son corps musclé - putain, quel torse - et ses yeux hagards dans des décors trop lisses pour être honnêtes. Si Newell semble parfois avoir envie de filmer au plus près des caniveaux et des corps pour mieux montrer la crasse et recréer à l'écran la réalité de l'époque, la direction artistique approximative et la mise en scène incohérente et inesthétique - plans rapprochés bien trop rapprochés, enchaînements illisibles - empêchent le film de se trouver une quelconque crédibilité. Les scènes d'action provoquent une désorientation totale et absolument involontaire, les séquences explicatives sont incompréhensibles et répétitives, et la tournure fantastique rapidement prise par le film n'arrange rien à l'affaire.
Car figurez-vous que, comme l'indique la bande-annonce - qui se trouve être plus claire que le film entier sur cette histoire -, il existe une dague donc le manche contient un sable permettant de remonter le temps - pour faire court, c'est ça. Si la dague en question constitue un délicieux symbole phallique lorsque Gemma Arterton lorgne l'entrejambe de Jake Gyllenhaal, qui l'arbore à la ceinture, elle n'est ni un bon McGuffin ni un moyen convaincant de rendre enfin l'intrigue intéressante. Demeure une impression de total remplissage, comme par exemple lorsque le héros se voit contraint d'assister à une course d'autruches qui n'a pour ainsi dire rien à faire là. Personne ne semble d'ailleurs comprendre ce qu'il fait dans cette galère, à commencer par les pauvres Ben Kingsley et Alfred Molina, dont l'accent arabe est un sommet d'humour mal ou pas assumé. Dans tous les sens du terme, on est sacrément ennuyé par ce gros machin mal fagoté qui manque cruellement de second degré alors qu'il est de notoriété publique que son acteur principal est un déconneur de première. Les bons débuts du film au box-office américain laissent hélas entrevoir le début d'une franchise dont on voit mal comment elle pourrait redresser la barre après des débuts aussi calamiteux.

Prince of Persia : les sables du temps (Prince of Persia : sands of time) de Mike Newell. 2h06. Sortie : 26/05/2010.

















































