30 avr. 2010

CAMPING 2

C'est un fait assez connu : depuis des dizaines d'années, Gérard Lanvin consigne dans un cahier des répliques et des réparties entendues çà et là ou trouvées par lui-même au détour d'une conversation animée. Lorsqu'il tourne une comédie, l'acteur insiste ensuite pour proposer ses propres bons mots afin d'offrir une identité propre à ses personnages et d'augmenter leur potentiel comique à partir de dialogues dont l'efficacité l'a convaincu depuis longtemps.
Pourquoi rappeler ce fait ? Parce que Lanvin, à cause d'un changement inévitable de personnage - ou peut-être de tensions sur le tournage ? -, a laissé sa place à Richard Anconina, que les réalisateurs persistent à placer en tête d'affiche de comédies populaires alors qu'il a le charisme d'un cocker et le potentiel comique d'une palourde. Comme dans La vérité si je mens mais dans un mode encore plus lénifiant, l'acteur insuffle au film une bonne grosse dose de déprime et aligne mollement les répliques sans punch, là où un Gérard Lanvin inspiré aurait sans doute pu limiter la casse en apportant ses idées, sa gueule et son tempérament. Camping 2 est à l'image de ce changement d'interprète et de personnage : la superficialité gentillette du premier volet a laissé place à un ennui profond doublé d'une consternation permanente.
Spécialiste des films simples, pour ne pas dire simplets, Fabien Onteniente est malheureusement de ces réalisateurs qui souhaitent à tout prix donner des suites à leurs films les plus populaires. Après le cataclysme Jet set 2, Camping 2 vient confirmer qu'il s'agit d'une très mauvaise idée. Les films d'Onteniente ressemblant régulièrement à des catalogues de tous les lieux communs liés au sujet annoncé dans le titre, proposer un deuxième film sur le même sujet le pousse non pas à se surpasser mais à se répéter et à aller toujours plus loin dans la beauferie et le clinquant. Les évolutions "psychologiques" des personnages sont nulles, la vulgarité prédomine, les taglines ne fonctionnent absolument jamais... Le tout, malgré le budget du film, frôle l'amateurisme tant la réalisation se fait poussive et tant l'interprétation atteint des sommets d'homogénéité dans la nullité. Tous, de Claude Brasseur à Christine Citti, atteignent des cimes de nullité en proposant un jeu théâtral, même pas digne des films de Michel Lang. Finalement, le seul à résister à l'inénarrable puissance nanardesque de ce film mortellement chiant, qui tente régulièrement l'émotion mais n'a pas la finesse pour, c'est ce sacré Franck Dubosc, dont le jeu et le moule-bite n'ont pas varié d'un iota. Ce qui est bien loin de suffire pour le rendre drôle, lui qui fut si prometteur dans le Incognito d'Éric Lavaine. Ayez pitié de vous-mêmes, fuyez.




Camping 2 de Fabien Onteniente. 1h39. Sortie : 21/04/2010.

Le questionnaire de Rob | #18 | Benjamin

Un deuxième Benjamin a accepté de répondre au questionnaire de Rob, et c'est l'un de mes chouchous de la blogosphère, celui dont je lis la prose même quand je n'ai pas le bagage pour - c'est-à-dire tout le temps - : il s'agit de Benjamin F., vénérable auteur du blog musical et culturel Playlist society. Le genre de mec qui continue à me proposer un ciné le dimanche soir et qui ne désespère pas de tomber un jour sur un film que je n'ai pas vu. Le genre de mec qui fourmille d'idées - je vous conseille l'excellent site Débattons-nous, monté avec son frangin Alexis. Le genre de mec qui sait porter la cravate et rester classe en toutes circonstances.


Steve Buscemi dans Desperado, Seven days of falling, une peluche et Ian Scott dans Max 2.



01. Le film que vous possédez mais que vous n'avez jamais vu ?
Docteur Folamour. C’est le seul Kubrick que je n’ai pas vu et j’aime bien vivre avec l’idée qu’il me reste encore un Kubrick à découvrir. Ca me rassure de le savoir attendant dans l’ombre de a dvdthèque qu’une occasion particulière viennent requérir sa présence.

02. L'album qui ferait une excellente bande originale ?
Seven days of falling de Esbjörn Svensson Trio. Il y dans ce jazz instrumental bourré de mélodies pop suffisamment d’émotions pour appuyer toutes sortes de scènes sans jamais les cannibaliser. Sinon j’aurais également pu citer un Gravenhurst.

03. Le biopic que vous ne voulez surtout pas voir ?
La question est à la fois simple et ardue car le biopic est probablement l’un des styles cinématographiques qui m’excite le moins. La réalité pèse toujours trop sur ces films là. Dans ses conditions, je souhaite avant tout éviter les films qui détruisent les mythes en les dévoilant de manière trop brusque comme ça pourrait être le cas avec un biopic de Richard D James.

04. La scène la moins érotique de l'histoire du cinéma ?
Difficile d’éviter les banalités ici puisque cette question se résume forcément à Avatar ou Matrix. Pour des questions d’actualité je répondrai Avatar et sa fameuse scène du baiser Na'vien.

05. Le film que tout le monde a vu sauf vous ?
Metropolis de Fritz Lang. Les années passent et certaines lacunes au niveau des classiques persistent. Mais ce n’est pas grave. Encore une fois j’aime bien vivre avec l’idée qu’il y a encore plein de choses qui pourront m’émerveiller. Cette notion tenait vraiment à cœur à l’homme qui m’a poussé vers la littérature (un type formidable qui travaillait chez Gallimard, qui est décédé l’année dernière et qui me manque beaucoup). Rien ne l’énervait plus que les êtres méprisants qui se moquaient d’autrui parce qu’ils n’avaient pas lu (ou pas vu) tels ou tels livres (films). Il faut se réjouir pour ceux qui ont encore des centaines de nouvelles expériences littéraires (cinématographiques) à vivre.

06. Le film que tout le monde a détesté sauf vous ?
Max 2 de Fred Coppula. Un grand film bourré d’humour, de mises en abîme cinématographiques avec en prime une belle analyse sur le coming out. Je l’ai regardé avec toutes mes ex et aucune d’entre elle n’y a entraperçu l’ambition du film. J’espère que j’aurai plus de chance avec ma nouvelle copine.

07. La personnalité qui devrait faire du cinéma ?
La question inverse aurait été plus aisée, mais je dirais Mike Patton parce que cet homme est fou et imprévisible et que c’est aussi ça qu’on attend d’un acteur.

08. Le film de 2025 que vous attendez le plus ?
L’adaptation par Zack Snyder de l’intégrale des Chevaliers du Zodiaque. S’il a réussi à transfigurer Watchmen, je me dis que tout est possible.

09. Le film des mois à venir qui va vous décevoir ?
Enter the Void de Gaspar Noé. Parce qu’il est trop difficile de rebondir.

10. Le cinéaste avec qui vous aimeriez boire des coups ?
Sans hésitation Michel Gondry. Entre milles histoires, on doit se laisser submerger par sa passion communicative. Il n’y a jamais de mépris chez lui sans pour autant laisser poindre la moindre remise en question de ses ambitions artistiques. Vraiment un des rares artistes avec qui je passerai bien la nuit à picoler et à parler sique et ciné.

11. L'objet auquel vous aimeriez consacrer un film ?
Un doudou ou une peluche pour enfant. Se débarrasser de se genre d’objet a encore un impact symbolique dans nos sociétés. Il y a des vraies tragédies qui se trament autour.

12. La réplique que vous aimeriez connaître par coeur ?
L’intro de Desperado par Steve Buscemi.

13. L'acteur/actrice en qui vous vous reconnaissez ?
Jeremy Davies (Daniel Faraday dans Lost) mais c’est sûrement à cause de la cravate.

14. Le festival que vous aimeriez créer ?
Le Festival de la couille (et autres histoires vraies).

15. La chose qu'on ne devrait plus jamais voir au cinéma ?
Le clitoris de Charlotte Gainsbourg. La dernière fois que je l’ai vu (Antichrist), je n’ai pas pu bander pendant une semaine. Sinon les acteurs qui laissent passer dix sonneries avant de répondre au téléphone, ce n’est vraiment plus possible.

16. La place idéale dans la salle de cinéma ?
Pile au milieu avec son sac à droite et son manteau à gauche afin de pouvoir affirmer à tous spectateurs munis de pop-corn que la place est déjà prise.

17. Le nom d'acteur/réalisateur que vous n'arrivez pas à retenir ?
Aoyama Shinji, le réalisateur d’Eureka.

18. Le métier de cinéma auquel vous ne comprenez rien ?
Réalisateur. Pendant longtemps j’ai cru que c’était comme chef d’entreprise, alors qu’en fait il parait que c’est plus impliquant que ça.

19. Le conseil à donner à un ado qui veut faire du cinéma ?
Passe ton bac d’abord.

20. La question que vous aimeriez ajouter à ce questionnaire ?
" La pochette de disque qui ferait une belle affiche de film ? "

22. L'acteur connu dont vous oubliez toujours qu'il a joué dans un de vos films préférés ? (question ajoutée par Raphaël)
Philip Seymour Hoffman dans The Big Lebowski.

24. Le film que vous êtes le seul à détester ? (question ajoutée par Charlotte)
Collateral de Michael Mann (mais j’aurais pu tout aussi bien citer Miami Vice).

29. Le film/cinéaste sous-estimé que vous aimeriez conseiller ? (question ajoutée par Clémentine)
Shinya Tsukamoto, parce que sa filmographie est brillantissime et que Bullet Ballet reste un de mes films préférés.



29 avr. 2010

LONDON NIGHTS

Si Cédric Klapisch était allé passer des vacances à Londres au lieu de squatter Barcelone, L'auberge espagnole se serait sans doute appelé London nights, et aurait été bien moins agréable. Le film d'Alexis dos Santos raconte en effet les pérégrinations de quelques jeunes dans une ville trop grande pour eux, qu'ils découvrent sur le tas et qui devient rapidement le théâtre de leurs premières désillusions personnelles et de leurs émois amoureux les plus forts, tout cela pouvant être lié ou non. Au départ est Axl, jeune étudiant espagnol qui débarque dans la capitale anglaise pour retrouver son père ; il y a également Véra, petite française ayant tout juste la vingtaine comme lui, dont les premières amours semblent ne mener nulle part. Et alors ? Et alors rien : les voilà qui, sans le savoir, vont s'installer dans le même entrepôt sans jamais se croiser. Et puis c'est tout.
Comme l'indique un peu mieux son titre original Unmade beds, London nights tisse notamment sa narration sur le récit intérieur d'Axl, qui se raconte non pas à travers les journées passées à Londres mais par les différents lits dans lesquels il a dormi depuis son arrivée. Pourquoi pas : il y a dans cette idée un côté globe-trotter plutôt séduisante, ou en tout cas gentiment attirante. Problème : ce genre de gimmick n'est jamais vraiment exploité par un Dos Santos trop occupé à montrer qu'il sait manier sa caméra de façon plutôt habile. Le film ne parvient jamais à rendre palpable la fantaisie et l'incertitude de la vie de ces post-adolescents extrêmement frêles mais prêts à toutes les folies pour parvenir à découvrir qui ils sont vraiment ou en tout cas à le montrer aux autres.
Pas grand chose à croquer dans ce film, puisque l'exaltation amoureuse qui chavire Véra n'est absolument pas communicative, tout comme la fébrilité d'Axl qui côtoie son géniteur sans oser lui révéler qui il est. Et si les acteurs, Déborah François en tête, sont absolument irréprochables dans la peau de ces petits poussins fragiles, c'est bien insuffisant pour donner suffisamment d'intérêt à ce tout petit truc sans aspérité, aussitôt vu aussitôt oublié, et qui ne risque pas de donner à qui que ce soit l'envie de prendre son sac à dos et de partir tenter sa chance à l'étranger : dans London nights, malgré ce que la ville peut représenter, tout cela semble beaucoup trop ennuyeux pour prendre le risque de quitter son petit confort.







London nights (Unmade beds) d'Alexis dos Santos. 1h35. Sortie : 28/04/2010.
Critique publiée sur Écran Large.

28 avr. 2010

THE INVENTION OF LYING

Ricky Gervais est drôle, voire même le type le plus drôle du monde selon certains - ils ne connaissent pas Larry David, les pauvres. mais peut-il l'être sur la durée ? C'est la question qui se pose avec The invention of lying, que l'acteur a co-écrit et co-réalisé, et qui constitue le deuxième "vrai" premier rôle interprété par Gervais au cinéma après la gentiment molle Ville fantôme. Les deux film partagent sensiblement la même tare : démarrant plutôt bien - voire très solidement pour celui-ci -, ils finissent assez vite par s'affaisser sous le poids d'un scénario laborieux et assez peu inventif malgré l'apparente originalité des rebondissements choisis. Mais s'il est assez difficile de faire à Ricky Gervais des reproches sur le scénario de La ville fantôme, qu'il n'a pas écrit, on peut s'interroger sur ses ressources en tant qu'interprète. Ne dit-on pas qu'un excellent acteur comique est capable d'insuffler de la drôlerie même dans le script le plus pataud de l'univers ? N'est-ce pas par exemple le propre de l'improbable Will Ferrell ? Si. Sauf que Gervais, après une demi-heure passée à jouer les faux derches médiocres, n'a visiblement plus rien à offrir, incapable de se renouveler suffisamment pour apporter du sang frais à ce film.
The invention of lying début pourtant sur de bonnes bases, à la manières d'un Menteur menteur plus flegmatique : les situations les plus simples y sont reconsidérées sous un jour totalement neuf, à partir du simple principe selon lequel le monde décrit dans le film ne connaît pas le mensonge. L'hypocrisie n'a plus sa place, les fausses convenances non plus, et chacun se retrouve contraint de dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. Contraint ? Pas vraiment en fait : contrairement au film avec Jim Carrey, ne pas mentir n'est pas le fruit d'une malédiction, mais un principe d'autant plus intéressant qu'il est tout à fait naturel. Il est simplement inenvisageable d'embellir le réel, d'arrondir les angles ou de raconter un bon gros bobard, ce que la première demi-heure dépeint délicieusement - malgré un manque d'énergie certain côté mise en scène.
Il y a dans le film quelques idées absolument géniales, dont la vision proposée par Gervais et Matthew Robinson de ce que serait le cinéma s'il était impossible de mentir : de longs et lénifiants exposés, face caméra, d'histoires s'étant réellement produites. Sans point de vue, sans mise en scène, sans amusement aucun. Le cinéma-vérité n'existe pas, ou alors il est sacrément ennuyeux. Mais ces idées assez saisissantes ne suffisent malheureusement pas, et lorsque The invention of lying prend le risque de faire considérablement évoluer son pitch - le premier menteur de l'histoire devient une sorte de prophète absolu sur Terre -, c'est pour mieux s'abîmer dans un hors-sujet assez lourdingue et plus vraiment drôle. Au final, on voulait du Gervais et on a du Mike Judge, avec un bon gros délire sans queue ni tête qui ne fait pas jubiler mais qui tend à créer une véritable frustration chez ceux qui attendent toujours que cet artiste de talent trouve le souffle suffisant pour figurer dans un film savoureux d'un bout à l'autre.




The invention of lying de Ricky Gervais & Matthew Robinson. 1h40. Sortie : 28/04/2010.

27 avr. 2010

LIFE DURING WARTIME

Todd Solondz peut tout se permettre, y compris réinventer le concept de suite : Life during wartime est en effet annoncé comme celle de Happiness, son chef d'oeuvre sorti voilà onze ans. Sauf que tous les interprètes ont changé et que certains personnages ont vieilli beaucoup plus rapidement que d'autres. Pour tout dire, et même si c'est un film indispensable, il n'est absolument pas obligatoire d'avoir vu Happiness pour apprécier celui-ci : les rares situations passées à être réexploitées le sont du bout des doigts, ou suffisamment explicites pour ne perdre personne en route.
Plus que jamais, Solondz s'amuse à employer des acteurs d'apparence normale - des gamins sans aspérité, une héroïne ayant joué toute sa vie les femmes idéales ou les meilleures amies discrètes - et à mettre dans leur bouche les pires horreurs. Ce travail sur le contraste entre apparence proprette et idées noires ou sales commence à sembler légèrement systématique de la part du metteur en scène ; mais il fait ici preuve de davantage de finesse dans le traitement. Lorsque la gentille mère de famille raconte à son fils de 10 ans qu'elle est toute mouillée ou lorsque mille autres délicieuses horreurs sont proférées, on ne peut que rire, certes pas à gorge déployée comme c'était le cas dans Happiness.
Libéré des lourds concepts qui rendaient Storytelling et surtout Palindromes si pachydermiques, Life during wartime démonte l'american way of life, fait ressurgir au sens comme au figuré les fantômes du passé, tourne en dérision les principes de précaution et la victimisation outrancière. Le personnage le plus intéressant - et le plus tête-à-claques - est sans doute le gamin de l'affiche, que ses taches de rousseur et un air tartignole font ressembler au personnage principal d'une pub Nutella, alors qu'il est un concentré des phobies américaines les plus ridicules et excessives. Vouloir devenir un homme avant l'âge mais prendre n'importe quel adulte pour un pédophile en puissance : tel est le mal de cette société constamment sur la défensive, que Solondz met en lumière de façon particulièrement caustique. Reste qu'on a l'impression que le cinéaste pourrait pondre dix mille films de ce genre sans interruption, sans nous lasser peut-être, mais sans réel coup d'éclat. Les prises de risques des longs-métrages précédents ne portaient pas vraiment leurs fruits mais étaient finalement plus excitantes...




Life during wartime de Todd Solondz. 1h38. Sortie : 28/04/2010.
Critique publiée sur Écran Large.

26 avr. 2010

LE MARIAGE À TROIS

On n'arrivera jamais à saisir ce qui fait la beauté du cinéma de Jacques Doillon, et c'est sans doute là qu'est son inépuisable force : année après année, le cinéaste revient par la petite porte et livre une oeuvre inattendue, différente, modeste en apparence mais d'une vraie force artistique, se moquant bien des genres et des modes. Ce Mariage à trois n'échappe pas à la règle, marivaudage léger et fantaisiste qui n'a l'air de rien, ne fera peut-être pas date, mais séduit par la liberté absolue dont il fait vivre ses situations et ses personnages.
Ceux-ci sont au nombre de cinq, ni plus ni moins, réunis le temps d'une journée dans la maison d'un auteur de théâtre. Il y a là son ex-femme, qui n'est autre que l'interprète principale de sa prochaine pièce, mais aussi l'acteur, nouvel amant de cette dernière, le metteur en scène et une jeune femme faisant office de secrétaire, recluse au premier étage mais qui aura à coup sûr son rôle à jouer. Le tout est éminemment théâtral, avec son unité de lieu et de temps, son nombre limité de personnages et la façon dont Doillon dirige ses acteurs, les laissant s'abandonner dans une emphase ne s'encombrant pas de réalisme. Et pourtant, par l'élan que Doillon parvient à donner à sa mise en scène, la cinématographie règne en maître sur le film, qui aurait pu donner une pièce banale mais est ici transcendé par l'énergie du découpage filmique. L'argument semblait pourtant éculé, avec cette histoire d'amant dans le placard et de pièce inachevée ; mais Doillon et sa bande des cinq s'en acquittent avec fantaisie, comme si rien n'était grave, y compris menacer son rival avec un fusil.
Le mariage à trois est un film sur le jeu. On voit que ces acteurs s'amusent à jouer, et que les personnages qu'ils jouent ne cessent jamais de jouer eux aussi, de se tourner autour, se s'apprivoiser avant de se rejeter plus ou moins violemment, sans jamais songer à des conséquences qui de toute façon ne seront pas durables. Le plaisir pris par chacun est extrêmement communicatif, et l'on en vient à rêver que les babillages des protagonistes durent encore des heures tant le dialogue compte mille fois plus que cette intrigue à la conclusion prévisible et assez peu importante. Personnage le plus énigmatique du lot : le metteur en scène joué par l'excellent Louis-Do de Lencquesaing, qui semble toujours être de trop dans ce qui finit par ressembler à un carré amoureux. Sa présence semble n'avoir aucun effet, positif ou négatif, sur les actes et paroles de ses partenaires ; à croire qu'il s'agit pour Doillon de faire apparaître son double à l'écran, et de montrer avec modestie que son rôle n'est pas si important pour peu que les autres sachent qu'il est là. C'est la petite curiosité de ce vaudeville brillamment joué et dialogué, bien plus joli que son affiche concourant déjà pour être la plus laide de 2010.




Le mariage à trois de Jacques Doillon. 1h40. Sortie : 21/04/2010.
Critique publiée sur Écran Large.

25 avr. 2010

KICK-ASS

Peut-on n'avoir aucun pouvoir et devenir quand même un super-héros respecté et efficace ? Bruce Wayne a prouvé que oui, à condition d'être immensément riche et de vivre dans un monde dépourvu de tout sens du réel. Le jeune Dave, lui, n'est pas dupe, mais il est tellement nerd qu'il décide d'essayer quand même. Soit une brillante idée de départ... qui ne porte jamais vraiment ses fruits. Le principal, de défaut de Kick-ass, c'est qu'il ne se décide jamais à choisir entre la parodie potache et le film d'action noir et gore. Le mélange des genres aurait pu donner une oeuvre burlesque et macabre donc assez ultime ; à l'écran, le résultat est tout autres, notamment parce que Matthew Vaughn propose une vision désespérément hachée des personnages et des situations. On semble sauter du coq à l'âne sans souci de logique ou de cohérence, les scènes ne s'inscrivent pas suffisamment dans la durée, et la direction artistique est trop souple pour injecter un véritable style à l'ensemble.
Ces deux heures-là n'ont rien d'un calvaire, grâce avant tout à une bande d'acteurs pas forcément bien choisis mais en tout cas sympathiques. Néanmoins, Kick-ass n'attend pas longtemps avant de commencer à se traîner. Dès les scènes d'exposition, le très gauche Aaron Johnson insuffle une certaine léthargie à un ensemble manquant grandement de percussion. Faisant référence à des films comme Spider-man, Kick-ass ne parvient même pas à en atteindre le modeste niveau comique lorsqu'il s'agit de montrer les balbutiements d'un super-héros qui se cherche. Heureusement que le duo Hit Girl - Big Daddy (une petite fille adorable et un papa gâteau qui cachent deux princes de la baston et de l'armement) prend une importance croissante au fur et à mesure du récit : les deux personnages sont les seuls à apporter un minimum de subversion et de noirceur à un ensemble beaucoup trop poli le reste du temps.
On rit franchement peu et on ne se délecte pas de grand chose ; les principales scènes d'action ont beau être filmées avec emphase par un Vaughn certes pas manchot, elles semblent uniquement animées par un désir d'excès d'une gratuite totale, bien loin du jouissif spectacle offert par Joe Carnahan dans Mi$e à prix. Il manque à Kick-ass une vraie personnalité, un soupçon d'esprit qui aurait pu le rendre imparable. Mais avec son casting bâtard entre Guy Ritchie et Judd Apatow, le film souffre de sa perpétuelle indétermination et reste au stade de l'anecdote, nous maintenant le cul entre deux chaises, déçu par ce toute petit divertissement.




Kick-ass de Matthew Vaughn. 1h57. Sortie : 21/04/2010.

Blogs cinéma, le best of | S03E33


On pensait ne plus entendre parlait d'Avatar dans le best of... on avait tort, puisque la sortie DVD/Blu-ray a remis le film sous les feux de la rampe. Damned.

Cineblogywood : Blu-ray - Avatar explose The Dark Knight
Cinefeed : Green Zone, chronique d'une guerre commandée
Filmgeek : Avatar version longue, Avatar 2 et 3.
Rob Gordon a toujours raison : le blog orange dans tous ses états

24 avr. 2010

Entretien avec João Pedro Rodrigues : « Un musical sans musique »

Un an après la présentation cannoise de Mourir comme un homme, João Pedro Rodrigues est en plein périple pour défendre son troisième long. Arrivé en bus depuis Madrid - un certain volcan islandais l'y a contraint - après un crochet par Buenos Aires, le cinéaste portugais semble épuisé mais ne ménage pas ses efforts pour nous parler de ce film formidable et singulier qui sortira dans nos salles ce mercredi 28 avril. Entretien.






Comment pourrait-on résumer ou décrire votre film ?

Je suis très mauvais à ça (rires)… L’idée était d’abord de faire un film de guerre classique, comme ceux des années 40 ou 50, par exemple Aventures en Birmanie de Raoul Walsh. C’est un film de guerre dans tous les sens du terme, puisqu’il s’agit d’un personnage qui lutte contre soi-même. On assiste donc à une guerre intérieure chez Tonia, ce transsexuel dont le film raconte l’histoire.


Le film est parti de ce personnage de Tonia ?

J’ai fait beaucoup d’interviews avec des travestis et des transsexuels avant d’écrire le scénario. Je me suis inspiré de quelques personnes ayant réellement vécu. Quelques-unes sont déjà mortes, d’autres sont encore en vie, d’autres ont changé de vie et ont cessé de faire des spectacles de travestis. J’ai pris des bouts d’histoires, mais l’idée n’était pas de faire un portrait de la transsexualité ou des travestis. Avec mon scénariste, on voulait à tout prix faire une fiction et suivre la structure d’un mélodrame ou d’une comédie musicale.






Ce qui est frappant dans le film, c’est la façon dont vous utilisez la musique. Il y a notamment une scène où les personnages en forêt s’arrêtent pour écouter un morceau de musique. Quelles étaient vos envies concernant l’emploi de la musique ?

L’idée était de faire un musical sans musique. La plupart du temps, les personnages chantent a capella. Ce que j’ai essayé de faire, c’est de partir de genres classiques (film de guerre, mélodrame, musical) et de les tordre ensuite pour mieux me demander comment traiter ces genres dans le Portugal d’aujourd’hui. On a suivi la structure d’un film musical, avec une action qui parfois s’arrête pour laisser place à un numéro musical qui raconte des choses sur les personnages. Concernant ce moment où on écoute une chanson dans la forêt, un morceau que j’aime beaucoup et qui en dit long sur le personnage, l’idée était que les personnages s’assoient comme le spectateur dans la salle, et écoutent cette chanson du début à la fin. L’émotion peut venir de là. Mon but est toujours d’arriver vers une émotion, même si j’essaie de faire un mélodrame peut-être un peu froid, comme le faisait Fassbinder dans les années 70, mais je veux faire passer des émotions d’une façon personnelle et unique. J’essaie de trouver un chemin dans le cinéma qui soit un peu le mien. Je pense toujours à cette question du genre et comment on peut travailler avec.


De quoi parle cette chanson ?

Le morceau se nomme Calvary, de Baby Dee, une chanteuse transsexuelle américaine dont le travail me fait penser à Antony and the Johnsons. Ils ont d’ailleurs travaillé ensemble. Ça parle du calvaire, et des enfants qui meurent. Ce n’est pas exactement l’histoire du film, mais elle est très liée au calvaire de Tonia. L’émotion n’est pas que dans les paroles ; elle réside également dans la musique et dans la façon dont cette chanson est chantée, extrêmement émouvante. Je pense que Tonia ne comprendrait pas ce que dit le morceau, mais il y a une solennité dans cette chanson et dans cette scène qui fait ressentir des choses fortes. Quand Tonia entre dans la forêt c’est comme si elle mourait la première fois. Cette forêt semble un peu hantée par des fantômes, on ne sait pas très bien si ceux qui l’accompagnent existent ou pas… L’idée était de faire de cette forêt un décor de conte de fée mais aussi un lieu peuplé de fantômes.






Le film est tourné en 1.33. Pourquoi ce choix ?

L’idée était aussi de faire un film qui soit anti-spectaculaire, et ce bien qu’il parle de gens travaillant dans le spectacle. Je voulais l’anti-Cinémascope. Je voulais revenir au cadre des films muets. Je voulais une certaine austérité pour parler de ces transsexuels, qui aille à l’encontre de films que je n’aime pas comme Priscilla, folle du désert, des films flamboyants qui ne m’intéressent pas beaucoup. Je suis davantage intéressé par les films des années 60-70 comme ceux d’Andy Warhol. J’ai pensé que je pouvais être plus expérimental que jamais. J’ai tenté des changements de couleurs, je me suis permis beaucoup de choses comme dans le musical. C’est comme créer une féérie un peu dissimulée, pas flamboyante.


C’est un format qui n’est plus beaucoup utilisé. Cela n’a pas posé de problèmes ?

Ça en pose beaucoup, d’autant que très peu de salles sont encore équipées pour pouvoir projeter des films dans ce format. J’ai eu énormément de problèmes dans des festivals. Il m’est arrivé de refuser que mon film soit projeté dans tel ou tel festival parce qu’ils n’avaient pas la bonne fenêtre de projection. Je savais que j’aurais ce genre de soucis, mais j’y étais préparé car je ne voulais pas d’un autre format.






À l’image de sa fin, le film est à la fois mélancolique et tout à fait euphorisant, justement comme certaines comédies musicales. Teniez-vous absolument à ne pas sombrer dans la tragédie pure ?

Je pense que Tonia, notamment par ses convictions religieuses, conçoit la vie sur Terre comme une première étape avant autre chose. C’est pour elle un véritable chemin de croix, une épreuve quasi permanente, mais elle s’y sent prête car elle sait que l’éternité l’attend après sa mort. Je ne suis pas croyant, mais c’est une idée que je trouve très belle, et c’est pourquoi j’ai voulu que le film ne soit pas un bloc de tristesse, mais qu’il soit toujours tourné vers l’après, vers les bonnes choses de l’avenir. J’aurais pu travailler ma dernière scène en ne cherchant qu’à déclencher les larmes, et j’y serais probablement arrivé, mais je voulais que cette issue apparemment triste résonne de façon positive, que ma façon de filmer et la chanson utilisée évoquent un nouveau départ plutôt qu’une fin.


Le film est très différent des précédents. Comment construisez-vous vos projets ? Êtes-vous animé par l’envie de faire « autre chose » ou est-ce un sujet qui s’impose à vous ?

Je ne trouve pas que mes films soient si différents. À vrai dire, je les trouve même très proches. Mourir comme un homme me semble être la parfaite synthèse entre O fantasma et Odete.
C’est souvent une rencontre qui crée le déclic. Ici, j’avais ce sujet en tête depuis longtemps, puisque j’ai longtemps assisté à des spectacles de travestis. J’ai eu envie de m’intéresser de près au sujet, et j’ai opéré comme d’habitude en effectuant des interviews et des rencontres avec des gens de ce milieu avant de commencer à écrire l’ébauche de mon film. Je ne suis pas quelqu’un de très prolifique, je n’ai pas dix idées de scénarii à l’avance, d’ailleurs je suis toujours angoissé à l’idée de savoir si je vais réussir ou non à trouver de bonnes idées pour mon prochain film. Ces entretiens m’aident énormément.






Le film a été présenté à Cannes il y a un an. Comment vit-on avec un film qu’on a terminé si longtemps auparavant ? Les rapports évoluent-ils ?

Habituellement, quand je termine un film, j’aime tourner la page et passer au suivant. C’est ce que j’ai essayé de faire ici : je travaille sur mon quatrième film et j’ai donc laissé celui-là derrière moi. Je ne revois jamais mes films, ils ne m’appartiennent plus. Mais c’est la règle pour tout réalisateur : être tourné vers ses créations futures tout en étant obligé de parler de celles qu’il a terminées et dont il pense avoir fait le tour…


Cliquez ici pour retrouver la critique du film.
Entretien publié sur Écran Large.

MOURIR COMME UN HOMME

Tout commence comme un film de guerre : tapis dans la nuit, des soldats portugais avancent doucement dans leur mission. Deux d'entre eux s'éloignent et entament soudain une sodomie silencieuse et passionnée, dans une pénombre émouvante. C'est le début de Mourir comme un homme, qui se muera rapidement en mélodrame tragique, dépeignant notamment la relation entre un transsexuel, son fils et son jeune amant. Pour son troisième long - après les magnifiques O fantasma et Odete -, João Pedro Rodrigues se rapproche du style d'un Fassbinder tout en s'affranchissant parfaitement de ce modèle : son regard n'appartient qu'à lui, tout comme sa façon d'orchestrer ce film étrange, saccadé, qui faire vivre en son sein des genres multiples comme coexistent en Tonia plusieurs personnalités.
Tonia, le héros du film, hésite en effet à franchir le pas qui le transformerait définitivement en la femme qu'il rêverait d'être, des considérations d'ordre religieux l'empêchant d'assumer son envie jusqu'au bout et d'assumer son désir. Pris entre deux feux, le personnage ne cesse de se fissurer, et semble plus d'une fois au bord de l'implosion tant cette multiplicité d'identités troubles se fait dérangeante. Rodrigues traite le personnage de façon semi-réaliste, sans en faire un phénomène de foire mais en trouvant le juste dosage pour en faire quelqu'un de parfois pathétique mais jamais ridicule. Et quoi de plus normal, lorsqu'on décrit un personnage à ce point à côté du monde ordinaire, que de basculer dans un onirisme parfois dérangeant, une sorte de conte d'Andersen plongé dans les ténèbres... Comme toujours chez le cinéaste, il est ici question de fantômes, de réalité troublée, de perception altérée. C'est ce qui rend le film si magnifique.
S'il est loin d'être une comédie musicale, Mourir comme un homme brille cependant par son utilisation de la musique, non à des fins festives - on est loin de Priscilla, folle du désert - mais dans le but d'atteindre des émotions inédites. Stupéfiante scène dans laquelle les personnages, avançant dans la forêt, s'arrêtent soudain et écoutent sans bouger, sans rien dire, un long morceau de musique. La chanson est aussi hypnotique pour le spectateur que pour eux, et tous se retrouvent au même degré de bouleversement, comme si la vie se mettait en pause le temps pour chacun de se rappeler qui il est. Le film ne cesse de surprendre et de déconcerter, de prendre le contrepied du ton attendu, et ce jusqu'à la fin. Potentiellement tragique, la dernière scène parvient à verser dans une euphorie assez grisante, comme si pour Tonia et les autres rien n'était assez grave dans cette vie terrestre ne constituant que la première étape d'une existence plus riche et plus longue, où il serait enfin possible de s'assumer totalement. Magnifique.


À lire : l'interview de João Pedro Rodrigues.



Mourir comme un homme de João Pedro Rodrigues. 2h13. Sortie : 28/04/2010.
Critique publiée sur Écran Large.

23 avr. 2010

Le questionnaire de Rob | #17 | Éric

Et une corporation de plus pour le questionnaire de Rob, puisque c'est un exploitant de salles qui a accepté d'y répondre cette semaine. Ancien rédac chef de l'émission Extérieur nuit de Radio Campus Paris (19h-20h sur 93.9 FM), Éric Jolivalt s'occupe avec passion du cinéma Le Capitole à Suresnes. Merci à lui.


Spice world, Vichit Kounavudhi, Michael Cera, LP3.



01. Le film que vous possédez mais que vous n'avez jamais vu ?
Bambi (mais ce n’est qu’un exemple parmi plus d’une centaine de dvd non débalés).

02. L'album qui ferait une excellente bande originale ?
LP3 de Ratatat.

03. Le biopic que vous ne voulez surtout pas voir ?
Un biopic sur Gregory Lemarchal...

04. La scène la moins érotique de l'histoire du cinéma ?
La scène de sexe dans Tetsuo de Shynia Tsukamoto.

05. Le film que tout le monde a vu sauf vous ?
La grande vadrouille.

06. Le film que tout le monde a détesté sauf vous ?
Spice world.

07. La personnalité qui devrait faire du cinéma ?
Rob Gordon.

08. Le film de 2025 que vous attendez le plus ?
La dame de Shanghaï de Wong Kar-Wai, un de ses projets sans cesse repoussé avec Takeshi Kitano et Nicole Kidman dans les rôles principaux.

09. Le film des mois à venir qui va vous décevoir ?
Le dernier maître de l’air. Comme chaque film de Shyamalan finalement...

10. Le cinéaste avec qui vous aimeriez boire des coups ?
Arnaud Desplechin mais je serais trop impressionné. Sinon Sofia Coppola.

11. L'objet auquel vous aimeriez consacrer un film ?
Un talon aiguille de chez Jimmy Choo.

12. La réplique que vous aimeriez connaître par coeur ?
La lettre du père à sa fille dans Rois et Reine.

13. L'acteur/actrice en qui vous vous reconnaissez ?
Michael Cera.

14. Le festival que vous aimeriez créer ?
Le festival fascinant : un festival qui traiterait de l’obsession au cinéma, que ce soit dans ses thèmes ou dans ce qu’il procure. La première édition aurait pour invités d’honneur De Palma et Weerasethakul...

15. La chose qu'on ne devrait plus jamais voir au cinéma ?
L’amant dans le placard.

16. La place idéale dans la salle de cinéma ?
A peu près à la moitié de la salle, à un tiers de la rangée en partant de la gauche face à l’écran.

17. Le nom d'acteur/réalisateur que vous n'arrivez pas à retenir ?
Le nom du gars qui joue Mc Lovin... Il restera toujours Mc Lovin à mes yeux.

18. Le métier de cinéma auquel vous ne comprenez rien ?
Fabien Onteniente.

19. Le conseil à donner à un ado qui veut faire du cinéma ?
Fais une école de commerce et parallèlement à ça, gave-toi de films.

20. La question que vous aimeriez ajouter à ce questionnaire ?
" L'affiche de film qui trônait au dessus de ton lit d'adolescent(e) ? " (Demolition man, si vous voulez savoir)

26. La bande originale de film qui vous représente ? (question ajoutée par Marine)
Virgin suicides.

29. Le film/cinéaste sous-estimé que vous aimeriez conseiller ? (question ajoutée par Clémentine)
Un cinéaste complètement inconnu en fait. Vichit Kounavudhi (on ne prononce pas le i de la fin). C’est un thaïlandais qui a réalisé deux chefs d’œuvre au début des années 80 : Fils du Nord-Est et Ceux des montagnes. Ça a été un de mes grands chocs de cinéphile. Les rares qui ont pu voir ces films s’en souviennent forcément. C’est un de mes rêves de les restaurer et de les éditer en vidéo un jour...

36.
Le film-somnifère par excellence ? (question ajoutée par Audrey)
Il était une fois dans l’ouest. Je n’ai jamais pu le regarder jusqu’à la fin. La musique me berce et les images m’endorment. Je fais toujours de beaux rêves devant.


Le blog orange dans tous ses états

Mes camarades blogueurs vous le confirmeront : nous sommes de plus en plus sollicités pour des projets plus ou moins constructifs, plus ou moins alléchants, qui semblent indiquer que les blogs ciné sont en train de gagner en crédibilité. Voilà donc ce qui m'attend dans les semaines et mois à venir...



  • Première nouvelle plutôt classique mais toujours agréable : je passerai quelques jours, du mercredi 12 au dimanche 16 mai, au prochain Festival de Cannes, où je participerai notamment aux émissions spéciales proposées par Radio Campus Paris. Festival tronqué, mais c'est tout de même mieux que rien, et je ne manquerai pas de balancer de la critique et du compte-rendu dès que je le pourrai, le tout sous vos yeux pas si ébahis.


  • La suite des évènements aura lieu au début de l'été, du 3 au 13 juillet, puisque j'ai accepté de faire partie d'un jury de 7 blogueurs ciné - parmi lesquels S., B. et d'autres dont j'ignore encore l'identité - qui décernera un prix lors du prochain Paris Cinéma. Critiques des films présentés et comptes-rendus de mes déambulations festivalières - on aura accès au bar grâce à une super accréditation - seront au programme durant cette période.


  • Pour finir, et c'est encore à mettre au conditionnel, nous sommes 6 blogueurs cinéma à avoir été castés pour être les chroniqueurs d'une émission de cinéma produite par CAPA pour France 4. Avec L., S., F., D. et N., nous nous retrouvons régulièrement pour travailler sur un pilote qui déterminera l'avenir de cette émission qui, si elle est acceptée par la chaîne, sera hebdomadaire et donnera un coup de jeune et de fun à la critique cinéma.

22 avr. 2010

MAMMUTH

On sentait venir gros comme une maison ce Mammuth forcément pachydermique car dans la lignée d'un Louise-Michel rigolo mais moyennement fin. Le quatrième long du duo Delépine - Kervern s'impose d'autant plus comme une belle et grosse surprise : hilarant à ses heures, c'est d'abord et avant tout une incroyable leçon d'introspection débridée qui parvient à donner un véritable sang neuf au road movie. On pouvait pourtant craindre de la part des cinéastes grolandais une nouvelle tentative de comédie sociale et bourrine façon Dupontel d'extrême gauche, avec mise en cause de l'administration française et de son système de retraite, au coeur du postulat du film. Mais celui-ci n'utilise son argument un peu léger - un boucher à la retraite sillonne la France pour récupérer quelques documents qui lui permettraient de toucher une retraite décente - que pour permettre à son héros de partir sur les routes au guidon de sa moto et de découvrir enfin pourquoi cela valait le coup de survivre quelques dizaines d'années.
Ce qui stupéfie avant tout dans Mammuth, c'est la façon dont la liberté des personnages rejaillit sans cesse sur celle des réalisateurs. À moins que ce ne soit le contraire... Dès les premières images, fulgurantes et granuleuses, on comprend la volonté du duo de briser les frontières, de sortir de tous les carcans, d'aller voir au-delà de l'humour grolandais pour s'intéresser enfin, et vraiment, à un personnage pour ce qu'il a d'humain. Ce Serge Pilardosse, jeune retraité qui s'emmerde bien vite et se terre dans un relatif mutisme concordant mal avec la désagréable faconde de sa femme, fait figure d'homme absolu, synthétisant en lui toutes les crises existentielles pouvant ravager tout mâle normalement constitué aux différentes étapes de son existence. Après avoir mal fait les courses - grand moment de comique visuel avec cette bataille entre Depardieu et son caddie -, mal réparé la porte des toilettes et mal commencé un puzzle inintéressant, le voici sur les routes de France, à la recherche d'un peu de paperasse mais surtout de lui-même. Toutes proportions gardées, Mammuth a des allures de Brown bunny dans sa façon de traiter le road movie jusqu'à l'épure, de le dégraisser de ses rencontres les moins intéressantes, et de faire des quelques femmes présentes sur le chemin du héros de simples silhouettes sans aspérité ni réel intérêt. Seul le spectre élégamment incarné par une Isabelle Adjani retrouvée semble revêtir une réelle importance pour le héros.
Poétique, métaphysique, Mammuth est quasiment débarrassé de tous les artifices made in Groland qui jalonnaient notamment Aaltra et Louise-Michel. Ce qui n'empêche pas l'humour, loin de là : dans sa première partie notamment, le film alterne comme par magie d'intenses moments d'émotion et des scènes comiques toujours inventives et régulièrement scotchantes. Cette cohésion, le film la doit avant tout à son interprète principal, un certain Gégé Depardieu, qui avec sa longue tignasse et son imposante bedaine ressemble à un néo-homme des cavernes dans sa version la plus sentimentale. S'il fallait une preuve récente que cet homme-là est l'un des plus grands acteurs du monde, la voici : il nous emporte dans un tourbillon d'émotion d'autant plus ravageur qu'il était assez inattendu. Grâce à lui, on pardonne au film ses quelques digressions comiques inutiles - Bouli Lanners et l'entretien d'embauche - et ses trop nombreuses guests stars risquant de faire ressembler le film à un catalogue. Mammuth est une oeuvre singulière et puissante qui montre à quoi devrait ressembler la vie : un assemblage d'incidents possiblement heureux mais en tout cas toujours inattendus. Et un grand petit film.




Mammuth de Benoît Delépine & Gustave Kervern. 1h32. Sortie : 21/04/2010.

21 avr. 2010

LA COMTESSE

Si Le portrait de Dorian Gray rencontrait Nouvelle cuisine chez Shekhar Kapur, cela donnerait sans doute un film de la trempe de La comtesse, nouveau long de Julie Delpy après le surprenant succès de Two days in Paris. Ou l'histoire archi connue, sauf par l'auteur de ces lignes, d'une comtesse hongroise au coeur sec qui découvre - ou qui décide - que se baigner dans le sang de jeunes vierges lui permettra de combattre l'inflexion du temps sur son apparence physique, et donc de séduire durablement le jeune homme qui la fait chavirer. Delpy traite cette variation vampirique sur un mode résolument classique, composant des plans d'un sérieux absolu et comptant sur la seule puissance de son personnage principal pour injecter beaucoup d'étrangeté et de malaise dans le cadre.
Narrativement, le film se tient de façon impeccable. La manière qu'a Delpy de croquer en quelques images la jeunesse de la comtesse, sans jamais s'appesantir mais en levant juste assez le voile pour rendre le personnage fascinant, pose dès le début les intentions de la cinéaste : rigueur et austérité. Le but étant de coller au plus près de la personnalité de l'héroïne, que la caméra ne lâche quasiment jamais, pour en suivre le cheminement intérieur sans pour autant épouser aveuglément son point de vue. Lorsqu'il devient clair que Bathory est sans doute en train de s'auto-persuader des effets miraculeux de cet étrange remède, le film parvient à capter la distance idéale pour ne rien perdre de ses états d'âme. Et c'est finalement dans cette direction que La comtesse réussit pleinement son coup, en dépeignant une possible folie sans jamais vraiment la nommer ni la confirmer de façon sûre.
Le hic, c'est que tout cette affaire manque cruellement de chair et d'âme. Ce film froid, pas ardent pour deux sous, est ancré dans un premier degré assez lassant et s'enferme, malgré ce qu'il a à raconter, dans un classicisme un peu trop éhonté. Extrêmement impliquée, mettant en scène et interprétant ce personnage qui la captive, Julie Delpy semble manquer de recul sur tous les plans. Sa prestation glaciale, d'une dureté absolue, a quelque chose de forcé ou au contraire de pas assez poussé dans le côté désincarné de la comtesse. Arrive un moment où un visage figé, aussi austère soit-il, n'est plus suffisant pour mettre en valeur une personnalité aussi complexe. Marina De Van aurait fait une incroyable comtesse Bathory et aurait également pu rendre le film plus charnel et torturé que ce qu'il est en l'état, à savoir une oeuvre de façade, engoncée dans son propre rigorisme, et passant à côté d'une grande réussite qui lui tendait pourtant les bras.




La comtesse (The countess) de Julie Delpy. 1h34. Sortie : 21/04/2010.
Autre critique sur Tadah ! Blog.

20 avr. 2010

8 FOIS DEBOUT

8 fois debout est un film qui ne paie pas de mine, une petite oeuvre sans conséquence qui ne fera sans doute pas grand bruit mais qui dispose pourtant de toutes les armes pour nous séduire. Le film de Xabi Molia - qui, exclu de Mélissa, s'appelle en fait François-Xavier - suit la trajectoire descendante de deux voisins de palier qui galèrent à trouver du boulot, lui parce qu'il foire consciencieusement chacun de ses entretiens d'embauche, elle parce qu'elle ne trouve que des jobs miteux alors que seul un CDI lui permettrait obtenir la garde de son fils. Le tout a des allures de comédie pop - musique de Hey Hey My My et générique façon "film avec Michael Cera" - mais ne verse pas pour autant dans la gaudriole, bien au contraire.
L'emballage légèrement sucré permet en fait à Xabi Molia d'éviter de plomber complètement le spectateur qui, en dépit des nombreuses scènes franchement spirituelles qui émaillent le film, fait ressembler 8 fois debout à l'oeuvre d'un dépressif chronique qui ne rirait un peu que pour éviter de montrer qu'il a envie de chialer. Les personnages principaux constituent les deux facettes d'un même mal qui ne cesse d'envahir notre pays et la plupart des populations du globe : une peur panique de la précarité qui s'accompagne indéfectiblement d'une fébrilité certaine. C'est lorsqu'on n'a plus d'emploi digne de ce nom que l'on se convainc le plus facilement que l'être humain est avant tout défini par son travail, d'où une crise existentielle permanente.
Julie Gayet et Denis Podalydès prêtent avec brio leurs mines de Caliméro à ces deux anti-héros particulièrement attachants, qu'on aimerait réellement cajoler si cela était possible. Molia a le bon goût de ne pas faire virer l'ensemble en comédie romantique de dernière minute ou en fable à gros happy end, se contentant à raison de faire dans la chronique. Loin d'être idéaliste, il finit par placer ses personnages dans des situations réellement délicates sans pour autant livrer un discours socialisant qui n'aurait peut-être pas eu sa place. Mais dans ses meilleurs moments, hélas trop courts, 8 fois debout aurait presque quelque chose des films de Kelly Reichardt (Old Joy et Wendy & Lucy), dans lesquels s'abandonner à la nature fait figure d'ultime solution contre la laideur impitoyable du quotidien.




Huit fois debout de Xabi Molia. 1h43. Sortie : 14/04/2010.

19 avr. 2010

NUITS D'IVRESSE PRINTANIÈRE

On comprend ce qui a pu pousser le jury d'Isabelle Huppert à décerner, lors du dernier festival de Cannes, le prix du scénario au film de Lou Ye. Nuits d'ivresse printanière se distingue en effet par sa troublante façon de superposer les triangles amoureux et d'aller au-delà du simple clivage hétéro/gay. Tout part en effet d'une femme engageant un détective privé pour surveiller son mari, qui vit en fait une passion avec un autre homme. S'opère ensuite un lent glissement qui permet au film de se focaliser sur l'amant, le détective et la petite amie de ce dernier. Lou Ye sème le trouble chez les personnages et le spectateur dans sa façon de dépeindre les personnages, de les faire s'entrecroiser avant même qu'on ait réellement pu les identifier, et nous embarque au final dans un film aussi épuré que complexe.
Le problème est que cette ambition narrative s'accompagne d'un mal bien chinois, à savoir une extrême froideur dans la description des ces passions enchevêtrées et douloureuses. Culture locale ou talent insuffisant ? Toujours est-il que le film déroule un dispositif trop rigoureux qui ne cesse de mettre de la distance avec et entre les personnages. Quand la frénésie amoureuse n'est que théorique, l'ennui prend le pas sur la passion et c'est extrêmement dommage. D'autant que Lou Ye enveloppe son film dans une atmosphère poétique extrêmement artificielle, avec l'ajout régulier de poèmes en idéogrammes venant s'ajouter à l'image. Autant de corps brûlants pour un résultat si pompeusement littéraire...
La mise en scène, peu conventionnelle mais assez inintéressante, n'arrange guère les affaires du cinéaste chinois. Il travaille en caméra portée, tourne autour de ses personnages, semble vivre avec eux, mais les mouvements de caméra apparaissent bien vite comme superficiels pour ne pas dire lourdingues. On en est réduit à débrancher son petit coeur de spectateur pour ne plus envisager les deux heures de Nuits d'ivresse printanière que comme une vision intellectualisante de l'amour passion, bien loin du tourbillon promis par le titre - qui en fait est celui de l'ouvrage poétique cité à maintes reprises dans le film. Après Memory of love en 2008, on ne peut pas dire que les films sélectionnés à Cannes depuis 2 ans soient les plus représentatifs de la vraie valeur du cinéma chinois...




Nuits d'ivresse printanière de Lou Ye. 1h55. Sortie : 14/04/2010.
Critique publiée sur Écran Large.

18 avr. 2010

DOMAINE

Au bord de la Garonne, une bande de cerveaux alcoolisés parle de mathématiques et d'autres disciplines de cet acabit. Parmi eux, Nadia, la quarantaine, qui traine derrière elle un jeune homme, Pierre, qui semble étrangement attiré par elle. Un mois plus tard, ils iront se promener et parler de trucs. Une semaine encore après, ils emprunteront le même trajet et parleront encore de trucs. Les fois d'après, ils iront dans des bars pour parler de trucs. Voilà en quelque sorte le résumé de ce Domaine loin d'être passionnant, qu'il fallait être masochiste ou matheux pour se risquer à voir. Le premier film de Patric Chiha fait partie de ces oeuvres imperméables et hermétiques qui ne cessent de s'enfoncer dans un carcan auteuriste avec des méthodes proches de l'extrémisme cinématographique.
Si l'on excepte une poignée de phrases pleines de bon sens sur les mathématiques et leur (in)utilité, Domaine se traîne au fil d'un discours parfois abscons, souvent vide de sens, traitant de façon ennuyeusement uniforme la relation posiblement trouble qui unit Nadia et Pierre. Une information cruciale lâchée au bout d'une demi-heure permettra de réévaluer la teneur de ces étranges rapports dans lesquels la chair n'a apparemment pas sa place. Ni histoire de cul ni rapport sado-maso, le film fuit bon nombre de passages obligés mais se révèle rapidement désertique, froid comme la mort et absolument soporifique.
Tout n'est en fait qu'une histoire de domination intellectuelle et d'alcoolisme plus que latent, ce dernier étant amené avec relativement peu de finesse par un réalisateur dont on comprend assez rapidement pourquoi il préfère les silences aux longues phrases : qui se tait a moins de chances de passer pour un débile profond. Il n'y a qu'à voir comment Chiha s'y prend pour désamorcer le possible lien sexuel qui pourrait unir Nadia et Pierre, en offrant à ce dernier une amorce de relation gay franchement too much. Mené par une Béatrice Dalle absolument molle et un Isaïe Sultan pire que tout, Domaine est un film raté, pompeux, chiant dans ses grandes lignes mais ponctué çà et là de minuscules éclairs de génie qui donneraient presque envie de donner au réalisateur une deuxième chance.




Domaine de Patric Chiha. 1h40. Sortie : 14/04/2010.
Critique publiée sur Écran Large.

Blogs cinéma, le best of | S03E32


Il fait beau, mais on s'en fiche : tout le monde au ciné, que diable. Ou lisez au moins notre best of.

Cineblogywood : Avatar se prend une bâche à Paris
Cinefeed: toutes les bandes annonces en un clin d'oeil
Filmgeek - La Grande Question : Qui pour rassembler les Vengeurs ?
Rob Gordon a toujours raison : Adèle Blanc-Sec, critique consternée

17 avr. 2010

GARDIENS DE L'ORDRE

Nicolas Boukhrief se traine et se trainera longtemps un fardeau absolument terrible : il est le réalisateur du Convoyeur, qui semblait marquer la résurrection, véritable et stupéfiante, du polar français. Étant visiblement incapable de reproduire ce petit miracle et souhaitant de toute façon explorer d'autres facettes au polar au lieu de tenter artificiellement de donner des petits frères à ce film, voilà le metteur en scène dans une situation bien gênante : tout au long de sa carrière, on ne cessera de dire de ses films, aussi intéressants soient-ils, qu'ils sont moins bons que Le convoyeur. Ce qui était vrai pour Cortex l'est à nouveau pour ce Gardiens de l'ordre pas déshonorant mais très vite oubliable.
Il y a toujours chez Boukhrief un véritable travail de mise en scène et une application incontestable dans la mise en place d'une ambiance toujours différente. Opérant ici dans la durée, il ne multiplie pas les plans séquences mais choisit néanmoins de prolonger ses scènes et ses plans afin de rendre plus palpable la confusion et la désorientation des deux personnages principaux. Cela colle bien avec ce scénario peu crédible et pas passionnant, mais dont la meilleure idée est de débarrasser assez rapidement les héros de leur costume de flics. Se faisant passer pour un couple de dealers sans même en informer des supérieurs hostiles, les voilà bientôt dans des rôles nouveaux pour eux, qu'ils sont contraints d'endosser quasiment 24 heures sur 24, les plongeant dans l'inconnue de façon extrêmement inquiétante. L'image est sombre, parfois charbonneuse, comme si le jour ne se levait plus jamais et que le monde de la nuit s'était définitivement imposé.
Il faut se détacher de l'intrigue pour apprécier un tant soit peu le film, tant le fil narratif semble élimé. On ne croit jamais vraiment à cette histoire de couverture, d'autant que Fred Testot semble particulièrement mal à l'aise dans un rôle encore trop sérieux pour lui. Ce contre-emploi peu judicieux nuit réellement à la crédibilité de Gardiens de l'ordre car il semble évident à chaque plan que ce type - l'acteur Testot comme le flic infiltré - est conscient de ne pas être à sa place. Toute la bonne volonté du monde ne suffit pas à sauver sa prestation, tandis que Cécile de France irradie une fois encore l'écran dans ce rôle de femme forte. En vampire mondain si shooté qu'il semble prêt à tout, Julien Boisselier est aussi flippant que possible, arrivant à jouer l'excès avec une mesure impressionnante. Tout ce petit monde n'arrivera jamais à nous intéresser à ces histoires de drogue phosphorescente, de trafic d'influence, de pognon et de manipulations. La conclusion, assez aberrante, n'aide pas Boukhrief à sortir grandi de ce projet semblant presque trop modeste pour un cinéaste de sa trempe. Pour résumer, Gardiens de l'ordre, c'est moins bien que Le convoyeur.




Gardiens de l'ordre de Nicolas Boukhrief. 1h45. Sortie : 07/04/2010.

16 avr. 2010

LES EXTRAORDINAIRES AVENTURES D'ADÈLE BLANC-SEC

C'est un fait, Luc Besson en a toujours pris plein la gueule, dès ses débuts ou presque - Le dernier combat avait plutôt plu en son temps. On lui reprochait d'être un éternel ado filmant avec emphase et naïveté des histoires au fort potentiel mais peinant souvent à dépasser la profondeur psychologique de n'importe quel roman de gare. Ce Besson-là avait prévenu qu'il s'arrêterait après dix films, et c'est en effet ce qu'il a fait. Car Angel-A, Arthur et Adèle ne sont pas l'oeuvre du même Luc Besson, c'est impossible : au mieux, ces films émanent d'une sorte de clone un peu foiré qui aurait l'humour potache et pas drôle de son modèle mais auquel manquerait le bagage technique et l'ambition de raconter de grandes histoires pour faire rêver le public. Le Luc Besson 2.0 est une sorte de faiseur à la fois rapide et mou, qui enchaîne les projets impersonnels en s'abandonnant totalement à une logique consumériste.
Les extraordinaires aventures d'Adèle Blanc-Sec - quel titre étouffe-chrétien - compile apparemment quatre ou cinq des albums consacrés par Tardi à cette journaliste feuilletoniste qui, si on en croit notre cervelle, brillait dans la version papier par son côté sombre et ses idées noires. Ce qui contrastait idéalement avec le dessin plutôt doux - mais pas confortable - de l'artiste. Ici incarnée par une Louise Bourgoin sans intérêt - non, ce n'est pas un pléonasme, bande de médisants -, Adèle est devenue une sorte de Tintin à peine moins premier degré, à la personnalité tellement interchangeable qu'elle aurait pu s'appeler Bécassine, Spirou-girl ou autre sans que cela puisse choquer qui que ce soit. Et la voici au coeur d'une aventure dont on peine à saisir les enjeux, mêlant une momie, un ptérodactyle, un méchant qu'on ne voit jamais - comme dans La revanche de Maltazard, tiens - et des sidekicks absolument improbables. Tous semblent s'amuser comme des petits fous, d'un Mathieu Amalric pathétique en sosie de John Hurt à un Gilles Lellouche qui nous la joue Eddie Murphy dans Le professeur Foldingue. Car oui, c'est à ce niveau de comparaison que se situe le film, dont l'humour absolument pourrave semble être le seul et unique cheval de bataille.
Voulant à tout prix faire venir du monde dans les salles et s'assurer la possibilité de tourner un Adèle 2 - c'est hélas bien parti -, Besson livre un film ressemblant régulièrement à une tentative par Jean-Paul Belphégor Salomé de se prendre pour Jean-Pierre Jeunet, avec sa petite vois off douillette, ses hasards et coïncidences, son côté rétro trop appuyé et son héroïne qui voudrait rivaliser avec les deux personnages incarnés par Audrey Tautou chez JPJ. Résultat : aucun style, et l'impression d'assister au spectacle le plus vide qu'il ait été donné de voir depuis des années. Le film se débat comme un poisson hors de l'eau entre des effets visuels souvent miteux, des décors naphtalinés jusqu'à vous donner la nausée et des gags poussifs à base de déjections et de faux bons mots, comme si un monteur pervers avait mis bout à bout toutes les vannes écrites par Besson pour le demi-milliard de productions EuropaCorp sorties ces quinze dernières années. Adèle Blanc-Sec est une hérésie absolue pour les fans de Jacques Tardi, mais c'est avant tout une souffrance, une vraie, qui devrait réunir la grande majorité du public par la consternation qu'elle devrait provoquer.




Les extraordinaires aventures d'Adèle Blanc-Sec de Luc Besson. 1h47. Sortie : 14/04/2010.

Le questionnaire de Rob | #16 | Audrey

Réalisateurs, critiques, producteurs, blogueurs, simples cinéphiles... Il manquait au questionnaire de Rob une attachée de presse, et pas n'importe laquelle : venue tout droit de chez Makna Presse, Audrey Grimaud a gentiment accepté de répondre à mes questions tordues...


En chair et en os, le nouveau Mr. T, Cafe Atlantico, François Bégaudeau.



01. Le film que vous possédez mais que vous n'avez jamais vu ?
Y’en a beaucoup, mais ma plus grosse honte c’est Play Time de Tati. Promis, je le regarde ce soir !

02. L'album qui ferait une excellente bande originale ?
Cafe Atlantico, Cesaria Evora.

03. Le biopic que vous ne voulez surtout pas voir ?
« Sarko, ma vie, mon œuvre, mes amours » réalisé par Besson avec en premier rôle Christian Clavier.

04. La scène la moins érotique de l'histoire du cinéma ?
La séquence d’ouverture de Debbie does Dallas (les chearleaders sans culottes).

05. Le film que tout le monde a vu sauf vous ?
Star Wars. Pas vu un seul épisode.

06. Le film que tout le monde a détesté sauf vous ?
En Chair et en Os (Almodovar). [NDR : mon Almodovar préféré !]

07. La personnalité qui devrait faire du cinéma ?
Là je sèche. Je préfère éviter les contre-emplois. Ceux qui doivent faire du cinéma sont déjà dans le cinéma, les autres sont bien meilleurs dans leur domaines respectifs.

08. Le film de 2025 que vous attendez le plus ?
Le film de Xavier Leprince et celui de Gautier Dulion qui obtiendront la palme d’or (ex-æquo) à Cannes et grâce auxquels je n’aurais plus de souci à me faire pour ma carrière ! (Les gars, au boulot !).

09. Le film des mois à venir qui va vous décevoir ?
L’Agence Tous Risques.
J’étais amoureuse de Mr. T étant gamine et Quinton Jackson ne pourra JAMAIS être Barracuda !

10. Le cinéaste avec qui vous aimeriez boire des coups ?
Clint Eastwood (classique !).

11. L'objet auquel vous aimeriez consacrer un film ?
Ma twingo toute cabossée ! Bizarre qu’aucun cinéaste n’ait jamais remarqué son potentiel !

12. La réplique que vous aimeriez connaître par coeur ?
Beaucoup de dialogues d’Audiard, je suis fan ;)
Pour la plus connue : « Les cons ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît. » (Les tontons flingueurs)

13. L'acteur/actrice en qui vous vous reconnaissez ?
J’aurais aimé ressembler à Audrey Hepburn (comme toutes les filles). J’ai déjà le prénom, c’est pas si mal.

14. Le festival que vous aimeriez créer ?
Le festival des films jamais terminés.

15. La chose qu'on ne devrait plus jamais voir au cinéma ?
Virginie Ledoyen, Marion Cotillard, toutes les actrices qui n’en sont pas… et y en a !

16. La place idéale dans la salle de cinéma ?
Au fond à droite, idéalement troisième rang en partant du fond, troisième place en partant du bout ! Névrosée moi ?

17. Le nom d'acteur/réalisateur que vous n'arrivez pas à retenir ?
Bah, tu sais celui qui a fait le film là ! sur le truc avec bidule… mais si tu vois !

18. Le métier de cinéma auquel vous ne comprenez rien ?
Attaché de presse.

19. Le conseil à donner à un ado qui veut faire du cinéma ?
Bon courage ! Appelle moi si tu réussi !

20. La question que vous aimeriez ajouter à ce questionnaire ?
"Quel est le film-somnifère par excellence ? "

28. Combien de balles sont tirées dans le braquage de banque de Heat ? (question ajoutée par Benjamin)
À vue de nez, 500…

31. Le premier film que vous vous souvenez avoir vu en salles ? (question ajoutée par Aurélien)
Aladdin (Disney), au Méliès de Montreuil !

34.
Le film qui t'a mis le plus en colère ? (question ajoutée par Mlle Gordon)
Entre les murs, de Laurent Cantet. Ce film me met hors de moi !


15 avr. 2010

BREATHLESS

C'est l'histoire de deux jeunes coréens dévastés par la vie, que leur rencontre va peut-être sauver. L'un travaille dans le recouvrement de dettes avec violence et fracas, la deuxième est une lycéenne subissant un climat familial plus que pesant et ne supportant pas de se faire cracher dessus en pleine rue - ce qui se comprend. Leur plus ou moins tandem est au coeur de Breathless, couronné à Deauville Asie en 2009, et qui sort enfin sur nos écrans. Enfin ? C'est peut-être un peu fort. Car le film d'Ik-june Wang est franchement loin d'être recommandable tant il propose une vision schématique arriérée de la société sud-coréenne.
Comme bon nombre de films faits pour choquer, Breathless poussera toujours plus loin dans la violence, que celle-ci soit physique ou morale. Tandis que Sang-hoon tabasse son père alcoolique, lequel vient de sortir de prison pour le meurtre de sa femme et de sa fille, Yeon-hee subit notamment les assauts d'un frère persuadé d'avoir le droit de la molester. Ce sera ainsi pendant deux heures dix, dans une sorte de mélodrame poisseux et racoleur qui rappelle, dans un genre pas si éloigné, le récent Precious.
Interprété par le réalisateur, le héros est si antipathique et grossier que cela ne peut évidemment qu'être volontaire. Le problème, c'est que tout cela semble n'être qu'une attitude un peu à la mode, et que la simili rédemption qui s'ensuit ne fait qu'enfoncer le clou du côté artificiel du personnage et de l'intrigue en général. Mal filmé caméra à l'épaule, Breathless tente apparemment de montrer comment la population de Corée du Sud est contrainte de verser dans l'agressivité et la négation du passé pour tenter d'avancer, ou en tout cas de survivre. Les intentions sont certes très lisibles, mais le résultat n'y est pas, et le film de ressembler à un long chemin de croix simplement désagréable.






Breathless (Ddongpari) de Ik-june Wang. 2h10. Sortie : 14/04/2010.

14 avr. 2010

TÉHÉRAN

« Un polar à l'iranienne c'est une petite révolution ! » nous dit l'affiche de Téhéran d'une façon complètement enthousiaste. Il est vrai qu'on a très rarement vu le film de genre opérer une réelle incursion au Moyen-Orient, et que sans parler de révolution on serait ravi de voir les cinéastes du cru s'ouvrir à tous les types de cinéma malgré un manque évident de moyens et de liberté. Mais il n'est de toute façon pas question de cela dans le film de Nader T. Homayoun, qui n'utilise que très vaguement un argument de polar pour l'amener nulle part et ne s'en servir que comme moyen de rameuter les foules et de racoler un public trop souvent effrayé par la provenance de certains films. Pendant une heure et demie, Téhéran brode autour de l'histoire potentiellement intéressante d'un mendiant professionnel qui loue un bébé pour être plus pitoyable donc plus rentable, mais finit par paumer le mioche après être tombé dans le piège d'une professionnelle d'un autre type. L'argument aurait pu être prétexte à une errance dans la capitale iranienne, à de belles rencontres fortuites ou à une vraie immersion dans la ville ; malheureusement il n'en est rien.
Homayoun semble ne pas très bien savoir pourquoi il réalise un film, tout comme ses personnages n'ont pas l'air de comprendre pourquoi ils sont là. Téhéran sent d'abord le manque de conviction, qu'elle soit artistique ou sociale, et il est rapidement difficile de se passionner pour ce récit mal mis en scène et terriblement mal joué. Il y a dans le film l'un des pires acteurs de l'histoire de l'humanité, ce qui n'a rien à voir avec son physique ingrat de Spike Lee sauce Rowan Atkinson : le type a un regard de poisson mort, lève les yeux au ciel pour montrer qu'il n'est pas content, plisse le visage pour se donner l'air mystérieux... Chez Ed Wood, une telle interprétation aurait sans doute frôlé le génie ; ici, c'est tout de même beaucoup plus gênant et c'est l'un des éléments qui empêchent le film de s'ancrer dans un réalisme qu'il poursuit de part en part sans jamais parvenir à le rattraper.
Le polar ne va nulle part, la déambulation misérabiliste de nos trois "héros" non plus, et l'on en vient à se demander comment un réalisateur peut avoir l'orgueil de donner à son film le nom d'une ville pleine de ressources, de questionnements, de conflits internes, et ne pas montrer cela à l'écran pendant la moindre seconde. C'est comme si Homayoun filmait indifféremment Téhéran ou Bormes les Mimosas, comme s'il n'avait aucun vécu dans cette ville, comme s'il ne la voyait que comme un vague décor ni plus ni moins intéressant qu'un autre. Qu'un réalisateur se moque à ce point de son sujet conduit le spectateur à se moquer complètement de ses protagonistes, de leur destinée, et de l'avenir de cette ville dont on ne verra pour ainsi dire rien à l'écran. Téhéran voudrait passer pour un polar ou un film d'auteur, mais ne fait que prendre des poses maladroites afin de tenter de se faire passer pour ce qu'il n'est pas. Le cinéma iranien vaut franchement bien mieux que cela.




Téhéran (Tehroun) de Nader T. Homayoun. 1h35. Sortie : 14/04/2010.
Critique publiée sur Écran Large.
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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