31 mars 2010

LES MURMURES DU VENT

À ceux que le cinéma kurde effraie : voyez donc Les murmures du vent, grand petit film d'une durée raisonnable, qui pourrait bien vous faire réviser votre jugement. Le film de Shahram Alidi constitue en effet un solide antidote à toutes les idées reçues sur le prétendu misérabilisme d'un cinéma au financement forcément restreint. La première grande surprise se situe dans ce scope absolument prodigieux, le cinéaste faisant de chaque plan ou presque un véritable tableau d'où émergent quelques images inoubliables. À commencer par l'image qui orne le bas de l'affiche du film, qui montre un vieil aveugle attaché à un arbre plus épais que lui, sur les branches duquel sont attachés un certain nombre de transistors, symboles d'information et d'instruction fortement réprimés par les autorités locales. Tout le film est à cette image : poétique et inquiétant, singulier et édifiant.
Cette oeuvre-là aurait pu n'être que théorique, suivant un vieux postier qui sillonne les villages du Kurdistan irakien afin d'y remettre des lettres sonores, nouvelles enregistrées sur de vieilles cassettes audio. Une chanson, un message ou un cri d'enfant semblent en effet porter davantage d'espoir que bien des missives écrites avec application et sueur. On voit d'ici les sourires narquois des réfractaires : encore une oeuvre ennuyeuse et sans rythme sur les interminables atermoiements d'un vieillard sans réelle quête... Or Les murmures du vent va exactement à l'opposé de ces préjugés, les concassant allègrement pour offrir un spectacle parfois réjouissant, toujours admirable, par la composition des plans comme par ce qu'il a à dire et à raconter. La route du vieux Mam Baldar est semée d'embûches et de belles rencontres, pour aboutir sur un constat assez terrible, traité avec humanisme mais pas sans lyrisme : il est en effet question du génocide kurde, qu'Alidi choisit d'aborder de façon frontale.
La destinée du Kurdistan semble être à l'image de celle de ce pauvre aveugle rivé à son arbre : sans repère, guidé uniquement par les nouvelles de l'extérieur, c'est un territoire qui a longtemps tenté de résister mais se retrouve contraint à l'immobilisme, privé de ses droits les plus stricts par une majorité qui crée l'oppression. Sans en rajouter dans la thèse politique, le film montre en filigrane à quel point l'information représente l'ennemi absolu pour qui tente d'étouffer un peuple ou une nation. Coupez toute communication et vous obtiendrez une simple bande d'êtres humains isolés, marginalisés, donc friables à l'envi. Partant doucement pour offrir un crescendo de plus en plus rentre-dedans, Les murmures du vent parvient à décrire avec poésie un drame politique et humain dont la noirceur tranche régulièrement avec l'intensité du cadre. Il serait dommage de s'en priver.




Les murmures du vent (Sirta La Gal Ba) de Shahram Alidi. 1h17. Sortie : 31/03/2010.
Critique publiée sur Écran Large.

30 mars 2010

LA RÉVÉLATION

Auteur du très très grand Requiem, Hans-Christian Schmid était attendu de pied ferme avec cette histoire tournant autour d'un procès pour crimes contre l'humanité. Le lien avec son film précédent est très vite établi : La révélation est une nouvelle foius le récit d'un exorcisme, celui de cette femme serbe concernée de très près par les agissements perpétrés par ce général qui évoque bien évidemment plus d'un célèbre criminel politique. Ancré dans un désir absolu de réalisme, le film est pourtant moins destiné à souligner de façon édifiante les heures sombres de l'ex-Yougoslavie qu'à montrer comment le positionnement d'une citoyenne ordinaire, a priori ni plus brisée ni moins abattue que les autres, peut infléchir sur la trajectoire d'une nation entière et la destinée de toute une génération. Ce lourd poids, Mira Hajdarevic le porte sur ses épaules, et Schmid montre de façon assez admirable la difficulté d'endosser une telle responsabilité.
La révélation débute de façon saisissante, comme si Schmid et son co-scénariste avaient choisi d'adapter fidèlement les minutes du procès. L'une des séquences les plus marquantes du film est sans doute celle où le procureur joué par Kerry Fox est contraint de se rendre en Serbie avec son témoin et la partie adverse afin de vérifier dans les faits si le témoignage est fiable ou non. Ou comment une simple histoire de gabarit de bus peut remettre en question tout un procès, donc des années de travail, donc l'avenir d'un pays et la crédibilité de la justice. Il est cependant regrettable que le nombre de scènes de cette envergure diminue régulièrement avant de se réduire à peau de chagrin et de rendre le film moins passionnant que précédemment car encombré par davantage de conventions. Les dialogues auraient notamment gagné à être plus affinés, le spectateur un peu rompu au genre devenant rapidement capable de terminer lui-même une réplique sur deux. C'est sur ce point que Schmid déçoit, par un échec relatif dans son entreprise de remodernisation du film judiciaire. Le portrait de femmes est touchant, mais un tel sujet aurait dû accoucher d'un constat plus fort, presque épidermique, sur la dégueulasserie de certains rapports de force.
La mise en scène est à cette image, parfois impressionnante mais souvent timorée. Hans Christian Schmid a en fait repris à son compte les tics visuels de bon nombre de réalisateurs de films politiques ; or La révélation avait les moyens de se distinguer du lot à condition de ne pas ressembler à un énième dérivé de State of play. Ce qu'il finit malheureusement par être. Heureusement, les deux actrices principales font preuve d'une sobriété réellement bouleversantes, parvenant à placer leurs personnages sur la corde raide, entre confiance absolue et pudeur forcée. Révélée par Cristian Mungiu, Anamaria Marinca est particulièrement brillante dans le rôle de cette femme brisée par le chemin funeste pris par son pays et surtout par une destinée personnelle qui la rend d'autant plus fragile. Elle est l'atout numéro 1 d'un film qui donne envie de continuer à suivre le cinéaste allemand mais qui ne restera pas aussi mémorable que Requiem dans sa façon de revisiter un genre.




La révélation (Sturm) de Hans-Christian Schmid. 1h50. Sortie : 17/03/2010.

29 mars 2010

ALICE AU PAYS DES MERVEILLES

Le festival de Cannes 2010 semble déjà bien faisandé : son président sera Tim Burton, cinéaste acclamé du siècle dernier, devenu tout mièvre et tout gluant après le bug de l'an 2000. Le sursaut Sweeney Todd n'était apparemment qu'un accident industriel : le créateur d'Edward, l'amoureux des martiens vintage, le psychanalyste de l'homme chauve-souris et quelques autres pleurent à chaudes larmes la disparition de l'artiste illuminé et torturé qui fit les beaux jours du cinéma américain. Un quart de siècle après son départ de chez Disney, Burton a signé avec la firme un contrat pour deux films, et le gigantesque succès de ce film-ci ne devrait pas lui donner envie d'en rester là.
Alice au pays des merveilles
offre une vision désincarnée et industrialisée de l'univers créé par Lewis Carroll au dix-neuvième siècle. Esthétiquement, c'est un déferlement d'effets numériques sans épaisseur qui aligne les tableaux et les personnages avec une régularité dépassionnée, comme s'il s'agissait de proposer à intervalles réguliers de nouvelles idées de décors pour Alice, le jeu vidéo sur Wii - où il faut boire des fioles le plus vite possible pour accéder au monde suivant - et de jouets pour les prochains Happy Meal de chez McDo. On devrait trembler devant cette horde de cartes à jouer, mépriser à mort la vilaine Dame de Coeur, être perturbé par la présence du chapelier fou. Mais rien n'y fait, et ce dernier en est la preuve écrasante : porté par un Johnny Depp s'enfermant de plus en plus dans une hystérie calculée, comme s'il s'agissait de devenir culte et pas d'incarner un personnage, c'est une sorte de grand pantin sans personnalité, dont on ne gardera en mémoire que les étranges lentilles de contact.
L'image grisâtre, à peine rehaussée par une 3D acceptable mais dispensable, fait penser - et c'est terrible - à ces bidules d'heroic-fantasy menés par Le monde de Narnia, dont l'ambition première et assumée est de récolter du pognon. Qu'un type de la trempe de Burton soit devenu un simple rouage de planche à billets ne peut que faire mal au coeur. Dans Narnia, d'ailleurs, il y a le fameux Prince Caspian, tellement dépourvu de charisme que ça ne peut qu'être volontaire. Il a son équivalent dans Alice en la personne de Mia Wasikowska, jeune nana fadasse au regard mort et à la bouche pincée. À se demander si cette absence de personnalité, chez l'actrice comme dans l'ensemble du film, ne faisait pas partie du cahier des charges imposé par Disney. Qu'on soit ou pas un aficionado du réalisateur, on peine tout de même à imaginer qu'il ait à ce point perdu toute ambition cinématographique.
Même en le considérant comme un simple film pour enfants, bien loin de la résonance psychanalytique et hallucinogène de l'oeuvre de Carroll, Alice au pays des merveilles peine à tenir debout, caractérisé par une absence de rythme qui le rend rapidement soporifique. Les tableaux s'enchaînent mollement, sans audace, dans une juxtaposition linéaire qui ne rend absolument pas grâce à ce monde nonsensique, ou la mot "logique" est une insulte et où l'inattendu prime sur le calcul. On se situe ici dans une logique de consommation, puisqu'il s'agit avant tout de bouffer de la pelloche, de justifier le prix du ticket, et de se moquer éperdument du ressenti du spectateur. Cette logique mercantile va même jusqu'à s'inscrire dans l'affligeante conclusion du film, coup de grâce ultime et exaspérant : libérée de ses soucis, Alice décide de partir en Chine pour y tirer profit de ressources financières encore inexploitées... Où est le rêve là-dedans ? Le merveilleux ? Le cinéma ? Nulle part. Absolument nulle part. Consternant.




Alice au pays des merveilles (Alice in Wonderland) de Tim Burton. 24/03/2010. Sortie : 1h49.

28 mars 2010

Blogs cinéma, le best of | S03E29


Saleté de changement d'heure, une heure de vie perdue... Perdez-en une autre à lire les articles de notre best of.

Cineblogywood : Le fin des fins, la compile
Cinefeed: Jeu concours My Own Love Song
Filmgeek : Le joli succès de L’Arnacoeur
Rob Gordon a toujours raison : Arropiero, le vagabond de la mort

SOUL KITCHEN

Versant habituellement dans le drame pour ne pas dire dans le poisseux, l'Allemand Fatih Akin choisissait avec Soul Kitchen d'opérer un virage à 180 degrés ou presque, par l'entremise d'un scénario léger et d'une galerie de personnages excentriques et bigarrés. Il sera bien difficile pour ses détracteurs de lui reprocher une quelconque putasserie tant le film s'attache à n'être qu'une fantaisie sans conséquence, un défouloir pour les zygomatiques, une ode à l'épicurisme. C'est justement là que se situe la réelle réussite d'Akin : s'il semble sincèrement persuadé de livrer une parenthèse fonctionnant sur du plaisir immédiat, il atteint au final une vraie profondeur dans la succession de portraits effectués, touchant du bout des doigts une certaine grâce à laquelle peu de comédies peuvent prétendre.
En cela, Soul Kitchen aurait presque des airs de Trainspotting, le lourd poids de la came en moins. Adam Bousdoukos - Zinos, le héros du film - ressemble plus à Eric Bana qu'à Ewan McGregor mais aurait quand même pu faire un grand Renton dans le film de Danny Boyle, les deux personnages partageant cette fausse insouciance dissimulant mal une vraie gêne devant la tournure moyennement enviable qu'ont pris leurs existences. Un quotidien d'autant plus lourd à porter qu'il leur faut traîner une armée de sacrées personnalités derrière eux, évidemment sympathiques et assez utiles, mais tout de même un peu accaparantes. Il y a le frère, branquignol pique-assiettes joué avec délectation par un Moritz Bleibtreu qui exploite de mieux en mieux son physique de monolithe. Il y a le cuisinier au fort tempérament, auquel Birol Ünel prête sa noirceur et ses excès. Il y a tous ces personnages féminins, qui de prime abord semblent plus en retrait mais s'affirment progressivement pour bientôt prendre le contrôle sans prévenir. Les héros ont beau être des trentenaires, Fatih Akin s'amuse à les dépeindre comme d'éternels ados pour qui seules la bouffe, la musique et la baise comptent. On ne peut pas vraiment leur donner tort.
Dépourvu de vrai fil narratif - on se moque des déboires amoureux de Zinos, et on ne s'en fait pas trop pour la destinée de son restaurant -, Soul Kitchen est avant tout une oeuvre belle, drôle et rythmée sur les quelques choix cruciaux qui font qu'on peut se construire une vie rêvée ou un quotidien pourri. Même une nourriture un peu plus aphrodisiaque que la moyenne peut avoir, l'air de rien, des conséquences sur la bonne fortune du héros - stupéfiante scène d'orgie alimentaire et sexuelle, où baiser une créancière en la photographiant avec son portable est une image complètement acceptable. Libre dans ses excès, criant avec simplicité son amour de la vie, du rock et des bouffes chaleureuses, Akin s'autorise tout, se trompe peu - la scène du cimetière est ratée - et livre une oeuvre à l'image de la vie qu'on devrait tous avoir : immature mais pas idiote, décontractée mais pas nonchalante, et surtout tournée en intégralité vers la quête du plaisir. Un cadeau pareil ne se refuse pas.




Soul Kitchen de Fatih Akin. 1h39. Sortie : 17/03/2010.

27 mars 2010

How I Met Your Blogger #2 | 16 avril 2010


Le 22 janvier dernier, une horde de blogueurs cinéma envahissaient une cave humide et mal fichue quelque part dans Paris afin d'y lier connaissance et surtout de boire des bières. Trois mois plus tard, soit le vendredi 16 avril, How I Met Your Blogger revient pour sa deuxième édition, à laquelle j'assisterai - contrairement à la première, où je devais me rendre et puis en fait non.

Sous l'égide de Galathys, I’ll Be Blog, Brice Duan, MyScreens, GeekCulture (feat Benett) et moi-même - qui, avouons-le, n'ai absolument rien foutu dans l'organisation de la chose -, cette soirée propose un concept ultra-innovant, fruit d'un long et douloureux brainstorming à base de Flammekuechen : il s'agira de boire des verres et de parler avec des gens, tout en gardant à l'esprit qu'ils seront tous (sauf quelques prestigieuses exceptions) des blogueurs ciné.
Je serais ravi d'y rencontrer les quelques blogueurs que je n'ai toujours pas eu l'occasion de croiser, et je compte bien décevoir tous ceux qui croient encore que je m'appelle vraiment Rob Gordon et que j'ai la tête de John Cusack.

Nous vous attendons donc le 16 avril prochain à L'Adresse, 42 rue Rochechouart (Paris 9è), à partir de 21 heures. La liste des invités est déjà longue mais loin d'être complète : si toi aussi tu es blogueur cinéma, depuis dix ans ou depuis trois semaines, si ton seul visiteur est toi-même ou si tu fais régulièrement péter tous les serveurs à cause de ton trafic démentiel, si tu es dans les cîmes du classement Wikio ou si tu ne sais même pas ce que c'est, tu es le bienvenu. Il suffit de s'inscrire par mail (Team@HIMYB.fr) ou de me faire un petit signe par Twitter afin d'être ajouté à la liste. La salle est suffisamment grande pour accueillir une centaine de personnes, ce serait dommage de ne pas en profiter.




Petit point sur les INFOS PRATIQUES, honteusement pompé chez Geek Culture :

Date et heure : 16/04/2010, à partir de 21h.
Lieu : L’Adresse, 42 rue Rochechouart, 75009 Paris
Les festivités se dérouleront au sous-sol. Escalier à prendre à droite en rentrant.

Métros les plus proches :
Poissonnière : ligne 7 - Remonter la Rue de Bellefond et tourner la 2e à droite ;
Cadet : ligne 7 - Remonter la Rue Rochechouart ;
Anvers : ligne 2 - Traverser le Square d’Anvers et descendre la Rue Turgot ;
Gare du Nord : lignes 4 et 5 - Descendre la Rue de Maubeuge jusqu’au 61, prendre la Rue Condorcet puis tourner la première à gauche.

Participants (liste mise à jour le 27/03) :

(erreurs ? imprécisions ? un mail et c'est réglé)

Alex - Geek Culture
François (Pan) - Geek Culture
Jean (Rom_J) - I’ll Be Blog
Fred - MyScreens
Mylène - Galathys
Rob (Gordon) - Toujours Raison
Brice - Brice Duan
Christophe - Benett
Mathieu (MgCinema) - There And Back Again
David (IMtheRookie) - Vodkaster
Timothée - Fenêtres Sur Cour
Cyroul - Cyroul.com
Bridget - Les Nouveaux Cinéphiles
Florian - FilmGeek / Cinefriends
Sandra - In The Mood For Cinema
Benoît - Laterna Magica
Garko - Garko.fr
Tiphaine
Emmanuelle
Zem - Les Cinéastes
Mélissa - Une dernière séance ?
Lucile (L.) - L. aime le cinéma
Jérôme - CineFeed / CineFriends
Michael
Morgane - LaFilleDuRock
Pras - VieDeGeek / BarGaming
Nico T.
Mauve - Violette Roll
Nivrae - Nivrae.fr
PE (CosmikFrog) - PearlTrees
Audrey (3Moopydelfy) -Bonbon Bisous
Benjamin - Playlist Society
Michel Marcel - Les Amis de l’Apéro
Malinois - Le Blog de Mr. Malinois
Boustoune - Angles de Vue
Ludovic - Awesome and Awesome
Al Amine - AlloCiné
Joukoulou - Brain Damage
Alex Loos - Clone Web
Mado - Showtime Folks
Stephon - Showtime Folks
Camille - Cinema Is Not Dead
Leafar - ulike
Valérie - Shunrize
Alexis A.
Romain P.
Delphine - E-toile
John Plissken - John Plissken Of Mars / Scuds TV
Julien - Blog du Noob
Phoenix - Geek Touch

LE GUERRIER SILENCIEUX - VALHALLA RISING

Nicolas Winding Refn. Quel beau nom, qui sent le Danemark, l'art brut et le gravier. On a beaucoup cru en ce cinéaste qui nous livra en son temps une audacieuse trilogie Pusher mais fut également responsable de l'abscons Inside job et de la baudruche Bronson. Le guerrier silencieux aurait pu constituer un nouveau rebond pour le réalisateur alors que ce n'est au final que la preuve édifiante de l'arnaque Winding Refn. Son dernier film se réclame de Tarkovski, Malick ou Herzog, souhaitant mêler déchaînement de violence et contemplation déchirante. Il faut environ 2 minutes pour réaliser que cette fois, même le bénéfice du doute ne suffira pas. L'exploit de NWR est de parvenir, en une heure et demie de film, à ne livrer absolument aucun plan admirable - alors que le décor s'y prêtait - et à ne rendre palpable que l'incommensurable ennui qui ne manque pas d'envahir le pauvre spectateur, écrasé par le mépris d'un type qui se prend tellement pour un ââârtiste que chacune de ses oeuvres sombre dans la pose.
Lourdement chapitré, Valhalla rising montre un type vachement baraqué, complètement muet mais à moitié aveugle - oui, borgne - qui se bat contre ses geôliers avec rudesse et sans pitié. Une violence froide, éprouvante, déshumanisée... sur le papier. Car à l'écran, seules les intentions sont visibles. Le film ressemble - avec certes un meilleur rendu visuel - à ce qu'auraient pu faire une bande d'étudiants désoeuvrés lors d'un week-end passé en forêt avec des futs de bière, un barbecue, du ketchup et une caméra, enchaînant les scènes d'action faussement impressionnantes et les enrobant d'un voile mystique complètement factice mais pouvant éventuellement faire tomber comme des mouches quelques gonzesses impressionnables. Entre deux séances d'écrasement facial ou de dépeçage express, Winding Refn tente également de nous montrer qu'il est un auteur. D'où ce chapitrage empesé et ces réflexions vides de sens sur la vie, le mort, la croyance, où allons-nous et dans quel état j'erre.
Le guerrier silencieux est un film embrumé, que ses instigateurs auraient aimé faire passer pour un trip démoniaque, halluciné et hallucinogène, quelque part entre les rites chamaniques et Antonioni, ou entre Predator et Timothy Leary. Ce n'est au final qu'un interminable bad trip dans lequel les hommes mettent des plombes à prononcer des répliques sentencieuses et/ou complètement toc, avant de s'enfermer de nouveau dans un silence qui devrait être édifiant. Mais le silence après du Winding Refn est encore du Winding Refn, et sent donc la prétention, la putasserie, l'usurpation, le racolage. Mais sans doute pas le cinéma. Et quand ce monolithe mal incarné par un Mads Mikkelsen même pas magnétique daigne enfin poser le genou à terre et nous laisser retourner à l'air libre, c'est une véritable délivrance. Quelle épreuve, mes aïeux. Quelle épreuve.




Le guerrier silencieux - Valhalla rising de Nicolas Winding Refn. 1h30. Sortie : 10/03/2010.

26 mars 2010

ARROPIERO, LE VAGABOND DE LA MORT

Avec sa petite moustache et son regard sombre, Manuel Delgado Villegas ressemble à un citoyen lambda. Sauf que celui qu'on surnomma Arropiero - en référence au nom des sucreries fabriquées par son père - n'est autre que le tueur en série le plus meurtrier d'Europe, et sans doute l'un des plus effrayants du monde. Ce vagabond de la mort, qui a longtemps subsisté en vendant son sang, a confessé une cinquantaine de meurtres même s'il n'a finalement été reconnu coupable que de sept d'entre eux. De l'avis des spécialistes, Villegas pourrait même avoir été beaucoup plus prolifique que cela... Seulement voilà : cette bête sanguinaire et totalement marginale n'a jamais eu vraiment toute sa tête, bien loin de l'image légendaire du serial killer joueur, calculateur et manipulateur. Ce type-là est un animal, un vrai, tellement barré qu'il a passé sa vie à zigzaguer d'un asile à l'autre au lieu de croupir en prison. C'est donc fort logiquement que le réalisateur Carles Balagué, également auteur de fictions, s'est jeté sur ce personnage pouvant créer une sorte de fascination morbide. Interrogeant des spécialistes, fouillant dans les archives, il tente de reconstituer le portrait de de terrible tueur décédé en 1998.
Les fans de Christophe Hondelatte et de films policier ne pouvaient que se frotter les mains ; ils déchanteront rapidement devant ce qui n'est au final qu'un vague bout à bout d'entretiens sans énergie, menés face caméra et se réduisant souvent à une simple énumération de faits. En quatre-vingts minutes, Arropiero, le vagabond de la mort ne propose pas grand chose de plus qu'une sorte de gigantesque frise chronologique sur laquelle s'égrènent les crimes sordides à intervalles réguliers. Pas de mise en scène, aucun élan narratif : seule l'envie de racoler le spectateur semble réellement faire avancer Balagué, si bien que l'ennui prime rapidement sur la curiosité.
Il y avait pourtant tant de facettes fascinantes chez cet Arropiero de malheur. À commencer par ce patrimoine génétique si particulier et sans doute vecteur d'une agressivité débordante : il possède trois chromosomes sexuels, pour un détonant cocktail XYY, rarissime alliage qui a déjà donné naissance à plusieurs bêtes assoiffées de violence. On ne s'y arrête malheureusement que de façon très fugace, tout comme on passe en quelques minutes sur les hésitations critiques du système judiciaire espagnol, qui aurait pu éviter un certain nombre des meurtres perpétrés par l'individu mais l'a laissé filer à plusieurs reprises à cause d'erreurs administratives. En revanche, et c'est l'aspect le moins mal traité du film, Balagué s'attarde sur la pathétique fin de vie de son sujet, décédé à 55 ans après avoir subi les effets d'un vieillissement précoce et accéléré qui l'a transformé en loque humaine à un âge pourtant raisonnable. Peine perdue : ce grand personnage de cinéma s'est déjà échappé du film depuis bien longtemps, prouvant si besoin est que l'on ne s'improvise pas réalisateur de documentaires...




Arropiero, le vagabond de la mort (Arropiero, el Vagabundo de la Muerte) de Carles Balagué. 1h20. Sortie : 24/03/2010.
Critique publiée sur Écran Large.

Le questionnaire de Rob | #13 | Laurent

Laurent Pécha est un peu mon chef, alors je suis forcé d'en dire du bien. C'est le rédacteur en chef d'Écran Large, et en plus il est pote avec Rémi Bezançon et Louis Leterrier. C'est vous dire à quel point il est people. Bienvenue à Laurent Pécha, treizième guerrier du questionnaire de Rob.


Kathleen Turner, un vieux John Huston, Laure Manaudou, un vieux Laserdisc.



01. Le film que vous possédez mais que vous n'avez jamais vu ?
Ma grande spécialité qui date du temps des laserdiscs : acheter des films et ne pas les voir, et repartir en acheter d’autres que je ne verrai pas non plus. Alors dans la longue liste (facilement une centaine), je vais opter pour The red badge of courage d’un de mes cinéastes préférés (top 3) : John Huston. Ca dure 69 minutes et je n’ai donc vraiment aucune excuse…

02. L'album qui ferait une excellente bande originale ?
J’aimerais bien voir un jour un cinéaste faire avec Vivaldi et ses 4 Saisons ce que Kubrick a fait avec Beethoven.

03. Le biopic que vous ne voulez surtout pas voir ?
Laure Manaudou.

04. La scène la moins érotique de l'histoire du cinéma ?
Toutes les scènes où apparaît aujourd’hui Kathleen Turner. Ca me ruine directement tous les fabuleux souvenirs érotiques que j’ai d’elle dans La fièvre au corps.

05. Le film que tout le monde a vu sauf vous ?
Comme j’ai vu Avatar, je ne vois vraiment que High school musical 3.

06. Le film que tout le monde a détesté sauf vous ?
Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal.

07. La personnalité qui devrait faire du cinéma ?
Raymond Domenech dans un remake de À nous la victoire.

08. Le film de 2025 que vous attendez le plus ?
Un remake de Commando par mon fils.

09. Le film des mois à venir qui va vous décevoir ?
The Expendables… j’y crois trop.

10. Le cinéaste avec qui vous aimeriez boire des coups ?
Joe Dante, je pourrais l’écouter des années parler de cinéma.

11. L'objet auquel vous aimeriez consacrer un film ?
Un laserdisc : si beau et si obsolète.

12. La réplique que vous aimeriez connaître par coeur ?
Le monologue d’ouverture de Conan le barbare (Katia O, je t’envie) : « Between the time when the oceans drank Atlantis, and the rise of the sons of Aryas, there was an age undreamed of. And unto this, Conan, destined to wear the jeweled crown of Aquilonia upon a troubled brow. It is I, his chronicler, who alone can tell thee of his saga. Let me tell you of the days of high adventure ! »

13. L'acteur/actrice en qui vous vous reconnaissez ?
Depuis que Magimel m’a avoué m’avoir confondu avec François-Xavier Demaison… alors qu’avant j’étais plutôt du côté de Bogart.

14.. Le festival que vous aimeriez créer ?
Un ancien projet resté en l’état : Funny Films Forum où les comédies du monde entier se rencontreraient avec une machine à la William Castle pour savoir quel est le film le plus marrant du monde.

15. La chose qu'on ne devrait plus jamais voir au cinéma ?
Ben on va garder la même ligne de conduite que plus haut : Kathleen Turner (même si elle est géniale dans Californication). Et en deuxième : Mélanie Griffith.

16. La place idéale dans la salle de cinéma ?
Huitième rang au milieu à l’UGC Normandie.

17. Le nom d'acteur/réalisateur que vous n'arrivez pas à retenir ?
Il suffit de piocher dans le cinéma asiatique et je suis très vite perdu.

18. Le métier de cinéma auquel vous ne comprenez rien ?
Scénariste à EuropaCorp.

19. Le conseil à donner à un ado qui veut faire du cinéma ?
Réfléchir à « C’est quoi faire du cinéma »… car il y en a un paquet avant toi qui sont passés et je n’ai toujours pas compris depuis ce qu’ils faisaient dans la vie.

20. La question que vous aimeriez ajouter à ce questionnaire ?
"Tu es plus Spielberg ou Malick ? "

22. L'acteur connu dont tu oublies toujours qu'il a joué dans un de tes films préférés ? (question ajoutée par Raphaël)
Donna Reed dans La Vie est belle. J’ai dû encore aller voir son nom sur IMDb pour répondre à la question.

27. Le film qui vous a le plus fait rire à son insu ? (question ajoutée par Voisin Blogueur)
Y en a un paquet. Mais je pense que Vercingétorix avec Lambert tient la première place. Je suis tombé de mon siège tellement je rigolais. Et mon immense plaisir est d’avoir pu en parler avec Lambert en personne. Un grand moment inoubliable.

29. Le film sous-estimé que vous aimeriez conseiller ? (question ajoutée par Clémentine)
Aujourd’hui, je dirai : Simple mortel de Pierre Jolivet ou Cinq cartes à abattre d’Henry Hathaway.


25 mars 2010

DREAM

Les films de Kim Ki-duk nous sont arrivés en masse dans le courant des années 2000, au rythme de un à trois par an, nous permettant de découvrir le cinéaste coréen - quasiment inconnu chez lui - de façon instantanée et approfondie. On a goûté la force picturale de sa mise en scène, sa façon de lier amour, désir et perversion, son romantisme incurable et symbolique, le tout au coeur d'histoires passionnelles, passionnées, au goût de sang et de salive. L'île, Adressse inconnue, The coast guard et tant d'autres nous donnaient envie de poursuivre avec lui cette aventure fulgurante, racée et atrocement attirante. Et puis patatras : à peine l'avait-on considéré comme un cinéaste indispensable qu'il commençait à nous décevoir. L'arc, Time, Souffle, Dream : même symptômes, mêmes maux. KKD semble avoir fait le tour de son cinéma est en est réduit à livrer éternellement une réinterprétation de plus en plus schématique des thématiques qui ont fait sa force par le passé. Et c'est affreusement triste.
Dream est, à n'en pas douter, le moins bon film de son auteur, qui semble à la fois avoir perdu sa vigueur de storyteller inattendu et sa puissance esthétique. C'est donc l'histoire d'un type qui, quand il rêve, provoque chez une inconnue des crises de somnambulisme qui la poussent à se mettre en danger. Cet argument à la Shyamalan aurait pu donner un thriller fantastique éprouvant, mais ce n'est pas le genre de la maison ; ou un très grand film d'amour contrarié, mais ce n'est plus du ressort du réalisateur. Impossible à résumer - mais pour de mauvaises raisons -, le film fonctionne principalement sur le principe assez comique qui veut que Jin - le gars - et Ran - la fille - ne doivent pas dormir en même temps s'ils veulent éviter tout danger. Le Kim Ki-duk de L'île aurait trouvé moult stratagèmes inventifs et poétiques pour empêcher cela ; ici, cela se résume à se scotcher les paupières et à se piquer régulièrement le crâne avec de petites aiguilles pour s'empêcher de s'endormir. Le spectateur note ces petits trucs et regrette de ne pas avoir pris avec lui son sparadrap ou son nécessaire de couture, tant Dream est chiantissime du début à la fin.
Rapidement, on ne comprend plus rien aux motivations des personnages et à leurs agissements, la mise en scène brouillonne ne favorisant absolument pas l'implication. Ralentis pour signifier l'érotisme d'une scène de sexe, flous artistiques sans raison apparente : la mécanique tourne à vide et le film ne va nulle part. Il devient même absolument insupportable lorsque le réalisateur, visiblement conscient d'ennuyer l'audience, balance quelques scènes de scarification et de masochisme qui arrivent comme un cheveu sur la soupe. Là où les hameçons de L'île disposaient d'une puissance érotique, horrifique et symbolique qui ne pouvait qu'éberluer, les scènes de violence physique de Dream n'apparaissent que comme de petites provocations tentées par un type qui ne sait plus comment accrocher son public. À l'image de la brièveté de leurs titres, les derniers films de Kim Ki-duk tournent vaguement autour d'un unique concept, potentiellement fort mais dont il ne sort à peu près rien. Dream est de loin le pire exemple de la déchéance de celui qu'à l'époque on appelait cinéaste.




Dream (Bi-mong) de Kim Ki-duk. 1h35. Sortie : 24/03/2010.
Critique publiée sur Écran Large.

24 mars 2010

LÉGION - L'ARMÉE DES ANGES

Au départ, il y a un type aussi rouquin que mystérieux, dont on ignorerait la véritable nature s'il n'y avait l'affiche et le titre. Il fait du barouf dans la ville, fait peur à des policiers, mais on sent bien que ce n'est pas vraiment de sa faute, qu'il est un peu malfaisant mais pas franchement méchant. On passe soudainement vers un autre décor, celui d'un restaurant quasiment désert car situé au milieu de nulle part, ou plutôt au bord d'une route désaffectée située en plein désert. Après un charmant échange entre un père prévenant mais franc du collier et une jeune fille habillée en pute et négligemment penchée sur le jukebox, voilà que débarque une bonne vieille mamie à l'ancienne, avec les cheveux bien blancs et un dentier fixé par Polydent. Les ennuis commencent réellement lorsque celle-ci nous la joue façon Exorciste, proférant des horreurs, grimpant au plafond et supportant parfaitement de prendre de gros coups de fonte en pleine poire. Et là, c'est vraiment parti : en à peine dix minutes, Légion a libéré son plein potentiel nanardesque, avec dialogues improbables et effets visuels miteux. Soit l'assurance d'une soirée réussie.
Mais voilà : le véritable échec du film de Scott Stewart est qu'il ne parvient même pas à maintenir ce cap, s'enfermant rapidement dans une logorrhée ennuyeuse et premier degré. Le résultat en devient immédiatement insupportable car absolument sinistre. On a d'abord mal au coeur pour des acteurs qu'on aime bien, comme ce Dennis Quaid solidement buriné qui foire consciencieusement ce qui aurait pu être la partie la plus intéressante de sa carrière. Et puis on finit rapidement par ne plus s'intéresser qu'à son petit nombril en se demandant comment rester éveillé devant ce gâchis monumental, qui fusille son potentiel déviant en refusant de se choisir une style, naviguant à vue quelque part entre Constantine, The mist et tout un tas de films plus ou moins apocalyptiques et plus ou moins réussis mais qui avaient au moins le mérite de ne pas avoir le cul entre mille chaises.
L'ultime coup de grâce porté par ce marasme, c'est la très finaude métaphore religieuse qui se crée et s'approfondit (?) de bobine en bobine. Le gentil ange finit par trouver son son chemin un ange vraiment méchant, qui fait la toupie quand on lui tire dessus pour que ses ailes le protègent des balles. Le tout pour sauver un couple de jeunes gens simples et un enfant que le type compte élever alors qu'il n'est pas de lui. Tout cela finira en haut d'une montagne où l'enfant-providence sera définitivement sauvé. Le genre de relecture qui ne manquera pas de choquer les grenouilles de bénitier - qui se ruent assez peu en salles pour voir ce genre de films, certes - et de consterner purement et simplement les autres, venus assister à une heure et demie de cinéma bis mais réduits à se coltiner une campagne mal foutue - dire que Stewart est à la base un spécialiste des effets spéciaux - et infructueuse pour l'église catholique. Fuyons.




Légion - L'armée des anges (Legion) de Scott Charles Stewart. 1h40. Sortie : 24/03/2010.

23 mars 2010

WHITE MATERIAL

Comment est-il possible qu'une cinéaste soit capable d'enchaîner année après année des films aussi différents tout en laissant toujours l'impression d'avoir vécu en immersion dans chaque univers pendant un bon quart de siècle ? C'est le miracle Claire Denis, toujours étonnant, sans cesse renouvelé, qu'on pourrait trouver prévisible à force d'être toujours brillant, mais qui ne cesse de nous laisser là, pantelants, dévastés par la puissance évocatrice d'un plan, la crudité d'un autre, l'absolue chaleur d'un troisième. Et ainsi de suite pendant une centaine de minutes semblant complètement libres mais ne laissant finalement pas grand chose au hasard, si ce n'est un certain abandon à cette nature si imprévisible et meurtrière. White material se démarque du reste de la filmographie de la metteuse en scène par la dureté absolue de son propos, sa rare absence de foi en une âme humaine si souvent magnifiée par le passé - notamment dans le récent 35 rhums.
Denis avait déjà montré l'âme humaine sous un jour noir et peu reluisant, mais c'était toujours par le biais du film de genre - Trouble every day - ou dans l'étude distanciée d'un rapport de force - qui n'a pas vu Beau travail doit immédiatement quitter ces lieux et aller prendre une leçon de grand cinéma. Ici, c'est un naturalisme teinté de réalisme qui caractérise cette oeuvre pleine et engagée, qui plonge comme son héroïne dans une douleur d'autant plus forte qu'elle est véhiculée par une passion sans bornes pour des êtres humains - proches ou simples employés - et pour une terre jadis riche en ressources mais désormais source de problèmes. Fidèle à son image de femme forte, austère, obstinée jusqu'au dégoût, Isabelle Huppert va plus loin que jamais dans l'exploration de sa propre noirceur. Seule à ne pas baisser les bras face à l'avalanche de dangers qui guettent désormais une région d'Afrique gangrénée par la rebellion, elle se place toute seule dans une spirale renforcée par l'abandon progressif des siens. Face à cette folie qui ne dit pas son nom, Christophe Lambert incarne le semblant de raison qui peut encore permettre de sauver ce qui est sauvable. Une lutte acharnée entre les deux personnages pourrait s'amorcer ; elle se fera plutôt dans une apparente douceur contrastant avec la terrifiante hystérie qui sévit au dehors.
Débutant magnifiquement mais de façon presque contemplative, White material finit par s'engager sans hésiter dans les esprits tourmentés de ses héros et dans la sordide réalité de cette Afrique où règnent les enfants-soldats et la loi du plus fort. Le point de non-retour est atteint depuis bien longtemps, ce que ne fait que confirmer cette mise en scène froide et implacable qui fait des personnages des lemmings qui ne se suivent que pour mieux plonger ensemble dans un précipice de désespoir. Rarement la folie aura été décrite de façon aussi crédible : contenue chez le personnage d'Huppert, elle transparaît au contraire dans les yeux et sur le corps du fils joué par Nicolas Duvauchelle, intense et grandiose, qui choisit une façon bien personnelle de résister aux pressions et aux dépressions. 35 rhums pouvait émouvoir par le positivisme pas niais dont il arrivait à faire preuve, y compris dans sa description de moments difficiles. White material est quasiment son négatif, ne l'égalant que par l'intensité absolue de l'animalité destructrice décrite par la très grande cinéaste qu'est Claire Denis.




White material de Claire Denis. 1h42. Sortie : 24/03/2010.
Critique publiée sur Écran Large.

Concours RED RIDING TRILOGY : les résultats


Voici les noms des chanceux qui, grâce à Studio Canal, ont remporté l'un des 5 coffrets DVD de l'excellente Red riding trilogy, composée de 1974 de Julian Jarrold (lire ma critique), 1980 de James Marsh (lire ma critique) et 1983 d'Anand Tucker (lire ma critique). Le tout à l'occasion de la sortie de ce coffret le 16 mars dernier.

Bravo à :
Laurence (Caveirac)
Stéphane (Beauvais)
Éric (Neuilly Plaisance)
Nicolas (Gentilly)
Laurent (Bordeaux)

Merci à Nadège pour ce joli concours qui, je l'espère, en appellera d'autres.

Concours LA RÉVÉLATION : les résultats


Merci à EuropaCorp,qui m'a permis de vous offrir 5x2 places pour aller voir La révélation, nouveau film du réalisateur allemand Hans Christian Schmid. Les gagnants sont :

Catherine (Hellemmes)
Florea (Talence)
Florent (Mamers)
Bruno (Marseille)
Eric (Sélestat)

À très vite pour d'autres concours...

21 mars 2010

Blogs cinéma, le best of | S03E28


Et revoici un coup de best of. Bonne lecture...

Cineblogywood : Ninja assassin, l'étoile dans les têtes
Cinefeed.com: Alice, Tim Burton n'est pas Lewis Carroll
Filmgeek : Galerie photos et featurette d'Adèle Blanc-Sec + la bande-annonce
Rob Gordon a toujours raison : Bad lieutenant, la critique

« Je ne suis pas un blog, je suis un être humain !»

Une certaine fatigue, un boulot plus accaparant que d'habitude et un léger manque d'inspiration sont à l'origine de l'actuelle baisse de rythme de ce blog, où je vous avais habitués à une critique par jour. Le sommeil revient, l'envie n'est pas loin, la quantité de travail diminue, et le blog orange devrait donc revenir à son meilleur d'ici une poignée de jours. En attendant, allez donc découvrir d'autres blogs en explorant la liste située tout en bas de cette page : vous y ferez sans doute quelques précieuses découvertes.

20 mars 2010

BUS PALLADIUM

Il y a une excellente nouvelle dans Bus Palladium : Christopher Thompson quitte enfin les jupons de sa mère pour sortir du carcan du film choral de droite conventionnel et faussement sympatoche. À la place, le voici parti dans un univers situé entre Presque célèbre et Le péril jeune, la prestation d'Arthur Dupont faisant fortement penser au Tomasi de Romain Duris - mais en moins charmant. La mise en scène extrêmement prévisible éloigne rapidement le film de celui de Cameron Crowe, tout comme le choix de prendre pour héros une bande de pisseux tête-à-claques aux compositions sans relief. On aurait presque envie de croire que le fait d'avoir choisi des morceaux médiocres est un choix conscient de la part de Thompson, puisqu'il n'est pas nécessaire de produire du bon son pour trouver le succès ; ce serait sans doute lui prêter de trop belles intentions. D'autant que le grand Benjamin Biolay a signé deux chansons pour le film, et qu'elles ne sont utilisées que dans le générique de fin... Un vrai manque de discernement, voilà ce qui plombe Bus Palladium.
Voilà une chronique rock pas trop mal exécutée, mais aussi linéaire que prévisible avec ses débuts miteux, sa soudaine ascension, ses instants de gloire et ses périodes de doute, ses déchirures et ses regains d'espoir... On ne compte plus les réalisateurs qui, comme celui-ci, se sont calqués sur un schéma "grandeur et décadence" sans avoir conscience d'avoir été précédés par des cinéastes plus doués et plus inspirés qu'eux. Bus Palladium n'est même pas idéal pour jouer avec ses amis au fameux « Devine quelles seront les trois scènes suivantes », parce que tout le monde gagne à tous les coups. Quant à la destinée de Tomasi, pardon, Manu, on la connaît dès le début. Il faut bien une fin à la Jim Morrison pour faire pleurer la spectatrice adolescente.
Ce qui sauve le film, c'est l'énergie de certains de ses acteurs, à commencer par un Marc-André Grondin très efficace dans son rôle de guitariste au coeur tendre. Un choix certes pas très original - de C.R.A.Z.Y. au Premier jour du reste de ta vie, son côté rock a déjà été trop exploité - mais qui porte plutôt ses fruits tant l'acteur canadien excelle à jouer les types irrésistibles mais pas vraiment conscients de leur charme. Face à lui, l'aguichante Élisa Sednaoui campe une parfaite femme fatale, à l'origine de la zizanie qui risque de causer la perte de ce fameux (?) groupe. Elle est la véritable révélation de ce film pas déshonorant mais qui ne semble pas faire de Christopher Thompson un réalisateur à suivre de très près : les adeptes de la bonne vieille qualité France, où rien n'est subversif même quand les sujets sont graves, peuvent en revanche nourrir de solides espoirs sur ses prochaines oeuvres.




Bus Palladium de Christopher Thompson. 1h40. Sortie : 17/03/2010.

19 mars 2010

BAD LIEUTENANT : ESCALE À LA NOUVELLE-ORLÉANS

Werner Herzog qui réunit le couple de Ghost rider pour un remake de l'un des nombreux grands films d'Abel Ferrara : c'était le projet improbable de ces derniers mois, un machin qui sentait la haute concentration nanardesque, promis à une sortie en salles discrète voire inexistante. Mais Herzog n'a pas vu Bad lieutenant, et il s'en fiche royalement, tout comme il se moque éperdument de l'intrigue policière qui conduit le flic interprété par Nick Cage à sillonner la Nouvelle-Orléans de l'après Katrina. Un ouragan qui, d'une façon pouvant sembler anecdotique, est responsable de son dos bousillé et donc de son besoin d'enchaîner les anti-douleurs. Première réussite de ce Port of call New Orleans : montrer comment la dépendance peut conduire un être un peu fragile à devenir un sommet de nombrilisme, qui évolue dans une région dévastée mais ne s'intéresse qu'à son propre sort. Difficile pourtant d'ignorer les conséquences de cette catastrophe naturelle dont les conséquences sont présentes au détour de chaque plan. Herzog n'est pas loin d'être le premier à utiliser et à traiter Katrina avec justesse et épaisseur...
Cette gravité ambiante s'accompagne d'une atmosphère extrêmement déjantée qui épouse le ressenti de ce héros de plus en plus camé, de plus en plus euphorique, donc de plus en plus proche de l'auto-destruction. Jamais aussi bon que lorsqu'il s'agit d'interpréter des hommes sous influence (rappelons-nous Leaving Las Vegas ou À tombeau ouvert), Cage se lâche et multiplie consciemment les excès, comme une sorte de nouveau Klaus Kinski moins intense mais presque aussi passionnant. En acceptant d'endosser le point de vue du personnage, on tolère et on apprécie même les nombreuses et improbables montées d'acide d'un film qui n'a finalement rien à voir avec celui de Ferrara, si ce n'est le profil du fameux lieutenant et quelques scènes qui lui font forcément écho. À la branlette de Harvey Keitel derrière une portière de voiture succède ainsi un touche-pipi urbain effectué par une délinquante sur un Cage tout à fait prêt à se laisser corrompre de cette manière. Ou quand le remake se transforme en curieux film-miroir, dont l'existence même est difficile à analyser mais qui procure son lot de sensations fortes et singulières.
Mais la véritable héroïne de Bad lieutenant : escale à la Nouvelle-Orléans n'est autre que la mise en scène de Herzog. Celui-ci ne s'interdit rien, y compris parasiter l'action en filmant à travers le regard d'un iguane qui passait par là. Un film de fou furieux ? Oui, mais pas seulement : le cinéaste distribue en effet une série de plans absolument pénétrants, qui évoluent dans les décors comme le ferait un jeu vidéo type Resident evil, décuplant la paranoïa ambiante pour rendre l'ensemble anxiogène et irrespirable. La désorientation du flicard n'en devient que plus communicative, et le film plus perturbant. Semblant annoncer le début d'une collaboration régulière entre Herzog et Cage - les deux hommes se sont bien trouvés -, l'étrangeté numéro 1 de ce début d'année est aussi l'un des paris les plus inexplicablement réussis.




Bad lieutenant : escale à la Nouvelle-Orléans (Bad lieutenant : Port of call New Orleans) de Werner Herzog. 1h57. Sortie : 17/03/2010.

Le questionnaire de Rob | #12 | Vincent

Vincent Julé aime les films sur l'adolescence, les bandes originales de films, les trucs un peu barrés, les trucs un peu japonais, le cinéma et tout ce qui l'entoure. Vincent Julé bosse chez Direct 8, Écran Large, Radio Campus Paris (écoutez donc l'exxxxxxxxxxxxxcellente émission Geek me five), Geek Mag et tant d'autres. Vincent Julé ne s'arrête jamais d'être drôle, même pour répondre au questionnaire de Rob.


Adrien Brody, Kyle MacLachlan, M83, Alfred Hitchcock. Aucune photo de la bite de Vincent n'est disponible sur Internet.



01. Le film que vous possédez mais que vous n'avez jamais vu ?
Les miches de la boulangère (véridique !) ou Gens du Dublin (véridique mais c’est pas mon DVD, c’est le tien !)

02. L'album qui ferait une excellente bande originale ?
Explosions in the sky ! Ah merde, c’est fait avec Friday Night Lights. Broken Social Scene ! Ah merde, c’est fait avec Half Nelson. Bah, pour reprendre ce que j’écoute en ce moment, je dirais Saturdays = Youth de M83. « The soundtrack of the most glamourous film John Hughes never made », qu’ils disent bien sur All Music Guide.

03. Le biopic que vous ne voulez surtout pas voir ?
Marc Dutroux ?

04. La scène la moins érotique de l'histoire du cinéma ?
Showgirls, Kyle MacLachlan et Elizabeth Berkley dans la piscine… mais il va la tuer !

05. Le film que tout le monde a vu sauf vous ?
Si je me réfère au Top box-office français, Taxi 2, et au Top box-office US, Star Wars 3.

06. Le film que tout le monde a détesté sauf vous ?
Ouhlà, c’est l’histoire de ma vie. Tiens, au hasard, Chloe d’Atom Egoyan dont j’ai dit tout le « mal » que je pensais ici.

07. La personnalité qui devrait faire du cinéma ?
Nicolas Sarkozy dans Crank 3D.

08. Le film de 2025 que vous attendez le plus ?
Le seul qui ne sera pas une suite, une préquelle, un remake ou un reboot.

09. Le film des mois à venir qui va vous décevoir ?
Comme chien et chat, la revanche de Kitty Galore ? Sinon, Quartier Lointain de Sam Garbaski d’après le manga de Jiro Taniguchi.

10. Le cinéaste avec qui vous aimeriez boire des coups ?
Alfred Hitchcock, mais avant, il faut alors beaucoup, beaucoup boire.

11. L'objet auquel vous aimeriez consacrer un film ?
Ma bite… une trilogie…. puis une prélogie… puis une ressortie IMAX 3D.

12. La réplique que vous aimeriez connaître par coeur ?
« Y a des mecs qui diraient que ce verre est à moitié vide, et d’autres qu’il est à moitié plein. Toi, je suis sûr que tu es du genre à dire qu’il est à moitié vide. J’ai pas raison ? »
Un jour sans fin, et je la connais par cœur.

13. L'acteur/actrice en qui vous vous reconnaissez ?
Selon les autres, Adrien Brody. Selon moi, Ryan Reynolds, of course !

14.. Le festival que vous aimeriez créer ?
The Vincent Julé Festival ! Un évènement où l’on pourrait voir des films de genre, des curiosités nippones, du sexploitation, des inédits teen… et j’appellerais ça « L’Etrange Festival ».

15. La chose qu'on ne devrait plus jamais voir au cinéma ?
Marion Cotillard ?

16. La place idéale dans la salle de cinéma ?
Jusqu’à peu, je disais au milieu de la salle, au milieu du rang, puis j’ai découvert les trois premiers rangs, toujours au milieu, où le champ de vision épouse la taille de l’écran. Miam !

17. Le nom d'acteur/réalisateur que vous n'arrivez pas à retenir ?
Que je n’arrive pas à dire : Robert Dunaway Jr. Que je n’arrive pas à retenir : l’autre là, le mec qui a fait truc.

18. Le métier de cinéma auquel vous ne comprenez rien ?
Coiffeur de Nicolas Cage.

19. Le conseil à donner à un ado qui veut faire du cinéma ?
A une ado, mon numéro est le 067779…

20. La question que vous aimeriez ajouter à ce questionnaire ?
"Quelle est la question que l’on pose le plus souvent en interview ? "

26. La bande originale de film qui vous représente ? (question ajoutée par Marine)
Sexe attitudes de Mark Isham, Les lois de l’attraction de tomandandy, Exotica de Mychael Danna, Un coup d’enfer de Craig Armstrong, Traffic de Cliff Martinez, Pi de Clint Mansell, Avalon de Kenji Kawai, etc.

29. Le film sous-estimé que vous aimeriez conseiller ? (question ajoutée par Clémentine)
The Nines, Remember the daze, Fucking Amal, Time Code, Cutie Honey, Sex Drive, etc.

30. Le premier film que vous vous souvenez avoir vu en salles ? (question ajoutée par Aurélien)
Un Disney, et selon mes parents, je me levais en pleine séance pour parler aux animaux à l’écran. N’importe quoi !


18 mars 2010

LA RÉVÉLATION : 5x2 places à gagner


Grâce à EuropaCorp, gagnez 5x2 places pour aller voir La révélation, nouveau film du réalisateur allemand Hans Christian Schmid. Le film étant sorti ce mercredi, le concours se terminera dès dimanche afin de faire parvenir les places aux gagnants le plus rapidement possible.
Pour gagner 2 places, envoyez-moi un mail (rob@toujoursraison.com) en précisant votre adresse postale et votre réponse à la question suivante :
Lequel de ces films Hans Christian Schmid a-t-il réalisé ?
A) 12
B) 23
C) 36
D) 54
Fin du concours dimanche 21 mars à 20h. Bonne chance à tous...

17 mars 2010

LE TEMPS DE LA KERMESSE EST TERMINÉ

Chouette, une kermesse ! Un film coloré et chaud comme le désert africain ! Des enfants qui jouent et s'amusent de trois fois rien ! Des femmes à la peau si noire que leur sourire n'en ressort que mieux ! Il y a tout ça dans le premier film de Frédéric Chignac... ou presque. Le temps de la kermesse est terminé est en effet une oeuvre d'une noirceur insoupçonnée, projection métaphorique du rapport entre certains peuples africains et les vilains oppresseurs blancs. Situé dans un pays indéterminé, le film constitue une sorte de huis-clos en extérieur qui plonge l'anti-héros incarné par Stéphane Guillon au coeur d'un village africain très - trop - typique qui va finir par devenir un enfer pour lui.
Tout part d'une simple panne automobile apparemment surmontable mais qui finit par prendre des proportions bien plus importantes : apparemment victime de l'incompétence des ouvriers locaux, voici notre aventurier (?) solitaire contraint de séjourner dans une case à peine ombragée, avec pour seuls horizons le frigo à bières du barman local et le popotin de Martina, la femme canon du coin. Le film trouve réellement son ton lorsqu'il décrit comment un type a priori sympathique va se transformer de façon pas si progressive en un colon autoritaire et sans gêne, persuadé que tout lui est dû et qu'il peut tout acheter. Connu pour son statut d'enfoiré médiatique, Guillon excelle dans ce rôle mêlant à parts égales bonhommie et inquiétude. Mielleux, faussement amical, ce type est une enflure condescendante qui évoque sans détour nos bons vieux dirigeants français qui traitaient et continuent à traiter le continent africain comme un terrain de jeu où s'amuser sans conséquence.
Le soleil est réellement écrasant, ce que la mise en scène ne manque pas de souligner, la tension grimpe avec la température ambiante, et le film se fait de plus en plus sombre et de moins en moins métaphorique pour se recentrer de plus en plus précisément sur l'étrange relation qui unit Alex et Martina, la jolie fille du village interprétée par une Aïssa Maïga à l'anxiété communicative. Se crée une relation dominante / dominée moins simple qu'il n'y paraît, mais qui finit par aboutir à un certain ramollissement du personnage de Guillon, dont les scrupules soudaines n'apparaissent que moyennement crédibles. Il faut dire aussi qu'après cinq tentatives de faire repartir la voiture - et autant d'échecs -, le spectateur est en droit de trouver les rebondissements légèrement répétitifs. Reste que Le temps de la kermesse est terminé parvient à surprendre jusqu'au bout par la noirceur de son développement, sa conclusion abrupte n'échappant pas à la règle.




Le temps de la kermesse est terminé de Frédéric Chignac. 1h40. Sortie : 17/03/2010.

16 mars 2010

Deauville Asie 2010 : compte-rendu et palmarès


Parce que je suis un gros fainéant débordé, je n'aurai pas le temps de vous livrer un compte-rendu très personnalisé de mes 3 jours passés au Festival du film asiatique de Deauville. Mais pour lire mes notes sur le sujet, rendez-vous sur Écran Large en cliquant sur le lien ou sur l'image tirée de City of life and death, l'un des évènements du festival...

BLANC COMME NEIGE

Ça commence presque bien, par un mélange de sang, de neige et d'une voix off philosophe émanant d'un François Cluzet toujours aussi étonnant. Si son corps gît dans le blanc finlandais, l'esprit du personnage principal est encore suffisamment élevé pour revenir quelques temps en arrière et nous conter son histoire. Tout l'enjeu du film est alors posé, ce que confirme le titre : montrer comment, en l'espace de quelques jours, la vie d'un homme bien sous tous rapports peut tourner au chaos total. Cela fonctionne un moment, le temps d'une mise en place résolument classique mais menée de façon plutôt efficace par un Christophe Blanc qui a visiblement révisé ses classiques niveau mise en scène. Le tandem de garagistes composé par Cluzet et un excellent Bouli Lanners sent le soufre et brille par le contraste qu'il établit entre un héros intègre et un collaborateur dont il refuse de voir le côté obscur.
Problème : dès lors qu'il sort de cette phase d'exposition, le film se met à tourner à vide pour ressembler à une gigantesque résolution qui oublie de laisser respirer ses protagonistes. Très vite, ceux-ci piétinent et multiplient les réactions incompréhensibles, voire aberrantes, sans que le film n'assume jamais de façon tacite son envie de décrire la perte de repères et de logique de gens ordinaires pris dans une soudaine tourmente. Le film noir tolère les incohérences de ses personnages et peut même en tirer profit à condition que cela fasse partie d'un contrat passé clairement avec le spectateur. Ici, point d'accord de ce genre, mais juste un million de petits défauts d'écriture et de manquements aux règles du genre. Si bien qu'on se désintéresse très vite du devenir de ces gens aux comportements si inexplicables qu'il est impossible s'identifier à eux.
Traînant terriblement en longueur, Blanc comme neige va toujours plus loin dans l'artificiel, sa partie enneigée arrivant comme un cheveu sur la soupe. Toujours au gré d'une progression dramatique douteuse, le film finit par s'aventurer jusqu'en Finlande, terre d'origine de méchants patibulaires mais guère impressionnants. Cette dernière partie semble avoir pour seule justification le désir de Christophe Blanc d'aller filmer la neige, la difficulté de s'y mouvoir, sa façon d'absorber et de transcender le rouge sang. L'intention est louable ; encore aurait-il fallu apporter un zeste de singularité afin de se démarquer, esthétiquement ou autre, du restant du troupeau. C'est malheureusement bien loin d'être le cas, d'autant que la conclusion est aussi prévisible que téléphonée. Après s'être pris pour Cassevetes dans Une femme d'extérieur, Blanc se rêvait sans doute que son deuxième long en fasse un maître du polar. L'ambition est là mais le résultat n'y est pas.




Blanc comme neige de Christophe Blanc. 1h54. Sortie : 17/03/2010.
Critique publiée sur Écran Large.

15 mars 2010

CHLOE

Il y a sept ans, le Nathalie... d'Anne Fontaine s'attelait à la question du désir par le biais de l'histoire de cette femme engageant une prostituée pour tester la fidélité de son mari. Et voici qu'Atom Egoyan, grand cinéaste parmi les grands cinéastes, a la curieuse idée d'accepter d'honorer une commande de remake. Sous la plume d'Erin Cressida Wilson (scénariste de Steven Shainberg), Nathalie s'appelle désormais Chloe, le fessier aérien d'Emmanuelle Béart ayant été remplacé par les yeux de lapin d'Amanda Seyfried. Et c'est reparti pour cette curieuse valse à trois dont la pièce principale est, contrairement à ce qu'indique le titre, cette femme contrainte de ne vivre les éventuelles tromperies de son mari qu'à travers ce qui lui est raconté par une fille de très petite vertu qui a tout intérêt à ce que la situation se prolonge.
Ce terrain fertile semblait donner la possibilité au génie canadien de renouer avec les grands succès moites de l'époque d'Exotica, où le désir était autant affaire d'actes que de paroles. On s'attendait à ce qu'Egoyan fasse éclater en miettes la question "pourquoi un remake ?" en transcendant le sujet et les thématiques abordées. On n'imaginait pas tomber dans un traquenard ressemblant aux fameux Hollywood nights, téléfilms faussement torrides qui firent le bonheur des deuxièmes parties de soirée de TF1. Si la question du désir est bien au centre de Chloe, c'est plutôt parce que le spectateur est rapidement amené à s'interroger sur son absence. Est-ce parce qu'Amanda Seyfried a le potentiel érotique d'un taille-crayon ? Pas seulement. De dialogues sans relief en mises en scène gênantes, l'indifférence gagne rapidement et le trouble que tente d'instiller le metteur en scène n'est jamais palpable. Conséquence inévitable : si les personnages semblent perturbés par les sentiments nouveaux qui les animent, ils semblent être les seuls. Pour le spectateur, tout n'est qu'intentions et grosses ficelles.
Mais le pire est à venir, Chloe ne se contentant pas d'être un mauvais remake de Nathalie... - qui n'était déjà pas un excellent film. Là où le film d'Anne Fontaine s'arrêtait net sur une révélation de taille qui offrait d'autres perspectives éventuellement plus intéressantes, celui-ci fonce littéralement dans le thriller érotique en proposant une série de rebondissements plus affligeants les uns que les autres, censés ajoutés encore un peu de trouble à l'ensemble mais ne faisant qu'accentuer rapidement une impression de grand-guignol et de gros gâchis. En dépit de la belle prestation d'une Julianne Moore toujours aussi juste, le film ne fait que s'enliser un peu plus à chaque scène pour finir par une apothéose navrante qui scelle définitivement son sort. La première grande déception de la carrière d'Atom Egoyan est enfin arrivée ; souhaitons que le cinéaste se remette au plus vite du plomb dans la tête et nous rappelle bientôt son statut de très grand filmeur du désir.




Chloe d'Atom Egoyan. 1h39. Sortie : 03/03/2010.

Blogs cinéma, le best of | S03E27


Avec un peu de retard (Deauville oblige), voici le best of de la semaine passée... Bonne lecture...

Cineblogywood : Glee, ça ne se sniffe pas mais c'est bon !
Cinefeed: à la rencontre de Grégoire Vigneron
Filmgeek : Critique du film La Rafle, de Rose Bosch
Rob Gordon a toujours raison : Le questionnaire de Rob | #11 | Aurélien

14 mars 2010

VALVERT

Étonnant que ce film de commande ait fini par arriver dans les mains de Valérie Mréjen, artiste contemporaine qui n'est certes pas novice dans le documentaire (Pork and milk) mais qu'on n'imaginait pas forcément venir tourner un film sur un hôpital psychiatrique. À la vue du résultat, ce choix semble finalement assez judicieux à défaut d'être réellement cohérent. D'une durée très raisonnable (52 minutes, soit le temps d'un grand reportage TV), Valvert est une plongée dans l'institut du même nom, un HP ouvert à Marseille dans les années 70 et destiné à laisser aux patients le maximum d'indépendance. Comme une sorte de ville miniature ou chacun serait encadré mais pas étouffé.Un quart de siècle plus tard, à la demande de quelques soignants de l'hôpital, Mréjen dresse un bilan assez saisissant qui montre ce qu'est devenu ce projet singulier.
L'état des lieux est en partie le même que dans toutes les autres institutions du corps médical : par manque de moyens et d'accompagnement, le projet a progressivement sombré, perdant de sa superbe et de son originalité. Les employés de Valvert dressent avec amertume ce constat : le système mis en place fonctionnait dans les grandes lignes mais n'a pu être totalement perpétué. Si bien qu'aujourd'hui, l'hôpital fonctionne toujours, a su conserver son identité propre, mais n'a plus la possibilité de soigner les malades de façon aussi efficace qu'auparavant.
Au-delà de ces conclusions touchantes mais premier degré, Mréjen réussit un film étrangement perturbant sur la parole et l'imprévu. Certains pensionnaires de l'hôpital s'expriment par borborygmes ou dans un charabia qui ne peut être compris que par une poignée d'initiés ; pourtant, ils n'ont pas peur de se confier, et la cinéaste fait de leur langage quelque chose de poétique, d'unique, qui les représente et fait d'eux des êtres à part mais pas en marge. Et puis il y a cette grande idée qui consiste à organiser les entretiens avec les membres du personnel dans certains des lieux-clés de l'hôpital, sans interdire la circulation des malades pendant ce temps. Si bien qu'à n'importe quel moment peut surgir un patient qui viendra demander une clope, dragouiller un peu, se faire remarquer sans raison. Dans ces moments-là, le film ne triche pas et donne l'impression de représenter aussi parfaitement que possible le quotidien de ce lieu étrange, peuplé d'êtres différents et de principes trop rares. Quand un film documentaire parvient en aussi peu de temps à établir des thèses fortes sans renier pour autant son statut d'oeuvre d'art, c'est qu'il s'agit forcément d'une grande réussite.




Valvert de Valérie Mréjen. 52 min. Sortie : 10/03/2010.
Critique publiée sur Écran Large. Autre critique sur Coffee and cigarettes.

13 mars 2010

L'ABSENCE

Belle idée que celle de Cyril de Gaspéris, à savoir décrire la maladie d'Alzheimer à travers les yeux de ceux qui accompagnent la personne qui en souffre. Pour son premier long, le réalisateur ausculte avec délicatesse les conséquences d'un mal qui fait finalement des ravages bien au-delà de sa victime principal. Choisissant pour décor une maison reculée située au milieu des marais, L'absence montre à quel point la détresse de ceux qu'ils aiment peut pousser certaines personnes à se réfugier dans une solitude qui n'a rien d'un soulagement mais fait office de placebo.
Très réfléchie, faisant souvent oublier le manque de moyens, la mise en scène commence par démonter le calvaire vécu par les proches de la malade brillamment incarnée par Liliane Rovère : Gaspéris travaille dans la durée pour insister sans complaisance sur la pénibilité de l'accompagnement et sur la difficulté pour la famille de reconnaître celle qui fut jadis une icône maternelle ou amoureuse. On sent un rien d'improvisation dans tout cela, d'où un rythme parfois lâche, le tout étant heureusement mis au profit d'un réalisme à toute épreuve. La caméra reste souvent à distance et observe les évènements d'un oeil presque froid mais pas sans humour. Qu'Anna, sous l'effet de la démence, colle un pain au maître nageur qui s'occupe patiemment d'elle, et c'est toute un poids qui disparaît momentanément.
Si L'absence ne va malheureusement pas beaucoup plus loin, c'est parce que ce traitement distancié colle de moins en moins bien à l'évolution scénaristique. Bientôt délaissée par un mari aux abonnés absents, Anna reste dans sa maison en compagnie de Félicia, jeune auxiliaire de vie appliquée et impliquée. Un personnage souvent effacé, en introspection permanente, qui peine à s'affirmer et que l'actrice Cécile Coustillac n'arrive que trop rarement à faire décoller. S'ouvre alors une longue phase plus morne qu'autre chose, qui fait regretter que Cyril de Gaspéris n'ait pas été plus offensif avec des personnages qu'il aurait pu mener plus loin dans la réflexion et l'émotion tout en se préservant d'un côté melo qu'il semble fuir - à juste titre. Reste l'image d'un film en demi-teinte, qui saisit par son approche documentaire mais ne va hélas pas plus loin.




L'absence de Cyril de Gaspéris. 1h15. Sortie : 10/03/2010.
Critique publiée sur Écran Large.

12 mars 2010

[DVD] JE VEUX VOIR

Sorti en décembre 2008, le film de Joana Hadjithomas & Khalil Joreige montrait Catherine Deneuve sillonnant Beyrouth et ses environs en compagnie de l'acteur libanais Rabih Mroué, pour dresser un constat sur l'état d'une ville, d'un pays, d'un peuple au beau milieu de cette nouvelle guerre survenue en juillet 2006. Je veux voir consiste en un étrange dispositif, puisque Deneuve et Mroué font la route tous les deux dans une voiture, suivis par une autre automobile dans laquelle s'entasse le reste de l'équipe. L'objectif étant d'accoucher d'un docu-fiction situé au beau milieu des décombres d'un territoire en souffrance. Si leur échange est de plus en plus dense, les deux "héros" du film sont parfois contraints de se taire et d'observer tout comme nous ces paysages scarifiés, massacrés, éventrés par une guerre opposant des idéologies contraires mais réduisant à néant des idéaux communs. C'est dans ces silences affligés que réside la principale beauté de Je veux voir : on voulait voir Beyrouth et on a eu Beyrouth, mise à nu par la force d'une caméra qui, dans ces moments-là, ne triche pas.
Le problème, c'est que cette impression de sincérité est loin d'affleurer tout le long du film. S'ouvrant et se terminant comme une - belle - fiction mise en scène et savamment découpée, le film tente pendant une bonne heure de jouer la carte de l'aventure improvisée, menant ces deux acteurs de rencontres en accidents, de pauses en imprévus. Seulement voilà : demeure une impression d'artifice qui empêche de plonger tête la première dans ce voyage. Certains pans du dialogues semblent écrits, certaines situations aussi. Un exemple ? Arrive un moment où, emportés par leur conversation, Rabih Mroué et Catherine Deneuve oublient de suivre la route indiquée par l'équipe et empruntent un tronçon dangereux car potentiellement criblé de mines. Et s'avancent pendant de longues secondes dans cette zone éminemment périlleuse. Le suspense semble tellement monté en épingle, tellement destiné à montrer la dignité et l'implication des deux acteurs, qu'on finit par ne plus y croire une seule seconde.
Rétrospectivement, on en viendra même à douter de la véracité de certaines séquences d'une beauté à couper le souffle. Comme celle où Mroué, voulant montrer à Deneuve la maison de sa grand-mère, manque de devenir fou en constatant qu'il ne la retrouve plus, tant la ville et ses routes ont été défigurées et recomposées par le hasard des bombardements. Le tout contraste avec cette dernière scène dans laquelle l'actrice, toujours aussi charismatique, est reçue dans un gala clinquant par un ambassadeur local mais ne cherche qu'une chose : le regard de son compagnon de voyage, le seul à avoir partagé avec elle ces quelques journées de découverte. Il y aurait eu de quoi livrer une fiction bouleversante. Le mélange des genres nous aura fait passer à côté.





Je veux voir de Joana Hadjithomas & Khalil Joreige. DUREE. Sortie en salles : 03/12/2008. Sortie DVD : 15/03/2010.

Le questionnaire de Rob | #11 | Aurélien

Aurélien Allin m'a sauvé la vie. Le co-fondateur- avec Emmanuelle Spadacenta - de l'indispensable Cinemateaser a accepté de répondre en vitesse à mes questions, en remplacement d'un vilain poseur de lapins de dernière minutes. Voici donc, grâce à lui, l'épisode 11 du questionnaire de Rob.


Frightened rabbit, Teddy Riner, les Beatles et le chien d'Aurélien.



01. Le film que vous possédez mais que vous n'avez jamais vu ?
Il y en a pas mal. J’ai été pendant de longues années un acheteur compulsif de DVD. Alors je n’en citerai qu’un : Kundun. Sans savoir pourquoi, je n’ose pas franchement le regarder. Je suis déjà le Dalai Lama sur Twitter, faut pas trop pousser non plus.

02. L'album qui ferait une excellente bande originale ?
Impossible à choisir. La pop music au sens large est pour moi un langage essentiel du cinéma. Alors parmi les centaines d’albums qui feraient une BO parfaite, j’ai choisi le dernier que j’ai écouté dont la force visuelle m’a frappé : The Winter of Mixed Drinks de Frightened Rabbit.

03. Le biopic que vous ne voulez surtout pas voir ?
S’il n’est pas réalisé par Scorsese, Todd Haynes ou moi-même (soyons fous et vaniteux), je refuse de voir un biopic des Beatles.

04. La scène la moins érotique de l'histoire du cinéma ?
Le mec qui s’excite avec des spaghettis dans Sexy boys, ou la séance de fricotage de queue dans Avatar. La première n’est pas drôle. La seconde, au contraire, l’est énormément.

05. Le film que tout le monde a vu sauf vous ?
Vol au-dessus d'un nid de coucous. Honteux, je sais. Le pire étant que je brûle d’envie de rattraper cette lacune.

06. Le film que tout le monde a détesté sauf vous ?
Je ne suis pas sûr que l’on puisse être le seul à aimer ou détester un film. On trouve toujours un compagnon d’infortune dans ces cas-là et c’est tant mieux. Mais si je dois citer un film mal-aimé ces derniers mois, je dirais Transformers 2. Très con, trop long, de mauvais goût, mais Optimus Prime qui botte des culs dans une forêt au ralenti, ça me parle.

07. La personnalité qui devrait faire du cinéma ?
Le dernier sur lequel je me suis fait la réflexion, c’est Teddy Riner. Bonne gueule, pas con. Tout pour lui.

08. Le film de 2025 que vous attendez le plus ?
Le troisième reboot de Spider-man par Nicolas Winding Refn. Peter Parker y sera moustachu et musclé. Borgne et muet aussi.

09. Le film des mois à venir qui va vous décevoir ?
Le film que j’attends le plus est Inception, mais aucune chance que Nolan ne me déçoive sur ce coup. Je refuse. Alors comme on ne peut plus rien attendre d’Oliver Stone, je dirais Wall street 2, malgré des bandes-annonces très convaincantes.

10. Le cinéaste avec qui vous aimeriez boire des coups ?
Au choix : menu zittis/chianti avec David Chase ou chips au vinaigre/bière brune avec Duncan Jones. J’aurais bien dit Abel Ferrara ou Aki Kaurismäki, mais je tiens pas l’alcool.

11. L'objet auquel vous aimeriez consacrer un film ?
Ce n’est pas un objet. Mais ma chienne. Un bouledogue français tellement absurde qu’elle ferait un sujet parfait de film aussi poilant que dérangeant.

12. La réplique que vous aimeriez connaître par coeur ?
N’importe quel dialogue de Tony Soprano. Avec si possible, le phrasé si particulier de James Gandolfini.

13. L'acteur/actrice en qui vous vous reconnaissez ?
Une question difficile, car je m’attache plus à leur travail qu’à ce qu’ils sont. Alors je dirais que si j’avais encore 8 ans, je me reconnaîtrais dans Michael J. Fox.

14.. Le festival que vous aimeriez créer ?
Musique et cinéma. Interdit aux films sans bande originale. Ça m’irrite.

15. La chose qu'on ne devrait plus jamais voir au cinéma ?
Les chansons de Céline Dion ou Leona Lewis. Ça m’irrite tout autant.

16. La place idéale dans la salle de cinéma ?
Rang du milieu, colonne du centre.

17. Le nom d'acteur/réalisateur que vous n'arrivez pas à retenir ?
Là-dessus, je dois dire que je n’ai aucun problème. Même Apichatpong Weerasethakul ne me pose aucun souci. C’est dire.

18. Le métier de cinéma auquel vous ne comprenez rien ?
Jusqu’à aujourd’hui, je ne savais pas ce que désignait un « gaffer ». Merci à Google et à ce questionnaire, j’ai enfin compris qu’il s’agissait du chef électricien. Sinon, les superviseurs techniques en tout genre sur les films d’animation, c’est quand même pas mal obscur.

19. Le conseil à donner à un ado qui veut faire du cinéma ?
« C’est pas gagné ».

20. La question que vous aimeriez ajouter à ce questionnaire ?
"Quel est le premier film que vous vous souvenez avoir vu en salles ? "

21. Le film à regarder le 24 décembre au soir ? (question ajoutée par Emmanuelle)
La vie est belle de Capra ou Gremlins. Grand écart total et l’esprit de Noël parfaitement résumé.

27. Le film qui vous a le plus fait rire à son insu ? (question ajoutée par Voisin blogueur)
Ces dernières années, il y a eu Palermo shooting de Wim Wenders, un grand moment de n’importe quoi dédié à Bergman et Antonioni (sérieusement), avec un acteur sosie de Oliver Kahn. Puis La frontière de l'aube de Philippe Garrel. Typiquement le genre de délire autocentré qui ferait un parfait film de famille mais qu’on ne devrait pas infliger à un public.

30. L'histoire que vous voudriez raconter si on vous donnait tous les moyens pour réaliser un film, là maintenant ? (question ajoutée par Jérôme)
Celle des Beatles. Une mini-série de 24 épisodes d’une heure. J’ai tout en tête, jusqu’à la scène de fin. Mais dommage pour moi, ça n’arrivera jamais.


 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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