28 févr. 2010

ALICE OU LES DÉSIRS

Dans plusieurs de ses derniers films, Jean-Claude Brisseau donnait à voir de somptueuses jeunes filles alanguies sur de grands lits et se donner, seules ou à plusieurs, un plaisir fort communicatif. Le tout au gré d'expérimentations érotiques loin d'être désagréables à observer, mais souvent dépourvues de toute dimension cinématographique. Mais Brisseau peut dormir tranquille : à côté du film de Jean-Michel Hulin, ses dernières pondaisons ressemblent à L'empire des sens. Alice ou les désirs atteint en effet d'indescriptibles sommets sur l'échelle du nanar. Le genre de film qu'il faut aller voir en groupe afin de se payer une bonne tranche de rire, hélas trop souvent entrecoupée de séquences tellement ennuyeuses qu'elles ne créent qu'une morne consternation.
Premier volet d'une trilogie (« La Trilogie Amoureuse ») suivant trois femmes de générations différentes dans leur rapport à l'amour et au sexe, Alice ou les désirs suit une jeune prof de maths qui quitte son salaud de petit ami - splendide scène de repas sur fond de blind test sur les compositeurs classiques - avant de décider de mettre en application ses fantasmes les plus secrets. Elle va donc porter du cuir, se faire fesser, exécuter les ordres d'un type laid et sans charisme qui tient absolument à se faire appeler Maître Raffiné. Meilleure scène du film : Alice est traînée (c'est le mot) dans sa salle de classe par un de ses élèves qui la force à calculer des dérivées de fonctions tout en lui administrant une correction aussi timorée qu'antisexe. Il la couchera ensuite sur son bureau pour la pénétrer sans passion et sans enlever son jean, concluant magnifiquement ce passage incroyablement long - une bonne dizaine de minutes sans doute - et moins bien exécuté qu'un téléfilm érotique M6. Le genre de comparaison que l'on regrette d'avoir utilisée aussi souvent par le passé tant cela semble n'avoir jamais été aussi vrai qu'ici.
On sera bien en peine de comprendre le pourquoi de ce film ou de trouver une once d'érotisme dans tout cela : Hulin n'a absolument aucun point de vue, et sa façon de filmer cet enchaînement de stéréotypes mous du genou n'est pas là pour aider. Techniquement inepte, Alice ou les désirs ne constitue pas seulement la négation de toute forme de désir : c'est également la négation du cinéma. Qu'un tel film parvienne à voir le jour et à être distribué dans les salles - quatre seulement, mais c'est déjà beaucoup - relève de la plus pure aberration. On espère cependant que les deux suites prévues parviendront elles aussi à atteindre nos écrans. Juste histoire de pouvoir se marrer encore un peu.




Alice ou les désirs de Jean-Michel Hulin. 1h40. Sortie : 24/02/2010.

Blogs cinéma, le best of | S03E25


Quel vent mes aïeux, quel vent. Mieux vaut rester calfeutré avec un best of des blogs.

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L'ARNACŒUR

Sous la houlette de jeunes producteurs aux dents longues, le cinéma français est entré dans une phase de révolte. Dans le cinéma de genre comme dans la comédie romantique, l'objectif n'est plus de livrer de simples films "à la manière de", toujours perdants au jeu des comparaisons, mais de tenter de surclasser les spécialistes du genre à la faveur d'une écriture exigeante et d'un enrobage adéquat. Il n'y a qu'à observer son générique pour comprendre que L'arnacœur nourrit ce genre d'ambition : un directeur de la photo reconnu - Thierry Arbogast, compère de Luc Besson -, un co-scénariste venu de la série Damages, une actrice connue mondialement pour des raisons certes annexe... De quoi en faire l'une des comédies romantiques de référence de la décennie qui vient de s'ouvrir.
Hélas, malgré son incontestable professionnalisme - chaque centime dépensé se voit à l'écran -, L'arnacœur rate en partie son cible pour une raison majeure : un évident manque de charme. Pascal Chaumeil et ses auteurs passent en fait à côté de l'un des principaux enjeux posés par le postulat du film, à savoir le réchauffement progressif de ces deux personnages complètement froids, l'une parce qu'elle mène une vie rangée auprès d'un futur mari parfaitement propret, l'autre parce que sa condition de briseur de couple l'y contraint. Mais parce que l'évolution psychologique et sentimentale manque de souffle, on ne croit pas une seconde à la séduction progressive qui s'installe entre les deux protagonistes. Glaçons ils étaient, glaçons ils resteront. Et le romantisme de la chose a donc du plomb dans l'aile, malgré les jolis efforts du tandem Paradis - Duris.
Il faut du coup se contenter des nombreux à-côtés qui jalonnent le film, à commencer par des seconds rôles plutôt épatants. Comme à son habitude, François Damiens est capable de déclencher des fous rires en une réplique, un geste ou un rictus. Dans un autre registre, Helena Noguerra étincelle en salope sans gêne et livre un show aguicheur et dévastateur. Les gesticulations de ces personnages secondaires sont l'atout numéro un de L'arnacœur, beaucoup plus attachant dès qu'il s'écarte de son sujet. C'est la grande maladie du film : on en retient certains détails mais pas l'essentiel. L'exemple le plus criant de ce mal est la scène de danse calquée sur Dirty dancing - le personnage de Paradis en est fan - qui aurait dû être un grand moment de sensualité et de romance, mais se résume à une chorégraphie appliquée mais sans âme, aussitôt vue aussitôt oubliée. Il y a encore du boulot pour atteindre le niveau d'un auteur tel que Richard Curtis.




L'arnacoœur de Pascal Chaumeil. 1h45. Sortie : 17/03/2010.

27 févr. 2010

César 2010 : mon palmarès

Bien entendu que ça n'a aucun intérêt, aucune importance, et que la cérémonie ne manquera pas d'être ennuyeuse en dépit du travail forcément titanesque de Valérie et Gad. Mais, comme tous les ans, le palmarès ne satisfera personne, et les râleries vont se multiplier, au premier degré ou non. Afin de ne pas hurler avec la meute après une cérémonie que de toute façon je ne regarderai pas, voici donc mes Césars à moi, avec en prime mes vrais lauréats, ceux pour lesquels j'aurais voté s'ils avaient été nommés... et si on me l'avait demandé.





Meilleur film
parmi les nommés : À l'origine de Xavier Giannoli
dans l'absolu : Les derniers jours du monde d'Arnaud et Jean-Marie Larrieu

Meilleur réalisateur
parmi les nommés : Xavier Giannoli (À l'origine)
dans l'absolu : Mia Hansen-Løve (Le père de mes enfants)

Meilleur acteur
parmi les nommés : François Cluzet (À l'origine)
dans l'absolu : Louis-Do de Lencquesaing (Le père de mes enfants)

Meilleure actrice
parmi les nommés : Kristin Scott Thomas (Partir)
dans l'absolu : Chiara Caselli (Le père de mes enfants)

Meilleur second rôle masculin
parmi les nommés : Niels Arestrup (Un prophète)
dans l'absolu : idem.

Meilleur second rôle féminin
parmi les nommés : Audrey Dana (Welcome)
dans l'absolu : Omahyra Mota (Les derniers jours du monde)

Meilleur espoir masculin
parmi les nommés : Tahar Rahim (Un prophète)
dans l'absolu : Reda Kateb (Qu'un seul tienne et les autres suivront)

Meilleur espoir féminin
parmi les nommés : Soko (À l'origine)
dans l'absolu : Alice de Lencquesaing (Le père de mes enfants)

Meilleur scénario original
parmi les nommés : Xavier Giannoli (À l'origine)
dans l'absolu : Mia Hansen-Løve (Le père de mes enfants)

Meilleure adaptation
parmi les nommés : Alex Réval, Laurent Herbiet (Les herbes folles)
dans l'absolu : Arnaud & Jean-Marie Larrieu (Les derniers jours du monde)

Meilleure musique
parmi les nommés : Cliff Martinez (À l'origine)
dans l'absolu : idem.

Meilleur son
parmi les nommés : Brigitte Taillandier, Francis Wargnier, Jean-Paul Hurier (Un prophète)
dans l'absolu : idem.

Meilleurs décors
parmi les nommés : François-Renaud Labarthe (À l'origine)
dans l'absolu : Riton Dupire-Clément (Les derniers jours du monde)

Meilleurs costumes
parmi les nommés : Charlotte David (OSS 117 : Rio ne répond plus)
dans l'absolu : idem.

Meilleur photo
parmi les nommés : Glynn Speckaert (À l'origine)
dans l'absolu : idem.

Meilleur montage
parmi les nommés : Juliette Welfling (Un prophète)
dans l'absolu : idem.

Meilleur premier film
parmi les nommés : Espion(s) de Nicolas Saada
dans l'absolu : idem.

Meilleur film documentaire
parmi les nommés : L'Enfer d'Henri-Georges Clouzot de Serge Bromberg et Roxandra Medrea
dans l'absolu : Irène d'Alain Cavalier

Meilleur film étranger
parmi les nommés : Harvey Milk de Gus van Sant
dans l'absolu : idem.

Les César 2010 en critiques

En attendant mon palmarès, voici un petit récapitulatif en affiches des principales nominations pour les César 2010, dont la cérémonie aura lieu ce soir.
Passez la flèche sur l'affiche pour voir le nom du nommé. Et cliquez pour lire la critique...

Meilleur film




Meilleur réalisateur




Meilleur acteur




Meilleure actrice




Meilleur second rôle masculin




Meilleur second rôle féminin




Meilleur espoir masculin




Meilleur espoir féminin




Meilleur scénario original




Meilleure adaptation




Meilleur premier film




Meilleur film documentaire




Meilleur film étranger




Également nommés




Cliquez ici pour retrouver la liste complète des nominations.
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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