31 janv. 2010

Blogs cinéma, le best of | S03E21


Tiens, Avatar est encore présent dans le best of ! Et en double qui plus est... Mais ne manquez pas l'excellent dossier sur les affiches de films français, il vaut le détour.

Cineblogywood : Avatar 2, le pitch exclusif
Filmgeek : une décennie d'affiches françaises originales
Cinefeed : Avatar coule Titanic
Rob Gordon a toujours raison : Top 5 Joel & Ethan Coen

HORS DE CONTRÔLE

Question pour des champions : quel est le dernier film avec Mel Gibson à être sorti sur les écrans français ? Il faut remonter huit ans en arrière pour trouver la réponse : Signes, dans lequel l'acteur interprétait un bon père de famille plus vraiment sûr de sa foi. Entre les deux, il a réalisé deux films mais s'est surtout fait remarquer pour ses dérapages multiples et variés. Alcoolisme, antisémitisme, intégrisme religieux : la liste est longue. Alors, pour se relancer, Mel revient au cinéma. Sa tactique ? Interpréter un papa qui fait ce qu'il faut pour trouver lui-même les clés du meurtre de sa fille, moins pour tenter de passer à autre chose que pour se régaler d'une vengeance pétrie de violence. De quoi se réconcilier, c'est sûr, avec les plus extrêmes des électeurs républicains. En revanche, pour ce qui est de reconquérir les spectateurs, l'affaire semble bien mal embarquée. Car Hors de contrôle, malgré quelques tentatives, n'est qu'une énième charlesbronsonerie. Ou, pour employer un jargon plus orthodoxe, un vigilante movie de plus.
Au début, on a donc Mel - qui a pris des rides, et du bide, dites donc - qui retrouve sa fille, jeune ingénieur travaillant dans une centrale nucléaire - pas mal, à 24 ans. Le film insiste bien sur le job de la demoiselle, des fois que le spectateur idiot ne comprenne pas tout de suite que cela est lié au drame qui va suivre. Car la pauvre jeune fille, après avoir vomi dans son assiette et saigné du nez, est soudain abattue dans la rue par des vilains à cagoule. Au départ, tout le monde croit que Mel était la cible et que les méchants ont mal visés. Tout le monde ? Non : Mel n'est pas dupe, et le spectateur non plus. La suite se résume en une longue et lente enquête sur les chemins de l'industrie du nucléaire, ravagée par les enjeux financiers et les manipulations politiques. Le plus agaçant dans ce Hors de contrôle relativement ennuyeux, c'est qu'il tente de nous faire prendre sa vessie vigilante pour une lanterne film politique, alors qu'il n'en a ni le coffre ni l'intelligence. Là où, en France et sur un thème un peu différent, Le nouveau protocole proposait un développement pertinent, documenté mais néanmoins haletant, le film de Martin Campbell fait progresser ce flic monolithique dans les méandres inintéressants et grossiers de cette affaire légèrement radioactive. Et, très concrètement, on s'en fout.
Car au-delà du scénario sans aspérité, il y a cette mise en scène impersonnelle et pleine de grumeaux qui est sans doute un choix conscient de la part d'un Martin Campbell rarement manchot, mais qui montre que ce qui fascine avant tout le réalisateur est l'aspect vengeance froide du film. Et en effet, ça charcle. Fidèle à son idéologie personnelle et aux nombreuses têtes brûlées qu'il a incarnées par le passé, Mel Gibson s'en donne à coeur joie - mais sans sourire, deuil oblige - pour faire pleurer leur mère aux méchants cyniques qui lui ont pris la chair de sa chair. Ces grosses scènes d'action qui tachent peuvent éventuellement satisfaire la brute épaisse qui sommeille en chacun (?) d'entre nous, et dont de toute façon ce qu'il y a de mieux dans ces presque deux heures de très long-métrage. La conclusion, elle, constitue sans doute ce qu'il y a de pire : on voit le héros et sa fille marcher vers une lumière blanche, visiblement rassasiés et réunis par cette bonne grosse vendetta bien sanglante, où les coups de feu pète-tympans n'ont cessé de pleuvoir. Le cas Gibson semble toujours aussi désespéré.




Hors de contrôle (Edge of darkness) de Martin Campbell. 1h48. Sortie : 17/02/2010.

30 janv. 2010

LA PRINCESSE ET LA GRENOUILLE

Ça fait parfois un bien fou de revenir aux sources, ou en tout cas d'en avoir l'impression. Au beau milieu de la révolution permanente qui s'opère en terme de techniques d'animation, à une époque où l'opium semble être devenu l'opium du peuple, les réalisateurs de La petite sirène et Aladdin nous prennent par surprise avec ce film en 2D, variation autour du mythe de la princesse et de la grenouille (on s'en serait douté, vu le titre). Si La princesse et la grenouille fonctionne, c'est d'abord par la profonde nostalgie dans laquelle il nous plonge, celle où quelques coups de crayon suffisaient à croquer deux héros sympathiques et leurs petits compagnons rigolos. Voir le film dans une salle pleine de marmots est extrêmement parlant : les enfants reviennent à un plaisir immédiat et simplissime, animés par des sentiments purs et nobles. La princesse est « vraiment trop belle », le vilain « trop trop méchant »...
Ne soyons pas dupes pour autant : oui, La princesse et la grenouille fait penser aux Disney à l'ancienne ; non, il n'en a pas tout à fait le cachet. Le numérique et l'informatique ont fait leur place, et même les plus sincères des artisans hollywoodiens semblent avoir bien du mal à se contenter d'un crayon bien taillé et d'une gomme blanche. Cela se ressent dans les textures et les couleurs : le film "fait" vieux, mais il est loin d'avoir cette patine si charmante. Ce qui empêche sans doute d'être totalement pris dans cet univers.
Un univers pas tout à fait neuf, mais heureusement remis au goût du jour avec une certaine délicatesse. Embrasser la grenouille ne permet plus de la transformer en prince ; la (future) princesse du titre est la première à avoir la peau noire... Le film se balance sans arrêt entre sa vocation passéiste et sa quête de modernité destructrice, et ne s'en sort après tout pas si mal. Plus qu'à son intrigue, il doit sa réussite à ses personnages. Le bad guy est un Jafar new age, effrayant et excessif ; les animaux qui entourent les héros sont des cousins de ceux de Bernard & Bianca ou du Livre de la jungle ; les chansons sont tartignoles mais pas trop, dynamisées par le swing de la Nouvelle-Orléans. On en sort avec l'envie de revoir Les Aristochats, La belle et le clochard et autres réjouissances d'alors, tout en espérant que John Musker & Ron Clements remettent ça avec encore plus de conviction.




Le princesse et la grenouille (The princess and the frog) de John Musker & Ron Clements. 1h37. Sortie : 27/01/2010.

29 janv. 2010

CHAQUE JOUR EST UNE FÊTE...

Le choix d'un titre est une étape essentielle, trop souvent prise à la légère, de l'élaboration d'un film. Sans dire que Dima El-Horr n'y a pas réfléchi, on peut envisager le fait qu'elle ait commis une erreur en nommant son premier long Chaque jour est une fête... . Avec cette affiche représentant trois femmes alanguies sur un canapé au milieu de nulle part, le spectateur potentiel risque de croire à coup sûr qu'il s'apprête à voir une énième almodóvarerie, cette fois à la sauce libanaise. Or il n'en est - presque - rien : Chaque jour est une fête... (brrr) est un film autrement plus original, très loin d'être parfait mais ayant au moins le mérite de tenter des choses.
Le film raconte le voyage de trois femmes prenant le bus pour se rendre à la prison des hommes, où se trouvent leurs maris. L'infortune les contraindra assez vite à poursuivre le voyage par leurs propres moyens, ce qui leur permet d'effectuer quelques rencontres et de faire le point sur elles-mêmes. Mais, plus qu'un road movie semi-pédestre, Chaque jour est une fête... a l'ambition d'être un film sur le Liban en général, pris comme ces femmes au coeur d'une tourmente qu'il n'a pas initié, sans cesse tiraillé entre un passé douloureux et un futur inquiétant, voire écartelé entre des idéologies opposées qui peinent à cohabiter. Le no man's land qui sert de décor au film traduit cette perte de repères d'une nation n'ayant jamais vraiment réglé ses problèmes. C'est sa puissance symbolique qui offre au film ses plus belles phases, Dima El-Horr parvenant à traduire le désarroi d'une population à travers le regard d'une poignée de personnages.
Le symbolisme est aussi la limite du film, tant il écrase tout le reste. On finit par se rendre compte que les femmes sont toutes décrites comme des héroïnes parcourues par un vrai questionnement intérieur, s'enrichissant au contact des autres et désirant réellement faire avancer les chose. Impossible de discuter cela ; le problème, c'est qu'en face les hommes sont soit absents, soit pervers, soit morts. D'où l'impression d'assister à un film binaire, qui en voulant faire de la femme un modèle de vertu pratique un sexisme souvent assez radical qui ne donne plus envie de croire aux personnages. C'est là toute la maladresse de ce premier long qui veut bien faire, qui veut trop dire, et qui pèche par manque de mesure. Mais la forme, pleine de jolis accidents et de plans culottés, compense allègrement les petits errements scénaristiques d'un film qui vaut tout de même mieux que son titre digne d'une chanson de Patrick Sébastien.




Chaque jour est une fête... de Dima El-Horr. 1h22. Sortie : 27/01/2010.
Critique publiée sur Écran Large.

Le questionnaire de Rob | #5 | Marc

Cette semaine, j'ai soumis mes questions à Marc Gibaja, créateur de La Minute Blonde, metteur en scène de théâtre, réalisateur de Ma vie n'est pas une comédie romantique, et mec sympa (c'est important). Merci à lui.



Todd Solondz, un slip (de Clint Eastwood ?), Herbie Hancock, Festen.



01. Le film que vous possédez mais que vous n'avez jamais vu ?
Dialogue avec mon jardinier, que je ne compte jamais regarder.

02. L'album qui ferait une excellente bande originale ?
Secrets d'Herbie Hancock.

03. Le biopic que vous ne voulez surtout pas voir ?
La vie de ma mère.

04. La scène la moins érotique de l'histoire du cinéma ?
La moins érotique je ne sais pas, mais la plus excitante est sans contestation possible la copulation d'escargots dans Microcosmos.

05. Le film que tout le monde a vu sauf vous ?
Avatar.

06. Le film que tout le monde a détesté sauf vous ?
G.I. Joe... eh oui je sais, j'ai honte.

07. La personnalité qui devrait faire du cinéma ?
Il suffit d'être "vu à la télé" aujourd'hui pour faire du cinéma, alors posons plutôt la question des "personnalités" qui devrait ARRÊTER de faire du cinéma.

08. Le film de 2025 que vous attendez le plus ?
Le cinéma n'existera plus en 2025... et moi non plus d'ailleurs, si j'arrête pas de boire.

09. Le film des mois à venir qui va vous décevoir ?
Shutter Island parce que je connais déjà la fin.

10. Le cinéaste avec qui vous aimeriez boire des coups ?
Todd Solondz, histoire de dire du mal des humains.

11. L'objet auquel vous aimeriez consacrer un film ?
Le slip de Clint Eastwood, joli titre non ?

12. La réplique que vous aimeriez connaître par coeur ?
« Chapter one. He adored New York City... He idolized it all out of proportion... » etc...

13. L'acteur/actrice en qui vous vous reconnaissez ?
Christina Ricci... enfin, je ne sais pas si je me reconnais en elle, mais j'aimerai bien entrer "en elle".

14.. Le festival que vous aimeriez créer ?
Le "Festival des films que l'on devrait faire et que l'on ne fait pas par manque d'ambition, de moyen, d'audace."

15. La chose qu'on ne devrait plus jamais voir au cinéma ?
Samuel Le Bihan.

16. La place idéale dans la salle de cinéma ?
À côté d'Uma Thurman à l'avant première de Pulp Fiction.

17. Le nom d'acteur/réalisateur que vous n'arrivez pas à retenir ?
J'ai longtemps confondu les Anderson, Wes et Paul Thomas, mais bon ce sont tous les deux des fils d'Ander et ils ont autant de talent l'un que l'autre alors c'est pas bien grave.

18. Le métier de cinéma auquel vous ne comprenez rien ?
Commercial.

19. Le conseil à donner à un ado qui veut faire du cinéma ?
Perce-toi les boutons et filme en gros plan, un jour ça pourrait te coûter très cher en effets spéciaux pour reconstituer quelque chose d'aussi parfaitement répugnant.

20. La question que vous aimeriez ajouter à ce questionnaire ?
"Le Film que vous avez honte d'avoir vu."
"L'acteur ou réalisateur dont vous avez été surpris d'apprendre la mort parce que vous le croyiez mort depuis longtemps."

21. Le film à regarder le 24 décembre au soir ? (question ajoutée par Emmanuelle)
Si l'on est seul le 24 au soir, j'imagine que l'on doit adorer Festen.

22. L'acteur connu dont vous oubliez toujours qu'il a joué dans un de vos films préférés ? (question ajoutée par Raphaël)
Harrison Ford dans Apocalypse Now ou Jeff Goldblum dans Annie Hall.

23. Le film que vous prétendez aimer alors qu'en fait pas vraiment ? (question ajoutée par Rémi)
Le film du réalisateur à qui je suis obligé de serrer la main dans une soirée à la con.

24. Le film que vous êtes le seul à détester ? (question ajoutée par Charlotte)
Into the Wild, la plus ennuyeuse crise d'ado du cinéma !

28 janv. 2010

LE REFUGE

Onzième long en autant d'années pour François Ozon, le français qui tourne plus vite que son ombre - le douzième, Potiche, serait même prêt ou presque. Depuis ses débuts à la fin du siècle dernier, Ozon s'est non seulement distingué par une certaine boulimie filmique, mais aussi et surtout par la variété des sujets et des ambiances abordés. D'où un cinéma souvent perturbant, extrêmement hétérogène de par la qualité des oeuvres, mais donnant toujours envie de voir la suite tant le cinéaste semble bouillonner sans cesse d'idées et de projets. Il a suffi de deux films, Ricky et ce Refuge, pour que la fascination créée par sa filmographie passée se mue en une affliction grandissante. On parlait plus haut de boulimie, et c'est désormais l'impression qui domine : ces temps-ci, Ozon semble faire des films pour faire des films, sans prendre le temps d'en évaluer l'intérêt et l'utilité. « Faire un film sur une femme enceinte » : c'est ce qui a, selon ses propres mots, motivé l'envie de monter ce film. Armé d'un scénario faisant deux pages - c'est encore lui qui le dit -, flanqué d'une Isabelle Carré enceinte pour de vrai, Ozon a alors pris sa caméra et est parti à l'aventure.
S'il est vrai que les films les moins écrits sont parfois les plus empreints de vérité et de sincérité, il faut savoir que ce n'est pas toujours le cas et qu'il faut quand même quelques idées, partis pris, contraintes, que sais-je encore, pour accoucher de l'oeuvre épidermique pouvant naître de cette quasi-improvisation. Si l'exposition est tétanisante et excellemment mise en scène, le reste ne consiste qu'en une succession de rencontres souvent vides de sens et d'interminables atermoiements qui au final ne débouchent sur rien. On aimerait vibrer pour cette Mousse esseulée, qui se raccroche finalement au seul homme qui ne semble pas la désirer, et subit sa maternité sans y prêter attention, ne levant pas le pied et continuant à marcher, danser, picoler comme si l'avenir de son bébé était foutu quoi qu'elle y fasse. Le courant passe très sporadiquement, et l'absence de toute ligne directrice se fait cruellement sentir tant chaque petit moment de vie ou de grâce s'évapore aussi vite qu'il était venu.
Lorsqu'elle croise un homme attiré sexuellement par les femmes enceintes ou une plagiste si fascinée par son ventre rond qu'elle en devient inquiétante, Mousse nous rappelle les grands personnages des meilleurs Ozon, toujours troublés d'être des objets de désir et finissant tant bien que mal par assumer ce statut. Ces étranges rencontres sont hélas trop courtes et trop hachées pour créer autre chose qu'une impression de superficialité. Le reste n'est que remplissage, transformation maladroite d'un postulat intéressant - ce qui caractérisait déjà Ricky. C'est là qu'est le plus fâcheux : Ozon aurait-il perdu le fil de ses propres obsessions ? Tourner autant serait-il devenu une façon d'oublier son manque d'inspiration ? Son talent est pourtant loin d'être évaporé, comme le prouve la très belle pièce d'ouverture, silencieuse et inquiétante, mettant en scène ce pathétique couple de drogués que ses excès vont rapidement mener à sa perte. Encore jeune, toujours plein d'avenir, le cinéaste devrait prendre de longues vacances, se retrouver un peu, et finir par retrouver l'inventivité qui fut la sienne pendant pas loin de dix ans...




Le refuge de François Ozon. 1h30. Sortie : 27/01/2010.
Critique publiée sur Écran Large.

27 janv. 2010

GAINSBOURG (VIE HÉROÏQUE)

Juste après le générique final de son Gainsbourg, Joann Sfar insère une de ses propres citations en guise de note d'intention. Orgueil ou manque de confiance ? Nombrilisme ou tentative maladroite de justifier des partis pris qui divisent ? On ne sait pas. Tout comme on se gardera bien d'émettre un avis définitif sur cette (Vie héroïque) aux allures de patchwork, qui supporte difficilement une appréciation d'ordre global. Sfar nous convie à un défilé d'errances oniriques, d'évènements plus ou moins célèbres, de divagations en tous genres. Il construit ses séquences comme les planches d'une bande dessinée, s'imposant un nombre maximum de cases pour raconter telle ou telle chose avant de passer inexorablement à la page suivante et à un autre pan, fantasmé ou non, de la vie de l'homme à la tête de chou.
Annoncé comme un conte, Gainsbourg (vie héroïque) en est-il vraiment un ? Oui, par bribes. La première partie, dans laquelle il est flanqué d'un double encombrant et caricatural, joue cette carte avec malice et inventivité. Cette conscience surdimensionnée, aux doigts longs et maigres, est un compagnon troublant, dérangeant, parfois comique. On retrouve les obsessions sfariennes et même son coup de crayon, utilisé à plus d'une reprise dans les dessins faits par les personnages ou au gré de quelques flashs animés. Pas une date, un fil conducteur ténu, peu de passages obligés : là, le film se démarque du biopic avec une aisance assez charmeuse. Sfar tente beaucoup, se prend forcément les pieds dans quelques tapis, mais son évocation de Gainsbourg reste toujours digne, à la fois extrêmement distante - pas de compassion qui tienne - et totalement intime - le personnage insaisissable devient soudain compréhensible, donc humain. Quel miracle d'avoir trouvé en Éric Elmosnino un semi-sosie doublé d'un acteur fin, racé, délicat ou excessif si besoin, mais rarement dans l'imitation. Et quand il emprunte une ou deux mimiques à l'artiste, on sent davantage de tendresse que de malice. Bref, c'est une bonne idée de ne pas avoir engagé Patrick Sébastien pour le rôle.
La seconde moitié n'a rien de scandaleux mais rentre progressivement dans le rang, jusqu'à ressembler à une simple biographie où subsisteraient heureusement quelques rares signes de fantaisie. C'est comme si ses rencontres successives avec des femmes superbes empêchaient désormais Gainsbourg d'être le personnage torturé et passionnant
qu'il était jusqu'alors. Si la partie Juliette Greco, arrivant tôt dans le film, est sensuelle et déconcertante, les épisodes amoureux qui suivront sont bien plus inégaux, flirtant avec une normalité qui fait trop vite retomber sur Terre. On est loin des gueules enfarinées et surmaquillées d'Olivier Dahan et compagnie, d'autant que Sfar n'est absolument pas intéressé par les ruptures hystériques et les dépressions sous Prozac, mais la juxtaposition de ces histoires d'amour (de baise ?) n'apprend pas grand chose sur le personnage et n'imagine rien de sa vie intérieure. Casta est bonnasse mais son imitation de Bardot est bien vaine ; Mylène Jampanoï fait tapisserie en Bambou ; Lucy Gordon s'en sort mieux pour Birkin mais c'est insuffisant. Un vrai conte aurait laissé de côté les heures funestes de Gainsbourg, ou les aurait traitées moins frontalement. Un vrai conte ne filmerait pas la Jamaïque à la manière d'un vieux clip de Lavilliers. Un vrai conte n'intégrerait pas une séquence comme celle de la Marseillaise. Il existe une véritable dichotomie au sein de Gainsbourg (vie héroïque) : la première heure ressemble à un premier film, avec un trop plein d'idées enthousiastes mais pas toujours contenues, et la seconde à un deuxième film, qui tente de reproduire - en moins bien - les bons points du précédent. On attend donc le troisième film de Joann Sfar, qui pourrait en faire définitivement un cinéaste intéressant ou le renvoyer sans pitié encrer des cases pour l'éternité.




Gainsbourg (vie héroïque) de Joann Sfar. 2h10. Sortie : 20/01/2010.
Autre critique sur Une dernière séance ?.

26 janv. 2010

TAMS #2 du 27 janvier 2010 | J'♥ boire des films

Il y a 6 semaines avait lieu la première édition du TAMS, ce fameux jeu à base de shooters de café* organisé par les excellents gens de Vodkaster. Par modestie, je préfère ne pas révéler qui a remporté le jeu au terme d'une mort subite épique, mais la réponse est ici.
Mercredi 27, on remet ça : la deuxième édition de ce jeu cinéphile (dont les règles se trouvent ici) se déroulera à l'UFO à partir de 21h. Sept participants, un seul gagnant, et la gloire au bout du chemin pour celui qui parviendra à terrasser les six autres.
L'UFO, se trouve au 49 rue Jean-Pierre Timbaud (Paris 11ème), métro Parmentier (ligne 3). Venez, comme moi, prendre un grand plaisir à voir ces gens shootés au café* tenter de reconnaître des films et d'abattre des cartes. Sûr que ce sera aussi amusant que de participer.
Pour plus d'infos, direction la page Facebook de l'évènement.
*café : synonyme de vodka.

IN THE AIR

Jason Reitman avait charmé pas mal de monde avec Juno, mais avait également exaspéré une bonne partie de l'auditoire. Toujours dans le registre faussement indépendant qui a fait son succès, son troisième long risque quant à lui de créer une certaine indifférence, et ce malgré la présence de George Clooney dans le rôle principal. Dans une certaine mesure, In the air marque un coup d'arrêt pour le style Reitman, et montre les limites d'un réalisateur qui devra aller chercher plus loin pour réussir ses prochaines oeuvres. Ce qui frappe d'abord, c'est à quel point le Ryan Bingham joué ici par Clooney ressemble au Nick Naylor incarné par Aaron Eckhart dans Thank you for smoking. Tous deux sont les employés forcément cyniques d'une grosse boîte qui les utilise pour effectuer de bien sales besognes avec un semblant de classe. Tous deux parcourent les États-Unis pour convaincre, mentir, embrigader. Mais quand Naylor allait jusqu'au bout de sa logique, prenant un vrai pied à défendre le lobby du tabac et ne se remettant en cause que de façon très éphémère, Bingham nous joue soudain le coup du mec qui ne veut plus être un salaud.
On se trouve typiquement dans ce genre de film qui commence par nous appâter avec un cynisme bien senti - mais tellement à la mode qu'il finit par devenir conventionnel - avant de nous faire comprendre à quel point c'est mal d'avoir osé s'amuser du mode de pensée de son héros. Le mécanisme de la culpabilité est l'un des pires fléaux qui ravagent le cinéma contemporain : on ne voit pas un film pour recevoir une leçon de morale, en tout cas pas si elle est effectuée à la manière d'un vieux professeur réac, avec sermon empesé et petite tape sur les doigts. La moralité de In the air, c'est que nous sommes tous des salauds, et que les plus pourris d'entre nous finiront forcément par être châtiés. Le film se fait moins lourd lorsqu'il indique qu'une rédemption tardive n'est pas l'assurance d'une fin de vie réussie : le problème, c'est qu'il emploie pour cela quelques rebondissements assez éculés. Là scène où Bingham, qui vit presque uniquement entre les hôtels et les aéroports, fait un speech au futur époux de sa soeur pour lui expliquer les bienfaits du mariage et la beauté de la vie sédentaire et conjugale, est l'un des sommets meringués du film. S'il y a du second degré là-dedans, alors il est très bien caché.
Non content de virer des gens toute la journée - c'est son job -, de lutiner régulièrement l'une de ses semblables lorsqu'il est hébergé dans le même hôtel et de mépriser la vie de cons de tous ces cons qui ont choisi de faire comme tous ces cons qui font des enfants cons dans des maisons à la con, Bingham collectionne aussi les miles. Oui, ces points qui offrent des avantages et privilèges en tous genres. Il espère entrer dans la légende en devenant l'un des premiers à dépasser les 10 millions engrangés. Que fait Reitman de cette quête improbable ? Une nouvelle critique de la superficialité, dont l'issue sera encore plus pathétique que le reste. Les intentions ne sont pas méprisables, mais la façon de les faire aboutir est plus que pachydermique. Rappelons-nous le plaisir pris à voir Adam Sandler collectionner les points des parts de pudding dans Punch-drunk love... Ici, rien. Tout est prétexte à morale, à leçon, et rend le film totalement étouffant. George Clooney a beau faire le show, sa prestation ne suffit pas à débrider un peu cet In the air qui plie sous le poids des conventions, tente régulièrement de relever la tête, mais finit par rompre mollement et tristement.




In the air de Jason Reitman. 1h50. Sortie : 27/01/2010.

Top 5 : Joel & Ethan Coen

Suite au concours A serious man, voici donc le top 5 des films des frères Coen selon les lecteurs du blog orange, ainsi que le mien.

Le vôtre donne ceci :

Le mien donne cela :

La conclusion, c'est que je préfère mon top 5 au vôtre, mais que c'est un peu normal.
L'information-clé, c'est que moins de 2% (foi de matheux) des participants n'ont PAS mis No country for old men dans leur top, alors que moi-même je le classe sixième (et encore, sans compter A serious man, qui est une tuerie et qui figurerait ici si je ne l'avais pas classé hors catégorie). Fargo et The big Lebowski sont presque aussi omniprésents, les autres se partageant les miettes qui restent.
Allez hop, dans une semaine on recommence pour les films avec John Malkovich. Les résultats risquent d'être beaucoup plus variés, si j'en crois les premiers votes. Pour voter, c'est ici que ça se passe...

25 janv. 2010

UNE EXÉCUTION ORDINAIRE : 10x2 places à gagner


Grâce à Studio Canal, gagnez 10x2 places pour aller voir Une exécution ordinaire, premier film de l'écrivain Marc Dugain, qui bénéficie d'un très joli casting : Marina Hands, André Dussollier, Édouard Baer, Denis Podalydès... Sortie le 3 février.
Pour cela, envoyez-moi un petit mail (rob.raison@gmail.com) en précisant votre adresse postale et votre réponse à la question suivante :
Quel autre film avec Denis Podalydès et André Dussollier est inspiré d'un roman de Marc Dugain ?
Fin du concours mercredi 3 février à 23h. D'ici là, bonne chance...

Entretien avec Bong Joon-ho : « Tellement d'histoires à raconter »

Hôtel de l'Abbaye, mercredi 9 décembre. Confortablement installés devant la cheminée, 8 blogueurs un peu impressionnés s'apprêtent à rencontrer Bong Joon-ho. Deux groupes de 4 se succèderont devant un réalisateur coréen accueillant et disert, que la barrière de la langue n'empêche pas d'être chaleureux.
Pour ma part, c'est avec Melissa, pL et Chandleyr que j'ai effectué cet entretien. Tout cela grâce notamment à Florian et Jérôme pour l'organisation, ainsi qu'à l'interprète du cinéaste et à Caro pour ses photos.




Entretien > D’où part l’idée du film ? Du personnage de la mère ?

Bong Joon-ho - Tout a commencé avec une actrice, Kim Hye-ja, qui m’a décidé à faire ce film. C’est une grande actrice, une icône en Corée du Sud. Je voulais l’utiliser de manière différente en lui faisant jouer quelqu’un de fou alors qu’elle était habituée à des personnages chaleureux, vertueux. Elle a toujours joué des rôles de mère, c’est un peu la «
mère nationale » du cinéma coréen. J’ai voulu réexploiter cette figure en me concentrant sur la relation mère-fils. Si Hye-ja avait refusé le rôle, je pense que le film ne se serait pas fait. Je n’imaginais personne d’autre dans ce rôle-là.


Plus qu’un film à suspense ou un portrait de femme, Mother est davantage un film sur la recherche de l’oubli.

Exactement. Le souvenir est une sorte de sous-texte du film. Le film est plein d’ironie : le fils oublie tous les éléments importants dont il devrait se souvenir ; en revanche, il se rappelle parfaitement ce qu’il aurait intérêt à oublier, notamment un traumatisme d’enfance.
Même si c’est complètement fictionnel, je parle dans le film d’un point d’acupuncture situé sur la cuisse qui nous permettrait d’oublier tous les mauvais souvenirs. Les médecins orientaux risquent de s’arracher les cheveux en voyant cela, mais c’est une volonté de ma part : je voulais montrer à quel point il est douloureux de vivre avec un souvenir qu’on veut effacer mais qu’il est impossible de faire fuir. D’où une scène où la mère se pique elle-même pour tenter d’oublier : le spectateur sait que c’est en vain, tant cette douleur est éternelle et sans issue.








L’humour occupe une place importante. Était-il important de le mélanger à d’autres genres, comme le thriller ou le polar ?

Dans la vie courante, y compris dans les moments les plus douloureux, il y a toujours des instants qui peuvent prêter à rire, même si cela peut paraître gênant de rire du malheur des autres. C’est pourquoi il y a beaucoup d’humour noir dans mes films. Mais je n’attache pas vraiment d’importance au fait que certaines personnes puissent rire à gorge déployée ou prennent ça à la légère. Je suis assez à l’aise avec ce genre de situation, je ne cherche pas à ce qu’une scène fasse absolument rire tous les spectateurs.
Par exemple, la scène où le fils casse le rétroviseur aurait pu être une scène de comique absurde, mais tout dépend de la manière dont on filme une scène. J’ai toujours envie de filmer de façon très réaliste et de ne surtout pas exagérer pour forcer le spectateur à rire.


Le film touche à beaucoup de genres. Y a-t-il un genre particulier vers lequel vous voudriez tendre ?

Pour moi, le genre n’est pas un but en soi. Ici par exemple, le but était avant tout de parler d’une mère qui se trouve prise dans des situations extrêmes. Cela m’a mis petit à petit sur le chemin du thriller. Même chose pour mes films précédents : pour
The host, je ne me suis pas dit « je vais faire un film de monstres », etc… L’histoire et les personnages me guident, et le genre devient ensuite un moyen de raconter ces histoires. Cela m’amène donc à explorer beaucoup de genres différents. En revanche, il y en a un que je suis sûr de ne jamais aborder : la comédie musicale. Je déteste ça…







Que pouvez-vous nous dire de votre projet d’adaptation de la bande dessinée Transperceneige ?

J’ai beaucoup aimé
Transperceneige. C’est un univers très spécial, unique, une sorte de SF sombre. En surface, mon adaptation sera très différente de mes précédents films ; mais en profondeur, pas tant que ça, car c’est un film qui parle de survie, de la condition humaine, de personnes ordinaires qui révèlent leurs véritables instincts une fois plongés dans des situations extrêmes. Ça se passe après la fin du monde : les survivants sont dans un train, se battent entre eux.


Il y a une certaine poésie qui se dégage de vos films, et ce de façon permanente. Est-ce présent à l’écriture ou est-ce que cela est une conséquence naturelle du style qui est le vôtre ?

C’est assez dur pour moi de répondre car j’ai du mal à réaliser ce qui est vraiment poétique dans mes films. Je ne sais donc pas si c’est volontaire ou si ça vient de la forme que j’utilise. Mon premier souci, c’est la narration, à savoir comment raconter une histoire le mieux possible. J’espère réussir un jour un film extrêmement poétique, mais je ne sais pas si j’en serai capable. Je suis épaté par un film comme
Elephant où l’histoire horrible n’empêche pas une certaine poésie de s’installer. Il faut un certain degré de maîtrise pour arriver à ce niveau-là.







Comment vivez-vous l’accueil de vos films chez nous et quel est votre avis sur la diffusion et le rayonnement des films asiatiques en France et en Europe ?

Comme je ne travaille pas dans la distribution, je ne sais pas ce qui se passe en coulisses. Je sais que
Memories of murder et surtout The host ont été bien distribués en France, mais que finalement ils n’ont pas très bien marché. La grande différence entre l’Europe et la Corée, c’est qu’ici il existe encore un marché du DVD alors que chez moi il s’est complètement effondré depuis quelques temps. Les films ont donc une deuxième chance d’approcher les spectateurs qui n’auraient pas vu le film en salles. Moi qui suis allé en Angleterre ou en Espagne pour la promotion de mes films, je peux affirmer que la France est un pays qui se porte bien, où l’on peut voir beaucoup de films étrangers. D’ailleurs la Corée a de plus en plus tendance, sans doute trop, à compter sur le marché français pour faire vivre ses productions locales.
Pour
The host, le distributeur Ocean Films a sorti un grand nombre de copies, dont la moitié en version française. J’avais été très étonné d’apprendre qu’en France, on double les films étrangers. On m’avait alors expliqué qu’en province beaucoup de gens préféraient voir les films en français. Pour Mother, on m’a rassuré en m’apprenant qu’il n’y aurait pas de version doublée. Ravi de savoir qu’on a fait une exception pour moi. (rires)


Il y a actuellement, en particulier à Hollywood, une vraie folie autour des remakes de films asiatiques. Quel est votre opinion sur ce phénomène ?

Il y aura un remake de
The host. Les droits ont été achetés par Universal et le film sera produit par Gore Verbinski. Il sera réalisé par Fredrik Bond, jeune anglais réalisateur de publicités. Personnellement, je n’y attache pas trop d’importance : j’ai tout donné à la société de production, c’est leur travail et pas le mien. Je suis assez philosophe. De deux choses l’une : soit le remake est génial et je serai fier d’avoir inspiré ce travail, soit c’est un gros navet irregardable et je serai content de me dire que mon film est le meilleur.
J’ai tellement d’histoires à raconter que les suites et les remakes ne m’intéressent pas trop en tant que cinéaste. J’ai toujours envie d’aller vers quelque chose de nouveau, d’essayer de réaliser encore un film avant de mourir. En ce moment, je travaille déjà sur le film qui suivra
Transperceneige.



Mother (Madeo) de Bong Joon-ho. 2h10. Sortie : 27/01/2010.
Lire aussi la critique.

MOTHER

À lire : l'interview du réalisateur.

Chez Bong Joon-ho, la poésie n'a pas de limites. Elle se niche partout, d'étangs en rues commerçantes, de voitures de police en champs de blé. Le metteur en scène trouve sa singularité dans sa façon même pas calculée d'extraire le beau de chaque scène, y compris la plus sordide, et de faire ainsi se télescoper magie des sens et réalité sordide. Par certains de ses thèmes, Mother ressemble fort à Memories of murder, le film qui a fait connaître le cinéaste, notamment parce que les deux partent d'une affaire criminelle montrant l'incompétence des autorités et l'obstination de certains protagonistes à aller jusqu'au bout quel que soit le prix à payer. Mais si Memories of murder se plaçait du côté des enquêteurs, Mother fait le choix bien plus déchirant d'adopter le point de vue de la mère du principal suspect, un jeune homme un peu limité qui a croisé la victime peu de temps avant sa mort.
Le choix d'une telle héroïne rend l'ensemble absolument déchirant, et ce dès l'ouverture du film. On y voit cette femme marcher dans un grand champ de blé, s'approcher de la caméra et entamer une danse assez inattendue. Symbole du lâcher prise d'une mère s'étant donnée corps et âme pour préserver l'intégrité morale d'un fils incapable d'assurer lui-même sa défense. On entrera ensuite, lentement mais sûrement, dans une affaire de meurtre relativement simple. Nul besoin en effet d'en complexifier les rouages : l'important est moins le whodunit en lui-même que la façon dont la mère va dépenser ce qui lui reste d'énergie pour défendre bec et ongles son rejeton si fragile, qui s'auto-détruit à force de ne pas pouvoir aider les autorités. Dans le film, cette mère n'a d'ailleurs pas de nom : façon, confirmée par le titre, de rendre un hommage universel à ces femmes souvent prêtes à mettre leur existence entre parenthèses au profit de ceux qu'elles ont enfantés.
Et tant pis si les méthodes utilisés par la mother en question vont régulièrement au-delà du tolérable : pour sauver un fils, il n'y a plus de limite, physique ou morale. Se pose-t-elle la question de la culpabilité de son Do-joon ? Oui. Connaître la réponse altérerait-il sa détermination ? Non. Et c'est dans ce ballet de manipulations, de fuites en avant et d'actes condamnables que la mère et le film déploient leur magnifique toile. Mother est un film sur l'effacement, de soi et de ses souvenirs les plus gênants, allant à rebours de la majorité des œuvres cinématographiques dans lesquelles il convient de se mettre en avant et de combattre l'oubli. La mise en scène baroque de Bong Joon-ho s'accorde à merveille avec ce scénario qui accompagne les excès de ses personnages mais n'en fait jamais trop lui-même. Mother est un film emphatique et dépressif, dont l'humour n'a jamais autant ressemblé à la politesse du désespoir.




Mother (Madeo) de Bong Joon-ho. 2h10. Sortie : 27/01/2010.
À lire : l'interview du réalisateur.
Autre critique sur Playlist society.

24 janv. 2010

Concours A SERIOUS MAN : les gagnants


Voici la liste des 10 gagnants qui pourront aller voir A serious man avec la personne de leur choix, le tout grâce à Studio Canal. Les participants furent extrêmement nombreux, merci à tous. Outre le jeu Disgrace, d'autres arriveront d'ici peu pour vous permettre de gagner de nombreuses places de cinéma...
Rendez-vous mardi pour découvrir mon top 5 des frères Coen et celui des lecteurs du blog.

Patricia (Lambersart) | Jean-Michel (Pierrefitte)
David (Saint-Drezery) | Catherine (Pulnoy)
Catherine (Hellemmes) | Nassima (Villemomble)
Florence (Calais) | Nicolas (Alfortville)
Leslie (Noisy-le-Grand) | Florea (Talence)

Blogs cinéma, le best of | S03E20


Comme depuis quelques semaines, James Cameron figure dans le best of de ce dimanche. En compagnie de Clint, Peter et César...

Cineblogywood : James Cameron présente Laser Cats 5
Filmgeek : Nominations des Césars 2010
Cinefeed : Box-office France, Clint invincible
Rob Gordon a toujours raison : Lovely bones, critique du Peter Jackson

OÙ SONT PASSÉS LES MORGAN ?

C'est vrai ça, où sont passés les Morgan ? À Ray, bled parmi les bleds du Wyoming, où la chasse au cervidé et le rodéo sont les seules occupations disponibles. Ça fait un peu bizarre quand on a vécu toute sa vie dans de beaux appartements new-yorkais. Mais ça peut permettre de renouer avec soi-même ou avec l'être jadis aimé. Oui, le nouveau Marc Lawrence est aussi tarte et prévisible que son résumé, et c'est fichtrement dommage. S'il avait réussi à dépasser son postulat avec Le come-back, il se vautre ici dans les clichés et les raccourcis, bondissant aussi prestement que possible sur toutes les oppositions binaires qui passent. Les citadins sont précieux, les campagnards sont généreux. Les uns sont égoïstes, les autres généreux. Les uns sont démocrates, les autres républicains. Où sont passés les Morgan ? n'est, la plupart du temps, que l'expression culpabilisante d'un réalisateur ayant subitement pris conscience de la superficialité de sa vie à la ville. Tout ça ne fait pas un film.
On pourrait très bien se moquer de cette mise en situation schématique, voire se réjouir de son potentiel comique, si la partie "comédie romantique" n'était pas aussi conventionnelle, pour ne pas dire miteuse. C'est donc l'histoire de deux anciens époux séparés par la force des choses, pris par des jobs accaparants qui ne leur ont même pas laissé le temps de faire des gosses. Se retrouver en tête-à-tête en pleine cambrousse finira par les réunir. Le message, c'est donc que la ville est un facteur très aggravant des situations sentimentales en péril, et qu'un petit coup de campagne suffit à régler tous les problèmes. La vie, c'est quand même d'une simplicité... Autre élément extrêmement agaçant : c'est un film où les héros n'ont pas d'âge. On tente de nous faire oublier que Hugh Grant est quasiment quinqua et que Sarah Jessica Parker est à peine plus jeune. Ils ont des problèmes de trentenaires, des attitudes de trentenaires, et finiront par résoudre leurs différends en un claquement de doigt, rattrapant le temps perdu de façon fulgurante - l'épilogue est particulièrement affligeant.
Heureusement, il y a Hugh. Même s'il est toujours dommageable de le voir s'épuiser à défendre de telles inepties, il reste l'un des rois absolus de la punchline, capable d'en débiter cinq à la minute en conservant son éternel sourire de jeune homme bien élevé. Grant a fait plus de miracles ailleurs, mais remplit plutôt bien son rôle de bouée de sauvetage pour film en perdition. Il ne fallait pas compter sur une Sarah Jessica Parker toujours aussi empesée, et qui ne sera pas crédible au cinéma tant qu'elle ne s'éloignera pas davantage de la Carrie Bradshaw qui lui colle à la peau. Dans Esprit de famille, elle jouait assez idéalement de son allure de grande bourgeoise un peu guindée ; depuis, elle erre comme une âme en peine à la recherche d'une jeunesse passée et d'un personnage qu'elle aurait sans doute aimé incarner pour l'éternité. Même l'aspect "chien dans un jeu de quilles" de l'arrivée des Morgan n'est pas transcendé par son irruption en tailleur chic. Preuve d'un manque évident d'esprit comique et de second degré, à l'image de cette rom com parfois sympathique mais souvent calamiteuse par ce qu'elle raconte comme par ce qu'elle semble dire.




Où sont passés les Morgan ? de Marc Lawrence. 1h45. Sortie : 20/01/2010.

23 janv. 2010

LE LIVRE D'ELI

Denzel Washington n'est pas un si grand acteur que ça. Le livre d'Eli permet de s'en rendre compte, puisqu'il s'y produit enfin quelque chose. Planqué derrière des lunettes noires, il est enfin occupé à autre chose qu'à placer son éternel regard évoquant compassion, fermeté et course aux Oscars. Denzel est plus que jamais convaincu par son personnage de super gardien de la dernière Bible, qui pourrait sauver le monde à condition d'être bien utilisée. Et c'est bien normal : comme son producteur Joel Silver, l'acteur est très croyant et parfaitement convaincu de la toute-puissance de Dieu et de la nécessité de mêler religion et politique. Quitte à virer très lourdement vers la droite. C'est en cela que le film des frères Hughes se distingue des autres oeuvres post-apocalyptiques de ces dernières années : il confie les clés de l'univers aux intégristes et tente de convaincre son spectateur que c'est là que réside le seul salut du monde.
Les haut-le-coeur et le goût de vomi n'interviennent heureusement qu'après un certain temps, ce qui permet de vivre la première heure du Livre d'Eli sans être pris par la nausée. Et ainsi d'apprécier l'ambiance d'après fin du monde recréée par les Hughes, dont l'originalité n'est pas le principal atout mais qui crée un pont très intéressant entre réalisme et western. Une vieille radio, un iPod à l'ancienne - même pas tactile, trop ringard - et une mine d'autres objets accentuent cette impression de désorientation temporelle, même s'il n'est pas bien difficile de définir précisément l'époque à laquelle se déroule le film. Le début du périple d'Eli est dépouillé, désabusé, mutique : il faut dire qu'il n'a pas de compagnon de route pour débattre de la beauté et de l'avenir du monde, la principale utilité du fiston de Viggo Mortensen dans La route. Les bastons sont stupéfiantes et excellemment filmées, notamment un affrontement fulgurant avec une bande de loubards, filmé en clair-obscur.
Et puis Eli croise le chemin d'un méchant prêt à tout (Gary Oldman, correct) pour récupérer ce bouquin qu'il aime tant, et comptant sans doute l'utiliser à mauvais escient. Que signifie utiliser la Bible à bon ou à mauvais escient ? On ne sait pas. C'est quand même un livre très surestimé. Mais bref : une fois la course-poursuite véritablement lancée, le film ronronne, en particulier lorsque le héros se trouve enfermé par son nouvel ennemi. Puis s'embourbe peu à peu dans cette idéologie si limite qu'on se demande si une bonne explosion qui viendrait détruire le fameux bouquin ne serait pas la meilleure issue. Mais non : la véritable conclusion du film est encore plus énorme, l'inénarrable twist final venant non seulement clore l'action de manière assez ridicule, mais aussi renforcer l'impression de dégoût amorcée quelques temps plus tôt. Certains blockbusters seraient bien plus passionnants s'ils ne tentaient pas de véhiculer le moindre message : que le plaisir soit à ce point gâché par des idées déplaisantes est tout de même salement rageant...




Le livre d'Eli (Book of Eli) d'Albert & Allen Hughes. 1h49. Sortie : 20/01/2010.

22 janv. 2010

DISGRACE : 5x2 places à gagner


Adapté du prix Nobel J.M. Coetzee, Disgrace sort en salles le 3 février prochain. Grâce à Julien de Cinétrafic et à Bac Films, gagnez 5x2 places pour aller voir ce film assez convaincant, avec un John Malkovich saisissant.
Pour cela, il suffit de m'envoyer un mail (rob.raison@gmail.com) en me livrant votre top 5 des meilleurs films avec John Malkovich, classés du 1er au 5ème (filmographie ici). Après la fin du concours (jeudi 4 février à 22h), je livrerai le nom des gagnants ainsi que votre classement. N'oubliez pas de préciser votre adresse si vous voulez recevoir vos places au plus vite...

SHIRIN

Cinéaste et vidéaste, Abbas Kiarostami poursuit avec Shirin son étude de la condition de la femme iranienne, déjà au centre d'un Ten dans lequel il filmait des conversations de taxi. Le dispositif imaginé pour Shirin va plus loin. Le film se situe dans une salle de cinéma, dans laquelle une centaine de spectateurs - des femmes en grande majorité - regarde un film justement nommé Shirin, adaptation d'un poème iranien datant du douzième siècle. De ce film-là, on ne verra jamais la moindre image ; en revanche, on entendra parfaitement les dialogues et l'ambiance sonore. À l'écran vont se succéder, pendant une heure et demie - durée du film dans le film -, des plans fixes et rapprochés sur les visages des spectatrices. Âges et postures se mélangent, mais un élément les réunit : toutes sont voilées et regardent le film avec passion.
On ne va évidemment pas voir Shirin comme n'importe quelle sortie du mercredi. On y va pour se frotter à un film-concept, s'interroger sur la justification d'un tel projet, tenter de comprendre l'exaltation des théoriciens devant une oeuvre de ce type. Difficile, après ça, de se plaindre du relatif ennui apporté par le film. Néanmoins, Shirin ressemble à une de ces installations d'art moderne que l'on peut regarder un quart d'heure avant de passer à la suite, voire de filer vers la sortie : la durée n'apporte rien, sauf pour qui parvient à se projeter une image mentale d'un film dont on ne voit rien. Elle est sans doute passionnante, l'histoire de cette princesse arménienne et de ce roi de Perse, mais la théâtralité de l'interprétation saute tellement aux oreilles qu'il devient réellement difficile de s'y impliquer.
Donc, Shirin est chiant, mais ça n'est pas réellement une surprise, et le spectateur qui s'est aventuré dans la seule salle française qui le projette l'a bien mérité. Mais s'il est vrai que l'ennui a parfois quelque chose de grisant (si si), il est beaucoup plus difficile de supporter la lourdeur ambiante. Le film de Kiarostami est si lourd de sens et de symboles qu'il finit par donner envie de s'arracher les cheveux. Pourquoi ne filmer que les femmes de cette salle, dans un grand élan de démagogie ? Pourquoi, dans les grands moments tragiques du film qu'elles regardent, insister jusqu'à la nausée sur les larmes de crocodile qu'elles s'escriment à faire couler ? Pourquoi foutre Juliette Binoche au milieu de toutes ces femmes anonymes ? Les universitaires trouveront certainement un tas de réponses passionnantes à ces questions ; à vrai dire, les autres s'en moquent, et auraient volontiers troqué un peu d'émotion sincère contre ce bloc massif de théorie ampoulée sur le visible, l'invisible et mon cul sur la commode.




Shirin d'Abbas Kiarostami. 1h34. Sortie : 20/01/2010.

Le questionnaire de Rob | #4 | Charlotte

Et c'est reparti pour un tour... Cette semaine, c'est la charmante Charlotte, blogueuse en stand-by (grrr) et concurrente émérite du TAMS #1 qui se colle à l'incroyable questionnaire du blog orange.



Du pain, Anne Roumanoff, Lady Gaga, The go ! team.



01. Le film que vous possédez mais que vous n'avez jamais vu ?
Capturing the friedmans. Et pourtant j'aimerais trouver le courage de le voir...

02. L'album qui ferait une excellente bande originale ?
Tous les albums de The go ! team.

03. Le biopic que vous ne voulez surtout pas voir ?
Anne Roumanoff.

04. La scène la moins érotique de l'histoire du cinéma ?
Dans (il me semble) Tokyo Eyes de Limosin, il y a une scène où les deux amants se lèchent l'oeil. Pas la paupière ! Le globe oculaire !!! Ça me crispe.

05. Le film que tout le monde a vu sauf vous ?
La trilogie du Parrain (oui je sais... bouhez-moi).

06. Le film que tout le monde a détesté sauf vous ?
Hellphone.

07. La personnalité qui devrait faire du cinéma ?
Lady Gaga.

08. Le film de 2025 que vous attendez le plus ?
Le film qui narrera l'attentat de Lady Gaga.

09. Le film des mois à venir qui va vous décevoir ?
Inception. Ça passe ou ça casse un projet comme ça.

10. Le cinéaste avec qui vous aimeriez boire des coups ?
Michel Gondry. Ça doit être faisable en plus. Tiens, je vais me rencarder...

11. L'objet auquel vous aimeriez consacrer un film ?
Du pain. C'est vachement complexe comme truc, le pain. Ça peut être rugueux ou tout doux, ça se malaxe. Ça se mâche, on sauce avec... Et c'est la France, monsieur ! ni plus, ni moins !

12. La réplique que vous aimeriez connaître par coeur ?
Une de n'importe quel Tarantino. La classe Douglas...

13. L'acteur/actrice en qui vous vous reconnaissez ?
Je euh... il parait que je ressemblais à Mireille Darc quand j'étais petite... (dure comme question...)
Je me reconnaitrais plus en des personnages. L'idiote de Charlotte totalement désabusée dans Lost in Translation par exemple (je n'ai pas la prétention de dire Scarlett Johansson, et j'ai encore moins son tour de poitrine).

14.. Le festival que vous aimeriez créer ?
Le festival des films soporifiques, qu'on regarderait dans des lits douillets avec des grosses couettes.

15. La chose qu'on ne devrait plus jamais voir au cinéma ?
Les génériques rouges. Ça passe pas à la télévision après !

16. La place idéale dans la salle de cinéma ?
N'importe où pourvu que le siège devant soit libre !

17. Le nom d'acteur/réalisateur que vous n'arrivez pas à retenir ?
Oh ! Il y en a une foultitude !

18. Le métier de cinéma auquel vous ne comprenez rien ?
Pour répondre à cette question, j'ai du taper "métier du cinéma" sur Wikipédia. Et j'ai découvert le métier de ventouseur. Je ne sais pas ce que c'est, mais ça a l'air plutôt fun...

19. Le conseil à donner à un ado qui veut faire du cinéma ?
Avant tout audition / entretien, pense Biactol.

20. La question que vous aimeriez ajouter à ce questionnaire ?
"Le film que vous êtes le seul à détester ?"

21. Le film à regarder le 24 décembre au soir ? (question ajoutée par Emmanuelle)
Si tu te retrouves à regarder un dvd le 24 décembre, c'est que ta famille est une belle brochette d'ordures. Je propose donc Funny Games de Haneke.

22. L'acteur connu dont vous oubliez toujours qu'il a joué dans un de vos films préférés ? (question ajoutée par Raphaël)
Tom Cruise dans Magnolia de Paul Thomas Anderson. C'est fou, je n'arriverai pas à m'y faire.

23. Le film que vous prétendez aimer alors qu'en fait pas vraiment ? (question ajoutée par Rémi)
Huuuuum... difficile question. Je me suis retrouvée plus souvent dans la situation inverse : prétendre ne pas avoir aimé un film par fierté. (j'ai longtemps refusé de regarder Audition de Miike. Il était donc hors de question que j'admette l'avoir aimé...)

21 janv. 2010

COMPLICES

Généalogies d'un crime. Ou comment suivre en parallèle la rencontre et l'évolution d'un couple d'une part, et l'enquête sur la mort du jeune homme de l'autre. Les deux époques vont évidemment se nourrir, se répondre et faire progresser notre compréhension des évènements. Mais il serait tout à fait réducteur de réduire Complices au polar qu'il n'est pas : il s'agit d'abord et avant tout d'ausculter la relation homme-femme à travers ce jeune couple impétueux et ce duo de flics fatigués qui cherche à les comprendre. Romance des premiers instants, fougue des échanges amoureux, descente aux enfers pour les tourtereaux ; périodes de latence, amertume des bilans et recherche d'une raison de vivre pour les quadras usés. Une vingtaine d'années semblerait donc suffire pour réduire à néant les illusions des amoureux ? Oui, et peut-être même moins, puisque la mort peut accomplir son office plus tôt que prévu et rompre à tout jamais la mécanique amoureuse...
Le premier long de Frédéric Mermoud impressionne par la maîtrise de ce récit à deux vitesses qui fait se répondre les deux époques par la force d'un montage alterné simple en apparence mais en fait très élaboré. Le poids de la mort rôde sans arrêt sur le film, créant une impression assez étrange. Car si, dans une partie du film, le jeune Vincent vit, aime et baise comme un dératé, dans l'autre il n'est plus qu'un cadavre en décomposition. Macchabée en puissance puis mystérieux défunt. Rythmé, stylé, savamment lié, Complices ne laisse pas un instant de répit. Ni aux spectateurs, ni à ses personnages. Le bel amour de Rebecca et Vincent sera bien vite entaché par de sombres histoires de fric et de cul. Niveau sexe, c'est d'ailleurs un film très frontal, Mermoud poussant les situations le plus loin possible pour créer ainsi trouble ou malaise.
L'intrigue a beau rester relativement simple - la résolution de l'affaire policière ne va pas chercher très loin -, Complices fait preuve d'une certaine ambition narrative rendue possible par une mise en scène en béton et une direction d'acteurs hallucinante. Les nouveaux venus Nina Meurisse et Cyril Descours - vu dans Une petite zone de turbulences - sont extrêmement convaincants dans leur façon d'illustrer le lent glissement de leur couple vers une entité beaucoup moins saine. Moins surprenant, le tandem Devos - Melki, dans des personnages dont on sait assez peu de choses, rend palpable l'amertume qui s'empare de ceux qui pensent avoir raté leur vie. Pas parfait mais franchement saisissant, Complices est un film d'une vraie richesse qui promet plein de belles choses pour la suite de la carrière de Frédéric Mermoud.




Complices de Frédéric Mermoud. 1h33. Sortie : 20/01/2010.
Critique publiée sur Écran Large.

20 janv. 2010

CITY ISLAND

C'est vrai que si l'on considère son seul résumé, City island ne paraît pas très original : il s'agit de l'histoire d'une famille vivant en banlieue new yorkaise, que l'arrivée d'un inconnu va montrer sous un nouveau jour. Raymond de Felitta décortique avec ardeur l'éclatement de la cellule familiale sous le regard de cet ex-taulard plutôt bienveillant, qui va agir comme un révélateur sur l'ensemble des membres du foyer. Le film se distingue par la tonalité adoptée, le réalisateur estimant visiblement que la quantité de perversions et de perfidies contenues dans le scénario était suffisamment élevée pour ne pas verser dans l'excès avec un traitement outrageusement cynique. Il porte donc un regard amusé et souvent tendre sur ces adultes et ados dont les agissements sont peut-être condamnables mais n'en restent pas moins humains.
Le fils cadet est fasciné par les grosses dames, la fille fait du strip, le père prétexte des soirées poker pour aller prendre des cours de comédie... L'ensemble est prétexte à une série de scènes imprégnées d'un humour léger et sans mauvais goût. City island n'est pas de ces films qui vont toujours plus loin dans le glauque pour faire réagir artificiellement l'auditoire. Si le film parle au spectateur, c'est davantage parce qu'il agit comme un miroir à peine déformant de nos propres existences. Mais pas question de jouer sur la culpabilité : il s'agit avant tout de s'amuser de nos petites médiocrités, qu'elles aient ou non des conséquences.
Symbole un peu facile de cette hypocrisie ambiante mais toujours traité avec légèreté par Felitta : chacun essaie de cacher aux autres qu'il fume des clopes. Au-delà du simple tabagisme il y a cette idée que montrer ses failles passe pour un signe de faiblesse, alors qu'il serait évidemment plus constructif de les assumer. Le film avance fort logiquement vers cette étape attendue au cours de laquelle les masques vont enfin tomber : là encore, sans moralisme mais avec une énergie salvatrice, il montre des personnages qui grandissent, mûrissent un peu, mais ne filent certainement pas vers la perfection. À la tête du casting et du film, il y a Andy Garcia, qui n'avait pas été aussi bon depuis des siècles, et qui semble prendre plus que jamais un vrai plaisir à évoluer devant la caméra. Le même que le nôtre devant cette chronique bien troussée.




City island de Raymond de Felitta. 1h40. Sortie : 20/01/2010.
Critique publiée sur Écran Large.

19 janv. 2010

A SERIOUS MAN

Il est toujours étonnant que des cinéastes au style si reconnaissable soient capables de nous surprendre, année après année, voguant de films mineurs en oeuvres majeures avec une envie égale de cerner la part d'absurde qui rend chacun d'entre nous si singulier. Vu de loin, A serious man pouvait apparaître comme un cousin du récent Burn after reading, épatant de drôlerie mais à la superficialité assumée. Il en est en fait l'exact complément, pratiquant un humour indéfinissable - noir ? juif ? -
en totale discrétion tout en allant creuser au plus profond de thèmes ayant déjà traversé leur filmographie. Que son budget réduit et son absence de stars ne trompent pas : A serious man est l'un des films les plus ambitieux des frangins. Et aussi l'un des plus réussis.
Entre en piste Larry Gopnik, qui perpétue la tradition des grands héros dépressifs coeniens, victimes d'un sort qui semble s'acharner sur eux. Mais si le joueur de bowling se faisait souiller son tapis, si le barbier était victime d'un escroc, le professeur de physique ne se contente pas de telle ou telle déconvenue : elles s'enchaînent et se superposent pour l'enfoncer toujours plus profondément dans l'infortune et la détresse. Une femme qui le trompe, un frère pique-assiette, une fille voleuse, un fils qui déconne, un étudiant corrupteur, des lettres anonymes... Tout ceci n'est que le début du véritable enfer vécu par Gopnik, chaque étape le poussant à s'interroger non seulement sur le sens de sa vie mais également sur le sens de LA vie. Jamais les Coen n'avaient été aussi philosophes - et aussi désabusés - : lorsqu'il est réellement à bout de nerfs et de solutions, le héros se tourne vers un rabbin. Il en rencontrera trois, qui lui proposeront des perceptions bien différentes de la façon dont il devrait penser et agir. Le deuxième face-à-face avec un rabbin donne d'ailleurs lieu à une scène à la fois hilarante et hallucinante à propos d'une étrange histoire arrivée à un dentiste. Tout est là : mise en scène au cordeau, narration décalée, effets comiques sans ostentation et énormes interrogations existentielles en bonus.
A serious man est un film sur la folie. Celle qui devrait s'emparer de cet homme s'il en avait encore la force. Car que faire quand s'accumulent les tuiles et les humiliations mais qu'on pense n'y être pour rien et ne rien pouvoir faire pour améliorer les choses ? S'en remettre au premier dieu qui passe ? Encore faudrait-il que celui-ci fasse l'effort de comprendre. Le rythme proposé par les frères Coen est aussi harassant que celui qui ponctue la vie de Larry Gopnik : une fois encore, ils ont trouvé là le meilleur moyen de donner corps à la fatalité. Religion, morale, science - ah, le fameux chat de Schrödinger -, tout passe à la moulinette de deux cinéastes qui ne sont pas juste fêlés, mais aussi et surtout remarquablement intelligents. Ils s'imposent ici comme des héritiers un peu fou d'un Raymond Carver capable de juxtaposer d'impitoyables tranches de vie pour aboutir à une réflexion sans fin sur le sens de la vie. La conclusion perturbante est une cerise inattendue sur ce gâteau amer et brillant.




A serious man de Joel & Ethan Coen. 1h45. Sortie : 20/01/2010.
Critique publiée sur Écran Large.

Soirée de Poche #15 - JP Nataf & Mathieu Boogaerts

On reçoit un mail le lundi matin pour prévenir qu'on a eu la chance de gagner une des places proposées par la Blogothèque. Dedans, il y a l'adresse d'un particulier, l'horaire, deux trois consignes et puis basta. Alors le soir, on se rend devant cet immeuble du 5ème arrondissement, en attendant qu'on nous ouvre.
On entre après avoir donné son nom, comme dans certaines boîtes ou projections presse.
On pénètre le grand couloir, on grimpe les marches quatre à quatre jusqu'au premier étage, et là, on découvre un gigantesque appartement avec moulures, beau parquet et toiles sans doute hors de prix. Sauf que l'appartement a été préalablement mis sens dessus dessous par une horde de musicos et de vidéastes en tous genres.
On prend une bière, on s'assoit en tailleur dans cette immense salle de séjour pleine de belles lumières et de gens affairés. On attend que ça commence, puis ça commence. Alors, comme une quarantaine (soixantaine ?) d'autre chanceux, on assiste à ça.



D'abord, on regarde et on écoute JP, qui prend toujours un malin plaisir à s'accorder longuement - sauf qu'apparemment, il a l'oreille moyennement musicale - tout en faisant des blagues génialement nullotes. JP boit du Red Bull dans une tasse, JP joue de la guitare et du banjo, JP chante avec un ange nommé Mina Tindle.



Ensuite, on fait coucou de la main à JP, on se lève quelques minutes pour reprendre une bière et se dégourdir les jambes, puis on retourne s'asseoir pour écouter religieusement Mathieu Boogaerts et ses comptines lo-fi. Mathieu est tout petit, Mathieu a un t-shirt jaune et un bassiste rigolard, Mathieu a des fans chez les moins de 5 ans.



Et puis JP revient, et avec Mathieu ils improvisent sans le cacher. Reprennent des chansons en toute décontraction. JP chante une chanson de Mathieu, Las Vegas, et c'est beau. Mathieu chante une chanson de JP, À mandoline, et c'est beau aussi.



On part sans savoir vraiment qui remercier, les yeux un peu embués par cette proximité éphémère, cette intimité d'un soir, cette effusion de chaleur humaine. On regrette plus que jamais de ne jamais avoir appris la musique. On se jure d'écouter toujours plus de disques. On se moque complètement de n'avoir fait que des photos floues.



De toute façon, une belle vidéo sera bientôt disponible sur le site de la Blogothèque.

18 janv. 2010

BLACK DYNAMITE

Les films de blaxploitation ont connu leur essor et leur apogée dans les années 70, grâce notamment à des héros comme Shaft, Coffy ou Foxy Brown. Depuis, le genre a quasiment disparu des écrans, si ce n'est à l'occasion de rétrospectives populaires ou de remakes sans goût - rappelons-nous le Shaft de John Singleton. D'où l'envie de Michael Jai White - interprète de l'oubliable Spawn - de refaire parler de ce qui, il y a une trentaine d'années, était une véritable institution qui a inspiré bon nombre de cinéastes actusl. Rodriguez et Tarantino en tête. L'acteur a revu des films avant de prendre son petit stylo et d'écrire le scénario de ce Black dynamite à la fois hommage et parodie.
Pour célébrer le genre, White et le réalisateur Scott Sanders ont tenu à tourner à l'ancienne, en conservant cette image un peu miteuse, ces raccords souvent grossiers et cette interprétation plus qu'outrancière. Soit une démarche encore plus sincère que celle de Rodriguez et Tarantino sur Grindhouse, puisque la plupart des effets de vieillissement de l'image avaient été effectués en post-production. Là, le rendu très seventies est encore plus naturel car obtenu dès le tournage. C'est là qu'est tout le charme de Black dynamite : dans cette restitution d'une époque décontractée et d'un genre qui permettait à quelques petites salles de cinéma de ne pas désemplir du week-end. Comme Michael Jai White s'est fait la coupe afro à l'ancienne et que l'ensemble des acteurs semblent avoir été ramenés dans les années 2000 grâce à un voyage dans le temps, cette nouvelle version est tout à fait crédible et aurait sans nul doute eu sa place dans les grindhouses de l'époque.
En revanche, l'aspect parodique est moins réussi, notamment parce qu'il est inutile. La blaxploitation est un courant tellement décontracté, rigolard, sexy, sans profondeur, qu'y ajouter une couche de parodie mène rapidement à l'overdose. Quand les gags sont réussis, ce qui arrive régulièrement, il n'y a certes rien à redire ; mais lorsqu'ils tombent à plat, cela donne l'impression désagréable et erronée que les auteurs du film souhaitent tourner en ridicule leurs glorieux aînés. Les éléments les plus drôles de Black dynamite sont bel et bien ceux qui apparaissent déjà dans les films de l'époque : coiffures improbables, costumes bariolés, virgules musicales incessantes et références au sexe. Ici, et contrairement à la légende, les pénis ne sont pas tous d'une longueur affolante : un mystérieux breuvage a même tendance à rendre minuscules les quéquettes de ces messieurs. Le film, lui, est sans aucun doute trop long et aurait gagné à avaler lui aussi un peu de cette liqueur d'anaconda.




Black dynamite de Scott Sanders. 1h30. Sortie : 13/01/2010.

UNE PETITE ZONE DE TURBULENCES

Michel Blanc est un sacré dialoguiste. L'air de rien, il bâtit punchline après punchline, donnant du rythme et de l'esprit sans donner l'impression de se gargariser de ses trouvailles. Une petite zone de turbulences doit beaucoup, voire même tout, à la qualité des répliques, dans lesquelles on retrouve régulièrement l'amertume et le pessimisme qui caractérisait la plupart des personnages de l'excellent Embrassez qui vous voudrez. Du sur-mesure pour lui-même : il s'est réservé quelques-unes des lignes les plus jouissives du scénario, qu'il interprète avec délice. Son personnage est d'ailleurs le plus intéressant du lot, sorte d'ultime synthèse de tous ses rôles passés : l'hypocondriaque de Marche à l'ombre, le mari impulsif d'Embrassez qui vous voudrez...
Mis en scène par Alfred Lot (La chambre des morts), Une petite zone de turbulences se distingue également par le jusqu'au-boutisme des idées noires qu'il met en place notamment à travers le personnage joué par Blanc. La scène où Jean-Paul décide de "soigner" lui-même ce qu'il pense être un cancer a de quoi retourner les tripes, s'extrayant complètement du carcan de la comédie chorale à la française. L'enfant du film est également révélateur de cet état d'esprit : le petit garçon enchaîne les formules déprimantes et définitives avec une conviction effrayante. Comme si l'existence, dès le plus jeune âge, n'était une longue zone de turbulences.
Le reste du film est malheureusement trop conventionnel pour satisfaire pleinement. On sent que Blanc et Lot veulent absolument montrer le modernisme de leur point de vue par rapport à certains thèmes, notamment l'homosexualité et le mariage. Mais ces intentions trop visibles n'accouchent que de conclusions assez angéliques sur la tolérance et l'acceptation de l'autre. Le film ne parvient pas à conserver sur la longueur la tonalité douce-amère du début. Un exemple : le personnage du futur genre, joué par Gilles Lellouche, est un agent de sécurité surnommé "Bac moins 6" par sa belle-famille, et fait effectivement preuve d'une certaine étroitesse d'esprit, assez délectable pour le spectateur. Mais il finira par montrer qu'il a du coeur et qu'il n'est pas si bête. On a bien compris qu'il ne fallait pas se fier aux apparences, mais sur le plan cinématographique c'est absolument sans intérêt. Si ce n'est pour donner bonne conscience aux spectateurs mal à l'aise d'avoir entendu des blagues sur le cancer et les handicapés.




Une petite zone de turbulences d'Alfred Lot. 1h48. Sortie : 13/01/2010.

17 janv. 2010

LA MERDITUDE DES CHOSES

De la bière, du cul, de la déconne : chez les frangins Strobbe, on n'est pas du genre à lire Kant au coin du feu. Profiter de la vie, c'est forcément assouvir des besoins primaires et immédiats pour se donner l'impression d'exister sans intellectualiser. La merditude des choses suit ces quatre frères vivant chez leur maman bonne poire pour ne pas aggraver leurs situations financières. Le belge Felix van Groeningen épouse le point de vue du jeune Gunther, ado à nuque longue qui tente de trouver sa place au milieu de cet énorme capharnaüm. Deviendra-t-il un adulte équilibré ou perpétuera-t-il la tradition qui veut qu'un Strobbe soit forcément un pochtron sans plan de carrière ? La réponse n'a rien d'un mystère, puisque l'histoire est racontée par un Gunther adulte, devenu écrivain.
Primée au festival du Groland, cette Merditude a des allures de franche déconne, avec ses héros qui font du vélo à poil, participent au tour de France de l'alcool, s'endorment la gueule dans leur vomi, vivent, rient, baisent bruyamment. D'où une sensation de plaisir un peu coupable devant ce festival de connerie à la séduction presque trop facile. Mais le plus intéressant n'est heureusement pas là : car derrière ces Bierbäuche et ces grosses moustaches se cachent des coeurs imbibés de bière mais surtout pétris de douleur. Chez les Strobbe, la fête n'est qu'une vitrine destinée à masquer la détresse générale. Et lorsque les excès en tous genres poussent certains personnages vers l'hôpital ou qu'ils font craindre pour la sécurité des jeunes enfants de la famille, les affaires se corsent.
Progressivement, La merditude des choses quitte donc la gaudriole pour se faire plus proche de ses personnages et les montrer sous un jour plus intime. On assiste à la renaissance d'un homme qui découvre ce que signifie vraiment être père. On observe le déclin de la grand-mère, qui n'en peut plus d'abriter une bande de bons à rien qu'elle continue d'aimer mais qu'elle n'arrive plus à suivre. On a mal pour ce jeune Gunther complètement désorienté, qui ferait bien comme papa pour lui faire plaisir mais qui semble rêver d'autre chose. C'est par son aspect gueule de bois que le film séduit réellement. Et même s'il traîne en longueur et peine à se trouver une conclusion, même s'il se loupe un peu dans sa peinture du Gunther adulte, le troisième long de Felix van Groeningen fait montre de prédispositions étonnantes à extraire la douleur des êtres les plus monolithiques.




La merditude des choses de Felix van Groeningen. 1h48. Sortie : 30/12/2009.
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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