30 déc. 2010

QUE JUSTICE SOIT FAITE

Mille fois repoussée aux calendes grecques, la sortie française de Que justice soit faite aurait vraiment mieux fait de ne jamais avoir lieu : cela nous aurait évité de finir 2010 avec une vieille nausée bien tenace, de celles qui s'emparent de vous et ne vous lâchent plus guère. Le film de F. Gary Gray débute comme mille autres vigilante, et sans traîner : un brave père de famille y est agressé, séquestré, puis contraint de regarder sa femme et sa fille se faire zigouiller sous ses yeux. Quelques scènes de procès plus tard, on s'imagine assister à un baroud d'honneur sacrificiel de la part de celui qui n'a désormais plus rien à perdre ; mais cela aurait sans doute été trop simple pour le scénariste Kurt Wimmer, déjà responsable de quelques aberrations parmi lesquelles un inénarrable Ultraviolet. Faisant subitement basculer son script dix ans plus tard, il montre comment un homme désespéré a patiemment attendu que son heure vienne pour régler leur compte aux deux vilains responsables de son malheur. Une préméditation qui place d'emblée le film sur le fil du rasoir : et s'il allait faire l'apologie de la loi du talion ?
La réponse ne se fait pas attendre, ou plutôt si : car Que justice soit faite repousse rapidement toute considération éthique pour se muer en un thriller sans queue ni tête dans lequel le justicier joué par Gerard Butler applique avec délectation une vaste campagne de vendetta envers tous ceux qui ont contribué de près ou de loin à ses souffrances. Pourquoi s'arrêter aux agresseurs de sa famille quand on peut aussi s'attaquer à leurs avocats ou à leurs proches ? Et pourquoi ne pas élargir le cercle peu à peu histoire de faire bien payer tout le monde ? Le problème majeur du film, ce qui le rend absolument insupportable, c'est que F. Gary Gray porte sur lui un regard certes effrayé, mais teinté également de compassion et même d'admiration. Car ce type ne se contente pas de se la jouer façon Charles Bronson pour punir ceux qu'il estime devoir châtier : depuis sa geôle, il orchestre un plan fomenté depuis dix ans, totalement capillotracté mais visiblement voulu comme machiavélique par le scénariste.
Ça donne donc un rouleau compresseur de connerie à deux étages : d'abord parce qu'idéologiquement, le film a de quoi donner la gerbe de façon durable, et ensuite parce que la stratégie "géniale" du vengeur pas masqué (sauf des fois) est d'une épaisse crétinerie. Et quoi de mieux pour illustrer l'ensemble que le regard bovin et les joues de hamster de Gerard "Endive" Butler, qui gagne film après film ses galons de pire acteur de ce début de siècle. Quant à Jamie Foxx, il se demande comme son personnage ce qu'il peut bien foutre dans ce marasme. Ah oui : il est là pour défendre une belle morale judéo-chrétienne et rappeler à quel point la famille c'est sacré. Après deux heures de tueries sordides et d'explosions surboostées, l'avocat qu'il incarne ira enfin assister à l'un des récitals de sa fille, qu'il délaissait jusque là pour se consacrer à son travail. La morale est sauve. On a eu chaud.



Que justice soit faite de F. Gary Gray. 1h48. Sortie : 22/12/2010.

4 commentaires sur “QUE JUSTICE SOIT FAITE”

Pascale a dit…

film après films

J'ai pas compris pourquoi il était en prison le serial vengeur ???

Ah bon toi aussi tu trouves que le Butler est un tantinet surestimé. Remarque... c'est aussi lui qui lit ses scenars j'imagine.
Quant à Jamie, il suffit de regarder sa filmo pour comprendre qu'il n'était qu'une illusion d'optique !

En tout cas, il me suffit de regarder Gégé dans le jaune de l'oeil sur l'affiche pour que ça me fiche le fourire. ça fait du bien. Mais quelle tanche ce mec ! Ouh Ha !

Rob a dit…

Il est en prison parce que quand les vilains agresseurs sortent, il les bute fissa. Et comme un porc (genre il en débite un en pièces, pis l'aut' bah c'est trop compliqué)

Pascale a dit…

En plus il fait du sale boulot.
I m'dégoûte ce mec !

Lord Elrond a dit…

Trooooooop nul ce film oui. Il sera bientôt chroniqué dans mes pages également.
Super critique Rob. :)

 
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