28 déc. 2010

LE FILS À JO, RIEN À DÉCLARER : régionalisme à la con

En 2008, dans le cadre d'une campagne de promotion incluant même l'arrivée d'un train customisé et bourré de stars en gare de Lille Flandres, Bienvenue chez les ch'tis sortait dans la région Nord Pas-de-Calais avec une semaine d'avance sur la date de sortie française. Sept jours qui permirent de mesurer l'ampleur potentielle du succès du film de Dany Boon, qui se confirma peu après jusqu'à ce que la France atteigne une overdose de chtimania.

Vincent Moscato dans Le Fils à Jo

Le problème, c'est que ce genre d'opération semble devoir se répéter de plus en plus régulièrement, au gré de stratégies promotionnelles extrêmement opportunistes qui misent avant tout sur un régionalisme de bas étage. C'est ainsi que Le Fils à Jo, premier long de Philippe Guillard autour du monde du rugby, sort ce mercredi dans tout le Sud-Ouest avec 15 jours d'avance ; de même, le nouveau Dany Boon (Rien à déclarer) sortira le 26 janvier dans le Nord de la France et en Belgique avant de débarquer dans le reste du territoire la semaine suivante.

On comprend bien que l'objectif est de titiller le fort sentiment communautaire qui anime aussi bien les nordistes que les sudistes, fiers de se sentir favorisés en raison de leur appartenance à telle ou telle communauté. Mais cet excès de régionalisme est ici synonyme d'un passéisme tout à fait déplaisant, qui se retrouve également dans les films en question.

Dany Boon dans Rien à déclarer

Il suffit en effet de jeter un oeil aux bandes-annonces du Fils à Jo et de Rien à déclarer pour comprendre que les deux films tentent de jouer lourdement sur les caractéristiques et le patrimoine des régions en question. D'un côté, Philippe Guillard raconte un Sud-Ouest convivial et pittoresque (comme dans La soupe aux choux) ; de l'autre, Dany Boon exploite une nouvelle fois son territoire de prédilection et son humour vieille France et bon enfant pour tenter de renouveler l'exploit des Ch'tis. Rien de tel pour séduire un large public et accentuer les dissensions entre communautés. Que personne ne s'étonne si des banderoles anti ch'tis ou anti sudistes sont de nouveau déployées dans les stades : les plaintes seront à adresser à Boon, Guillard ainsi qu'aux responsables de chez Pathé et Gaumont qui ont choisi de décaler les sorties.

Évidemment, on pourra justifier ces sorties avancées par une envie de diminuer le déséquilibre culturel entre Paris et le reste de la France, et d'offrir aussi aux provinciaux quelques avant-première et privilèges. Si c'est là l'argument principal, conseillons à Gaumont, Pathé et aux autres d'offrir à leur public de province des exclusivités légèrement plus consistantes. Ou de démocratiser ce genre de pratique en sortant systématiquement leurs films avec une ou deux semaines d'avance dans la région d'origine du héros. Un joli bordel qui n'aurait aucun sens mais ne serait pas plus méprisable que la farandole régionaliste qui va de nouveau s'emparer du pays dans les semaines à venir.


Le fils à Jo de Philippe Guillard. Sortie Sud-Ouest : 29/12/2010. Sortie France : 12/01/2011.
Rien à déclarer de Dany Boon. Sortie Belgique / Nord : 26/01/2011. Sortie France : 02/02/2011.

6 commentaires sur “LE FILS À JO, RIEN À DÉCLARER : régionalisme à la con”

Pascale a dit…

Ouais ben si les sudistes i z'avaient été plus nombreux comment qu'ils leur zi auraient mis la pâtée aux nordistes.
Hein biloute ?

Jérôme a dit…

Tu y vas un peu fort tout de même. Thomas le marketing n'est pas un vilain mot. ce n'est pas sale ;) (enfin j'espère).

Et pour paraphraser un grand penseur aujourd'hui disparu dans "produit culturel" il y a produit !

Paingout a dit…

Il est bizarre ton article pour un type qui s'intéresse un peu au ciné.
Tu cites 2-3 films comme exemples, comme si les avant premières en province étaient quelque chose d'exceptionnel et des "coups" marketing.

Il y'a toujours eu des tournées et des avant premières régionales pour des films français qui ont effectivement une attache locale. Ca peut être parce que le film tourne beaucoup autour d'une culture régionale, ou des lieux, ou même l'origine des acteurs. "Le Fils à Jo", "les Ch'tis", ou "Rien à déclarer" sont très loin d'être des cas isolés.
Certaines régions sont même partenaires sur certains films tu sais.

Pour aller un peu plus loin, faut que tu saches que cette pratique est encore plus répandue dans le théatre, les concerts, les spectacles de comiques, etc. Il y'a quasi systématiquement des tournées en province, souvent dans les régions des acteurs/musiciens ou de l'intrigue. C'est à la fois une manière de remercier la région, les gens, de faire plaisir à l'équipe, de roder le film en dehors de Paris, et tout ceci donne effectivement une couleur un peu moins parisienne au marketing d'un film.

Sache aussi que ça se fait partout dans le monde, si tu fais un saut en Italie, en Espagne, en Allemagne, il y'a aussi des tournées et des avants premières régionales pour des films ou des spectacles qui sont très encrés dans des villes ou des régions.

Pour terminer, tu conseilles aux distributeurs d'offrir des exclusivités plus consistantes en région... Comment dire... Pour la plupart des films qui sortent, chez tous les distributeurs, il y'a aussi des avant premières en province. Alors certes plus la ville est grande et plus tu auras du choix, mais le cinéma probablement un des rares cas ou le déséquilibre culturel n'est pas trop violent.

alphoenix a dit…

Il ne faut pas non plus oublier l'apport important des régions dans les budgets des films qui promeuvent ainsi leurs beaux paysages et leur patrimoine. Peut-être qu'en assurant des avants-premières dans les dites-régions ils s'assurent la bienveillance des commissions cinéma de celles-ci.

Paingout a dit…

alphoenix : Oui oui ça joue aussi.
Et puis bon ça relève du bon sens. Tu écris un bouquin sur la corse, réalisé avec des corses, tu le montres et tu le vends avant à des corses, ça me semble à peu près classique.

Pour bosser dans l'édition papier, quand on fait des tournées de dédicaces, il est assez classique de commencer par les villes ou l'auteur est né et est un peu plus connu qu'ailleurs par exemple.

Goodas a dit…

Ah merci pour cette critique... Moi aussi j'en ai marre de ce régionalisme, et pas que dans le cinéma (Nolwenn chante en breton, bientot d'autre en corse...), au lieu de rassembler autour de la France ou de l'Europe cela fait ressortir des guéguerres entre communautés... Et en plus le tout joue toujours sur les plus gros clichés... Alors moi, j'habite en Rhone Alpes, je fais du ciné en région, je suis pour des tournages en régions, mais bon si c'est pour véhiculer des films sans intérêt, remplis de préjuger, je vois pas ce que ça amène de positif...
Et en effet, ça serait super sympa aussi que les réal accompagnent plus leurs films aussi dans toute la France...

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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