7 déc. 2010

EVERYONE ELSE

C'est un film relativement complexe, impossible à résumer de façon satisfaisante et pourtant son dispositif est on ne peut plus simple : bienvenue dans Everyone else, opération de dissection d'une dérive amoureuse menant deux êtres éperdument épris l'un de l'autre dans une impasse assez imprévisible. La cinéaste allemande Maren Ade orchestre un vaudeville intimiste d'une puissance absolue, faisant des deux héros un point d'ancrage autour duquel ne gravitent que quelques personnages secondaires peu présents mais à l'influence incontestable. Cela pourrait presque ressembler à du théâtre filmé s'il n'y avait dans la mise en scène une vitalité de tous les instants et une volonté évidente d'entrer dans le crâne des personnages quitte à leur vriller les neurones.
Délocalisés en Sardaigne pour un combiné vacances-boulot, Gitty et Chris semblent s'aimer avec appétit, menant une vie insouciante sous le signe de l'épicurisme. C'est toujours plus facile lorsqu'on a à disposition une belle et grande maison non loin de la plage, certes, mais c'est loin de suffire à assurer l'équilibre d'un couple. Ade décrit par petites touches le quotidien de ces jeunes allemands sexués, amusants, inspirés, qui partagent les mêmes délires avec une facilité bluffante, parvenant toujours à être sur la même longueur d'onde. Pas encore d'ombre au tableau mais déjà le film fascine, sans doute parce que cette vie-là fait envie, simple mais pas gratuite, passionnée mais pas torturée. En tout cas en apparence.
Puis vient l'heure où apparaissent de microscopiques divergences, si minuscules qu'on serait bien en peine de pointer l'élément déclencheur des premières dissonances, l'étincelle qui met doucement le feu aux poudres. La cinéaste met progressivement en évidence le malaise qui ronge progressivement un couple dont l'existence présente se déroule sans heurts mais dont les aspirations futures ne sont visiblement pas les mêmes. C'est là qu'est le vertigineux brio d'Everyone else : montrer avec finesse que le principe du carpe diem n'est probablement pas viable à long terme. Cette envie de cueillir l'instant présent s'accompagne d'oeillères que les personnages refusent d'enlever pour affronter la vie, la vraie, tumultueuse et problématique. Pendant deux heures, le film de Maren Ade s'arrête justement sur ce moment crucial et fatal où ces oeillères se soulèvent, contraignant chacun à prendre sa responsabilité et à s'affirmer en tant qu'être humain, avec des ambitions et des aspirations.
Cette tragédie de poche est d'autant plus cruelle qu'elle fait des femmes d'éternelles insatisfaites (mais est-ce vraiment une tare ?) attendant trop d'hommes se comportant souvent en rois de la basse-cour. La façon dont un autre couple rencontré au hasard des vacances va contribuer à creuser le fossé entre Gitty et Chris est absolument saisissante. Profondément pessimiste malgré la légèreté de ses premières séquences, Everyone else respire l'inquiétude et rend palpable l'idée que tout couple encore debout ne fait que courir à sa perte. La splendide lumière d'été qui traverse le film de Maren Ade n'est là que pour nous rappeler que les journées trop ensoleillées finissent souvent par des orages bruyants et perturbants. Conclusion splendide et terrifiante d'un drame qui met minable plus d'un film sur la défaite du couple, y compris les surévaluées Noces rebelles.



Everyone else (Alle anderen) de Maren Ade. 1h59. Sortie : 08/12/2010.

6 commentaires sur “EVERYONE ELSE”

Anonyme a dit…

quelle belle façon de mettre en mots un film...je t'invite à venir découvrir un tout autre univers sur le blog de margueritegerbe.blogspot.com...bonne continuation.

Pascale a dit…

deux être ???

progressivement un évidence... t'es d'euch'nord, d'accord, mais fais attention garchon !

A part ta dernière remarque INUTILE, tu donnes envie !

Rob a dit…

Pfff... Pourtant je t'assure que je fais attention.
Merci, hein. Je ne le dis pas à chaque fois, mais merci.

Pascale a dit…

Ne fais attention, je servirais à quoi sinon ?

Tu m'fais péter.
Je me demandais y'a pas longtemps comment tu faisais pour supporter mes remarques... et toi, tu dis merci !!! Ben, j'vais pas m'en priver alors !

Jiem a dit…

J'ajouterais que la petite paire de fesses légèrement tendue de l'affiche ne fait que plus mettre en appétit (hu hu).

Ph a dit…

Un peu long à démarrer mais on se laisse prendre à ce film original. J'y vois plus une crise passagère que la fin du couple. Peut-être ai-je eu une vision trop romantique du film ? La définition du romantisme qui y est faite est intéressante, d'ailleurs.

 
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