22 déc. 2010

[DVD] Intégrale Pierre Étaix : LE SOUPIRANT | YOYO | TANT QU'ON A LA SANTÉ | LE GRAND AMOUR | PAYS DE COCAGNE...

On a bien failli ne jamais revoir les films de Pierre Étaix, et il y aurait eu de quoi s'en mordre les doigts. Après que les négatifs ont été sérieusement détériorés dans les années 70, la gestion hasardeuse par le cinéaste des droits de reproduction et de projection de ses films les a finalement rendus impossibles à voir, bloqués dans un no man's land juridique qui ne prit fin qu'en juin 2009. Au grand soulagement des cinéphiles ayant pu découvrir l'univers de l'artiste dans les années 60, et pour la plus grande joie de ceux qui ont pu et pourront se pencher sur cet homme absolument singulier.

Pur fêter la libération tardive de l'oeuvre de Pierre Étaix, Arte a sorti en novembre un imposant coffret regroupant les 5 longs-métrages et 3 courts-métrages du maître, accompagnés de quelques documents annexes, d'un livre de 112 pages et de quelques cartes postales. Et c'est passionnant. Bienvenue dans l'esprit d'un artiste rêveur, lunaire, drôlissime, un élève que n'aurait sans doute pas renié Jacques Tati.


Le premier long, Le soupirant (1963), permet de se familiariser avec l'univers étaixien en général, et avec son héros en particulier : Pierre traversera la majorité de ses oeuvres comme le firent avant lui Charlot ou monsieur Hulot chez Chaplin ou Tati. Pierre est un astronome perpétuellement dans la lune, qui prend trop souvent ses désirs pour des réalités, puis décide un jour de remettre les pieds sur terre et de se chercher une épouse. Ce qui lui permettra notamment d'intégrer l'univers du cabaret... et donnera l'occasion à Étaix de prodiguer quelques numéros de music-hall dont il a le secret. Tout est là : la poésie - le début évoque Méliès -, le voisinage de Tati, l'envie dévorante de raconter les choses de l'amour vues par un grand timide qui se soigne...


Yoyo (1965) projète à nouveau dans le monde du spectacle un homme qui ne s'y attendait pas. Il s'agit cette fois d'un milliardaire aux gestes millimétrés, comme le robot sans âme qu'il est devenu... mais que la crise de 1929 va rendre pauvre comme Job et contraindre à suivre une troupe de cirque dont fait partie son amour de jeunesse, somptueuse écuyère, et leur fils dont il ignorait l'existence. Somptueux hymne au nomadisme et à la vie en roulotte, c'est peut-être le plus beau film d'Étaix par sa propension à faire de la liberté quelque chose de vraiment exaltant. Ce que le héros ne réalise totalement qu'un peu tard, après s'être plus ou moins vendu pour retrouver la face financièrement. Les fans de Fellini ne pourront être insensibles à cet univers : d'abord parce que Étaix y sème l'air de rien des références à , mais également parce que les deux hommes se sont passionnément opposés sur la façon de montrer le cirque (Étaix déteste Les clowns).


Peu après suit Tant qu'on a la santé (1966), une étrangeté en quatre tableaux. Dans le premier quart, Pierre se retrouve notamment projeté dans le livre d'épouvante qu'il est en train de lire, devant notamment faire face à un vampire qui menace une jeune fille. Le deuxième est une plongée burlesque dans le cinématographe, qui vaut pour sa série de gags assez bien trouvés. Le dernier est assez vaseux, mais c'est principalement le troisième qui justifie à lui seul l'ensemble : jamais on n'a été aussi proche de Tati, puisque le cinéaste y raconte une histoire de stress et de trafic routier sur une bande sonore composée uniquement de klaxons, sirènes et autres bruits urbains sans interruption. Grand écart entre le silence de certains segments et cacophonie de certains autres : il y a de la folie chez Étaix.


Dans Le grand amour (1968), Étaix se laisse aller à des élans fleur bleue assez étonnants, qui l'éloignent légèrement de son créneau "habituel" (mais jamais routinier), puisqu'il y conte avec une grande liberté l'histoire d'un gentil dragueur qui se laisse finalement épingler par l'amour et peine ensuite à trouver le juste équilibre entre ses sentiments, les conventions, ses rêves, l'engagement... C'est toujours aussi désuet, sacrément classe, un peu anecdotique parfois, mais tellement singulier et rafraichissant qu'il n'y a pas lieu de se priver de ce petit traité sur la liberté.


Cinquième et dernier long du coffret, Pays de Cocagne (1971) n'a absolument rien à voir avec ce qui précède : il s'agit en effet d'un documentaire dans lequel le réalisateur suit pendant des mois la tournée du fameux Podium Europe 1. En résulte une succession d'interviews et de tranches de vie loin d'être ordinaires, Étaix ayant travaillé avec soin et délectation la bande-son et le montage. D'où un documentaire loin d'être anecdotique, radiographie suprêmement ironique d'une France gentiment beauf, supérieurement ignorante, sympathique mais un peu médiocre. De quoi rire jaune face à cette population qui préfigure l'avènement des télés-réalités de tous poils.


Également proposés, trois courts qu'il vaut mieux découvrir vierge de toute information : précisons simplement que Rupture et En pleine forme sont accompagnés d'Heureux anniversaire... qui a tout de même obtenu l'Oscar du meilleur court-métrage en 1963. Rien que ça. Au menu également : un documentaire titré Pierre Étaix, naturellement qui permet effectivement de découvrir le clown avec ou sans maquillage, pour mieux comprendre qui est ce sacré bonhomme que trop peu de gens connaissent et dont le travail mené pendant toutes ces années auprès de Jean-Claude Carrière mériterait davantage de reconnaissance.


Intégrale Pierre Étaix : Le soupirant (1h20), Yoyo (1h36), Tant qu'on a la santé (1h05), Le grand amour (1h25), Pays de Cocagne (1h14), Rupture (11 min.), Heureux anniversaire (12 min.), En pleine forme (13 min.) de Pierre Étaix ; Pierre Étaix, naturellement (30 min.) d'Odile Étaix...
Sortie DVD : 03/11/2010. Distributeur : Arte. Merci à Cinetrafic.

1 commentaire sur “[DVD] Intégrale Pierre Étaix : LE SOUPIRANT | YOYO | TANT QU'ON A LA SANTÉ | LE GRAND AMOUR | PAYS DE COCAGNE...”

Pascale a dit…

rolala comme disent les blogueurs !!! j'arrive pas à les voir ses films !!! J'aime pas voir les films en DVD.
Mais l'Etaix je l'ai rencontré en vrai à Lyon Lumière (avant Clint), ce type est ADORABLE, et quand il parle cinoche, on l'écoute. J'adore.

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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