17 déc. 2010

ARMADILLO

Et si le plus terrible dans la guerre, c'était l'attente ? Comme l'avait fait Kathryn Bigelow avec Démineurs, le danois Janus Metz dépeint dans Armadillo la lente et longue usure de jeunes soldats passant leur temps à attendre qu'il se passe enfin quelque chose - le "quelque chose" en question étant synonyme de sang, de crasse, de blessures profondes et irréversibles. On a souvent tendance à dire que les pires dommages causés par la guerre sont ceux qui touchent les vivants, ceux qui sont finalement épargnés par miracle ou par chance. Sans aller jusqu'à tomber dans ce cliché, le film montre en tout cas à quel point l'embrigadement militaire et l'obsession du combat finissent par transformer de jeunes gens comme les autres en machines détériorées, dégingandées, avides d'adrénaline et de confrontation. Les troufions d'Armadillo ne sont ni plus ni moins que de jeunes chiots élevés en captivité afin de les rendre sensibles à l'odeur du sang et imperméables au reste. Conversations de caserne, jeux vidéo guerriers et films pornographiques sont leur quotidien ; un quotidien entrecoupé de pics de violence, qu'ils commencent par redouter avant de se montrer aussi excités que les pires carnassiers du monde.
Le propos n'est pas tout à fait neuf, mais il est dispensé avec un réalisme troublant. Car sans jouer sur une ambiguïté qui ne l'intéresse guère, Janus Metz choisit de filmer ce documentaire comme s'il n'en était pas un, utilisant des techniques de fiction pour extraire de ses personnages - pardon, des sujets de son étude - une vérité qui dérange. Qui dérange vraiment. Il y a ici une façon assez vertigineuse de filmer la guerre et ceux qui la font, de magnifier des lieux et des faits et de nous faire adopter pour un temps le point de vue de ces jeunes têtes brûlées, enivrées à l'idée de pouvoir appliquer dans la vraie vie des techniques répétées depuis des années sur des shoot'em up reproduisant la réalité d'un peu trop près.
Armadillo est un beau film, et c'est bien là ce qui dérange : s'il a travaillé de façon aussi soignée au lieu de se contenter d'une banale caméra à l'épaule, s'il a pris autant de risques sur le terrain en compagnie d'un chef op aussi talentueux que risque-tout, c'est justement parce que Metz entend semer la confusion sur ce que représente la guerre et sur ce qu'elle doit signifier. La forme dérange positivement, le fond aussi : suffisamment en retrait pour laisser les soldats sans tabou, le metteur en scène filme quelques instants cruciaux au cours desquels il s'agit de déterminer si les actions perpétrées par le régiment sont conformes aux codes militaires ou si certains ont outrepassé leurs droits en se croyant un peu trop dans un jeu vidéo. Pas de jugement qui tienne, pas de condamnation : juste un état des lieux glaçant et déchirant. Le constat formulé dans l'épilogue est aussi simple qu'édifiant : partis avec la peur au ventre et le désir ardent de rentrer vite au pays, bon nombre de ces soldats formulent ardemment leur envie de retourner au front, de servir à nouveau leur pays, de faire encore péter des baraquements et éclater des têtes. La façon dont Metz confronte l'homme à sa part animale achève de faire de ce film-choc l'un des musts de cette fin d'année. Absolument immanquable.




Armadillo de Janus Metz. 1h40. Sortie : 15/12/2010.

1 commentaire sur “ARMADILLO”

Pascale a dit…

Rolala, comparer ça à cte bouse de Démineurs.
Tu as encore bu !

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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