22 nov. 2010

UNSTOPPABLE

Après s'être un temps spécialisé dans les navets bourrés de filtres colorés, Tony Scott s'est lancé l'an dernier dans une nouvelle phase dédiée aux chemins de fer. On attend avec impatience son film sur les tramways, qui complètera idéalement une trilogie ayant débuté par L'attaque du métro 123 et se poursuivant avec cet Unstoppable assez bien vu car ayant recours à un personnage principal aussi inédit qu'incontrôlable : un train plein de phénol, lancé à toute allure, et sur lequel aucune tentative de négociation n'a de prise. On peut prédire un bel avenir à ce train numéro 777, qui éclipse sans mal l'inintéressant Denzel Washington, lequel n'a jamais eu la carrure pour jouer les héros de manière convaincante, mais semble avoir davantage de prédispositions pour s'épanouir en tant que faire-valoir.
Tony Scott semble pour une fois avoir conscience de la relative faiblesse de ses personnages, et surtout du fait que l'efficacité absolue passe par le refus d'insister trop lourdement sur leur psychologie ou leurs antécédents. Concrètement, hormis lorsqu'ils sont écrits avec finesse et nourrissent des ambitions légèrement différentes, les films d'action nous barbent en tentant de nous rendre sensibles aux existences d'anti-héros aux vies assez communes. En général, ce sont des pères divorcés ou de mauvais maris, qui parviendront à retrouver un peu de dignité ou à obtenir une seconde chance. C'est non seulement déjà vu (pour reprendre le titre d'un ancien film de Scott), mais absolument inutile. Disons qu'Unstoppable le fait suffisamment pour ne pas avoir l'air totalement crétin, mais pas assez pour ennuyer son monde. Le film n'est cependant pas exempt de pics d'idiotie : quand les protagonistes, à la moindre bonne nouvelle, applaudissent en déployant un large sourire, on a envie de les baffer en leur rappelant que, hé ho les mecs, un de leurs collègues vient de clamser dix minutes avant. Mais c'est apparemment le lot de tout film hollywoodien : une bonne dose d'auto-congratulation est apparemment indispensable afin de griser le spectateur et lui faire oublier les invraisemblances de l'ensemble.
Reste qu'Unstoppable est un spectacle bourré d'adrénaline, truffé de rebondissements satisfaisants et pour une fois pas gâché par le filmage d'un Tony Scott étonnamment assagi. On n'est pas encore chez Bergman, mais l'essentiel est qu'on ne sort pas du film avec 10 décibels en moins de chaque côté, ni avec le cervelet en bouillie. En fait, Unstoppable a le charme des films d'action des années 80, ceux qui se souciaient d'autre chose que de surenchère ou de postérité. C'est aussi là sa limite, puisque le film manque par exemple d'un véritable climax, un instant où l'affrontement entre les deux héros et cette fameuse bête humaine devient réellement haletant. Là, Pine & Washington (drôle de nom pour un duo) se contentent d'appliquer un plan certes audacieux mais justement trop planifié pour être transcendant. Les rouages de ce grand train sont un poil trop graissés, et les conséquences éventuelles d'un crash du terrible convoi ne sont pas assez explicitées pour foutre la frousse. Unstoppable n'est pas un grand huit : au mieux, c'est un tour de train fantôme, aussi charmant que suranné mais ne risquant pas de créer d'infarctus dans la salle.



Unstoppable de Tony Scott. 1h35. Sortie : 10/11/2010.

2 commentaires sur “UNSTOPPABLE”

Pascale a dit…

Je trouve que Washington et Pine ça sonne mieux !

Est-ce que tu veux dire que Washington est le faire valoir d'un train ?

alexandre mathis a dit…

ça fera plaisir à Jacky G. de dire qu'on est pas chez Bergman. Dans le cas contraire, il lui chierait dans la bouche à Tony "je porte bien la casquette" Scott

 
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