6 nov. 2010

SOMEWHERE

The brown bunny, Last days, Lost in translation : la crème du cinéma introspectif US des années 2000 est dans Somewhere. Consciemment ou non, Sofia Coppola a puisé un peu partout pour bâtir son quatrième long, y compris en elle-même. Le film a des allures de redite, mais aussi de synthèse. À moins qu'il ne constitue le premier autoportrait réussi de la cinéaste après 3 œuvres superbes mais échouant à la représenter vraiment. Une nouvelle fois fascinée par l'enfance, la féminité et le rapport au père, la cinéaste s'est cette fois débarrassé de sa parure hype pour se livrer sans fard. Somewhere est son film le moins métaphorique, le plus fragile aussi : cette fois, il n'y a plus aucune distance entre l'artiste et son sujet. Quitte à faire preuve parfois d'une certaine gaucherie, le lot de toute confession, elle assume enfin ce qu'elle est. Une fille de, aimée par les siens mais ayant souffert d'être trop souvent délaissée. Une femme glacée, contrainte de devenir adulte avant même d'avoir été adolescente.
Pudique malgré tout, Coppola a choisi de donner au personnage de Cleo, jeune fille jouée par Elle Fanning, une importance secondaire, préférant placer au centre de ses attentions le nommé Johnny Marco, son père, acteur de renom dissimulant mal derrière des verres fumés et des verres bien remplis une totale désorientation, comme s'il se savait coupé du monde réel mais qu'il ne pouvait rien y faire. Errant de palaces en palaces - le film devait d'ailleurs s'appeler Château Marmont -, la star se sait perdue pour la vraie vie et ne se cherche même plus. Il n'est pas exagéré d'affirmer qu'il ne se passe globalement rien dans Somewhere, en tout cas du point de vue de l'avancée dramatique : mais c'est un état de fait extrêmement acceptable, puisque le film décrit justement la détresse d'un homme dont l'existence fait du surplace. Les mêmes soirées branchées dans lesquelles s'agglutinent des admirateurs faussement détendus. Les mêmes halls d'hôtel, luxueux mais déprimants. Les mêmes numéros de pole dance, tièdement exécutés par deux jumelles un peu molles. Les mêmes tours en voiture, encore et encore, comme le Bud Clay de The brown bunny tournait inlassablement en moto pour oublier son état de mort intérieure. Chez Johnny Marco, l'immobilisme n'est pas un art de vivre : c'est une croix. Le film, sans un mot plus haut que l'autre, nous fait partager sa douleur.
Cette façon d'avancer à pas feutrés dans la vie d'un homme, sans mise en scène élaborée ni artifice de scénario, est à la fois la grande force et l'immense limite d'un film construit sur une succession de moments captés sur le vif. À certains instants d'une grande beauté répondent ainsi quelques scènes façon "tranche de vie" dont le ton peine à s'accorder avec l'esprit général du film. On se demande par exemple ce que vient faire là cet épisode sinistre au cours duquel un masseur se dévêt peu à peu sous les yeux médusés de Stephen Dorff. Moyen de montrer, façon tabloids, que les « people voient de drôles de choses » ? Tentative de respiration sous forme de comique boulevardier ? Il y a dans Somewhere tout un tas de petites bribes improbables, comme les pièces mal assemblées d'un puzzle malade, ce qui le différencie par exemple du gigantesque Last days de Gus van Sant, où la rock star mutique pouvait se préparer un bol de céréales face caméra sans que cela vienne rompre la magie de l'ensemble. Heureusement, le film ne s'écroule jamais grâce à un fil d'Ariane inespéré : Stephen Dorff trouve enfin un rôle à sa mesure, transcendant un personnage qu'on imagine assez proche de lui.
Pour Sofia Coppola, Somewhere marque un cap nécessaire qui ouvre vers des perspectives nouvelles et forcément excitantes. Voilà, ça y est, elle a enfin pu se raconter frontalement, exposer son mal-être de manière à peine détournée, faire savoir que son père ce héros - encore et toujours producteur du film - était un type imparfait mais finalement un mec bien, pris au piège de sa propre notoriété et de ses errances d'artiste. Clairement, elle a fait le tour de ce qu'elle voulait dire sur l'enfance, l'adolescence et les maux qui s'y rattachent. Somewhere sonne comme une ode au lâcher prise, non seulement par les décisions que prend le personnage principal, mais aussi parce que la réalisatrice y déploie son envie de ne plus tout maîtriser, de s'abandonner enfin à son art au lieu d'en faire un véhicule fashion pour bourgeoises faussement cinéphiles. Il reste encore quelques miettes de ce tempérament poseur, notamment dans l'emploi d'une bande originale hideuse mais composée par le groupe Phoenix, dont le travail n'a jamais sonné aussi faux. Mais il sera beaucoup pardonné à Coppola fille, parce que la cinéaste a du style et du coeur, aussi froids soient-ils. On attend de ses nouvelles avec impatience.



Somewhere de Sofia Coppola. 1h38. Sortie : 05/01/2011.

1 commentaire sur “SOMEWHERE”

Pascale a dit…

Je sais je sais, les verbes pronominaux i font chier leur race, mais quand même :
"s'est cette fois débarrassé ".

Je veux pas chercher la petite bébête qui monte mais :
"Errant de palaces en palaces"... même les filles de et leur père people ne se déplace que dans un palace à la fois non ?

Et la sister de Dakota ??? Elle crie aussi fort, aussi bien ?

 
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