4 nov. 2010

SCOTT PILGRIM

Pour supporter Scott Pilgrim, deux caractéristiques sont nécessaires. Premièrement, il ne faut pas avoir envie de maraver la tronche de Michael Cera, ancien espoir du cinéma indépendant américain devenu depuis quelques films un pur cliché sur pattes. Dans Be bad !, son personnage est fan de la Nouvelle Vague - bah oui c'est tellement hype - à tel point qu'il s'invente un double inspiré de ce courant. Cera, lui, semble avoir décidé depuis quelques films de se construire une carrière à la Jean-Pierre Léaud et de déclamer chacune de ses répliques avec la même voix monocorde et le même regard perché. Oui mais voilà, Michael : que tu le veuilles ou non, tu ne possèdes pas le talent singulier de l'énigmatique monsieur Léaud, et tes mimiques poseuses commencent déjà à ne plus faire rire que toi. Quand de véritables comédiens tels que Jesse 'Zuckerberg' Eisenberg réalisent des prestations ébouriffantes en s'impliquant réellement dans leurs rôles, tu ne fais que te la péter dans des prestations dont seule la facilité nous éclate au visage.
Deuxièmement, il faut aimer les jeux vidéo. Mais seul un blogueur aigri n'ayant jamais été un enfant peut se trouver dans une situation aussi improbable. S'emmerder à Guitar Hero, bailler devant World of Warcraft, penser que les amateurs de WiiFit feraient mieux d'aller faire du sport en plein air : autant d'atttudes et opinions tellement réactionaires qu'elles ne peuvent en aucun cas constituer le support d'un argument critique.
Mais bref : aimer Cera - cela ne durera pas - et les videogames - cela risque de durer - suffit-il à apprécier pleinement ce Scott Pilgrim adapté d'un comic en 6 volumes et ayant notamment fait la joie des lecteurs américains ? Sans doute pas, non : car le film d'Edgar Wright, réalisateur jusque là indissociable du tandem Simon Pegg - Nick Frost, est frappé par un mal terrible : il ne dispose pour tout attirail scénaristique et artistique que d'une geek attitude vaguement roublarde mais surtout très prévisible. Il faut sans doute être un spectateur sans imagination pour ne pas voir venir à mille lieues les nombreux gimmicks inlassablement reproduits tout au long du film afin de nous montrer que, ô mon Dieu, la vie de ce Scott Pilgrim ressemble à... à... à... à un jeu vidéo ! Avec ses boss de fin de niveau, ses points bonus pour chaque ennemi éradiqué, ses onomatopées sonores et visuelles, le film décuple les partis pris du comic de Bryan Lee O'Malley jusqu'à l'écoeurement, en omettant simplement le caractère éminemment ludique de la chose. On finit par ressentir autant de plaisir face à l'écran que devant la démo d'une borne de jeu d'arcade, que l'on regarderait en boucle sans possibilité d'intervenir.
Ayant basé tout son film sur son envie de célébrer la culture geek et de le construire par strates, comme n'importe quel jeu de plate-forme, Edgar Wright en tire un spectacle très répétitif sur un rythme archi-binaire : transition - combat - transition - combat - transition... Il aurait été possible de se satisfaire de ce rabâchage permanent si les différents personnages rencontrés par Scott Pilgrim avaient résenté un minimum d'intérêt. Mais mis à part un ou deux sidekicks vaguement amusants, le héros tête-à-claques ne trouve face à lui que de sombres hères, aussi ordinaires que consternants. Deux exceptions à cela : un colosse végétalien incarné par Brandon Routh, qui depuis Superman returns a bien compris qu'il n'était pas fait pour le premier degré ; et le véritable bad guy du film, interprété par un Jason Schwartzmann devant cependant faire attention à ne pas sombrer dans une iconisation artificielle et paresseuse. Les apparitions successives des deux acteurs permettent trop rarement de casser l'ennui massif de ce Scott Pilgrim n'allant jamais assez loin pour être réellement fun. Il aurait fallu l'excès d'un Cutie honey, ou l'admiration drolatique du fanboy Kevin Smith, pour permettre de sortir cet univers pas si culte de la torpeur dans laquelle il s'est plongé tout seul. La seule véritable bonne nouvelle, cest que les six volumes ont été adaptés en un seul long-métrage et qu'il semble donc difficile d'imaginer qu'une ou des suites puissent voir le jour dans les années à venir. C'est déjà ça.



Scott Pilgrim (Scott Pilgrim vs. the world) d'Edgar Wright. 1h52. Sortie : 01/12/2010.

9 commentaires sur “SCOTT PILGRIM”

Dom a dit…

Fichtre ! J'aime beaucoup Cera et les jeux vidéo, mais là, tu me fais hésiter quant à l'achat du blu-ray...
J'ai détesté Kick-ass, pour son côté geek caricatural, sa mièvrerie, sa violence stylisée jamais exultante.

Enfin bref, penses-tu que je peux tenter Scott Pilgrim ?

Hiero a dit…

Texte aberrant. Depuis quelques temps ce blog sombre...

Rob a dit…

@Dom Je conseille à tout le monde de tenter Pilgrim, déjà parce que je fais partie d'une minorité de personnes à ne pas avoir du tout apprécié le film.

@Hiero Désolé de te décevoir. N'hésite pas à utiliser la petite croix en haut de ton navigateur afin de ne plus lire mes sornettes...

raphaelB a dit…

J'aime le jeu video et je suis auteur de bd...Mais je n'ai vraiment pas aimé scott pilgrim. Il y a un côté ringard dans tout cet enrobage formel, un "fait à la façon des jeux videos" qui tape complètement à côté. Finalement, Wright a fait un "film de geek" pour tous ceux qui ont appris l'année dernière ce qu'était un geek...

Carole a dit…

Je partage l'aversion pour Cera. C'est encore plus agaçant ici dans le sens où le Scott Pilgrim sur papier n'est pas du tout ainsi. Mais, au final, j'ai presque trouvé qu'il était supportable. Je ne tends pas à penser par contre que Jason Schwartzmann mérite d'être souligner,ne se la foulant pas le moins du monde. Perso, c'est Kieran Culkin que j'ai trouvé vraiment excellent, aidé par le fait qu'il incarne mon personnage préféré, et qu'il a l'avantage d'être au moins présent, tous les amis de Scott voyant leurs développements passés à la trappe dans le film pour finalement ne devenir que des personnages unidimensionnels (heureusement que les acteurs sont sympa). Knives Chau n'est pas mauvaise, et fournit de bonnes scènes. Le côté jeu vidéo et l'enchainement des combats rend l'ensemble assez fatiguant. Pas d'approfondissements, pas de répits. La romance ne s'étoffe pas, et pour le coup, difficile de comprendre pourquoi il s'acharne pour Ramona - transformé en joli prix à atteindre, sympa. Tout ça pour finalement dire que mon jugement serait légèrement moins sévère, mais j'avoue que mon impression finale à la fin du visionnage fut : "mouaif."

Dom a dit…

@Rob, ok, eh bien, je tenterais de le piquer à un pote !

Did - Azur.fr.nf a dit…

Je n'ai pas aimé non plus. Je trouve aussi que le héros a une tête à claque, et je me suis demandé pendant tout le film comment il pouvait se taper des nanas aussi mignonnes. :-?

Les 2 filles, Knives et Ramona sont les moins pires. J'ai trouvé les "méchants" trop caricaturaux.

Je lui ai mis 3/10, étonné devant un 8/10 de moyenne sur IMDb. :-|

Dom a dit…

Pouaaah, vu ! Bah, c'est un peu mieux que Kick-Ass, mais ça reste mauvais !

C'est simple, j'ai apprécié deux trucs : la musique indie rock assez énergique et le combat de basses...

Je m'étonne aussi du 8.1 IMDB et du 80%/7.5 de RT.

Ou alors on devient de vieux croûtons prématurément ?

Opium a dit…

Je pense sincèrement que ce n'est pas le genre de film à voir sobre. L'ayant vu après la prise de diverses substances, je dois dire que je l'ai trouvé particulièrement jouissif : un humour absurde bas de gamme mais au final tellement amusant (notamment les jeux de mots nullissimes et tellement prévus qu'ils en sont drôles ou le passage avec la musique indienne, qui m'a fait me tordre de rire), un montage dynamique que j'ai trouvé assez réussi (notamment les volets de transitions assez originaux, ou les faux raccords avec la casquette) et une bande-son fabuleuse, genre de rock alternatif énergique qui rappelle les Pixies (d'ailleurs, Kim n'est pas sans rappeller Kim Deal, dans le genre étudiante négligée).

Voila pour mon avis ; Je ne dis pas qu'il s'agit du film de l'année, mais plutôt d'une bonne comédie, assez originale en tout cas.

PS : Si vous me répondez, essayez d'aller plus loin que "tu n'es qu'un sale drogué". Je dis juste qu'il faut être dans un état d'esprit enjoué pour voir ce film, qu'il ne faut en aucun cas essayer d'y chercher une quelconque perfection et le voir comme ce qu'il est, c'est à dire un film qui trace très bien au final, la culture des années 90, bien plus qu'une quelconque culture geek.

D'ailleurs quand j'y pense, pourquoi chercher dans ce film les éléments de la culture geek ? Le côté jeu vidéo ne cherche pas à éveiller le geek en nous, car il est totalement ringard. D'ailleurs, aucun personnage dans ce film n'est un geek (à part Young Neil, qu'on ne voit presque pas dans cette position finalement). Encore une fois, cela me parait beaucoup plus faire référence aux années 90 : bornes d'arcade avec des jeux rappelant street fighter, du rock alternatif qu'on achète chez un disquaire...

Enjoy :)

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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