24 nov. 2010

PIEDS NUS SUR LES LIMACES

On ne sait pas trop si c'est vraiment le cas, mais Pieds nus sur les limaces ressemble à un film extrêmement personnel, comme une confession face caméra. La réalisatrice Fabienne Berthaud, qui adapte son propre roman, a-t-elle vraiment vécu des situations similaires ou tout cela n'est-il que fiction ? La question n'est pas fondamentale, mais le simple fait de se la poser prouve bien à quel point le film réussit à atteindre un degré d'intimité assez rare pour une fiction. C'est l'histoire assez simple de deux soeurs qui viennent de perdre leur mère et se retrouvent, au moins pour un temps, à cohabiter dans une bâtisse familiale située dans un petit village. Précision importante : Lily, la cadette, n'a pas toute sa tête, et vit son existence avec une fantaisie qui pourrait faire penser à une forme d'autisme. Et c'est justement le décalage avec sa soeur Clara qui est au centre du film : leur relation est pleine d'amour mais aussi de divergences sur la façon de concevoir la vie, le deuil, l'avenir. On n'est heureusement pas dans un Rain man à la française : Pieds nus sur les limaces lorgne davantage vers le cinéma de Christine Carrière (de Rosine à Darling) ou même vers le méconnu mais incroyable Box of moonlight de Tom DiCillo. La légèreté de Lily n'est pas un sujet en soi : c'est seulement une façon de montrer qu'il est possible de poser sur la vie d'autres regards, d'autres mots, quitte à perturber les bien pensants.
Le choix de Fabienne Berthaud d'employer Diane Kruger (déjà à l'affiche de son Frankie) et Ludivine Sagnier laissait craindre un excès de glamourisation qui aurait été fort malvenu dans un tel univers ; il n'en est heureusement pas question. Les deux actrices trouvent leurs plus beaux rôles depuis bien longtemps, voire même depuis le début de carrières déjà bien étoffées. Sagnier est particulièrement touchante, et c'est là l'une des grandes idées de Berthaud, qui exploite idéalement son côté femme-enfant là où tant d'autres réalisateurs ont tenté en vain d'en faire une femme fatale ou en tout cas une adulte avant l'heure. On croit à sa folie, on hésite entre pitié et agacement, on l'aime et on la plaint. La cinéaste pose sur le personnage de Lily un regard de grande sœur : on la sent attachée à son personnage mais relativement objective. Lorsque le personnage de Clara - clairement le double de la réalisatrice - n'en peut plus, lorsqu'elle rêve de commettre l'irréparable pour être enfin affranchie de son statut de tutrice malgré elle, cet épuisement est aussi palpable que communicatif. Même s'il ne crache pas sur les envolées poétiques et surtout bucoliques, Pieds nus sur les limaces fait preuve d'un réalisme parfois cruel mais jamais gratuit. La détresse de ses personnages nus saute littéralement à la gueule.
Pour autant, le film n'est pas un abîme de noirceur, et prodigue des moments de légèreté souvent éphémères mais absolument galvanisants. C'est là sa principale réussite, en dépit de quelques longueurs ou de séquences inutiles : il avance en équilibriste entre rire et larmes, semant quelques miettes de bonheur tout en laissant bien entrevoir que le point de rupture n'est jamais loin. Que le film ne soit pas dirigé autrement que par ce désir n'est que moyennement gênant, car l'absence d'un réel fil narratif ou la transparence de certains personnages secondaires est toujours contrebalancée par une mobilité permanente et imprévisible. Celle-ci se ressent autant dans l'écriture que dans la mise en scène, un peu hétérogène mais surtout résolument libre, comme ces personnages aux tempéraments tout à fait divergents mais qui parviennent pourtant à s'accepter et se comprendre. Bien qu'imparfaite, cette leçon de vie submerge et captive par sa sensibilité plus qu'à fleur de peau.


À suivre : entretien avec Fabienne Berthaud et Ludivine Sagnier.


Pieds nus sur les limaces de Fabienne Berthaud. 1h48. Sortie : 01/12/2010.

1 commentaire sur “PIEDS NUS SUR LES LIMACES”

Pascale a dit…

Plus qu'à fleur de peau c'est quand on gratte l'os non ???

J'adore Box of Moonlight qui m'a fait découvrir le GRAND Sam Rockwell mais j'arrive pas à voir le rapport avec ce film.

j'adore Diane Kruger.

 
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