11 nov. 2010

L'HOMME QUI VOULAIT VIVRE SA VIE

Plus qu'une adaptation de Douglas Kennedy, L'homme qui voulait vivre sa vie est un remake : celui de Deux jours à tuer, sombre daube de Jean Becker dans laquelle Albert Dupontel disait crotte à ses proches pour aller vivre sa vie, la vraie, au pays des poissons qu'on pèche et des vérités qu'on énonce. Légèrement moins stupide, ou assénant en tout cas son message de façon légèrement moins lourde, le film d'Éric Lartigau a néanmoins les mêmes aspirations : montrer que nous menons des vies de cons, que l'argent c'est caca, et que la vraie vie est ailleurs, à un endroit où les gens savent s'écouter, boire des canons, se taper dans le dos et dire zut au système. Paul Exben, le héros, est un avocat pété de thunes mais qui ne sait pas aimer sa femme et ses enfants, et qu'un évènement inattendu va pousser à larguer les amarres, laissant sa famille en France pour aller "tenter sa chance" ailleurs. L'homme qui voulait vivre sa vie ne manquera pas de plaire à tous ceux qui ont imaginé un jour qu'acheter un appareil photo Reflex à la Fnac ne serait que la première étape d'un vaste changement de vie, avec au programme démission, gros largage d'amarres, puis voyage solitaire et introspectif afin de devenir le grand artiste qui sommeille en chacun de nous. L'ensemble est d'une immense malhonnêteté, un peu comme tous ces films sur le rêve américain, qui brodent sur le thème du "quand on veut, on peut". Balivernes.
Comme toujours dans ce genre de film, la quête du personnage principal est favorisée par l'aisance de sa situation financière, qui lui permet de financer ses rêves sans compter, de sortir une liasse de billets dès qu'un obstacle se présente, de laisser les siens derrière lui sans culpabiliser puisqu'ils disposent d'une grande baraque confortable et d'un compte bancaire à au mois 6 chiffres. Cracher sur l'omniprésence du pognon mais s'en servir de façon aussi systématique, comme si c'était le lot de chacun d'entre nous, a quelque chose de foncièrement gerbant. Non, ce Paul Exben n'est pas un homme ordinaire, malgré ce que Kennedy et Lartigau voudraient nous faire croire : L'homme qui voulait vivre sa vie n'est en rien une ode au dénuement et au voyage intérieur. C'est un fantasme de petit bourgeois cherchant à se déculpabiliser. De plus, cet homme ne veut pas vivre sa vie, contrairement à ce que laisse entendre le titre : il y est contraint par un rebondissement éculé et bien pratique, figurant sans doute au chapitre 1 de Comment se sortir d'une impasse quand on est un auteur sans souffle. De fait, il est absolument impossible de s'attacher à celui qu'on voudrait nous faire passer pour un héros, pas aidé il est vrai par un Romain Duris ayant un peu trop conscience d'être devenu un acteur qui compte.
Le jeu de Duris est de plus en plus focalisé sur ses sourcils, qu'il fronce à loisir dès que la vie lui fait des misères. Intéressant jadis, il finit par devenir sacrément ennuyeux à force d'interpréter toujours de la même façon des personnages qui, globalement, se ressemblent tous depuis L'auberge espagnole : des hommes qui auraient voulu vivre une vie libre et fulgurante mais se sont enfoncés dans un certain confort jusqu'à oublier leurs convictions d'antan. Alors bon, oui, pourquoi pas, mais pas sur dix films de suite. Finalement, Duris ressemble beaucoup à ses personnages : il s'est peu à peu laissé enfermer dans des conventions et se plaît désormais à reproduire, film après film, les mêmes schémas ennuyeux. Il n'aide pas le film à se sortir des tristes ornières dans lesquelles il s'enfonce de plus en plus jusqu'à une dernière demi-heure peut-être plus affligeante que le reste, tourbillon dramatique en toc qui remet quelques couches de son consternant message avant de transformer son personnage principal en héros absolu, qui rachète miraculeusement ses fautes passées à la faveur d'un acte de bravoure balancé en fin de script de façon fort opportune. Il est bien triste de constater qu'autant de spectateurs ont déjà été bernés par ce que l'on ne peut même pas qualifier d'arnaque, puisque même ses auteurs ont l'air absolument convaincus de la beauté absolue du message qu'ils ont tenté de faire passer.



L'homme qui voulait vivre sa vie d'Éric Lartigau. 1h55. Sortie : 03/11/2010.

5 commentaires sur “L'HOMME QUI VOULAIT VIVRE SA VIE”

Benjamin F a dit…

Ah ah mais je n'ai tellement pas besoin de voir le film pour savoir à quel point je serai en phase avec toi (je me suis bien marré à la lecture en tout cas^^)

Pascale a dit…

"évènement" !!! tu le fais exprès...


C'est vache de comparer ce film avec cette bouse de Deux jours à tuer. Dans ce film Dupontel disait leur "fait" à ses amis, crachait dans la soupe, se montrait odieux (même avec ses enfants qui lui avaient fait un dessin si je me souviens bien !), par contre il restait toujours aussi tendre et gentil avec son klébar !!!

Paul a quand même d'autres raisons de disparaître...

C'est marrant mais en lisant ta critique j'avais l'impression de lire ce que j'avais pensé de "Villa Amalia", film puant où l'héroïne antipathique pouvait aussi se faire la belle avec un magot confortable... mais tu avais aimé ce film non ?

William a dit…

J'aime la présence de l'acteur Romain Duris, sa manière d'interpréter le rôle et de nous faire partager ses doutes sur une vie qu'il n'aime plus malheureusement. Le film dresse sans esbroufe le portrait amer sur le destin d’un homme qui, sous la contrainte de partir, se voit prisonnier de ses choix qu’il n’assume plus dorénavant. L'acteur offre une image montrant les dérives de nos choix et notre liberté.

PS : Je suis d'accord sur un point, cet avocat a le porte-feuille rempli de sous. Il connait une certaine facilité à vouloir vivre ailleurs ou racheter miraculeusement ses fautes passées à la faveur d'un acte de bravoure. Cet homme, parsemé de démons, devient peut-être bon mais il incite une vraie réflexion quant aux choix faits dans une vie réelle qui peuvent engendrer un impact « casse-gueule ».

Anonyme a dit…

je suis d'accord avec william. J'ai adorée ce film pour plein de raisons : La première, à l'image de la scène ou il vient de tuer l'amant de sa femme, je trouve que ce film sonne très juste, certainement grace à la présence de romain duris qui ne cesse au passage de me surprendre.

La deuxième, effectivement au rythme d'un "américan dream" ce film fait des allers et retours entre rêve, réaliter et fantasmes; Sur un fond pourtant très noir et en totale opposition avec cette thématique : comment réaliser le rêve de sa vie, le fantasme d'avoir la vie d'un autre..la réaliter ou se bon vieux quotidien qu'on assume plus ou moins : femme et enfants car au fond la vie c'est ca ou du moins ce que notre société aséptisée ne cesse de véhiculer comme image. Alors faut-il se retrouver face à la mort pour commencer à vivre : je m'en vais de ce pas voir saw 7 pour vous le confirmer.

Bonne chance à vous
bise

Harmony a dit…

Personnellement j'avais plutôt une autre vision du personnage de Paul Exben. Il déteste sa vie, englué dans la routine, de conventions etc. Le meurtre de l'amant ne constituait que l'élément declencheur. Ce mal-être ne transparait pas dans le film (ou du moins pas avant que sa femme demande le divorce), ce qui est dommage car on a un peu l'impression qu'il fuit uniquement à cause du meurtre.

 
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